Macron banalisé

Premier incident de parcours
(Photo AFP)

Ces débats, ces révélations quotidiennes sur les agissements d’un ministre ou de députés européens, et ces stridentes polémiques créées par des personnalités politiques de très mauvaise humeur, sont en train de gâcher la campagne des législatives comme ils ont abîmé celle de la présidentielle.

LE CAS de Richard Ferrand est très différent de celui de François Fillon, mais il produit les mêmes effets. Deux instances judiciaires, le parquet national financier et un tribunal de Brest, ont estimé que le conflit d’intérêts dans lequel M. Fernand serait impliqué ne justifie par le déclenchement d’une enquête. Le président de la République et, hier soir encore, le Premier ministre, soutiennent avec force le ministre de la Cohésion des territoires, même si M. Philippe admet que nos concitoyens sont « exaspérés » par l’affaire le concernant. Il n’empêche que, jour après jour, M. Ferrand est soumis à tir de barrage de la presse, comme ce fut le cas de M. Fillon. La situation risque donc de devenir intenable pour lui et et pour le pouvoir.

Le silence de Bayrou.

Pour la première fois, le fulgurant Macron a été dépassé par une tempête qui l’a pris de vitesse. Et, comme Marielle de Sarnez, numéro deux du MoDem, ministre des Affaires européennes, fait, elle aussi, avec 18 autres députés européens, l’objet d’une enquête, François Bayrou, ministre de la Justice, est atteint par le contre-coup de l’affaire, au moment précis où comble de l’ironie, il va présenter son projet de loi de moralisation de la vie politique. M. Bayrou a d’ailleurs ignoré le cas Ferrand. Il n’en a pas dit un mot, sans doute parce que ses relations personnelles avec son collègue du gouvernement sont très dégradées depuis que M. Ferrand, chargé des investitures des candidats de la République en marche, a limité le nombre d’investitures accordées au MoDem jusqu’à ce que le président intervînt personnellement pour satisfaire le ministre de la Justice.
Le résultat des rebondissements à propos d’affaires dont les méandres passent au-dessus de la tête des Français (il n’est rien de plus ennuyeux que l’examen du labyrinthe technique d’un « scandale »), c’est que le climat politique, de nouveau, est devenu très lourd et que la sagesse conventionnelle recommande au président de la République d’assainir la situation par des décisions fortes. Plus facile à dire qu’à faire. D’abord, M. Ferrand, à chaque nouvelle révélation, continue à dire qu’il n’est coupable « ni légalement ni moralement », ce que seuls des juges pourraient confirmer. Ensuite, il n’est pas facile de limoger M. Ferrand qui a contribué énormément à la victoire de M. Macron et mérite sa gratitude plutôt qu’une sanction. Pour ce qui est de Mme de Sarnez, le moindre acte disciplinaire entraînerait une réaction forcément négative de M. Bayrou, qu’elle a servi pendant des décennies avec constance et fidélité. En outre, elle apparaît plus comme la victime d’une délation du FN que comme une coupable.

Mélenchon alourdit le climat.

Comme pour mieux alourdir le climat, l’ancien Premier ministre Edouard Balladur, 88 ans, est mis en examen dans l’affaire Karachi, qui traîne depuis quelque quinze ans, pour détournement de fonds. Le Front national, poursuivi par la justice pour emplois fictifs à l’Assemblée de Strasbourg, a cru bien agir pour sa défense en dénonçant 19 députés européens qui auraient commis les mêmes délits qu’un certain nombre d’élus FN. Comme si les turpitudes des autres suffisaient à blanchir celles de l’extrême droite, sans compter la probable dénonciation calomnieuse concernant les députés européens innocents. Ajoutez à cela la polémique entre Jean-Luc Mélenchon et l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve sur « l’assassinat » de Rémi Fraisse en 2014 à Sivens, et vous avez le tableau complet d’une campagne des législatives particulièrement désagréable. A onze jours du premier tour de scrutin, la République en marche ne semble pas affectée par cette dégradation sensible des relations politiques au coeur desquelles le fair play, la décence et l’élégance ont été piétinées allègrement par le Front et par M. Mélenchon qui, dans sa colère d’enfant auquel on a refusé un paquet de bonbons, se venge de la malchance (ah ! ces 600 000 voix qui lui ont manqué pour être qualifié pour le second tour de la présidentielle !) en affichant son mépris pour les autres, tous les autres, communistes compris, et voudrait perdre en entraînant le pays avec lui. Et pourtant, on l’a tant admiré, pour son éloquence, pour sa culture, pour le contenu d’un programme presque aussi destructeur que celui du FN, pour ce qu’il apportait de « nouveau » à la vie politique ! Il n’y a pas de limite à la bêtise de certains commentaires quand un maximum de démagogie est observé avec respect.
Le président n’a pas besoin des conseils des observateurs et politologues. Mais la première leçon, pour un président, porte sur le coeur d’airain que la tragédie politique exige de lui. Son devoir n’est pas d’être reconnaissant envers M. Ferrand ou indulgent pour Mme de Sarnez, il est de réformer la société française, tâche assez lourde pour qu’il ne s’encombre pas en chemin de scrupules qui l’honorent mais sont dangereux.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Macron banalisé

  1. Alan dit :

    « Il n’y a pas de limite à la bêtise de certains commentaires quand un maximum de démagogie est observé avec respect. » Comme c’est juste, hélas.

  2. liberty8 dit :

    Le Premier ministre a trouvé une parade, mais il faut que tous s’y tiennent.
    Mise en examen, on est viré.
    Pas de mise en examen on reste.
    On passe la responsabilité de la décision du pouvoir exécutif au pouvoir judiciaire.
    Cette position est tenable si tout le monde au gouvernement va dans le même sens.
    Les purs Saint-Georges sont rares, d’autant qu’il n’y a plus de dragon à pourfendre.

    • Michel de Guibert dit :

      C’est mieux que de faire trancher par les électeurs à la place du pouvoir judiciaire comme l’a laissé entendre le Premier ministre !

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