L’été productif

Muriel Pénicaud : imperturbable
(Photo AFP)

Loin d’être abandonnées ou retardées, les réformes se mettent en place, en dépit de la confusion qui a régné ces dernières semaines au Parlement. C’est l’occasion de rappeler qu’il faut toujours relativiser des couacs qui ne remettent pas en question l’action politique.

LE MEILLEUR EXEMPLE de ce que j’avance, c’est le projet de loi travail qui vient de faire l’objet d’un accord entre l’Assemblée, à majorité République en marche, et le Sénat, à majorité les Républicains. Cela montre d’abord que la vaste entreprise réformiste du gouvernement n’est pas altérée par les inconsistances, les erreurs de procédure et l’apprentissage, lent et chaotique, des nouveaux députés macroniens ; et cela indique que, sur un dossier d’une inextricable complexité, qui a déjà produit dans le pays de vives rébellions, accompagnées de manifestations monstres, une forme de consensus a émergé au Parlement, pendant que le gouvernement poursuit et termine ses conversations avec les syndicats, largement associés à la réforme.
Il y aura toujours une forte opposition à un projet de loi qui brise plus d’un tabou et remet en cause les acquis sociaux. Elle existe et s’exprime à l’Assemblée tous les jours ; elle constitue le coeur de la revendication syndicale. Mais, au fond, qui croit désormais en France que cette réforme n’aura pas lieu? Qui ne sent au fond de lui-même qu’il est temps de moderniser le pays et de lui donner quelques chances de se ressaisir ? Qui ne comprend pas que, en s’opposant pour s’opposer, il se marginalise ? On peut imaginer en septembre quelques barouds d’honneur, des manifestations, des émeutes peut-être (dès lors qu’on trouvera toujours quelques centaines de malandrins prêts à casser quelques vitrines). Mais l’atmosphère générale des débats et des discussions est infiniment plus sereine que lorsque Manuel Valls a voulu réformer le code du travail au moyen de l’article 49/3 de la Constitution.

Une vente légale.

Or la loi Valls a changé beaucoup moins d’éléments essentiels du système qui régit les relations entre patron et salarié que le projet présenté par Muriel Pénicaud, ministre des Affaires sociales. Il se trouve qu’elle fait l’objet de soupçons divers qui menacent sa présence au sein du gouvernement, mais elle résiste. On lui a d’abord reproché d’avoir organisé, alors qu’elle dirigeait Business France, un organisme qui promeut l’image commerciale du pays, une visite d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, à Las Vegas. Visite qui a coûté cher (près de 400 000 euros), alors que le voyage du ministre n’a pas fait l’objet d’un appel d’offres. L’affaire n’est pas close. Ensuite, « l’Humanité », quotidien communiste a révélé que Mme Pénicaud, ancienne directrice des ressources humaines chez Danone, a vendu des actions de son entreprise, ce qui lui aurait rapporté un million d’euros en plus-value. Cependant, Muriel Pénicaud, à l’époque, n’était ni élue, ni nommée à un poste de l’exécutif. Elle a fait ce que d’autres cadres supérieurs de Danone ont fait. La vente des actions était parfaitement légale.

Transparence et « voyeurisme ».

Bien entendu, la question porte moins sur son intégrité personnelle que sur l’effet que de telles informations exercent sur l’opinion. Jusqu’à présent, Mme Pénicaud a tenu bon. Ni le président ni le Premier ministre ne semblent désireux de la remplacer, en plein débat sur la loi travail, par une autre personnalité. Pourquoi ? Parce qu’on peut penser ce qu’on veut d’un cadre qui s’enrichit par le biais de la Bourse (d’autant que Mme Pénicaud a vendu ses parts quelque temps après un plan social qui a permis à la valeur de l’action Danone de remonter), on ne peut pas nier que la ministre des Affaires sociales est ultra-compétente dans son domaine et qu’elle sait dialoguer avec les syndicats sans cris d’orfraie et sans claquements de porte. C’est un don, et le pays ne doit pas s’en priver. Peut-être aussi que l’opinion commence à réaliser qu’à aller fouiller dans le passé de leurs ministres et à tenter ainsi de les discréditer, on va parfois un peu loin. Jusqu’au « voyeurisme », dit avec assurance Mme Pénicaud. Le sort personnel de la ministre n’est pas encore décidé, une enquête sur Business France est encours et sa vente d’actions est complètement honnête. Laissons faire la justice, mais laissons aussi Muriel Pénicaud obtenir bientôt une réforme de travail qui constitue la clé de voûte de tout le programme d’Emmanuel Macron.

RICHARD LISCIA

PS-Je m’absente pendant deux semaines. Pour ceux qui m’accordent le privilège de me lire, je reviendrai le 22 août.

R.L.

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4 réponses à L’été productif

  1. Galex dit :

    Excellente synthèse d’une « Loi Travail » qu’il faut regarder sur le Fond et non sur la Forme…car les prédateurs sont nombreux pour casser la nécessaire Reconstruction du pays: Pensée Positive!
    même si cela doit faire souffrir…nous avons profité pdt assez longtemps!
    Comme vous l’indiquiez dans un précédent Billet: Édouard Philippe est un vrai Jupeiste, inébranlable, « Droit dans ses bottes », un Boxer!….dont on peut qd même s’inquiéter dans son livre où il dépeint la Médecine de façon malsaine!

  2. Delacour dit :

    Bonnes vacances et merci d’apporter un peu de bon sens dans le débat.

  3. Cassandre dit :

    Quoi que l’on puisse penser des « antécédents » de Mme Pénicaud, on peut légitimement se demander si ces « affaires » ne sortent pas opportunément pour perturber précisément la loi travail. Il reste à souhaiter qu’elle n’en sorte pas affaiblie.

  4. Josiane Blanc dit :

    J’ai toujours aimé vous lire pour la mesure de vos propos. A bientôt donc, le 22 août n’est plus très loin et vous aurez très probablement des choses intéressantes à nous dire.

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