Le retour de l’Allemagne

Merkel et Schulz (SPD)
(Photo AFP)

Angela Merkel a enfin trouvé les modalités d’un accord avec le SPD (sociaux-démocrates) qui doit, au préalable, soumettre le texte à ses militants. Au terme d’une négociation qui a duré près de quatre mois, l’Allemagne devrait donc avoir enfin un nouveau gouvernement de coalition.

CE NE SERA PAS pour autant l’occasion d’une joyeuse célébration. Les élections législatives de septembre, outre qu’elles ont favorisé la puissante émergence de l’extrême droite, ont renvoyé l’Allemagne au statu quo, c’est-à-dire à une coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates, alors que ceux-ci avaient juré, après avoir pris une trempée électorale, qu’ils passeraient avec armes et bagages dans l’opposition. Le président allemand, Franz-Walter Steinmeier, a dû intervenir dans le débat et sommer les partis de trouver une solution, en insistant sur leur devoir civique de gouverner, surtout en ces temps troublés. Il n’est d’ailleurs pas certain que la base du SPD se montre très enthousiaste à l’idée de reprendre du service. Elle est victime du syndrome des coalitions, qui affaiblissent le parti censé oeuvrer dans l’opposition mais qui s’est rallié au pouvoir pour ne pas chômer. L’expérience, hélas pour elle, a démontré que sa participation à la politique conduite par Mme Merkel lui a coûté un nombre élevé de suffrages.

Le choc migratoire.

Ce n’est pas d’ailleurs que les électeurs allemands, aient souhaité un programme plus enraciné dans les idées de gauche. Ce qui a déstabilisé l’Allemagne, c’est l’immigration. La générosité de la chancelière, qui a ouvert les bras à près d’un millions d’immigrés,  a été sanctionnée en septembre par le score de l’AfD, Alternative für Deutschland, qui a remporté 12,6 des voix et a pu installer quelque 90 députés au Bundestag. L’extrême droite n’a réussi son coup qu’au détriment de la CDU (les conservateurs de Mme Merkel) et du SPD, qui ont obtenu de très mauvais résultats mais dont les voix additionnées leur permettent d’avoir la majorité absolue.

Ce n’est pas une bonne façon d’aborder les complexes problèmes de 2018 et au-delà. Mais l’Allemagne n’est pas un petit pays aux institutions fragiles qu’emporte la moindre tempête. En 2017, elle a confirmé, par des résultats économiques brillantissimes, qu’elle est à sa manière une grande puissance. La croissance allemande a atteint 2,2 % l’année dernière, son excédent budgétaire, colossal, est de 38 milliards d’euros, son excédent commercial dépasse les 200 milliards. Alors que la France affiche des résultats affligeants, avec un déficit budgétaire de 3 % (et peut-être un peu plus), un déficit du commerce extérieur qui n’a jamais été aussi élevé : 60 milliards, mais une croissance améliorée et une reprise de l’emploi.

Les excès de la vertu allemande.

Ce qui se passe en Allemagne nous intéresse à plus d’un titre car Emmanuel Macron veut « refonder » l’Europe et il sait qu’il ne peut le faire sans une coopération étroite avec Berlin, même si Jean-Luc Mélenchon préfèrerait une association avec d’autres membres de l’Union. Mme Merkel ne peut que tirer les conclusions de ce qui lui est arrivé : d’abord, l’humanisme en matière d’immigration est vivement combattu par les électorats européens. C’est une donnée dont il faut impérativement tenir compte si l’on veut rester au pouvoir et qui explique que M. Macron veuille durcir sa politique en la matière ; ensuite, s’il est vrai que le peuple allemand n’engrange que les bienfaits produits par ses vertus, un excédent budgétaire et commercial disproportionné n’est pas un avantage mais un sérieux problème qui doit certes être corrigé par l’amélioration des structures de production chez les concurrents de l’Allemagne,  mais aussi par une politique économique allemande  d’augmentation du pouvoir d’achat et de la dépense de consommation pour rétablir la balance commerciale.

En d’autres termes, M. Macron qui, à ce jour, n’a pas donné complètement satisfaction à Mme Merkel, a maintenant un reproche à lui faire sur le thème des excédents excessifs. Et, à partir d’une double correction en France et en Allemagne, les deux pays pourront envisager des réformes européennes que la chancelière, naguère hostile, peut considérer avec l’oeil neuf  de la dirigeante passée par les tourments électoraux que lui a infligés la percée de l’AfD. Le contexte, en quelque sorte, s’est amélioré. Il permet une meilleure compréhension entre Paris et Berlin. Il reste à savoir comment les membres de la coalition allemande percevront l’influence du président français.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Le retour de l’Allemagne

  1. admin dit :

    LL dit :
    Mais quelle capacité de survie !

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