La vitesse et la vie

Vitesse limitée
(Photo AFP)

La limitation de la vitesse à 80 kilomètres-heure sur les routes départementales est accueillie par la grogne générale : 60 % des Français y sont hostiles. Mais le vrai sujet est ailleurs : il réside dans le sort de l’automobiliste.

LES POUVOIRS PUBLICS, depuis toujours, sont placés, par rapport à l’industrie automobile, dans une contradiction flagrante : ils l’encouragent, parce que son expansion est signe de prospérité mais ils en font aussi la source première des recettes fiscales, sans hésiter à traiter le conducteur comme un criminel potentiel. L’usage de la voiture est aussi mal vu qu’un vice comme l’alcoolisme ou le tabagisme. Il est considéré comme nocif, du point de vue de la sécurité et du point de vue de l’environnement. Le civisme consisterait à adopter la voiture électrique, les transports en commun, le vélo ou la marche, toutes options qui ne sont pas universelles pour les trajets longs ou pour les personnes âgées. L’auto est comme le reste, comme l’avion, comme la boisson, comme une foule de plaisirs : elle a perdu son charme et son romantisme. Elle n’est plus considérée comme ce merveilleux instrument de liberté qu’elle a été.

Vieilles méthodes.

Mais tout déclin commence par un apogée. Tous les gouvernements que nous avons eus, y compris celui d’Emmanuel Macron, ont très bien vu qu’ils ne peuvent pas se passer d’une production industrielle aussi importante ni des recettes fiscales qu’elle produit : 65 milliards d’euros par an, qui compensent peut-être une impôt sur le revenu insuffisant, mais qui font de l’automobiliste la « vache à lait » de l’État.  Édouard Philippe n’a pas été gêné de recourir aux vieilles méthodes qui ont déjà rapporté tant d’argent : le tarif du diesel a été augmenté pour rattraper le prix de l’essence (pour des raisons officiellement liées à l’environnement), sauf que le prix de l’essence a augmenté lui aussi. Les péages des autoroutes (privatisées) sont également à la hausse. La voiture, plus que jamais, est un luxe alors qu’elle est censée faire partie de la vie quotidienne dans tous les ménages. L’acharnement à en tirer des taxes a donc créé un déséquilibre de fait, une sorte d’injustice, entre les ruraux qui ne peuvent pas se passer de leur voiture et les urbains qui ont un accès direct aux transports en commun.

Ubuesque.

L’abaissement de la vitesse à 80 kmh ne constitue pas une mesure scandaleuse, même si rien n’en prouve l’avantage au niveau de la sécurité et des vies « économisées ». À faible allure, l’auto est toujours plus sûre. La vraie question concerne une politique automobile qui associe l’hypocrisie publique à la sauvagerie  fiscale. Nos gouvernements ont compris que, jusqu’à présent, leurs administrés n’entendent pas se priver de leur voiture. À partir de là, tous les prétextes sont bons pour assommer l’automobiliste d’impôts et de contraventions. Il ne faut pas polluer, donc il faut payer. Il ne faut pas aller vite, donc il faut payer de nouveau. Le jour où ils auront fini par décourager une bonne partie de la population, ils seront désolés des pertes d’emplois dans l’industrie et de la baisse des rentrées fiscales. Le salut réside dans un plan qui cesserait de faire du conducteur le bouc émissaire de toutes les frustrations de l’État, dans une fiscalité raisonnable, et surtout dans l’unification des mesures : il est par exemple curieux que la mairie de Paris applique une politique qui accorde la priorité à la lutte contre la pollution, mais qui est totalement indifférente aux conséquences économiques de ses interdits. D’un côté, l’État vous encourage à acheter une voiture, pour les emplois et pour les taxes ; de l’autre, les autorités municipales vous reprochent de l’avoir achetée et de vous en servir. C’est ubuesque.

RICHARD LISCIA

 

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4 réponses à La vitesse et la vie

  1. Jérôme Lefrançois dit :

    Bonsoir,

    Une fois de plus, les technocrates décident et n’ont rien compris au problème.
    Certes, moins une voiture va vite, moins les conséquences d’un accident seront graves; la logique de ce raisonnement étant de décider d’immobiliser les voitures.
    Le fond du problème, spécifiquement français, est l’accumulation croissante des incivilités au volant (et ailleurs), la consommation d’alcool (la seule alcoolémie compatible avec la sécurité en voiture est le taux zéro), et de divers stupéfiants.
    La solution passe donc par l’éducation des automobilistes, d’abord à l’école, à la vie collective et au respect des autres (le nouveau ministre de l’Education semble vraiment prometteur, et cela change franchement de ses nombreux prédécesseurs), puis lors des apprentissages de la conduite automobile.
    Les solutions concernant les limitations de vitesse sont aussi intelligentes que de casser le thermomètre en cas de fièvre…Pour éviter une infection grave, dont une fièvre serait révélatrice, il ne suffira pas d’ignorer ou de tenter de supprimer la fièvre.
    Nos amis allemands ont des espaces de vitesse libre sur leurs autoroutes, et deux fois moins de morts sur les routes que les Français. Mais il ont un esprit civique et un sens de la discipline vraiment différents de ceux des Français.
    Seulement, les crânes d’oeuf derrière leurs bureaux en acajou, qui se déplacent dans des voitures conduites par des chauffeurs, et derrière des motards de la police ou de la gendarmerie qui leur ouvrent la route, ne peuvent pas (ou ne veulent pas) comprendre.
    L’amélioration pendant plusieurs années des statistiques de mortalité routière est venue beaucoup plus des progrès accomplis par les constructeurs automobiles, et des améliorations des infrastructures routières (lorsqu’elles existaient).
    Nos autoroutes sont les lieux les plus sûrs pour se déplacer en voiture, et là où il y a (de très loin) le moins de morts sur la route, et là où on roule le plus vite !
    La vitesse tue lorsqu’elle est excessive par rapport à la configuration d’un lieu (par exemple une traversée de village) et par rapport aux capacités du conducteur.
    L’interdiction du téléphone mobile au volant, avec une répression sévère (sauf pour les installations blue tooth) me paraît par contre une très bonne mesure.
    Bien cordialement,
    Dr Jérôme Lefrançois (conducteur depuis 47 années, ayant parcouru près de 100 000 km par an pendant 30 ans, et parcourant encore 40000 Km par an, avec 12 points au permis).

    • phban dit :

      Ah les anti-limitations de vitesse ! Depuis trente ans, toujours les mêmes arguments pseudo-rationnels, les mêmes références faussées (les mythiques autoroutes d’Allemagne), l’appel vibrant à l’éducation (qui donnera ses premiers résultats, au mieux, dans dix ou quinze ans, quand il n’y aura plus de voitures à conduire). Bla-bla-bla, bla-bla-bla, j’entends vrombir le moteur sous ces discours en forme de « Mais laissez-moi foncer comme j’ai envie, moi je suis un super pilote infaillible ! »
      La baisse du nombre d’accidents coïncide avec les premières mesures coercitives, est-ce un hasard ? Le reste, c’est la ratiocination classique des personnes souffrant d’accoutumance sans vouloir l’admettre (alcooliques entre autres).

  2. phban dit :

    Cet article me semble assez peu inspiré. Vous mélangez la lutte contre l’insécurité routière, indispensable, avec des considérations fiscales et économiques un peu faciles.
    Diminuer le nombre de blessés et de tués sur nos routes, même au prix de quelques contraintes supplémentaires, me semble un objectif digne d’intérêt et qui devrait rassembler toutes les personnes raisonnables. Beaucoup a été fait, il faut persévérer. Prenons l’exemple de la Suisse, où la vitesse est limitée à 80 depuis des années et qui a la palme en matière de sécurité routière.

  3. mathieu dit :

    Je trouve, quant à moi, l’analyse de M. Liscia très pertinente. Quel est le paramètre, en matière de « délinquance (!) routière », le plus immédiatement lucratif et au ratio économique le plus favorable? l’alcool au volant?, les stupéfiants, la ceinture de sécurité ? l’état du véhicule? la présence du gilet fluo et du triangle? (sans oublier la délinquance de l’état qui n’entretient pas les infrastructures…)
    Tout cela rapporte un peu bien sûr, mais une misère, puisque le recouvrement de cette amende nationale collective demande un grand, coûteux, et de toutes façons indisponible, déploiement de ressources humaines policières.
    Rentabilité sans comparaison avec le contrôle de la vitesse, où l’intervention humaine est marginale, l’opération de recouvrement de cet impôt nouveau du 21ème siècle étant confié à la machine, miraculeuse invention qui garde le gendarme en RTT: le radar, à l’ouvrage par tous les temps, 24h/24, qui flashera à 2h du matin, tout irresponsable qui, sur une route droite déserte, s’oublierait au-delà des 80km/h…
    Tout cela est naturel, mais qu’on le dise franchement, nom de D.! au lieu de faire pleurer Margot avec les quelques vies prétendument perdues en 2017, par la faute de quelques fous qui ont sûrement roulé à 85km/h!!

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