Gauche, islam et polémiques

Edwy Plenel
(Photo AFP)

On voudrait passer à côté de cette affreuse bataille qui oppose « Charlie-Hebdo » à « Médiapart » que l’on serait accusé d’hypocrisie, de paresse et d’indifférence. La guerre verbale entre l’hebdomadaire anarchiste et le site, qui traite l’information avec les lunettes de l’extrême gauche, va bien plus loin qu’une querelle d’ego.

IL Y A en France une question, celle de l’islamisme radical, qui, malgré les attentats odieux dont notre pays et nos concitoyens ont été victimes, ne fait pas consensus. On le sait depuis longtemps, une partie de l’extrême gauche, sous le prétexte de ne pas céder à la phobie pour la religion musulmane, défend un certain nombre de figures islamistes. Tariq Ramadan en fait partie. Sa manière habile de présenter les préceptes de l’islam sous le meilleur jour, de s’appuyer sur quelques vérités, par exemple que les musulmans de France sont aussi les victimes du terrorisme, dans la mesure où il jette la suspicion sur eux, de donner, grâce à ses compétences, sa rhétorique et son comportement policé, une image universelle de sa religion qui obère le problème de la violence, a été décriée par des représentants de la gauche, par exemple Caroline Fourest, qui lui a consacré un livre sévère, ou au contraire soutenue par des hommes comme Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du « Monde », aujourd’hui patron de Médiapart, dont les téléspectateurs connaissent fort bien les idées révolutionnaires et la magnifique moustache, sans toujours savoir qu’il a lui aussi publié un livre pour défendre les musulmans.

Victimes de la guerre.

Malheureusement pour M. Plenel, M. Ramadan, victime collatérale de l’affaire Weinstein, est accusé de viol et de harcèlement sexuel par plusieurs femmes. Il bénéficie bien sûr de la présomption d’innocence, mais le mal est fait. La tentation était grande dans l’opinion de faire un raccourci et de déceler chez le prédicateur jadis égyptien mais aujourd’hui suisse, l’hypocrisie qui lui permet de prononcer en public discours et conférences sur l’islam tout en traitant avec mépris, en privé, les personnes du deuxième sexe, ce qui ne relève d’aucun des principes inscrits dans le Coran. Si, dans l’un de ses numéros récents, « Charlie-Hebdo » caricature Tariq Ramadan en le gratifiant d’un pénis énorme et lui fait dire : « Je suis le sixième pilier de l’islam », on peut grincer des dents ou en rire. Edwy Plenel, pour sa part, y voit un épisode de la « guerre » qu’une partie de la gauche mène contre le monde musulman, ce qui revient à accorder une fois de plus à M. Ramadan le statut que lui-même revendique, mais que probablement il ne mérite pas. Le mot « guerre » a fait bondir « Charlie Hebdo », dont le directeur, le dessinateur Riss, publie un éditorial vengeur pour rappeler que la guerre en question, « Charlie Hebdo » ne la fait pas, mais la subit, et lui a payé un tribut énorme : les dix journalistes et deux policiers assassinés il y a bientôt trois ans par les frères Kouachi.

Une sinistre menace.

Edwy Plenel veut garder la tête froide en toute circonstance et nous montrer qu’il ne faut pas hurler avec les loups ni faire l’amalgame entre des terroristes sanguinaires et les millions de musulmans qui vivent paisiblement en France. Mais, emporté par ses convictions, il a franchi toutes les limites. On ne fait pas la leçon à des journalistes dont les collègues ont été assassinés sur l’autel de la liberté d’expression ; on s’adresse à eux avec tout le respect que méritent des hommes et des femmes menacés de mort et qui continuent à accomplir leur travail dans des conditions qu’on ne souhaite à personne ; on ne balaie pas la violence terroriste d’un revers de la main alors qu’elle est devenue la préoccupation principale de tous les Français et qu’elle fait peser sur beaucoup de nos concitoyens une sinistre menace. De la conversation de salon, on est passé à une question de vie ou de mort ; des interminables discussions, conflits, querelles qui opposent une gauche à une autre gauche, on débouche sur cette bataille fort disproportionnée entre la caricature et la mitraillette ; du souci de M. Plenel de refaire le monde, ou plutôt de contempler un monde qui n’existe que dans ses rêves ou ses illusions, on arrive, en définitive, à excuser les pires assassins.
M. Plenel a accru encore le soupçon d’islamo-gauchisme qui pèse sur l’extrême gauche. Il s’est dressé contre un adversaire qui n’est pas le sien. Il défend, au mépris de l’objectivité dont il fait le moteur des enquêtes de « Médiapart » et de l’intégrité triomphaliste dont il s’honore, un homme qui a tout le loisir d’affronter la justice républicaine et de prouver son innocence. Comment une gauche laïque, anti-cléricale, plutôt hostile aux religions en général, en est arrivée à béatifier l’islam, y compris celui des djihadistes, à exiger d’un journal satirique qu’il se modère alors que la satire est l’art de l’exagération, à se dresser contre l’humour, à le juger choquant, avec un conformisme et une pruderie de bonne soeur jamais sortie de son couvent, je laisserai à d’autres le soin de l’expliquer.

RICHARD LISCIA

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4 réponses à Gauche, islam et polémiques

  1. deregnaucourt dit :

    Une autre grille de lecture.

    Parce que l’on ne peut pas considérer les paroles d’un Dieu comme étant supérieures aux lois de la démocratie (dés lors qu’on a fait le choix de vivre dans un pays réputé tel) l’Islam radical, est insoluble dans cette dernière et ne voit d’autres terrains pour s’épanouir, que ceux sur lesquels la violence des institutions est le reflet de ses pratiquants à appliquer au pied de la lettre des règles de vie, qui témoignent plus d’une carence en vase d’expansion imaginatif personnelle, qu’en de supposées injonctions divines.
    Telles des planches sur les vagues des démocraties, ils ne sont ni aqueux, ni terrestres, ni aériens. En fait, ils ne sont rien et c’est pour cela (je pense) que certains d’entre eux cherchent une solution qui leur confère, en effaçant d’un trait la lourde ardoise de leur passé (délinquance, drogues, emprisonnements) ce qu’ils croient être une dimension mystique ; le pouvoir de néantiser ; de conférer à leur rien (pensent-ils) une valeur universelle.

    Et quid du pouvoir de créer ?…Socrate, Platon, Aristote, Averroès, Maimonide, Léonard de Vinci, Galilée, Bach, Hugo, Einstein…Ceux là étaient des vrais génies !…Les dieux qui sont censés avoir inspirés des apôtres qui néantisent en sont-ils ?…

    Si l’on se met à se fier aux saints plutôt qu’au bon Dieu, on est vraiment mal barré.

    Réponse
    Merci, mais ce n’était pas le sujet.
    R.L.

  2. JULLIEN dit :

    Un seul mot à propos de l’article : bravo !

  3. admin dit :

    LL dit :
    Bien vu! Sans defendre M. Plenel, j’en conclus qu’il est pris au piege de sa propre coherence. Rares sont ceux qui reconnaissent qu’ils ont tort.

  4. DUDUCHE dit :

    En ce qui concerne M. Plenel, c’est plutôt d’ « incohérence » qu’il faudrait parler. Seul lui connaît la vérité, il a toujours raison.

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