Wauquiez pour la droite ?

Wauquiez « au sommet »
(Photo AFP)

Par un effet d’élimination lié aux conséquences des élections générales qui ont porté Emmanuel Macron au pouvoir, Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes apparaît aujourd’hui comme le meilleur candidat à la présidence des Républicains.

M. WAUQUIEZ a réuni dimanche quelque 1 500 sympathisants pour faire l’ascension du mont Mézenc, en Haute-Loire, imitant ainsi quelques-uns de nos illustres présidents, comme pour apporter la preuve de sa crédibilité nationale. Il ne manque, il est vrai, ni de talent ni de titres académiques. Normalien et major au concours de l’ENA, c’est un pur produit de l’élitisme français, ce qui est décrié aujourd’hui, mais n’enlève rien à l’intelligence, aux connaissances et aux capacités dont il est pourvu. Ancien ministre, ancien plus jeune député à l’Assemblée, grand, fort et sympathique, issu d’un milieu aisé, il a déjà fait un parcours impressionnant et peut dire, à 42 ans, que c’est le moment pour lui de rattraper le jeune Macron. Ce qui manque néanmoins à Laurent Wauquiez, dont l’ambition est assez démesurée pour se transformer en défaut après avoir été une qualité, c’est sans doute une continuité dans les idées. Il n’a pas attendu l’élimination de Nicolas Sarkozy et de François Fillon pour s’inscrire dans une idéologie de droite que l’on peut qualifier de « dure » et aujourd’hui, ce qu’il propose à son parti, c’est une forme renforcée de néo-sarkozysme. Ce qui lui vaut d’ailleurs toute l’affection de l’ancien président.

Le coup de Calmels.

En attendant d’être élu vers la fin de l’année à la tête de son parti, dont il veut se servir comme un tremplin vers l’élection présidentielle de 2022, Laurent Wauqiez doit exposer son programme, convaincre la plupart de ses amis politiques de son contenu et associer une majorité de LR à son projet. Quelques ralliements ne se sont pas fait attendre, principalement les sarkozystes, comme Brice Hortefeux, ou les fillonistes, comme Christian Jacob. L’événement le plus surprenant de la semaine dernière aura été celui de Virginie Calmels, ancienne égérie d’Alain Juppé, qui a fait au premier rang l’ascension du mont Mézenc après avoir expliqué qu’elle gardait précieusement ses propres convictions tout en rejoignant l’homme qui va faire le contraire de ce que souhaite Alain Juppé. A-t-elle pris une initiative très personnelle sans consulter son mentor, ou entend-elle peser sur l’idéologie de M. Wauquiez? On le saura avec le temps. Pendant que Mme Calmels joue le rassemblement, d’autres voix, et principalement celles de Valérie Pécresse et de Xavier Bertrand, font entendre un son de cloche bien différent. Ni l’une ni l’autre ne cachent leur inquiétude devant une évolution de LR plutôt bizarre et, en somme, plus marquée par l’incohérence que par un catalogue d’idées sacrilèges qui n’a pas encore été publié.
Car l’ambition de M. Wauquiez, encore elle, le dirige vers divers choix successifs et contradictoires. Il a, par exemple, publié un livre pour réclamer l’élargissement de l’Europe, puis un autre pour la réduire. Son premier réflexe fut l’humanisme (il a commencé en politique avec Jacques Barrot, centriste et chrétien-démocrate, aujourd’hui disparu), le suivant est identitaire. Aujourd’hui, il semble se refuser à se lancer dans une vaste critique de la politique sociale et économique d’Emmanuel Macron, sans doute parce qu’il n’aurait guère de succès. En revanche, il insiste sur son combat contre le « communautarisme » (mais il ne ne vise qu’une « communauté »), dénonce les liens entre terrorisme et islamisme, ce qui ne lui coûte rien, et revient aux « valeurs » chrétiennes censées définir notre identité et notre avenir. Beaucoup de gens peuvent se rallier à lui sur un programme aussi vague, mais ils déchanteront quand ils s’apercevront qu’un tel credo conduit à diviser la société et à y développer les aires de conflit.

Le gourou et le politicien.

Bizarrement, M. Wauquiez a cru bon, en outre, de se rapprocher de Patrick Buisson, ancien gourou de Sarkozy, l’homme qui, fort de son accès au président de l’époque et à sa famille, enregistrait secrètement les conversations à l’Élysée et a été condamné pour cette invraisemblable pratique. J’ai dû écrire il n’y a pas longtemps qu’en politique on ne meurt jamais. Ce n’est pas valable que pour les présidents, cela vaut aussi pour toutes sortes de gens, dont la politique est une source de revenus jusqu’à ce qu’ils trahissent le pouvoir auquel ils ont juré fidélité. Or M. Buisson, dont on répète qu’il a une intelligence exceptionnelle (celle qui a tant séduit M. Sarkozy), ne cesse de prôner une droite identitaire, implacable pour les minorités et les immigrés, et capable de prendre au Front national une grosse fraction de son électorat. L’idée a permis à Nicolas Sarkozy de l’emporter en 2007, elle l’a fait échouer en 2012. C’est alors que M. Macron est sorti du bois et a brillamment démontré que l’on pouvait gagner une élection en rejetant les extrêmes. Par quelle incompréhensible suite de rebondissements le Buisson banni de l’Élysée et condamné par la justice se retrouve-t-il en cour chez l’ami de M. Sarkozy ? Comment de criantes incompatibilités font-elles le lit de sulfureux rapprochements? S’il y a du Buisson en Wauquiez, peut-être serait-il préférable, pour LR, de choisir un autre chef de file.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Wauquiez pour la droite ?

  1. Charles Bixio dit :

    Remarquable analyse où tout est dit! Ajoutons seulement que, non content d’avoir trahi Sarkozy, Buisson, une fois son forfait découvert, s’est répandu dans tout Paris en disant que c’est Sarkozy qui l’avait trahi… Wauquiez n’a pas agit autrement avec son bienfaiteur, Jacques Barrot, qui lui avait ouvert la voie des honneurs et dont il ne semblait plus se souvenir dans les mois qui ont précédé la mort de ce dernier.

  2. Santé dit :

    Bravo pour ce parfait décryptage de la personnalité complexe et très contestable de Laurent Wauquiez!

  3. gérard morel dit :

    M. Wauquiez est, au contraire, comment peut-on ne pas le voir, le seul moyen que la droite a en sa possession pour reprendre le pouvoir. Pour commencer, lui, il est de droite, vraiment de droite.Et toute ce magma informe qui se dit de droite, les Juppé, Bertrand, Raffarin, ne sont que des centristes trés influencés par la gauche. Quand on est de droite, on ne se reconnaît pas en eux, et, bien souvent, on est parti vers le FN. M. Wauquiez ne reprend, en fin de compte, ce que la droite disait il y a une trentaine d’années. Il suffit de relire les déclarations de Poniatowski. Il est le seul à empêcher l’hémorragie vers les frontistes et, c’est sûr, à récupérer bon nombre de brebis égarée.
    Il suffit de parler avec de nombreux électeurs frontistes pour le comprendre.
    L’islamisation de la France est un fait, le refuser est de la complicité avec ceux qui ont entrepris une conquête plus grave que celle de 1940, car sournoise et souterraine. A la différence prés que cette fois, notre civilisation, nos valeurs, notre existence sont menacées.

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