En Marche : premiers frondeurs

Christophe Castaner
(Photo AFP)

Une centaine d’adhérents à la République en marche ont décidé de quitter le mouvement dont ils contestent le « fonctionnement démocratique ».

EST-CE une révolte ? Une révolution ? Il s’agit plutôt d’un phénomène embarrassant pour le mouvement et pour Emmanuel Macron. Pourquoi des militants d’En Marche, dont certains occuperaient le devant de la scène, se retournent soudainement contre le pouvoir, à quelles fins se sont-ils concertés pour exprimer leur ras-le-bol, sont-ils soutenus par une fraction plus large du parti ? Les réponses à ces questions ne seront apportées qu’après le vote d’une partie du Conseil national qui aura lieu samedi à Lyon.
Le gouvernement s’est hâté de minimiser cet acte de colère à son égard. Pour comprendre, il faut remonter au choix de Christophe Castaner, actuellement secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement et porte-parole (très en vue) du gouvernement qu’Emmanuel Macron, avec une désinvolture peu respectueuse des principes, veut installer à la tête du parti. Le question a été posée, urbi et orbi, d’une décision présidentielle qui remplace de fait une élection par les militants. D’aucuns y ont vu la goutte d’eau qui fait déborder le vase, l’acte ultime, donc insupportable, de l’arbitraire présidentiel. Les godillots d’En Marche veulent être respectés et le font savoir.

Mouvement pléthorique.

Interrogé à ce sujet par « l’Express », Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat à l’Economie, s’est hâté de ramener l’affaire à ce qu’il considère comme de justes proportions : En Marche compte 386 000 adhérents qui ont voté les statuts du parti l’été dernier, ce statuts qui ont permis la procédure utilisée pour nommer le patron du mouvement. Lequel est certes pléthorique, mais hétéroclite et composé, dans sa plus grande partie, par des gens qui, naguère, faisaient de la politique ailleurs et ont donc des sensibilité très diverses. « Nous avons gagné 166 000 nouvelles adhésions depuis l’élection présidentielle », a affirmé M. Griveaux, qui est cependant bien incapable de prouver le nombre d’adhérents puisque aucune cotisation n’est exigée pour entrer à En Marche et qu’il est donc impossible de compter ceux qui arrivent et ceux qui partent ni de donner une photographie des effectifs « à jour de leurs cotisations », comme le font les autres partis.

On ne peut pas tout contrôler.

Qu’est-ce que les « dissidents » reprochent aux méthodes de M. Macron ? « Le jeu des statuts, l’opacité des instances, la loterie du tirage au sort de ceux qui ne représentent qu’un quart des voix au Conseil national. » Car samedi, M. Castaner ne sera élu que par 25 % des militants tirés au sort. Sans doute aurait-il été compliqué de réunir près de quatre cent mille personnes pour désigner leur chef de file. Il demeure qu’il est probablement sans précédent qu’un chef de parti soit nommé par le président de la République, fût-il lui-même l’incarnation d’En Marche. M. Griveaux a néanmoins reconnu qu’il y avait, parmi les protestataires, des hommes et des femmes qui sont des « têtes d’affiche » et dont le départ sera perçu comme une défaite de l’Elysée. L’anonymat de ces frondeurs d’un nouveau type est l’autre mystère de cette affaire. Ils ne révèleront leur identité que vendredi. Pourquoi ? Qu’ont-ils donc à cacher, sinon qu’ils hésitent et ne sont pas sûrs de leur décision définitive ?
En tout cas, ils ont affirmé qu’ils ne participeraient pas au vote (pour autant que la loterie les désigne).
La leçon à tirer de cette histoire est que le président, obnubilé par le comportement des frondeurs socialistes qui, pratiquement, ont forcé François Hollande à se retirer de la course présidentielle il y a un an, veut tellement lisser les aspérités de son mouvement qu’il a fini par déclencher la fronde qu’il voulait éviter. C’est le moment de lui rappeler qu’on peut, si on a la main ferme, contrôler beaucoup de personnes et beaucoup d’événements, mais qu’on ne peut pas tout contrôler tout le temps, parce que, comme il est le premier à le dire, la société française est libre. Complètement libre.

RICHARD LISCIA

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