FN : le problème, c’est Marine

Le doute
(Photo AFP)

Le Front national tient son congrès samedi et dimanche pour faire un bilan qui sera forcément mitigé. Quoi qu’en disent ses principaux militants, comme Nicolas Bay, il affronte une situation plutôt étrange où ses succès électoraux sont atténués par l’incertitude que soulèvent le caractère et les compétences de sa dirigeante, Marine Le Pen.

LE FRONT est en pleine forme. Il a rassemblé 33 % des électeurs au second tour de la présidentielle, soit un bon tiers de l’électorat qui n’aurait vu aucun inconvénient à ce que Marine Le Pen entrât à l’Elysée. La fille de Jean-Marie a presque doublé le score de son père en 2002. Même si ses principales idées dérangent la gauche, le centre et les sociaux-démocrates en général, elles sont désormais partagées par bon nombre de partis politiques européens. Ceux-ci non seulement préconisent les solutions qu’elle propose mais accèdent au gouvernement à la faveur d’élections qui, en Allemagne et en Italie notamment, ont brutalement changé la face de l’Europe. Sans compter la gestion populiste de la Hongrie, de la Pologne, de l’Autriche et d’autres pays d’Europe centrale qui adhèrent à l’Union européenne tout en ignorant ses règlements.

Des déclarations contradictoires.

Le Front national a donc un avenir. Il n’est pas isolé. Son électorat est convoité par les Républicains (LR) que dirige Laurent Wauquiez, mais chaque scrutin montre qu’il se renforce. Contrairement à ce que croit Jean-Marie Le Pen, il se présente, de façon de plus en plus crédible, comme un parti de gouvernement. Son vrai problème n’est pas la démission de Florian Philippot, qui a créé son propre mouvement pour constater qu’il n’avait pas le vent en poupe. Son problème, c’est Marine elle-même. Depuis sa prestation télévisée catastrophique d’entre les deux tours de la présentielle, elle n’a pas été en mesure de remonter la pente. Elle doute visiblement d’elle-même et prononce, à ce sujet, des déclarations contradictoires, les unes affirmant qu’elle n’est pas accrochée à son siège de présidente du FN, les autres indiquant qu’elle ne lâchera rien.

Qu’est-ce qui porte atteinte à la détermination de Marine Le Pen ? Peut-être une lucidité qui l’empêche de tirer un trait sur son échec à la présidentielle et l’erreur magistrale qu’elle a commise pendant la campagne. Peut-être aussi une question qui la taraude sur sa capacité à définir clairement un programme, à s’y tenir et à l’appliquer un jour. Sans faire ici d’analyse psychologique facile, on peut penser qu’elle ne croit plus à une défense de la souveraineté française qui, comme Philippot l’exigeait, passe par le retrait de la France de la zone euro,  ce qui terrifie les seniors, c’est-à-dire les gros bataillons électoraux du Front. Comme Laurent Wauquiez, elle s’exprime moins sur l’économie, le chômage et le pouvoir d’achat que sur l’immigration, formidable instrument de la démagogie extrémiste qui permet d’annoncer des mesures brutales contre les migrants, projet qu’elle partage néanmoins avec la droite, de sorte qu’elle n’en a plus l’exclusivité. Après tout, elle n’a pas le monopole du cynisme et, au fond de son coeur, peut-être estime-t-elle que la reconduction à la frontière de tous les étrangers indésirables sera une opération si compliquée que les moyens de l’Etat ne lui permettront pas de l’accomplir.

Entre deux âges.

Néanmoins, il y a loin du constat d’échec à la démission pure et simple. Car, ce qui retient encore Marine Le Pen à son poste, c’est ce qu’elle a réalisé en crédibilisant son parti au delà de ses plus vives espérances. Continuer à démontrer à son père qu’elle a raison et qu’il a tort, c’est l’ingrédient de sa résistance. Jouer la condescendance à l’égard de sa nièce, étoile montante qui a préféré se mettre sur une voie de garage, c’est aussi une forme de lutte entre générations. Marine Le Pen est entre deux âges, entre Jean-Marie et Marion, entre l’euro et l’Europe, entre un triomphe possible à la Trump ou une déroute, entre l’à quoi bon et le  je mérite de gagner. Mais quoi qu’il lui arrive, le Front national n’est pas, comme le parti socialiste, un mouvement à la dérive. Sa légitimité repose, hélas, sur un électorat nombreux, sur une progression qui ne s’est pas démentie depuis 15 ans, sur un programme partagé par tant d’autres partis politiques européens qu’il en deviendrait presque banal. La lutte contre l’extrême droite en France n’est pas du tout terminée, il faut même l’intensifier si on ne veut pas que se produise dans ce pays le désastre qui a assommé l’Italie dimanche dernier.

RICHARD LISCIA

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