Fisc : le revirement

Hulot veut fermer 17 réacteurs nucléaires d’ici à 2025
(Photo AFP)

Le gouvernement mène sa politique fiscale tambour battant, mais dans une course faite de zigzags et même de retours en arrière. Édouard Philippe avait annoncé un étalage dans le temps de la suppression de la taxe d’habitation et du réaménagement de l’impôt sur la fortune (ISF), voilà maintenant, selon France Info et une confirmation de l’AFP, que les deux mini-réformes seront accomplies l’an prochain.

LA SUPPRESSION de la taxe d’habitation prendra néanmoins plus qu’une année puisqu’elle va s’appliquer progressivement. En outre, elle ne concernera que 80 % des ménages et ne s’appliquera pas aux foyers les plus aisés. Quant à l’ISF, il sera transformé en impôt immobilier car les placements en actions ou obligations n’entreront plus dans son calcul. Le total de ces mesures coûtera douze milliards et, compte tenu des très sérieuses difficultés à ramener cette année le déficit budgétaire au-dessous de la fameuse barre des 3 % du produit intérieur brut, on voit mal comment, dès l’année prochaine, le gouvernement sera capable de renoncer à 12 milliards de recettes et parviendra simultanément à présenter un budget 2018 en quasi-équilibre.

Énorme chantier.

D’autant que les sources de dépenses se multiplient. Ainsi, Nicolas Hulot, ministre de l’Environnement, envisage maintenant de démanteler un nombre élevé de réacteurs nucléaires, « peut-être jusqu’à 17 », d’ici à 2025. Il ne nous dit pas comment cet énorme chantier sera financé. Pour le moment, il se contente de dire que les centrales concernées sont usées et dangereuses, ce qui entraînera sans aucun doute une polémique avec les industriels et les syndicats. Cependant, le problème réside moins dans le financement lui-même que dans les contradictions, M. Macron ne disant pas la même chose que M. Philippe et les ministres n’exposant pas les mêmes idées que le chef du gouvernement.
Il n’est pas impossible, en effet, que le pouvoir trouve, dans les cinq ans qui viennent et avec une poussée de croissance, les ressources nécessaires à ses nombreuses réformes. Mais le plan d’action que forment les diverses déclarations contient des contradictions, des dépenses imprévues, des hausses et des baisses d’impôt dont il est difficile de comprendre la logique. Bien sûr, l’opposition de gauche dénonce déjà une baisse de l’ISF qui coïncide avec une hausse de la CSG, et souligne un choix « dégueulasse », comme le dit finement Alexis Corbière, député de la France insoumise. Mais, sans entrer dans la polémique sur ce qui justifie une hausse ou une baisse d’impôts, il devient évident qu’il n’existe pas de projet chiffré, clair et précis, sur les intentions du gouvernement qui, comme ses prédécesseurs, est pris dans la tenaille : diminuer les dépenses publiques et diminuer les impôts. Or les dépenses publiques ne vont pas ralentir si toutes les décisions de François Hollande sont maintenues (les fameux huit milliards qui manquent dans le budget « insincère » de 2017) et si on démantèle 17 réacteurs nucléaires.

Le chiffrage est essentiel.

Le gouvernement, dont on ne cesse de répéter qu’il maîtrise sa communication, doit mettre un terme aux incohérences entre les déclarations que font ses membres. Cela passe sans doute par un minimum de discipline dans les ministères, même si, de toute évidence, Nicolas Hulot entend appliquer des mesures sans lesquelles il ne serait pas entré au gouvernement si elles n’avaient fait l’objet d’un accord entre lui et le président de la République. Le Premier ministre peut dire toutefois qu’il est dans le même cas : son discours de politique générale avait au moins l’avantage de la cohérence et de la prudence fiscale. Le président Macron a jugé que le report de certaines baisses d’impôt trahissait ses objectifs politiques et rendaient insupportable la hausse de la CSG. Il a donc apporté un correctif primordial aux annonces d’Édouard Philippe, sans pour autant donner la clé du financement de ses ambitions. Le chiffrage des dépenses et recettes pour cette année et l’année prochaine est indispensable à la crédibilité du pouvoir.

RICHARD LISCIA

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