Le PS a la fièvre

Julien Dray
(Photo AFP)

Le parti socialiste est à la recherche d’un Premier secrétaire et cette quête est l’occasion, pour les candidats déjà nombreux, de choisir la polémique pour mieux se mettre en valeur.

LA PREMIÈRE question porte sur l’intérêt de diriger le PS, après sa déroute électorale. Il faut beaucoup de courage et de volonté pour croire qu’on parviendra à le réformer en en prenant la tête. Alleluia, il y a des candidats : Julien Dray s’est déclaré hier, mais avant lui, Olivier Faure, chef de la Nouvelle Gauche, avait indiqué son intention de se présenter, Delphine Batho, ancienne ministre limogée par François Hollande après quelques semaines au ministère de l’Environnement, veut changer « la petite mafia » que serait devenu le parti. Stéphane Le Foll, ancien ministre de l’Agriculture et ancien porte-parole du gouvernement, estime avoir les qualités pour être élu ; Luc Carvounas, ancien vallsiste qui s’est éloigné de l’ancien Premier ministre et Emmanuel Maurel, qui a participé à la campagne de Benoît Hamon, sont également sur les rangs. À part M. Le Foll, ces candidats sont fortement connotés à gauche alors que le PS a surtout besoin d’un manager capable de gérer les conflits de tendance qui ont conduit le parti à la débâcle électorale.

Un débat déjà dévoyé sur l’immigration.

Sollicités par les médias, les candidats à la fonction la moins attractive de France se sont efforcés d’apparaître comme les animateurs d’un contre-pouvoir et ont donc réservé leurs flèches les plus acérées à la politique d’immigration du gouvernement. Sans doute auraient-ils eu moins de succès s’ils avaient pris pour cible sa politique économique. Mais au moins auraient-ils pu le faire avec un minimum de prudence. En cause, la circulaire publiée il y a quelques jours par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, et qui autorise des fonctionnaires à se rendre dans les camps de rétention pour en faire le recensement. M. Dray y a vu un prélude à des « rafles ». Quand on sait à quoi ont correspondu les rafles des milices qui allaient chercher les juifs dans la rue sous l’occupation, l’expression est glaçante. Mais elle est inutilement  excessive. On se demande en outre quel succès aurait un PS revenu au pouvoir et qui ouvrirait ses bras à tous les immigrés de la terre, ce qu’il n’a jamais fait.

Le sujet de l’immigration mérite beaucoup mieux que ce genre d’analyse opportuniste et le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, ne s’est pas privé de le faire savoir. Annoncer une politique d’immigration généreuse, c’est se mettre dans la situation d’Angela Merkel, qui a laissé entrer près d’un million de migrants et a été mise en difficulté lors des élections législatives de septembre dernier, même si elle a pris ensuite des mesures pour fixer en Turquie les clandestins venus du Proche-Orient. Mme Batho est donc la seule à faire campagne sur le thème du redressement éthique du PS, position qui n’est pas très éloignée d’un projet d’épuration. Il y aura bien un moment où les socialistes devront se compter et ils s’apercevront alors qu’ils ne sont plus très nombreux. Au lieu de tenter de calmer le jeu, de trouver des zones de conciliation entre leurs divers courants, de chercher un peu d’unité, les voilà qui durcissent le débat politique, alors que ceux qui ont déjà quitté le PS lui adressent la même critique générale, inspirée par leur parcours de gauche, même si ce créneau est largement occupé par la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

D’abord, être élu.

Benoît Hamon, qui a quitté le PS après avoir remporté un peu plus de six pour cent des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle (et ne semble nullement découragé par cet échec), fait lui aussi de la surenchère. Il estime que la politique d’immigration du gouvernement « viole les principes sacrés de la République ». Ce qui est surprenant, ce n’est pas que l’on dise n’importe quoi sur n’importe quel sujet. C’est que l’on nourrisse des projets qui n’ont aucune chance d’aboutir. Aujourd’hui, si vous êtes candidats à quelque poste électif en France et en Europe et que vous annoncez votre volonté d’engager un programme d’immigration généreux et sans limite, vous serez battu. Avant de mettre ses idées en pratique, il faut être élu. Vous aurez beau dénoncer l’adversaire en le décrivant comme un monstre, les citoyens ne voteront pas pour le moins raisonnable.

RICHARD LISCIA

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