Croissance, heur ou malheur

Bruno Le Maire, ministre de l’Economie
(Photo AFP)

Non sans triomphalisme, le gouvernement a annoncé que la croissance du produit intérieur brut français (PIB) avait progressé de 1,9 % en 2017. Ce succès, salué et revendiqué par tous, y compris les amis de François Hollande, est accueilli avec une joie publique très éloignée des jugements antérieurs qui mettaient en cause le calcul même de la croissance.

INEXISTANTE ou, en tout cas, très médiocre depuis la crise de 2008, la croissance fait son retour. Il  a été précédé de remises en cause pendant près de dix ans. L’analyse critique du PIB a d’abord été soutenue par les défenseurs de l’environnement qui reprochent au mode de calcul actuel (l’addition chiffrée des créations de richesses) de ne pas prendre en compte les atteintes à la planète infligées par le développement économique. Un simple exemple : on ne peut pas dire que l’électricité nucléaire est « propre » et à bon marché si on n’inclut pas la totalité des investissements pour construire les centrales, puis pour les démanteler, puis pour stocker les déchets nucléaires. Argument imparable. D’autres semblent s’être lassés d’attendre une croissance qui n’arrivait pas et en sont venus à croire que les sociétés humaines pouvaient s’en passer : la croissance n’est pas indispensable en soi, ce qui compte, c’est la qualité de vie. Si le chômage est bien rémunéré, si l’air est propre, si on peut vivre avec peu d’argent, on est beaucoup moins dépendant de la croissance. Le problème est que, en France, on n’est jamais parvenu à ce frugal bonheur.

C’est grâce à moi.

Pendant que se poursuit le débat, nos dirigeants, eux, et de quelque bord qu’ils soient, scrutaient l’horizon pour voir si, comme Anne, ils ne voyaient rien venir. L’ayant aperçue l’an dernier qui surgissait au loin dans le nuage de poussière créé par les polémiques, ils ont exprimé bruyamment leur enthousiasme. A tel point que, aujourd’hui, nombreux sont ceux qui estiment en être les responsables. Le gouvernement, bien sûr, qui travaille depuis sept mois, mais aussi les hollandais qui affirment qu’elle résulte des mesures adoptées par l’ancien président, CICE et pacte de compétitivité. On ne sera pas assez mesquin pour les priver de leur satisfaction. On posera d’autres questions : la croissance à 1,9 % est-elle suffisante ?  Elle n’a eu qu’un impact très modéré sur l’évolution de l’emploi : nous avons créé 250 000 emplois en 2017, mais huit cent mille personnes se sont présentées sur le marché du travail alors que seulement 660 000 seniors prenaient leur retraite, soit un « surplus » de chômeurs de l’ordre de 140 000. Le taux de chômage n’a donc diminué que de manière insatisfaisante et se situe aujourd’hui à 9,6 %.

Moins que la moyenne européenne.

Autre question : dans l’Union européenne, le PIB a bondi de 2,5 %. Ce qui signifie que, si notre croissance est honorable, elle est tout de même inférieure à la moyenne européenne et que cette différence de 0,6 % nous empêche de retrouver des indices comparables à ceux de l’Union, qu’il s’agisse du commerce extérieur, de l’emploi et du taux d’industrialisation de notre pays, figé à 12% de la production brute alors que, ailleurs , il est de 15 ou 17 %. Bien entendu, nous serions fous de bouder un résultat que nous avons tant espéré. De même que ne sont pas raisonnables ceux qui, désespérant de la croissance, veulent l’ôter des statistiques. Les calculs réalisés chaque année nous offrent une bonne mesure de l’état de santé économique et social de la France. La croissance, certes, n’empêche pas les inégalités et parfois les accroît. L’environnement y est présent par les investissements dans les énergies renouvelables. La croissance n’a de sens que dans la mesure où elle contribue à la création d’emplois. Elle n’est pas encore assez forte pour faire baisser le taux de chômage de manière significative.

Il serait bon d’adopter un consensus sur la croissance. On ne peut pas la négliger quand elle est absente et l’exalter quand elle revient.  Il n’est pas difficile d’admettre qu’elle donne une indication sur l’état des lieux, que ses pannes sont coûteuses, et ses rebonds revivifiants. Dans une société apaisée, réformée, munie d’instruments efficaces pour travailler, il sera toujours temps de repenser la croissance en termes climatiques, environnementaux et d’égalité sociale.

RICHARD LISCIA

 

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2 réponses à Croissance, heur ou malheur

  1. ostré dit :

    Tiens ? On arrive à la décroissance ?
    La croissance n’a jamais créé d’emplois. Plutôt en supprimer avec le développement des machines
    et elle ne profite qu’aux plus riches.

  2. vercoustre dit :

    Intéressante réflexion. À propos du chômage, les statistiques de l’INSEE ne collent pas avec celles de Pôle emploi. Selon l’INSEE c’est bien 120 000 demandeurs d’emplois en moins que compte le pays en 2017. Nos résultats en matière de chômage sont moins bons que l’Allemagne ou l’Italie parce que notre démographie est plus forte. Ce qui entraîne un nombre élevé de demandeurs d’emplois sur le marché du travail. Là où l’Allemagne peut perdre 70 000 emplois par an et rester stable, il nous faut créer 140 000 emplois pour arriver au même résultat.

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