Changement, coup d’envoi

Philippe : quand il faut y aller…
(Photo AFP)

Le gouvernement a donc présenté aux partenaires sociaux le contenu des cinq ordonnances qui constituent le socle de la réforme du code du travail. La CGT apparaît comme le syndicat le plus hostile au texte. Le principal reproche qui lui est adressé est qu’il fait la part belle à la flexibilité et une part insuffisante à la sécurité.

L’OBJET de mon commentaire sera moins de revenir sur le contenu (très touffu) des ordonnances, largement diffusé par les médias, que d’évaluer leur chance d’être adoptées. Le gouvernement a prévu un plancher et un plafond pour les indemnités en cas de licenciement, mais il augmente de 25 % les indemnités légales. Les patrons des petites entreprises pourront négocier directement avec les salariés sans passer par les syndicats. Un « conseil d’entreprise » rassemblera les instances de représentation et aura un droit de veto dans un certain nombre de domaines. Les multinationales auront désormais le droit de procéder à des licenciements dans leurs entreprises en France, même si elles continuent à faire des profits à l’étranger.

Accueil mitigé.

L’accueil du public aux ordonnances est mitigé, si l’on en croit les premiers sondages. Le plafonnement des indemnités est la mesure la plus contestée. C’est surprenant, car on a vu de nombreux cas d’une indemnisation si élevée qu’elle mettait en danger l’entreprise, donc les salariés maintenus à leurs postes. Sans doute les multinationales ne méritent-elles pas l’avantage nouveau que leur accordent les ordonnances, car elles ont, la plupart du temps, les moyens de payer les indemnités, alors que les travailleurs, pour leur part, risquent de disparaître du marché de l’emploi. Mais les indemnités prud’homales ne sont pas conçues pour transformer les salariés en rentiers.
La principale question porte sur les réactions des partenaires sociaux et de l’opinion. Elles sont très diverses. La CFDT exprime sa déception ; Force ouvrière refuse de stigmatiser la totalité du texte et ne souhaite pas participer aux manifestations contre les ordonnances ; les petites entreprises et le patronat en général leur sont favorables ; l’opinion, sans vraiment censurer la réforme, attend surtout des résultats. Il est impossible de dire qu’une convergence politico-syndicale entre la CGT et la France insoumise créera ou non un mouvement national en faveur du rejet du code du travail. S’il est incontestable que le parti de Jean-Luc Mélenchon apparaît aujourd’hui comme l’incarnation de l’opposition à l’action gouvernementale, on ne peut rien dire de ce que l’addition des forces cégétistes et insoumises produira sur le terrain. D’autant que, dans le reste du spectre politique, la combativité est réduite par l’échec électoral. Ni la droite qui se cherche, ni l’extrême droite, particulièrement silencieuse, ni la gauche laminée ne semblent en mesure de bloquer la réforme, pas plus qu’elles ne cherchent à s’unir. Il faut se souvenir du charivari provoqué par la loi El Khomri (édulcorée et privée de toute efficacité par le débat) pour comprendre que les réactions à la réforme Macron sont raisonnables.

Sans réforme, qu’est-ce qu’on fait ?

Le président et le Premier ministre bénéficient en outre du retournement de la conjoncture, entrée dans le vert depuis le début de l’année. Il est courant de dire qu’on ne fait pas une réforme en période de récession, mais que la croissance permet, en revanche, d’imposer des changements. Depuis hier, on assiste, en fait, à quelques barouds d’honneur des représentants des grands partis, mais leurs propos cachent mal leur arrière-pensée : s’il n’y a pas de réforme, qu’est-ce qu’il y a ? L’intelligence du gouvernement a consisté à créer une nécessité, une sorte d’impératif catégorique.
Une conjonction de paramètres, économiques et psychologiques, favorise donc le bond en avant auquel M. Macron nous convie. Lucidement ou confusément, tout le monde sait que la France, en choisissant Macron, a opté pour le changement. Tout le monde devine que le pays, après trente ans d’inaction, est arrivé à maturité et qu’il ne saurait continuer sur une trajectoire historique mais rendue obsolète par la mondialisation, l’ubérisation, le chômage de masse. Tout le monde voit en outre que la France est pratiquement le dernier pays européen à s’engager dans la voie de la transformation et qu’il a pris du retard par rapport aux membres de l’Union qui ont déjà éliminé leur déficit budgétaire et amorcent la diminution de leur endettement.
Si, enfin, M. Macron semble plus dur pour les salariés que pour les entreprises, c’est parce qu’il est arrivé à une conclusion que je partage : il y a deux classes en France, celle des actifs, qui ont tout et celle des chômeurs, qui n’ont rien, et on ne parviendra jamais à abaisser le taux de chômage si l’on croit protéger les actifs en subventionnant massivement le chômage. Bien entendu, la gauche et l’extrême gauche sont favorables à la dépense publique, alors qu’elle est devenue obèse, et qu’elle est incompatible avec l’économie de marché. Le gouvernement, lui, prend ses responsabilités face au monde réel.
La réforme du code du travail créera des millions d’emplois ? Non. Elle ne sera efficace que si elle s’inscrit dans la réforme de la formation professionnelle, des retraites et de la fiscalité. L’aventure ne fait que commencer.

RICHARD LISCIA

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