Politique : l’argent domine

Le Pen chez Macron
(Photo AFP)

Ce qui arrive au Front national est rare et surprenant : deux banques qui abritaient les comptes du parti ont décidé de les fermer. Marine Le Pen, qui dénonce une atteinte au droit de compte, porte plainte. L’affaire est à la fois mystérieuse et embarrassante pour l’état de droit.

LES DEUX BANQUES sont la Société générale et HSBC. Dès lors qu’elles ne peuvent pas trahir le secret bancaire, elles se contentent d’affirmer que leurs motivations ne sont pas politiques et qu’elles appliquent la règlementation. Dans leurs échanges avec le FN, elles ont émis des doutes sur l’origine des fonds dont celui-ci dispose. Ce n’est pas un secret : le Front a emprunté 9,3 millions d’euros à une banque russe qu’il remboursera en une fois en 2019. Reçue par Emmanuel Macron au sujet des élections européennes de l’an prochain, Mme Le Pen a informé le président de ses difficultés. L’Elysée est intervenu pour que le Crédit du Nord ouvre un compte au FN. La présidente du parti, dont la position personnelle est affaiblie depuis son échec relatif aux élections et dont le parti peine à trouver une nouvelle dynamique, s’est hâtée de jouer les victimes de « l’oligarchie financière ». Elle ne peut pas nier, toutefois, que le financement des activités du Front national fait l’objet de diverses enquêtes judiciaires. Elle explique que, si elle s’est adressée à une banque russe, c’est parce que nos banques nationales refusent de lui accorder des prêts. Mais cet argent, prêté larga manu par les Russes, sent le soufre. Il ne faut pas oublier que le FN s’est constamment présenté comme le parti politique le plus intègre, celui dont la rigueur couvrirait de honte les partis qui lui sont opposés. L’expérience a simplement démontré le contraire, à savoir que le Front a, avec l’argent, une relation si étroite que, pour ne jamais en manquer, il va chercher partout où il croit pouvoir en trouver.

Le don de Fillon.

En conséquence, même si Marine Le Pen est fondée à s’insurger contre des méthodes qui portent atteinte à la vie d’un parti politique, elle n’a jamais exposé le financement de ses activités avec toute la transparence requise. L’argent continue encore aujourd’hui, malgré des réformes multiples et des lois strictes, à faire bon ménage avec la politique. L’ancien directeur de la campagne  de François Fillon, Patrick Stefanini, révèle dans un livre que, au début de l’année, M. Fillon a accordé à Nicolas Sarkozy un don de 300 000 euros pour que l’ex-président puisse boucler son budget de campagne déficitaire. En gagnant la primaire de la droite, M. Fillon avait en effet recueilli les fonds que l’État accorde à la campagne des candidats sélectionnés pour le premier tour de la présidentielle. L’ancien Premier ministre, jadis humilié par l’ancien président, semble s’être fait une joie de le dépanner au moment où lui-même faisait l’objet de soupçons qui lui valent de répondre aux questions de la justice. Cet important transfert est-il légal ? Il est en tout cas inhabituel et montre que l’argent circule sans contrôle dans les réseaux politiques.

Élus et contribuables.

Autre exemple de la relation très libre que les élus ont avec l’argent : une récente enquête a démontré qu’au moins 32 députés ont financé l’achat de leur permanence locale avec les indemnités qui leur sont versées chaque mois par l’Assemblée nationale. Certains ont revendu leur permanence, bénéficiant ainsi de sommes qui n’ont pas vocation à les enrichir, et de la plus-value. Cette pratique n’existe plus puisque, grâce à la nouvelle loi sur l’éthique en politique, les frais d’un élu doivent désormais être justifiés avant d’être remboursés. Chaque fois qu’un élu a des démêlés avec la justice, il s’empresse de dire que certaines pratiques sont légales, même si elles ne sont pas morales. Si une loi pour la moralisation de la vie politique a été adoptée, c’est justement pour écarter définitivement cet argument. Les élus doivent en effet avoir une conduite encore plus rigoureuse que celles des citoyens parce qu’ils doivent leur donner l’exemple et que, s’ils manquent à l’éthique, ils donnent le signal à tous que le dévoiement est possible, courant ou acceptable.  La nouvelle majorité à l’Assemblée nationale a fait adopter des lois qui contrôlent étroitement les salaires et indemnités des élus. Tout frais somptuaire est interdit, toute dépense doit être justifiée, les salaires eux-mêmes ont été réduits. Être député n’est plus une sinécure, mais être contribuable est un peu moins agaçant.

 

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Politique : l’argent domine

  1. Domurado dit :

    « cet argent (…) sent le souffre ». Que Marine Le Pen souffre, je veux bien l’admettre. Mais si l’expression fait référence à l’élément chimique, un « f » de « souffre » est superflu. Un dictionnaire en ligne, à défaut de la bonne vieille édition papier, ou une correction orthographique automatique pourrait aider.

    Réponse

    Bravo ! Mais vous seriez surpris de ce que fait parfois un correcteur automatique contre votre volonté. Le double f, en l’occurrence, est sa faute, ce que, avec votre bienveillance habituelle, vous considérerez comme une piètre excuse. Je ne me crois pas coupable d’avoir commis une erreur monstrueuse, étant entendu que je travaille seul sans bénéficier d’une correction humaine. Je vous remercie de votre vigilance, qui surveille si bien le nombre de lettres que, probablement, elle se moque du contenu.
    Bien à vous.
    R. L.

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