Un budget obscur

Bruno Le Maire va vendre des actifs de l’État
(Photo S. Toubon)

Les séquences politiques qui se sont succédé pendant plusieurs mois ont fini par prendre de vitesse les analyses instantanées dont sont coutumiers les spécialistes du commentaire à chaud. Le discours de politique générale du Premier ministre, mardi, pose plus de questions qu’il ne fournit de réponses.

LE GOUVERNEMENT ne peut pas dire qu’il découvre un « trou » de huit milliards dans le budget. Cela ne veut rien dire. Il manque huit milliards par rapport aux engagements du gouvernement précédent, qui n’ont pas été tenus. La vérité crue est qu’il manque une soixantaine de milliards pour équilibrer le budget de 2017. Le dérapage de la gestion antérieure était connu de tous et a fait l’objet d’alertes de la commission de Bruxelles et de la Cour des comptes. Mais c’est sur la base de cette « révélation » que le projet d’Emmanuel Macron a été remanié d’une manière beaucoup plus profonde qu’il n’y paraît. Dans un pays où l’on ne cesse de répéter que la pression fiscale est trop forte, ce qui signifie qu’il faut en diminuer le montant global, sans distinction entre les catégories sociales, le Premier ministre s’apprête à augmenter les impôts tout en étalant dans le temps la suppression de la taxe d’habitation. La réforme de l’impôt sur la fortune est repoussée d’un an. La hausse de la CSG interviendra dès le 1er janvier 2018. La hausse du diesel et celle du tabac entreront en vigueur dès l’an prochain, ce qui est bon sur les plans sanitaire et environnemental, mais accroît la taxation indirecte.

Une relance à 50 milliards.

Simultanément, le gouvernement annonce de drastiques économies sur les budgets de fonctionnement. Ce qui permet à M. Philippe de promettre que le déficit budgétaire pour 2017 sera inférieur à 3 %, comme cela avait été promis par l’exécutif précédent. Cependant, le chef du gouvernement évoque des investissements pour la relance économique à hauteur de 50 milliards. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, s’est empressé de dire qu’il allait procéder à des ventes d’actifs de l’État, qui ne suffiront sans doute pas à compenser cette nouvelle dépense que le pouvoir présente non pas comme une nouvelle prodigalité, mais comme une nécessité pour le développement, qui ne devrait pas être comptabilisée dans les dépenses budgétaires. Il ressort du florilège de mesures lancées par M. Philippe et des explications données ensuite par ses ministres que la pression fiscale va augmenter inéluctablement, et sera financée une fois de plus par les foyers aisés et les retraités, que le pouvoir tiendra les promesses de la France en ce qui concerne le retour progressif à l’équilibre budgétaire, que la discipline n’empêchera pas la relance de l’économie, que de nouvelles dépenses sont néanmoins prévues, notamment en matière de santé, avec le remboursement sans reste à charge des lunettes, des soins dentaires et des prothèses auditives, que la transformation du CICE (crédit impôt compétitivité emploi) en baisse permanente des charges sociales sera elle aussi appliquée avec lenteur, ce qui ne contribuera pas suffisamment à un regain de croissance et que tout ce qu’on peut dire de sérieux sur les chances du gouvernement d’obtenir des résultats sur le plan de l’emploi et de la croissance dans un délai de un à deux ans, c’est que nous sommes devant une équation contenant trop d’inconnues.

Un besoin de cohérence.

On est en droit de se demander pourquoi une démarche politique, certes récente, mais élaborée dans ses moindres détails et examinée sous de multiples aspects (réforme de l’État, relance économique, lois éthiques, sécurité, immigration) n’a pas été chiffrée au sou près avant le discours de politique générale et ne l’est pas davantage après. M. Philippe et ses ministres, qui auront une rentrée difficile en septembre, doivent plancher tout l’été pour mettre un peu de cohérence dans un projet qui va dans tous les sens, soulève des espoirs qui risquent d’être déçus mais ne sera solide que s’il parvient à exposer des recettes et des dépenses dûment calculées. C’est de la simple arithmétique, qui concerne néanmoins les contribuables que nous sommes tous et à qui M. Macron doit expliquer une bonne fois pour toutes de quelle manière ils seront taxés, ou ne le seront pas. Le macronisme fonctionne sur la base du changement, de la réforme et de la confiance. Il est indiscutable que le président propose, pour chaque dossier, une approche innovante et, souvent, audacieuse. Il est indiscutable qu’il apporte au pays beaucoup d’espoir, et pas mal d’optimisme. Il ne doit pas gâcher ses chances encore réelles par une action confuse et embrouillée.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Un budget obscur

  1. Michel de Guibert dit :

    La Cour des Comptes parlait d’ « insincérités », ce qui n’est pas tout à fait la même chose que des engagements non tenus.

  2. JV dit :

    Sans doute le télescopage avec le réel, une fois les lampions de la fête éteints? On revoit déjà cette scène théâtrale de la troupe s’encourageant avec des « En marche » et faisant du sur-place vu l’exiguïté de l’estrade. Les aficionados vont vite déchanter en recevant leurs feuilles d’impôt, et constater une fois de plus qu’elles sont a cliquet et avancée sans retour arrière. On avait rêvé d’une Perestroïka, on a obtenu un Canada-dry.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *