Macron contre-attaque

Macron : même pas mal
(Photo AFP)

Si vous attendiez une riposte d’Emmanuel Macron aux critiques dont il fait l’objet et à la baisse considérable de sa cote de popularité, vous serez gâtés en lisant « le Point » qui publie un entretien-fleuve de quelque vingt pages avec le président de la République.

LE CHEF de l’État profite de l’espace généreux que lui accorde « le Point » pour exposer une vision générale de la politique qu’il entend mener, tout en répondant point par point aux récriminations de la droite et de la gauche. Par exemple, ce n’est pas pour obéir aux exigences européennes qu’il entend réduire le déficit budgétaire, c’est parce que, depuis trente ans, la France n’a fait aucun effort pour le diminuer et s’est endettée au-delà du raisonnable ; ce n’est pas pour favoriser les riches qu’il engage des réformes aussi profondes mais au contraire, le seul espoir que peuvent avoir les jeunes, les pauvres et les immigrés, c’est une transformation du code du travail, de la formation professionnelle, de l’assurance-chômage et du système de retraites ; il n’a pas non plus « diminué » de 840 milliards le budget de la Défense, il a au contraire « dégelé » des crédits qui n’avaient pas encore été dépensés, sauf l’achat de matériels nouveaux ; il n’est pas embarrassé par la démission du général de Villiers, il estime au contraire que s’il n’avait pas rappelé qu’il est, constitutionnellement, le chef des Armées, il aurait été vilipendé pour sa faiblesse : « L’autorité miliaire rend compte à l’institution civile et politique, et non le contraire. Les armées ne font pas ce qu’elles veulent et sont pas auto-pilotées » ; le « rabotage » de l’aide au logement n’empêchera pas une réforme profonde, l’année prochaine, de ce secteur particulièrement coûteux et peu efficace.

On ne juge pas en cent jours.

M. Macron rejette l’idée que le bilan de cent premiers jours aurait dû être plus positif qu’il ne l’est et que le peuple français aurait dû saluer son action, alors qu’il a entrepris, presque simultanément des changements compliqués qui ne risquaient guère de faire l’unanimité. Et il ne se prive pas de dénoncer ceux qui font tout pour affaiblir la France en tentant, mais en vain, de le mettre en minorité. Il ne croit pas qu’on puisse le juger au bout de trois mois, pas plus qu’il ne croit que les effets de sa politique seront visibles ou acceptés avant deux ans. Pour l’énorme concoction qu’il nous prépare, il réclame du temps et de la patience, même si rien lui garantit que les syndicats (la CFDT a déjà exprimé sa « déception » au sujet des ordonnances publiées aujourd’hui) et l’opposition de droite et de gauche lui en accorderont. Il n’a pas honte de réduire le nombre des emplois aidés dont il dit « qu’il s’agit trop souvent d’une perversion de la politique de l’emploi ».
Sans tomber dans la complaisance, on peut être impressionné par un texte assez long et mûrement réfléchi pour exposer à la fois une action politique, son inspiration et surtout une fermeté de la pensée qui est appliquée à l’ensemble des dossiers : ce gouvernement, nous explique en substance le président, essaie de défaire ce qui ne marche pas et de mettre en place des systèmes de gestion adaptés à ce qu’il perçoit comme l’affaiblissement de l’Occident, ou à l’ubérisation ou à la mondialisation. Le nerf des décisions, c’est donc une ligne politique à la fois nouvelle et contraignante.

Franc parler.

On lui pose, par exemple, la question sur sa polémique avec la Pologne. Le gouvernement de Varsovie est vent debout contre la réforme souhaitée par M. Macron des « emplois détachés » : des travailleurs de l’Est viennent à l’Ouest pour occuper des emplois dont les cotisations sociales sont payées dans leur pays d’origine, ce qui, évidemment, diminue sensiblement le coût de chaque emploi, mais contribue au chômage en France et ailleurs. Le gouvernement de Varsovie adopte en outre, des mesures non-conformes à l’état de droit, ce qui a été dénoncé par les instances de l’Union européenne, par l’Allemagne et par la France. La Première ministre polonaise a demandé en gros, à M. Macron, de s’occuper de ses affaires après qu’il eut dénoncé le rôle joué par la Pologne, prompte à prendre de l’Union ce qui l’avantage et à rejeter ce qui ne lui convient pas. Le président revendique son franc-parler. Il explique que, dans ses entretiens privés avec Poutine ou d’autres, il expose avec une sincérité absolue les sujets qui fâchent, ce qui lui permet ensuite de faire, sur les mêmes sujets, des déclarations publiques plutôt franches.
Non seulement, il faut mesurer l’ampleur de la tâche, mais il faut admettre que M. Macron n’a nullement l’intention de se limiter à deux ou trois dossiers essentiels. M. Macron a établi un diagnostic très complet du mal français et sa thérapie est minutieusement adaptée à ce diagnostic. Certes, le souffle du changement est si puissant, cette fois-ci, qu’il déclenche une multitude de vents contraires. M. Macron qui, à Bucarest, n’hésitait pas à dire que « les Français détestent les réformes », atténue un peu son jugement : « La France est un pays qui se réforme moins qu’il ne se transforme dans des spasmes soudains ». Voilà le danger. Le président ne s’inquiète-il pas de l’impatience et de la grogne du peuple ? Il désigne sa nuque et déclare qu’il en sent là « la brûlure ».

RICHARD LISCIA

PS-À chaque jour suffit sa peine : je commenterai demain la publication des ordonnances sur la réforme du code du travail.

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4 réponses à Macron contre-attaque

  1. Lefrançois dit :

    Encore une fois, merci et bravo pour votre commentaire ; et bravo et merci au président Macron pour sa lucidité et son courage, en sus de son intelligence…Enfin un président qui fait ce qu’il a annoncé pendant sa campagne, un président qui a du courage et une intelligence relationnelle hors du commun.
    Qu’il continue, et continuez aussi vos analyses,
    Bien cordialement
    Dr Jérôme Lefrançois

  2. JB7 dit :

    Bon courage pour votre prochain article.

  3. Barroin ... avec 2 n ! dit :

    Je fais mienne en tous points avec la réponse de Lefrancois.
    Encore bravo pour notre jeune président.

  4. Stiers dit :

    On sent un souffle nouveau, ce n’est pas le moment de s’opposer à cette chance qui s’offre à la France.

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