Un gouvernement éclectique

Agnès Buzyn, ministre de la Santé
(Photo AFP)

Bric à brac, bazar oriental ou addition des talents ? L’équipe gouvernementale formée par Edouard Philippe répond essentiellement aux critères fixés par le président Macron. Avant l’action, la force des symboles.

AUTANT de femmes que d’hommes, des personnalités venues de la droite (mais trois seulement en comptant le Premier ministre), de la gauche et du centre, des technocrates issus de la vie civile, le président de la République a réussi, avec le concours de son Premier ministre, à tenir toutes ses promesses relatives à son mode de gouvernance. La droite constate avec plaisir que M. Macron ne lui a pris que trois membres de LR, le MoDem est récompensé bien au-delà de ce qu’il ne cessait d’exiger, François Bayrou est ressuscité, les hommes et femmes qui ont accompagné M. Macron depuis le début de son aventure, comme Gérard Collomb, maire de Lyon, nommé à l’Intérieur, et Richard Ferrand, d’origine socialiste, mais combattant d’En Marche ! à l’aube du mouvement, nommé à la « Cohésion des territoires », c’est-à-dire aux collectivités territoriales, où il aura fort à faire. Quant à Jean-Yves Le Drian, valeur sûre du hollandisme, VRP français numéro un, brillant stratège de la sécurité extérieure, il passe aux Affaires étrangères, avec une mission précise : accroître l’engagement européen de la France.

Des ministres compétents.

Les choix faits pour l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, et pour la Santé, l’excellente Agnès Buzyn, ont également un avantage : ils nous rassurent sur la compétence des membres du gouvernement. Bien entendu, la droite en critique la composition parce qu’elle veut se distinguer suffisamment de la « République en marche » pour gagner les législatives. C’est de bonne guerre. L’exclusion de LR de Bruno Le Maire, nouveau ministre de l’Economie et de Gérald Darmanin, nommé à l’Action et aux Comptes publics, domaine particulièrement sensible, surtout pour nos relations avec l’Allemagne, est néanmoins le produit de la mesquinerie. Il reste que, en dépit de ce bras-de-fer entre la République en Marche et les Républicains, la relation n’ignore pas complètement de fortes affinités portant toutes sur la nécessité de la réforme.
Le président de la République a déclenché un changement de nature historique qui mérite la considération de tous. On ne peut pas dire tout à la fois qu’il faut des jeunes aux manettes, qu’il faut des têtes nouvelles pour affronter les nouveaux défis, qu’il faut enfin essayer ce qui ne l’a jamais été, et fournir de ce tsunami politique, déclenché délibérément pas un homme de 39 ans, une analyse enracinée dans des concepts surannés, dans des querelles de clocher et dans nos bonnes vieilles guerres picrocholines. Il est logique que LR se défende contre un changement qui menace ses effectifs, ses idées et ses projets. Les Républicains, cependant, ne peuvent pas ignorer que, au-delà de ce qui fait leur spécificité, il existe une attente populaire, un espoir national, une recherche d’optimisme que M. Macron a le talent de satisfaire.
Parmi les hommes et femmes choisis pour entrer au gouvernement, beaucoup, y compris Edouard Philippe, ont critiqué sans la moindre bienveillance les débuts de M. Macron. Qu’aujourd’hui ils soient aux commandes signifie d’abord que le président, l’homme qui a eu l’intuition de ce qui était possible et qui a même intériorisé le fait que même des hommes et des femmes de bonne volonté ne le comprenaient pas, est incapable de rancune ; et ensuite qu’il tient dur comme fer que des différences entre les membres de son équipe naîtra à coup sûr une étrange harmonie : pour une crise dont les effets sont aussi contrastés, une variété d’intelligences sera peut-être salutaire.

La machine roule.

Maintenant que nous avons un gouvernement, il doit mesurer avec précision l’ampleur des tâches qu’il lui faut accomplir. Une équipe dosée au milligramme ne donne pas un emploi à un chômeur. Les injustices et inégalités qui ont provoqué la colère populaire et favorisé les extrêmes dans les urnes ne vont certainement pas disparaître du jour au lendemain, mais l’important est que les Français commencent à croire que ce gouvernement ne pense qu’à eux et situe sa réussite non pas à quelques effets superficiels mais à un apaisement général de ceux qui souffrent le plus et attendent la solidarité des autres. Bien sûr, tout dépend encore du résultat des législatives. Les Républicains disent d’ailleurs qu’ils auraient préféré que, avant de faire appel à trois de leurs membres, M. Macron attende le résultat du scrutin. Encore une fois, on devine là l’ancienne façon de penser. Le président, lui, fait un pari historique, dans la lignée de tous ceux qu’il a faits depuis un an. En Marche ! n’est pas seulement un mouvement politique ultra-original. C’est devenu une très grosse machine dont la progression risque, pour les attardés qui voudraient se mettre en travers de son chemin, d’être implacable.

RICHARD LISCIA
PS- Un sondage Elabe, publié aujourd’hui, montre que, à 45 %, la cote de confiance de M. Macron n’est pas élevée (comparée à celles de M. Hollande et de M.Sarkozy au lendemain de leur élection). Celle d’Edouard Philippe atteint seulement 36 %. Ce qui signifie que le président et son Premier ministre doivent faire leurs preuves avant que les Français leur accordent majoritairement leur confiance. Cependant la popularité de Jean-Luc Mélenchon, à 34 %, s’effondre de 17 points et celle de Marine Le Pen tombe de 7 points, à 25 %.

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6 réponses à Un gouvernement éclectique

  1. liberty8 dit :

    Je suis impressionné par la dynamique, la nouveauté, le renouveau politique, le changement qui va se produire d’une manière immanquable.
    Il y aura un avant Macron et un après Macron. C’est une page de 50 ans qui se tourne.
    Il a agi avec une méthode nouvelle, type blitzkrieg de 1939, qui est en train de tout niveler sur son passage. Les socialistes ont été atomisés, il n’en reste que de petits bouts. Les LR, plus costauds, ont été fissurés avec le choix du Premier ministre, cassés avec les ministres et probablement explosés avec les législatives et leur résultat probable, même en cas de bonne contenance de leur groupe.
    Reste debout un FN chancelant et une LFI qui représente seule la gauche contestataire.
    On ne peut qu’être admiratif pour les premiers résultats et nominations. Il mérite, et la France avec lui, de réussir.

    • Num dit :

      Comme le post-scriptum le souligne à juste titre, Macron et Philippe sont en fait le président et le premier ministre les moins populaires de la Ve République. Les médias et les milieux parisiens s’emballent, communiant dans une sorte de culte à Macron, mais les Francais, eux, attendent des résultats. Il y a un état de grâce médiatique mais un quasi état de disgrâce populaire, situation qui souligne une fois de plus la facture entre les Francais et leur élite. Tout ca est bien dangereux.
      Un bon casting ne fait pas pas nécessairement un bon film. J’ai de gros doutes sur la fiabilité de Hulot (qui sous-entend déjà qu’il ne construira pas l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes), de Bayrou (incontrôlable), de Darmanin (qui n’a aucune compétence en finances publiques), de Le Maire (qui va appliquer un programme exactement opposé à celui qu’il défendait), de Goulard (que connaît-elle à l’armée ?), etc. Wait and see…

      Réponse
      Jugements beaucoup trop négatifs pour être pertinents. Même le sondage d’Elabe est nettement plus positif.

    • mathieu dit :

      Ce n’est qu’après quelques mois, voire une ou deux années de gouvernement, que l’on pourra dire qu’une page de 50 ans est véritablement tournée. Giscard, en 1974, se réclamait d’un « véritable changement », d’un centrisme authentique après 15 ans de gaullisme, d’une large ouverture, politique, sociale et à la société civile (Soissons, Weil, Lecanuet et d’autres, n’avaient rien à voir avec la droite au pouvoir jusque là), il a fait de vraies réformes… mais ses choix économiques, ses soutiens politiques, la cristallisation à gauche de l’opposition à sa politique, ont irrémédiablement déplacé son image vers la droite. Si Macron évite ce piège, il sera, en effet, le tout premier de la Vè République. Mais attendons un peu.

  2. admin dit :

    larry@el sobrante dit :
    Entièrement d’accord, liberty8 !

  3. Lefrançois dit :

    Bonjour,
    Merci et bravo pour votre article.
    Seul « bémol » que j’y mets : je ne trouve pas que l’attitude du parti « LR » soit de « bonne guerre », elle est tout simplement en retard d’une guerre, s’il fallait parler de guerre (politique, électorale, etc…); et, de plus, la « guerre » à mener est contre le terrorisme, contre le chômage, contre les fauteurs de guerre nationaux, c’est-à-dire le Front national, et internationaux, avec en tête de file l’imprévisible et irresponsable adolescent attardé qu’est Donald Trump. Dans ce cas, tous les responsables politiques sérieux (je veux dire : qui placent l’intérêt de la nation et des Français au-dessus de leur intérêt personnel) doivent faire corps derrière le président de la République démocratiquement élu, en gardant leurs spécificités, et en avançant ensemble dans la même direction pour les objectifs essentiels.
    Bien cordialement.

    Réponse
    J’adhère à chacun des mots que vous avez écrits. Je comprends néanmoins le désarroi de LR qui ne peut suivre le mouvement lancé par M. Macron sans y laisser des forces.

    R.L.

  4. Michel de Guibert dit :

    Tout cela est bel et bon, et il est vrai qu’il y a une dynamique positive, mais quand l’heure viendra des choix politiques concrets, la question des contradictions entre le président ou le Premier ministre et certains ministres se posera.
    Un exemple : Emmanuel Macron voulait une augmentation de la CSG ; Bruno Le Maire y était fermement opposé ; qu’en adviendra-t-il ?
    Réponse
    Les ministres se sont engagés à respecter point par point le programme de M. Macron.
    R.L.

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