Le coût d’une tempête

Annick Giradin à Saint-Martin
(Photo AFP)

On veut espérer que le bilan des victimes d’Irma, dans les deux îles fracassées par l’ouragan, ne va pas grossir avec la fouille des décombres. Pour le moment, le nombre des morts est limité à neuf, on compte une centaine de blessés et de nombreux disparus, mais les destructions sont telles qu’il faudra des mois ou des années pour rendre viable le fonctionnement de Saint-Martin et de Saint-Barth.

IL NE viendra à l’idée de personne de reprocher au gouvernement sa passivité. Il a, cette fois, réagi au quart de tour, dépêché Annick Girardin, ministre des Outremer, avec les premiers secours aériens, annoncé l’ampleur du désastre et pris l’engagement d’intervenir sur tous les plans, sanitaire, économique et financier et inscrit l’événement dans le réchauffement climatique. La France, sidérée et à peine remise des inondations et incendies de forêts, ne ménagera pas sa peine pour aider les populations sinistrées. Mais la réalité est accablante : beaucoup de foyers ont tout perdu, les centrales électriques sont arrêtées, il n’y a donc ni électricité ni eau potable et, pour remettre en service les hôpitaux, les services, les magasins, il va falloir du temps. Épargnés, les Guadeloupéens offrent leur aide et leur île sert de base arrière pour les soins et le ravitaillement. La solidarité est donc à la fois locale et nationale.

Une lourde facture.

Les dommages, dans une première évaluation bien peu convaincante, ont été chiffrés à 200 millions d’euros. Il n’est pas exagéré de penser que l’investissement requis est plutôt de l’ordre du milliard. Le retour à la vie normale de Saint-Martin et de Saint-Barth prendra donc des années, des litiges apparaîtront, comme c’est toujours le cas avec les assurances, et l’État, qui vient d’exprimer sa très grande compassion pour les victimes, sera moins généreux au moment de desserrer les cordons de la bourse, notamment parce que le gouvernement doit boucler un budget 2018 censé s’approcher de l’équilibre entre recettes et dépenses.
À plus long terme, et parce que même un sursaut planétaire en faveur de l’environnement ne porterait ses fruits qu’au bout de plusieurs décennies, va se poser la lancinante question des villes côtières, dont les infrastructures ne sont pas adaptées à des événements d’une telle violence, ni même à la montée des eaux. Irma nous a appris à tous la vacuité de la politique, de la gestion du monde par les hommes, du pouvoir que, jusqu’à présent, nous avons cru illimité, de protéger l’humanité et de réparer les dégâts causés par la nature quand elle se déchaîne. Elle n’a cessé de prouver qu’elle est infiniment plus forte que nous, ce qui devrait nous amener à la traiter avec la plus grande délicatesse, alors que nos habitudes l’insultent tous les jours. Vivre au bord de la mer est le rêve que beaucoup d’entre nous réalisent, et voilà que tout à coup, au vingt-et-unième siècle, la mer enfle et avance, le cyclone ou l’ouragan grondent, balayant tout sur leur passage, nos bicoques et nos biens, nos espoirs et un bonheur qui, soudain, devient hors de prix.
Aucune guerre n’est jamais gagnée puisqu’elle n’apporte que mort et souffrance. Contre la nature, nous devrions savoir depuis longtemps qu’il est absurde de brandir des armes. Vivre sur cette planète, c’est la respecter.

RICHARD LISCIA

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