Pauvre Allemagne !

Merkel en campagne
(Photo AFP)

Dimanche, les Allemands voteront aux législatives. Angela Merkel, chancelière et chef de file de la CDU/CSU, est censée obtenir un quatrième mandat, même si l’extrême droite (AfD) a grappillé quatre points dans les sondages, risquant ainsi de relativiser la victoire attendue de Mme Merkel.

BIEN QU’ELLE dispose de quelque 14 points d’avance sur les sociaux-démocrates du SPD, la chancelière sera contrainte, une fois encore, de constituer un gouvernement de coalition. Elle s’adressera donc au parti qui fera le meilleur score après la CDU. Le candidat du SPD, Martin Schultz, ancien président de l’Assemblée européenne, qui a quitté ses fonctions pour tenter de battre Mme Merkel, pourrait envisager de participer de nouveau à cette coalition, mais ses collègues du SPD n’ont pas l’impression que ce type de gouvernance leur profite. Cela fait douze ans qu’ils n’ont pas remporté une élection législative, ce qui fait d’eux, en quelque sorte, d’éternels seconds. Mme Merkel pourrait se tourner vers les libéraux du FDP, qui semblent revenir en force. Leurs idées européennes, malheureusement, ne sont pas en accord avec celles de la CDU. La formation du prochain gouvernement prendra donc du temps. C’est tout l’art des Allemands de se concerter longtemps avant de passer un accord garantissant la stabilité politique pendant quatre ans. Nous devrions commencer par admirer leur méthode, démocratique, subtile et intelligente.

Les faiblesses du modèle.

Mais non. Le premier réflexe en France est de décrire par le menu tout ce qui ne va pas en Allemagne. L’exercice a pris la forme de nombreux reportages, écrits, radiodiffusés ou télévisés, qui insistent sur la précarité de nombreux Allemands, soumis à des conditions de travail parfois iniques et souvent obligés de cumuler les emplois pour joindre les deux bouts. Sur une chaîne de télévision française, hier, était exposé le cas d’une femme qui, pour gagner 1 450 euros par mois, occupait trois jobs. « Le Monde » de samedi dernier a publié une enquête ravageuse sur « les faiblesses du modèle allemand ». Absence de débats de fond pendant la campagne, scandale du « dieselgate », handicap démographique, l’exposé montrait minutieusement les insuffisances de la société allemande. Aussi bien n’est-il pas question de dire que l’Allemagne, c’est le paradis. Les réformes engagées à l’aube du millénaire par le chancelier Gerhardt Schröder ont permis au pays, à l’époque où les performances économiques de l’Allemagne étaient inférieures à celles de la France, de sortir du marasme. Aujourd’hui, la dette allemande a diminué, le taux de chômage ne dépasse pas 5 %, le budget est excédentaire. Énoncer un verdict sévère sur la situation de l’Allemagne, c’est donc chercher de faux arguments pour ne pas l’envier et pour encourager le statu quo en France : dette, déficits, plus de 9 % de chômage.

Retour aux équilibres.

Mme Merkel a certainement eu de la chance : M. Schröeder a perdu les élections de 2005 parce qu’il a réformé l’économie allemande en imposant des sacrifices à ses concitoyens. Mme Merkel a bénéficié du rebond économique pour prolonger sa présence au pouvoir. Elle n’est pas restée inerte : sa rigueur, sa sobriété sémantique, son art infini de la négociation (avec les syndicats, mais aussi avec ses partenaires européens) lui ont permis de gagner trois législatives d’affilée et peut-être celles de dimanche prochain. Certaines de ses décisions ont pourtant affecté sa cote de popularité. Quand elle a accueilli à bras ouverts un millions d’immigrants clandestins en 2015, son geste a déclenché un tollé national et européen ; quand, après Fukushima, elle a décidé de fermer aussi vite que possible ses réacteurs nucléaires, elle n’a pu faire autrement que de miser sur le développement des centrales à charbon ; quand elle a imposé son point de vue à l’Europe sur la dette de la Grèce et sur la nécessité, pour tous les États de la zone euro, y compris la France, d’équilibrer leurs comptes, on lui a proposé des politiques alternatives qu’elle a rejetées (avec l’assentiment du peuple allemand, qui ne veut pas financer les déficits des autres).
Le gouvernement de Macron ne fait pas, en gros, autre chose, que de revenir aux équilibres fondamentaux, ce qui implique une diminution de la dépense publique, donc de la dépense sociale, donc davantage d’efforts. S’il parvient à « transformer » la France en dépit d’une grogne sociale dont nous n’allons pas tarder à subir les effets, il pourra faire mieux que Mme Merkel et s’attaquer enfin aux inégalités.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Pauvre Allemagne !

  1. CARON Benjamin dit :

    D’abord creuser les inégalités en pénalisant les plus faibles revenus, les plus nombreux, pour plus tard, très hypothétiquement s’attaquer aux inégalités ?
    Je ne suis pas convaincu.
    L’amélioration des bilans comptables (dette, croissance…) rend heureux les aisés. Quand beaucoup prennent conscience que mieux vivre ensemble sur Terre supposerait plutôt la décroissance globale des activités humaines inutiles (sauf à combler quelques hyper riches et financer les guerres) et polluantes.
    Rémunérer plus justement le travail, le labeur, de tous me paraîtrait plus enviable.
    Resserrer les revenus du bas en haut de l’échelle sociale serait plus heureux et plus juste.
    Les dogmes sont à réviser. Stop au mépris des hommes.

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