Trump trahi par l’Alabama

Roy Moore
(Photo AFP)

Le candidat démocrate à la sénatoriale de l’Alabama, Doug Jones, l’a emporté contre le candidat républicain, Roy Moore, par 49,9 % des suffrages contre 48,4%. Une victoire remportée de justesse mais qui porte un coup sévère à la présidence de Trump.

IL S’AGISSAIT seulement d’une élection partielle destinée à pourvoir un poste laissé vacant par Jeff Sessions, nommé attorney general, ou ministre de la Justice, par Donald Trump. Mais la victoire de Doug Jones était inattendue et se transforme donc en événement national : l’Alabama n’a pas eu de sénateur démocrate depuis 1992. C’est un fief du parti républicain, principalement parce que beaucoup d’électeurs noirs, lassés par une politique qui n’améliore pas leur sort, préfèrent l’abstention. Cependant, la candidature de Roy Moore, 70 ans, a été perçue comme une provocation. Président de la Cour suprême de son Etat, il avait installé devant l’immeuble abritant son tribunal une stèle de granit de 2,5 tonnes représentant les Tables de la loi et avait refusé de la faire enlever malgré une décision de la Cour suprême fédérale. En 2003, il fut donc limogé, mais il réussit à se faire réélire au même poste en 2013. Chrétien évangéliste qui place Dieu au-dessus des lois humaines, il n’en a pas moins été accusé il y a longtemps de s’être livré à des abus sexuels sur des petites filles.

Aller voter à cheval.

C’est Steve Bannon, l’ex-âme damnée de Trump, qui a incité Moore à se présenter au Sénat et c’est grâce à Bannon et contre la volonté du président que Moore a remporté la primaire, ce qui a provoqué l’ire de nombre d’électeurs habituellement abstentionnistes qui ont décidé de lui faire barrage. Mais, face au résultat de la primaire, Trump n’avait plus d’autre choix que de soutenir Moore. Mal lui en a pris. Doug Jones, ancien procureur général de l’Alabama, a été élu. Il avait fait condamner des membres du Ku-Klux-Klan coupables d’avoir incendié une église fréquentée par des Noirs, ce qui a entraîné la mort de quatre fillettes. Moore, qui était allé  à cheval au bureau de vote, a refusé de reconnaître sa défaite  et demandé un recomptage des voix qui n’aura lieu qu’entre le 26 décembre et le 4 janvier, après la certification du scrutin. Donald Trump, sans doute conscient que Moore n’était pas le meilleur cheval du parti républicain, a félicité les démocrates et leur candidat, et assuré que les républicains auraient l’occasion de gagner cette élection en 2020, lors des élections présidentielle et législatives.

Danger pour la majorité.

Ce qui dit le scrutin d’Alabama, c’est que le président et sa majorité sont en danger. Donald Trump commence à deviner que le genre d’homme qu’il est convient peut-être à la présidence, mais pas aux autres postes électifs et que, si les candidats républicains commencent à imiter ses provocations, son style et ses outrances, il risque de perdre sa majorité au Sénat, qui est de 51 sièges contre 49, alors que deux ou trois sénateurs républicains, ecoeurés par l’incompétence criante de la Maison Blanche, sont prêts à faire défection lors des  votes importants du Congrès. Trump a certes réussi à faire adopter sa réforme fiscale par le Sénat, mais il a perdu toutes ses autres batailles et notamment celle qui devait démanteler l’assurance-maladie instaurée par Barack Obama. Avant sa défaite en Alabama, le parti républicain a été battu lors de plusieurs élections partielles. La politique étrangère du président ne convainc pas grand monde dans son pays et à l’étranger. Sa gestion de la Corée du Nord est pathétique et dangereuse. Sa décision d’installer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem a été condamnée par la plupart des autres pays et déclenché de nouvelles tensions au Proche-Orient. Son protectionnisme concourt  à l’isolement croissant de l’Amérique. Il fait l’objet d’une nouvelle accusation de comportement sexuel délictueux par trois femmes.  Et l’enquête de Robert Mueller sur les ingérences russes dans la campagne électorale américaine de 2016 ne fait que commencer. A peine réveillé, ce matin, Trump a déclaré qu’il « avait raison » au sujet de Moore. Il savait qu’il échouerait. Fabuleuse intuition.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Trump trahi par l’Alabama

  1. admin dit :

    LL écrit depuis les Etats-Unis :
    Le commentaire sur Bannon est très juste. Bannon représente l’extrémisme de l' »Alt-Right », la droite ultra-conservatrice et raciste qui souhaite une Amérique à la mode Daech où les femmes n’ont pas droit à la parole, où les infidèles (non-chrétiens) sont confinés au ghetto, où les minorités ne sont pas représentees, bref où les hommes blancs et chrétiens contrôlent l’appareil politique. Une sorte de Troisième Reich Americain où le pistolet fait loi, la constitution est réduite au deuxième amendement, et la Bible devient le document juridique par excellence. Bannon fait campagne partout aux Etats-Unis et essaie de lever des fonds pour donner corps à cette vision mediévale. Il est l’exemple américain de la réaction mondiale à la globalisation, un terme devenu péjoratif – mais qui veut simplement dire que le temps des souverainetés nationales dans l’ère numérique est probablement révolu. On comprend très bien les ressorts de cette allergie à la mondialisation des idées et des échanges : la peur panique de perdre son pouvoir au profit des Noirs, des femmes, des Latinos, des juifs et des étrangers. D’où le déni systématique, dont l’exemple le plus ahurissant est celui qui touche au changement de climat. C’est la vague Bannon, la même qui a conduit au Brexit, à la montée de l’extrême-droite en Europe, et au phénomène Etat islamique, qui semble enfin avoir culminé.

  2. 443nevermoretrump006 dit :

    La défaite électorale de ce dangereux pervers annonce sans doute le début du reflux pour la clique entourant M.Trump.Les Américains se ressaisissent et c’est une très bonne chose.Le triste moment « Trump » devrait s’achever dans la déroute et le déshonneur.Le compte à rebours a donc commencé.C’est bientôt game over pour M.Trump et nous retrouvons le sourire,nous reprenons espoir.

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