Le calcul de Mélenchon

Mélenchon chante la Marseillaise
(Photo AFP)

Cette série de grèves à répétition montre principalement que les effectifs des protestataires tendent à diminuer. Les manifestants sont heureux de s’opposer, il ne faut pas pour autant que la CGT leur prenne trop de temps. Pour Emmanuel Macron, le danger est-il plus politique que syndical ? Jean-Luc Mélenchon et ses amis s’agitent énormément. Mais les ordonnances, elles, sont adoptées et vont être aussitôt applicables.

M. MÉLENCHON joue un rôle d’autant moins négligeable que, même si la plupart des commentateurs ne soutiennent pas ses idées, ils l’encensent quotidiennement. Ses manières autoritaires, largement imprégnées du mépris qu’il voue à ceux qui ne partagent pas ses idées, ses numéros de prétendant à la couronne qui dénonce d’autant plus le pouvoir en place que lui-même fait partie des perdants des élections, son invention d’une légitimité alternative, très proche des réalités alternatives chères à M. Trump, lequel ne se contente pas de la vérité mais l’aime quand elle est maquillée, feraient de M. Mélenchon un personnage à peu près insupportable pour tout le monde si cette somme de travers ne séduisait énormément une bonne fraction de la population. Un sondage Odoxa publié aujourd’hui indique toutefois que 68 % des Français ne voient pas le chef de la France insoumise comme président. Il a donc assez de troupes pour conduire un soulèvement, mais pas assez pour créer la VIè République, sa vieille marotte. En même temps qu’il déploie ses stratagèmes pour conquérir le pouvoir, visiblement par les moyens hypertrophiés de l’agit-prop, qui remplacent les scrutins qu’il a perdus, il dévoile les points de sa stratégie que la majorité parlementaire et le gouvernement doivent combattre avec la dernière énergie.

Le pire choix du citoyen.

Les mésaventures du Front national traduisent le vrai rôle des partis de l’extrême. Le FN souffre aussi du fait que la France insoumise lui a ravi la place de premier parti contestataire et M. Mélenchon, qui ne respecte sa propre idéologie que pour saper l’adversaire, n’hésite pas à ouvrir les bras aux électeurs du Front. Ce sont en effet de « braves gens », comme l’écrit infailliblement une presse prudente, comme l’affirment les ténors de la politique, soucieux de ne pas s’aliéner cette forte fraction de l’électorat, comme le répète à satiété la doxa politiquement correcte. Ce seraient des démocrates dévoyés par les insuffisances de la démocratie. Vraiment ? Dans ce cas, voilà une bonne raison de rappeler qu’il leur manque une formation à la défense des principes républicains. Céder aux sirènes de l’extrémisme, d’extrême droite ou d’extrême gauche, c’est croire qu’il y a une vie décente en dehors de la démocratie. C’est le pire choix que puisse faire le citoyen.
Deux Français sur trois ont élu Macron président, deux Français sur trois refusent d’élire Mélenchon, et, parmi les 34 pour cent qui ont voté Marine Le Pen au second tour, beaucoup, semble-t-il, commencent à être lassés par le Front national. Que certains d’entre eux souhaitent troquer leur engagement avec le FN contre un autre avec LFI, ce que rien ne prouve, signifierait qu’ils se moquent de la légitimité du pouvoir. Ils sont prêts à avoir, à l’Élysée, un président inspiré par le « bolivarisme », admirateur de Castro et de Chavez et disposé à lancer en France une expérience comparable à celle de Nicolas Maduro. Ils préfèrent donc, au projet de Macron, une politique qui ruinerait la France. De « braves gens », vous dit-on.

La CGT bousculée.

Je suppose que la journée de demain, consacrée à la mécanique musculaire du mélenchonisme, sera un succès. Ce ne sont pas les syndicats, et surtout pas la CGT, qui peine à mobiliser ses troupes, qui s’en réjouiront. Ils craignent comme la peste le « remplacement » de la lutte syndicale par une agitation politique assez puissante pour troubler le pays. Au 23 septembre de Mélenchon, succèdera donc le 25 septembre de M. Martinez, qui se fera un devoir, grâce aux blocages des routes par les conducteurs de camions, de paralyser la France. Mais non, ce n’est pas pour vous empoisonner la vie. C’est pour démontrer que, dans le domaine du grabuge artificiel, un leader syndical qui ne sourit jamais est meilleur qu’un artiste de la pantomime. Je ne vois pas pourquoi, sous le prétexte que MM. Mélenchon et Martinez exercent un pouvoir avec lequel M. Macron doit compter, on oublierait de dénoncer le ridicule des deux personnages, leurs propos inquiétants, la victimisation du peuple à laquelle ils se livrent sans vergogne, l’insolvabilité du projet du premier, le super-conservatisme du second. Hier à la télévision, une femme à la recherche d’un emploi reprochait à M. Macron sa politique trop « libéraliste ». La réponse du président aurait dû être toute simple. Les ordonnances, c’est pour donner du travail aux chômeurs après que d’autres réformes auront été accomplies. C’est pour vous, Madame, que je travaille.

RICHARD LISCIA

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7 réponses à Le calcul de Mélenchon

  1. phban dit :

    Encore un bel article, mesuré et pertinent. Merci.

  2. Eve M. dit :

    Excellent article.

  3. Annie-Claude Zarrouati dit :

    Une fois de plus, bravo pour cette analyse très pertinente!

  4. Guillaumat dit :

    Avec 25,44% d’inscrits qui ne sont pas allés voter, selon les chiffres définitifs du ministère de l’intérieur, cette élection présidentielle enregistre le taux d’abstention le plus élevé pour un second tour depuis 1969. A l’époque, le duel droite-centre droit entre Georges Pompidou et Alain Poher avait été boudé par la gauche.

    L’abstention est particulièrement élevée parmi les électeurs qui avaient voté Jean-Luc Mélenchon au premier tour : 24% d’entre-eux ne se sont pas déplacés ce 7 mai. Les 18-24 ans (34%) et les chômeurs (35%) sont les catégories qui se sont le plus abstenues.

    Par ailleurs, plus de 4 millions d’électeurs (soit 8,6% des électeurs inscrits et 11,5% des votants) ont glissé un bulletin blanc ou nul dans l’urne lors de ce second tour. Il s’agit d’un record absolu sous la Ve République.

    En définitive, Emmanuel Macron a donc été élu par seulement 43,6% des électeurs inscrits, alors que le total de l’abstention et des votes blancs et nuls atteint 34%.

    Réponse
    Nous savions tout cela depuis trois mois. Quelle est votre conclusion ? Faut-il procéder à de nouvelles élections ? Ou plutôt jouer à qui perd gagne ?
    R.L.

    • Scalex dit :

      Personne n’a jamais dit qu’un président devait être élu avec 100 % des voix. Macron a obtenu, et de loin, le meilleur score. Il mérite donc largement sa place. Et si de nouvelles élections avaient lieu le mois prochain, je suis certain qu’il l’emporterait à nouveau. Et pourtant, je n’ai pas voté pour lui au premier tour.

  5. Num dit :

    Je trouve ce Mélenchon de plus en plus inquiétant : il refuse la logique institutionnelle et démocratique, appelle à l’insurrection, plaide pour une purification sociale. Un dictateur en puissance. Pourtant, les médias sont très indulgents avec lui. Bien plus qu’avec Mme Le Pen. Pourtant, il m’apparaît dangereux: on a le sentiment que s’il pouvait faire un coup d’Etat, il le ferait.

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