Syrie : l’embrasement

Netanyahu, hier à Jérusalem
(Photo AFP)

Des forces iraniennes ayant envoyé un drone au-dessus du territoire israélien, la chasse israélienne a riposté et un appareil de l’Etat hébreu a été détruit, ce qui est sans précédent depuis la guerre du Liban. Les deux pilotes, blessés, ont été recueillis par les services de secours.

IL NE S’AGIT pas d’un épisode sans importance dans la guerre civile de Syrie. Il souligne la gravité du conflit auquel Vladimir Poutine croit  avoir mis un terme alors qu’il fait rage plus que jamais. Les Turcs tentent d’écraser les Kurdes dans le nord. Les Iraniens et leurs affidés du Hezbollah libanais menacent la frontière nord d’Israël, tandis que des éléments de Daech continuent à guerroyer, que Bachar Al-Assad assassine sa population au chlore, que des combats incessants opposent les forces loyalistes aux forces islamistes.  Sans compter les Américains, qui ont eu un accrochage sanglant jeudi dernier, avec des forces de Bachar, qu’elles ont repoussées, pour défendre une milice syro-kurde, les FDS. Menacé par à peu près toutes les parties en présence (sauf les Kurdes et les Américains), Israël est bien obligé de protéger sa frontière. Ce que n’a pas manqué d’expliquer le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Contradictions turques.

Depuis longtemps, Israël bombarde les positions du Hezbollah et les transports d’armements iraniens à travers la Syrie. Autant on peut se satisfaire de l’accord nucléaire conclu avec l’Iran, autant il faut se souvenir qu’il n’a pris aucun autre engagement que le gel de sa recherche atomique. Le gouvernement israélien a pris fermement position contre l’accord, de même que le gouvernement américain.  On peut le regretter, on ne doit pas jeter un voile sur une détérioration de la crise syrienne qui risque de s’étendre non seulement à Israël,mais au Liban et à la Jordanie, alors que, au Yémen, l’Arabie saoudite est confrontée à un soulèvement houtiste qui se traduit par la famine et par la destruction du pays. Dans l’affaire syrienne, le président Poutine a pris ses responsabilités. Contre les Occidentaux, il a choisi le camp de Bachar, s’alliant avec le dictateur le plus sanguinaire de la région. La Turquie, jamais à court d’une politique de force, a rejoint le camp russe, alors que le président Erdogan voue à Bachar une haine inexpiable.

Un échec de Poutine.

Les Turcs ne sont pas embarrassés non plus par la présence militaire de l’Iran en Syrie. Il est pourtant évident que la Turquie sunnite est en concurrence avec l’Iran chiite pour le leadership du monde musulman. M. Erdogan compte d’abord empêcher les Kurdes de menacer sa frontière sud-est, sans doute avec l’idée de combattre plus tard les Iraniens. Vaste programme, bourré de contradictions et qui implique une complicité opportuniste avec la Russie. On peut être certain que si les Russes et les Turcs parvenaient à leurs fins, ils se querelleraient ensuite sur les décombres de la Syrie.  La situation est d’autant plus compliquée que la Turquie appartient à l’OTAN et que des règles régissent ses relations avec ses alliés, eux-mêmes embarrassés par un régime turc de plus en plus autoritaire, qui a pratiquement bafoué toutes les libertés et en fait à sa guise parce que la Turquie occupe à l’est de l’Europe une position stratégique de la plus haute importance.

Pour le moment, M. Poutine joue sur tous ces tableaux, mais il est bien obligé de dresser de son action politico-militaire un bilan négatif puisqu’il avait promis une paix improbable et, maintenant, impossible. Il apprend de cette manière la difficulté d’acquérir le rôle de superpuissance. Il croyait apaiser la crise syrienne en quelques mois de violence sans précédent contre les insurgés syriens et, accessoirement, contre l’Etat islamique. Il s’aperçoit que, entretemps, d’autres forces ont surgi, qui viennent de Turquie, d’Irak, d’Iran,  d’un peu partout, et dont chacune d’elles a son propre agenda qui ne correspond ni à celui de la Russie ni à celui de Bachar. Poutine a apporté au régime syrien une victoire à la Pyrrhus que les Turcs et les Iraniens viennent de faire voler en éclats en convoquant dans cette effroyable mêlée la puissance militaire israélienne, toujours déployée avec vigueur quand il s’agit de protéger le sol de l’Etat juif.

RICHARD LISCIA

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6 réponses à Syrie : l’embrasement

  1. admin dit :

    LL dit :
    Bien vu ! La Turquie qui est responsable au premier chef de l’embrasement récent. R. Liscia a
    raison : :rien n’est réglé en Syrie, au contraire ; il est clair que l’Iran et le Hezbollah cherchent à consolider des positions offensives en direction d’Israël. Curieux retournement où, à part Daech, qui est une sorte d’aberration, le chiisme est devenu l’ennemi universel au Moyen-Orient. Secrètement, les pays sunnites et Israël sont des alliés de fait contre cet ennemi commun. C’est la Turquie, sous la houlette d’un Erdogan qui se révèle affreux, qui joue un jeu cynique pour pouvoir écraser les Kurdes. Je ne serais pas étonné que cela se retourne contre les Turcs.

  2. PICOT dit :

    Vous êtes sûr, M. Liscia, qu’il s’agit bien d’une guerre civile? Vraiment très douteux. Et comment savez vous que Bachar balance du chlore? Nous attendons toujours des preuves incontestables. Et que font les Etats-Unis toujours en Syrie alors qu’ils n’ont plus de raison d’y être puisque l’EI est vaincue, du moins sur le plan militaire nous dit-on ? Ils y sont de façon parfaitement illégale, contrairement aux Russes, qu’il ne faut pas sous estimer. Pas une grande puissance? Ils démontrent petit à petit le contraire, semble-t-il.

    Réponse
    Je suis bien entendu absolument sûr de ce que j’avance. Mais vous avez le droit de vous tromper.
    R.L.

    • Picot dit :

      Je ne demande qu’à être convaincu.
      Donc, puisque vous en êtes sûr, vous allez pouvoir me citer les sources qui démontrent par a+b que Bachar a bien utilisé du chlore ou autres joyeusetés envers ses adversaires, car pour ma part je ne les ai pas encore trouvées.

      Réponse
      Je n’ai pas à relever ce genre de défi, je ne suis pas aux ordres. Si vous n’êtes pas content, ne me lisez pas, mais il vous sufffira de lire la presse étrangère et française sur l’usage du chlore par le régime de Bachar. De toute façon, vous êtes avec Bachar, avec Poutine, et c’est votre problème, pas le mien.
      R.L.

  3. Michel de Guibert dit :

    Il faudrait sortir d’une vision aussi manichéenne des conflits au Proche et au Moyen Orient !

    Réponse
    Manichéenne ? Vous avez des doutes sur la sauvagerie de ce qui se passe en Syrie ? Vous êtes dans quel camp ? Celui qui massacre les Kurdes ? Celui de l’Iran ? Celui de Bachar ?
    R.L.

    • Michel de Guibert dit :

      Dans une guerre civile, de plus aggravée par toutes sortes d’interventions étrangères et de manipulations de l’information, les horreurs sont des deux côtés.
      Il n’ a pas d’un côté les gentils et de l’autre côté les méchants, d’un côté le camp du bien et de l’autre l’empire du mal ; cette vision de George W. Bush n’a pas servi la paix et a fait beaucoup de mal.
      Je ne suis pas dans un camp, et il me semble que ce n’est pas notre rôle, ni comme médecin ni comme journaliste, d’être dans un camp.

      Réponse
      Si je ne donnais pas chaque jour une opinion vigoureuse sur des sujets divers, vous n’auriez pas le loisir de me répondre et vous n’occuperiez pas l’espace croissant qui vous est imparti. Je n’ai jamais donné de leçon de médecine, je n’accepte aucune leçon de journalisme. Je suis dans le camp hostile à la barbarie. Votre amalgame entre l’invasion de l’Irak par Bush et la guerre civile en Syrie est insignifiant. Bush n’a pas envahi la Syrie, le printemps arabe est à l’origine de ce qui s’y passe. Poutine aide un dictateur sanguinaire à rester en place, c’est-à-dire sur les décombres de son pays. Si vous considérez ce genre d’analyse comme manichéen, je n’y peux rien, mais heureusement j’ai encore des lecteurs qui partagent mon point de vue.
      R.L.

  4. Réponse à votre article « Syrie : l¹embrasement ».
    Il est très instructif au niveau factuel.
    Mais demeure obscur pour comprendre la dynamique des systèmes en cours.
    Nous sommes face à la fin d¹un cycle qui a débuté avec Ismael et
    Israel/Jacob. Ca fait un sacré bail, OK.
    La fin d¹un cycle est caractérisée par des phénomènes objectifs observables par
    tous ( le fameux mieux de la mort des vieux médecins, l¹accélération de votre
    tondeuse à gazon juste avant la panne sèche). Le cycle qui finit ( par ex
    cycle de Krebs) ne laisse jamais rien du tout en disparaissant, mais des
    briques pour que naisse un autre cycle.
    Fin d¹un cycle, c¹est aussi rapprochement des inconciliables :
    Iran-Israel-Turquie-Russie. Y compris par armes, mille fois hélas, en Corée
    moins brutalement par équipes olympiques mondialement médiatisées.
    Rapprochement-affrontement qui ne peut donner lieu qu¹à ce que les grandes
    traditions du monde, si considérées par notre modernité comme folles, nomment
    : l¹union des contraires. Et cette union paradoxale inévitable Israel-Ismael
    enfin dédoublé chiites-sunnites vivra son propre cycle dont aucun analyste,
    aussi savant soit-il, ne peut prévoir quoi que ce soit. Souvenons-nous de la
    chute du mur de Berlin, de l¹effondrement de tous les grands empires, de mai
    68.

    Abscons tout cela, j¹admets.
    Où j¹ai trouvé les biscuits pour oser dire quelque chose d¹aussi décalé là
    dessus, alors que ce n¹est pas ma partie de modeste généraliste retraité ?
    Dans le bouquin La Face Cachée du Cerveau que j¹ai présenté à
    http://www.exmed.org/archives18/circu1053.html Š

    Un article sans biographie n¹est que l¹expression d¹une humeur ou de croyances
    personnelles sans portée.

    Bien cordialement

    Réponse
    Vous me permettrez de penser qu’il y a des éléments d’analyse plus immédiats.
    R.L.

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