Le choc Macron-Poutine

Un interlocuteur coriace
(Photo AFP)

Le président de la République reçoit ce soir, au château de Versailles, le président Vladimir Poutine, achevant ainsi un cycle diplomatique qui l’a conduit aux sommets de l’OTAN et du G7.

SOUCIEUX d’échapper à toute accusation de complaisance à l’égard de l’un des dictateurs de ce monde, Emmanuel Macron a fait savoir, urbi et orbi, avant la rencontre, qu’il n’entendait pas céder au président russe, sur au moins deux points essentiels : le boycott, par les Européens, de la Russie, en représailles à l’annexion de la Crimée et à l’invasion d’une partie de l’Ukraine et le soutien logistique et militaire de Moscou au régime syrien. Or c’est sur ces deux dossiers que M. Poutine espère diviser les pays de l’Union européenne, bien qu’ils soient politiquement galvanisés depuis l’élection de M. Macron et qu’ils n’entendent pas faire la moindre concession à Moscou. Ce n’est un secret pour personne, Vladimir Poutine souhaitait que Marine Le Pen fût élue et il l’a même reçue au Kremlin quelques jours avant le premier tour de la présidentielle. Il est donc déçu par le choix des Français et il n’est pas venu à Paris avec l’espoir d’un dégel des relations entre les deux pays.

La tactique de la séduction.

De toute façon, la Russie ne saurait constituer une priorité pour M. Macron avant les élections législatives. C’est sur le front intérieur qu’il doit remporter ses premières batailles qui seront, à n’en pas douter, douloureuses et longues. Il lui importe principalement de montrer qu’il ne va pas à la confrontation avec M. Poutine sans s’être préparé soigneusement et, surtout, sans un minimum de scepticisme quant au résultat de la rencontre. Il faut bien, cependant, qu’il apporte au « dialogue » franco-russe, un élément personnel nouveau qui le démarque de la politique russe de François Hollande. Sa tactique repose essentiellement sur la séduction, celle qu’il a exercée sur Donald Trump et qui a impressionné le président américain quoi qu’il en dise. Il tiendra un discours sincère et s’efforcera de démontrer à M. Poutine que celui-ci n’est pas la victime qu’il prétend être, que, s’il n’essayait pas de changer le statu quo européen par la force, il ne subirait pas de sanctions et que la paranoïa est davantage chez lui que chez les leaders occidentaux. Il faut des mots doux pour exposer cette analyse et il faut qu’elle soit complétée par le rappel de tout ce que la France et la Russie pourraient faire ensemble si enfin Moscou donnait un gage permettant aux Européens de lever les sanctions et de relancer les échanges commerciaux.

Maître de ses nerfs.

A Bruxelles et à Taormina, M. Macron a montré que, en dépit de son âge, il reste maître de ses nerfs en toute circonstance. Quand on a échappé au fameux débat surréaliste avec Marine Le Pen, on peut, apparemment, tout faire. Sa faculté à assimiler les dossiers les plus épineux est phénoménale. Il se prépare depuis longtemps à exercer la magistrature suprême. Il ne se contente pas de mépriser les obstacles, d’avoir en lui-même une confiance absolue, de rechercher même la difficulté, il a montré à plusieurs reprises qu’il sortait en bon état des quelques épreuves auxquelles il a déjà été soumis. M. Poutine serait donc mal inspiré s’il voyait seulement en M. Macron un jeune homme qui fait ses débuts. Tout laisse penser d’ailleurs qu’il n’attend rien de ce sommet, qui est surtout symbolique, le président français faisant à son homologue russe l’honneur des fastes de Versailles, mais ne le recevant pas à l’Élysée, comme s’il fallait protéger le palais de la République des miasmes d’un régime autoritaire. M. Poutine ne semble pas s’en être ému, sans doute parce qu’il préfère les vestiges de nos monarchies, comparables à l’or et à la pourpre du Kremlin, à une bâtisse plus simple.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Le choc Macron-Poutine

  1. Michel de Guibert dit :

    Espérons que le président Macron aura plus de hauteur de vue que son prédécesseur pour ce qui concerne les relations avec la Russie.

  2. Thoulon dit :

    Même R.Liscia met en avant l’âge de Macron. Oublie -t-il que 39-40 ans, c’est l’âge de la maturité et c’est le meilleur âge pour un dirigeant ? L’âge du génie, c’est encore plus jeune, l’âge du Nobel c’est toute une carrière. Quant à l’âge de nos politiques mieux vaut ne pas en parler !

    Réponse
    « Même » R. Liscia ? Souligner le jeune âge d’un président, serait-ce une tare ? Compte tenu de mon âge personnel, je me trouve au contraire magnanime. Evitez les attaques ad hominem, jeune homme !

    R.L.

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