La course de vitesse

Mélenchon à Grenoble il y a huit jours
(Photo AFP)

En dépit d’une cote de popularité qui s’est à peine améliorée (+2% ce mois-ci) et d’un tir de barrage syndical et politique contre ses réformes, Emmanuel Macron poursuit son action. Hier encore, il proposait une réforme de la sécurité qui n’a pas déplu aux policiers. Sa martingale : changer de sujet chaque jour, de manière à ce que les forces qui lui sont hostiles soient toujours en retard d’une bataille.

EN TÉMOIGNE la « mobilisation » d’aujourd’hui contre la réforme du travail qui sera sans doute un échec comme les précédentes, alors que le débat politique tourne maintenant autour du budget de l’an prochain et de la « police de sécurité du quotidien » (PSQ), qui n’est pas, selon M. Macron un succédané de la police de proximité, celle que Nicolas Sarkozy avait abolie, mais qui lui ressemble fort. Si l’on s’en tient à l’impopularité manifeste du code du travail, de la suppression de l’ISF, de la hausse de la CSG et autres décisions qui font hurler l’opposition, on pensera que ce gouvernement va droit dans le mur. Si l’on apprend que 61 % des Français sont contre l’abolition de l’impôt sur la fortune, on se demande si le président ne doit pas y renoncer. Si on cherche la cohérence de décisions dont l’harmonie et la finalité semblent obscures, on rejoindra le camp du mécontentement. La stratégie d’Emmanuel Macron s’appuie sur un dogme clair : ne jamais céder et aller si vite dans les réformes qu’elles en deviennent un fait accompli.

10 milliards à rembourser.

La gauche et la droite ont d’ailleurs perçu le danger et campent sur l’idée fallacieuse que l’action du chef de l’Etat n’est pas légitime. La critique est virulente mais peu efficace en définitive. Jean-Luc Mélenchon lui-même se demande publiquement si son offensive tous azimuts contre le pouvoir produit des résultats. Il constate que la mobilisation faiblit, en partie parce qu’il a tenté, mais en vain, de prendre le leadership des manifestations, ce qui a indisposé les syndicats. Ils ne veulent pas être identifiés comme des organisations politiques. A quoi s’ajoute le sentiment que ni la droite ni la gauche ne sont bien placées pour donner des leçons au gouvernement. Lequel rappelle que, par décision du conseil constitutionnel, il est contraint de rembourser 10 milliards d’euros aux entreprises, à la suite d’une mesure de sur-taxation de 3 % adoptée par François Hollande en 2012, mais que la loi fondamentale n’autorise pas. Edouard Philippe, qui est boxeur, vient ainsi d’infliger un uppercut à la gauche, si décidée à saboter les réformes.

Un soupçon de provocation.`

Si la gauche ne parvient pas à transformer la mauvaise humeur populaire en descente dans la rue, la droite n’est pas mieux placée pour combattre le gouvernement. Son hostilité à la suppression de l’ISF (en vertu d’arguments totalement incompréhensibles pour le grand public), à la loi anti-terroriste, à la PSQ ne s’appuie sur aucune logique. Un gouvernement plus libéral et plus sécuritaire, qu’est-ce que la droite peut demander de plus ? M. Macron répète à l’envi qu’il n’est déterminé que par le pragmatisme, à l’écart de toute idéologie. La gauche a vite fait de dire que le pragmatisme est une nouvelle forme d’exploitation de l’homme par l’homme et la droite ne saurait surenchérir sans exposer son hypocrisie. On se demande souvent d’où M. Macron tire la confiance en lui-même qu’il affiche si imprudemment. Il y a même un soupçon de provocation dans son comportement et je ne suis pas sûr que certaines de ses déclarations qui résonnent si bruyamment dans les réseaux sociaux n’aient pas été soigneusement conçues pour retentir.
La conclusion ne peut être que la suivante : non seulement la prudence n’est pas le fort de ce président, mais, pour réformer en profondeur, il veut bousculer le pays, l’amener à réfléchir sur l’action du pouvoir et sur ses motivations. Le président ne semble pas craindre de s’immoler lui-même sur l’autel de la réforme. Il est convaincu que son programme, une fois mis en vigueur envers et contre tout, finira par faire sens et lui rendra une partie au moins de la popularité qu’il avait lors des élections.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à La course de vitesse

  1. Ellio lumbroso dit :

    Blog intéressant.
    Si je peux corriger une faute de français. Ne jamais dire : de manière à çe que, mais plutôt :
    de manière que.

    Réponse
    L’un et l’autre se disent ou se dit et j’aime bien écrire comme dans l’ancien temps.
    R.L.

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