Cherche droite désespérément

Laurent Wauquiez
(Photo AFP)

Il est convenu de dire que la droite a moins souffert que la gauche des élections de cette année. Mais à y regarder de plus près, elle n’est pas dans sa meilleure forme. Non pas qu’elle n’ait pas réussi à tracer sa route, en l’occurrence celle de Laurent Wauquiez, mais parce que l’élection plus que probable de celui-ci à la présidence des Républicains pourrait poser quelques lancinantes questions.

M. WAUQUIEZ a en effet décidé de faire campagne sur les thèmes identitaires et d’ignorer les questions économiques et sociales au sujet desquelles il peut moins se différencier du président et de son Premier ministre, lui-même issu de LR. Il bénéficie d’un certain enthousiasme au sein du parti, de sorte que son triomphe électoral est à peu près acquis, d’autant qu’il n’a que deux concurrents dont la notoriété est insuffisante, Florence Portelli et le jeune juppéiste Mael de Calan. Si M. Wauquiez n’a pas de rival du même calibre que lui, c’est parce que les autres poids-lourds LR ont pris la température du parti et ont compris que ses militants, ceux qui votent, se retrouvent dans leur grande majorité dans les idées du candidat le plus en vue, soutenu par Nicolas Sarkozy et pas désavoué du tout par un grand nombre de ténors de LR qui le jugent acceptable. De sorte que Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand, dont les convictions sont infiniment plus nuancées que celles de M. Wauqiez n’ont pas voulu participer à la compétition.

Un canevas très clair.

Mais, quelle que soit l’idéologie portée par le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, son canevas est limpide. Il s’agit d’abord de conquérir la présidence du parti pour en faire, comme jadis M. Sarkozy, le tremplin qui le propulsera à l’élection présidentielle de 2022, quitte, bien sûr, à ouvrir les bras à un nombre plus élevé de ses concitoyens que ceux qu’il séduit aujourd’hui avec son programme étriqué. Voilà une stratégie qui ne tient compte de rien, sinon de l’état déliquescent de LR et de son besoin naturel d’avoir un chef. À la marge, on critiquera le pouvoir, même si on manque d’arguments, pour bien montrer que la droite, avec ses élus, son implantation territoriale, son expérience, est bien vivante et que le jeune Macron devra tenir compte de sa présence, de son retour, de sa dynamique. En revanche, M. Wauquiez n’a pas inclus dans ses calculs le mouvement amorcé par l’émergence d’un bloc central atypique, presque spontané, qui regroupe des sensibilités parfois disparates autour des principes humanistes et européens. Chez les Républicains, M. Bertrand est sans doute celui qui a le mieux compris ce que lui-même pressentait avant les élections, à savoir que l’électorat attendait un autre discours, des idées neuves, un plan pour la France différent de ce qu’offrait l’ensemble de la classe politique. M. Wauquiez, pour sa part, a choisi d’ignorer cette sorte de tsunami qui a hissé M. Macron sur la roche la plus élevée.

Juppé prend le large.

Le prochain président de LR doit donc concurrencer le président de la République dans cet espace-là. Il ne peut feindre de ne tirer aucune leçon de ce qui s’est passé cette année et qui intrigue non seulement les Français, épatés par ce qu’ils ont fait, mais le monde. Il ne peut pas faire de la politique comme Chirac ou Sarkozy. Il ne peut suivre le trajet classique parti-pouvoir que si, dès aujourd’hui, il s’adresse au plus grand nombre. Qu’il en soit encore au repli identitaire, à répondre aux craintes sécuritaires des Français, à singer le FN indique surtout qu’il ne sait pas comment inscrire la droite dans une opposition éclairée qui se battrait sur les fronts économique et social. Dans sa tactique, il y a une fissure qui risque de se transformer en fracture. Alain Juppé rêve à un « grand mouvement central » qui allierait ses amis de la droite au centre et à la macronie. Cela signifie que toute une aile du parti, désespérant de contraindre M. Wauquiez à tenir un langage plus sincère, plus près des réalités, plus nourri de ce qui vient de changer en profondeur cette année dans le pays, songe à quitter LR et à aller voir ailleurs.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Cherche droite désespérément

  1. Num dit :

    Wauquiez a les militants. Quoi qu’on ne pense, c’est une machine de guerre dont il va bientôt pouvoir disposer.
    Les constructifs et juppéistes n’ont aucune assise populaire : ils seront dissous dans la macronie puis disparaîtront.

  2. Bas dit :

    Tout à fait d’accord avec Num. Wauquiez va faire renaître le RPR en actant l’éclatement de l’UMP devenue les LR avec séparation des UDF-UDI et des anciens RPR. L’avenir ne peut être prédit, comme l’a si bien montré la dernière élection présidentielle.

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