Les États-Unis sans gouvernail

L’instinct, ennemi de la raison
(Photo AFP)

Je reviens d’un séjour aux États-Unis, où je me rends souvent, et j’en rapporte cette fois autant un sentiment de révolte à l’encontre du président Trump qu’une inquiétude au sujet du mal qu’il peut faire avant d’être battu un jour sur le plan électoral.

DONALD TRUMP est hors normes, mais remarquablement prévisible et, pour ceux qui s’intéressent à ce pays, rien ne les aura surpris de ses cinq mois de présidence, pleins de bruit et de fureur, et pendant lesquels il n’a cessé d’attiser les divisions. Les incidents de Charlottesville (Virginie), marqués par une manifestation hostile à celle de racistes blancs, de néo-nazis et de nostalgiques de l’esclavage, ont néanmoins révélé la force du mouvement démocratique qui s’oppose aux mesures prises par M. Trump. Le président ayant tenté de renvoyer dos-à-dos manifestants et contre-manifestants, le peuple américain a exprimé sa colère contre la confusion des principes à laquelle il était convié. Ce sont la qualité de la riposte, le rappel bruyant des dispositions essentielles de la Constitution, le rejet d’un président incapable de ramener le calme ou de prononcer quelques paroles susceptibles d’apaiser les passions, et, en définitive, l’affrontement entre le credo démocratique et l’incarnation, à la Maison Blanche, d’une politique extrême, qui ont démontré la fragilité du pouvoir actuel.

Ce qu’un président ne peut pas être.

Certes, rien ne menace directement le président, qui ira sans doute jusqu’au bout de son mandat malgré les enquêtes dont son entourage fait l’objet, mais il apparaît comme un homme totalement déphasé par rapport à ce qu’une majorité d’Américains attend de lui. L’enjeu de cette bataille entre le gouvernement et ses administrés ne se situe pas au niveau des partis politiques ou du fonctionnement des institutions. Il porte sur ce qu’un président américain peut être ou ne pas être. Il ne peut pas se permettre d’établir une collusion entre une faction et lui ; qu’il soit raciste ou non (je pense qu’il l’est), il ne peut pas tenir un discours qui plaît aux racistes et antisémites, lesquels font bruyamment savoir combien ils sont heureux de voir M. Trump pencher de leur côté ; même si le risque existe que le débat se limite à une question de convenances, les provocations du président deviennent insupportables quand elles touchent au droit des gens : la politique de Trump viole ce qui fonde la société américaine ; elle est composée d’immigrés, de races, de nationalités et d’ethnies multiples qui, tous, réclament le droit de vivre en paix, dans un moment historique où, pour la première fois, le pouvoir, voué à balayer, amender ou nettoyer des institutions associées au rêve américain, menace toutes les minorités. Un peu comme si les tenants de la suprématie blanche tentaient désespérément d’empêcher le raz-de-marée qui finira par empêcher l’avènement de la société d’exclusion à laquelle ils s’identifient.

« Quand on est dans le bureau ovale… »

M. Trump, cependant, ne fait que ménager des groupes qui ont voté pour lui. Il doit aussi à leur vote, et pas seulement à l’exaspération d’une classe moyenne effrayée par le risque de déclassement, d’avoir vaincu Hillary Clinton. Il mesure cependant, aujourd’hui, combien la réalité des chiffres est trompeuse. Il se rend compte que la majorité d’un jour change au fur et à mesure qu’il prend des décisions contestées. Il sait que, si’l se présentait aujourd’hui, il ne serait pas élu. Déjà, le rappel qu’il a perdu le vote populaire lors des élections de novembre dernier, lui est insupportable et il fait tout pour effacer cette vérité par la méthode des « informations alternatives », c’est-à-dire par des mensonges. Il a fini par concéder qu’il ne peut pas faire tout le programme dont il rêvait en tant que candidat. « Quand on est dans le bureau ovale, a-t-il déclaré, on est obligé de réfléchir ». Mais il restera dorénavant assis entre deux chaises et sera contraint de tenter en permanence de concilier ce qu’il appelle « ses instincts » et la raison présidentielle. Dans cet exercice, il s’expose à la paralysie. Son propre camp n’a pas voulu approuver le soutien indirect qu’il a apporté aux racistes. Il est incapable d’introduire la moindre cohérence ou logique dans ses décisions. Il menace la Corée du Nord, ce qui revient à s’abaisser à son niveau, sans donner de suite militaire ou politique à ses intentions déclarées. Il annonce l’envoi de renforts en Afghanistan alors qu’il n’a cessé de militer pour l’évacuation des forces américaines de la totalité du Moyen-Orient. Il annonce à grands cris des résultats économiques et sociaux qui résultent pourtant de la politique économique de son prédécesseur, ce Barack Obama qu’il accable de son mépris.
La mauvaise nouvelle, c’est qu’il a largement le temps de détruire le tissu social américain. La bonne, c’est le sursaut démocratique d’un peuple multiforme, bigarré, multi-culturel, où nombre de blancs se battent aux côtés des minorités pour établir avec un pouvoir mal inspiré un rapport de forces qui le fera reculer.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Les États-Unis sans gouvernail

  1. admin dit :

    L. L. écrit :

    Très exact : Trump ne s’intéresse qu’a ceux qui le soutiennent mordicus. D’ou les dérives. Il se comporte en personnalité télé : changeons le script pour voir ce que ca donnera dans les enquêtes d’audience.. Virons un tel, ce qui revient à tuer un personnage dans une série télé.. Parlons du mur, ils aiment ça. Donnons dans le racisme nu et cru, ca vend bien. Il semble confondre le bureau ovale et le plateau de « The Apprentice. » Le sursaut, espérons que ce soit celui de la democratie contre l’idiocracie qu’e Trump propose aux Américains.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *