Macron, l’argent et le pouvoir

Macron avec Delahousse
(Photo AFP)

On fait grand cas, dans les médias, de l’entretien accordé hier soir par Emmanuel Macron à France 2 et dont le journaliste Laurent Delahousse, toujours très à l’aise, a fait une conversation déambulatoire.  C’est une réussite médiatique mais, en réalité, le président s’est livré à peu d’effets d’annonce, convaincu qu’il est que ses affaires sont relativement en bon ordre, que sa cote de popularité atteint maintenant 52 %, et que les Français, dans leur ensemble, attendent les résultats de sa politique.

AU COURS de l’entretien, M. Macron a confirmé le changement de cap de la France au sujet de Bachar Al-Assad. La priorité, dit-il en substance, est de vaincre Daech. Ce qui laisse penser que la France acceptera de négocier des accords de paix et de reconstruction de la Syrie avec Bachar, tout en nourrissant le secret espoir que les factions qui ont participé à la lutte contre le régime finiront par se débarrasser du dictateur sanguinaire.  C’est une politique à la fois réaliste et timide, et des voix discordantes n’ont pas manqué de se faire entendre. Grâce à la Russie et à l’Iran, le président syrien a réussi à se maintenir au pouvoir, mais Vladimir Poutine est visiblement pressé de rapatrier ses troupes et personne ne peut dire aujourd’hui que les ennemis d’hier seront soudain saisis par la grâce du pacifisme.

L’usage du mot haine.

M. Macron a riposté à Laurent Wauquiez, qui affirmait récemment que le chef de l’État « avait la haine »  de la province. « C’est un commentaire que je lui laisse, a déclaré le président, ça n’apporte rien au pays, ça dit la haine pour votre serviteur, ça ne fera pas manger les Français, ça ne fera pas progresser le pays ». Le président de la République a décrit les efforts de son gouvernement pour lutter contre le chômage : réformes du code du travail, de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’assurance-chômage, et il espère que les premiers résultats de ce programme se feront sentir dans deux ans et jusqu’à la fin de son mandat. « Je fais ce que je dis, a dit M. Macron en raccompagnant son visiteur à la porte de l’Élysée. Il y a longtemps que ce n’était pas arrivé ».

L’entretien a été enregistré il y a quelques jours et ne pouvait inclure certaines informations diffusées pendant le week end. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique a publié les patrimoines de nos ministres, dont plusieurs sont millionnaires. On peut bien sûr s’étonner de ce que le champion de l’écologie, Nicolas Hulot, possède six voitures, mais la recherche de la transparence absolue est en train de transformer les observateurs en voyeurs. L’opinion doit accepter le fait que des ministres, surtout ceux qui ont occupé des postes de haute responsabilité dans le secteur privé, aient fini, avec le temps, par amasser un pécule. La notion de « richesse » est elle-même variable. Par rapport à un sans-abri, on est riche avec quelques milliers d’euros à la banque, mais on est pauvre par rapport à un capitaine d’industrie. Faut-il que nos concitoyens sachent absolument tout de ce que possèdent les ministres ? Heureusement au moins l’un d’eux, Gérald Darmanin, fait pitié avec 30 000 euros.

L’opposition n’a plus rien à dire.

De la même manière, M. Macron, qui fêtera jeudi son quarantième anniversaire, a voulu passer le week end près du château de Chambord, ce qui lui a valu toutes sortes de remarques scandaleuses. Non, il n’a pas loué un gîte pour lui et ses amis avec les deniers de l’État et il a dû le souligner trois fois. Il est tout simplement honteux d’interpeller un président au sujet de ses dépenses et de vouloir faire le tri entre ce qui lui est payé par l’État et ce qu’il paie de sa poche. Interrogé à ce sujet, Jean-Luc Mélenchon a répondu qu’il ne tenait pas à chercher des « pouilles » à M. Macron, ce qui ne l’a pas empêché de faire un long discours sur le fait qu’il est tellement républicain que le voisinage avec les symboles d’une monarchie disparue le choque. Que le château de Chambord soit une merveille architecturale visitée par de nombreux touristes étrangers, que la nation ait un passé prestigieux, fût-il monarchique, en attendant que M. Mélenchon, une fois au pouvoir, se hâte d’en faire un nouveau Venezuela, que les salaires des députés fassent l’objet de débats interminables, d’aucuns exigeant littéralement que nos élus soient payés au Smic, afin de leur faire comprendre la dure réalité de la vie d’une vaste fraction de la population française, toutes ces velléités d’appliquer à la totalité du peuple sans exception le dénominateur commun le plus bas devient absurde, contre-productif, obsessionnel, ridicule et montre surtout que l’opposition n’a plus rien à dire, sinon que la majorité la dégoûte parce qu’elle est la majorité.

RICHARD LISCIA

 

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