Corée : coup de théâtre

Kim : imprévisible
(Photo AFP)

Avec ces deux leaders imprévisibles que sont Donald Trump et Kim Jong-un, le meilleur et le pire pouvaient arriver. Cette fois, c’est le meilleur : le régime nord-coréen invite le président des Etats-Unis à une rencontre que celui-ci a acceptée.

LE SOMMET pourrait avoir lieu en mai sans que l’on sache pour le moment s’il sera tenu sur la ligne de démarcation séparant la Corée du Nord de celle du Sud, ou dans une ville neutre comme Genève. Les conditions techniques de l’entretien sont cependant secondaires. En quelques semaines, les deux hommes, qui s’insultaient copieusement par médias interposés, se sont déclarés prêts à des négociations sérieuses sur le fond, incluant même l’éventualité d’une dénucléarisation de la Corée du Nord si celle-ci obtient des garanties américaines sur sa sécurité. La plupart des Etats ne cachent pas leur surprise, mais cette détente a été précédée de signes avant-coureurs significatifs : la constitution d’une équipe unique Nord-Sud pour les deux Corées aux jeux Olympiques, la visite au Sud de la soeur de Kim, des conversations avancées entre les représentants de Pyong Yang et de Séoul.

Le poids de la Chine ?

C’est Kim Jong-un qui a fait les premiers pas, ouvrant une brèche dans laquelle Moon Jae-in, président du Sud, s’est engouffré avec enthousiasme. Les Sud-Coréens ne cachaient pas que les très vives tensions entre Kim et Trump risquaient d’entraîner une guerre dont le Sud, très vulnérable à un conflit, aurait fait tous les frais. De son côté, Trump, incapable d’amorcer la moindre initiative diplomatique originale et cantonné dans l’application des sanctions, a laissé faire son allié sud-coréen sans le désapprouver. On peut, bien sûr, se demander ce qui explique le revirement de Kim, mais, visiblement il n’a poussé la crise nucléaire à son paroxysme que pour instaurer un nouveau rapport de forces avec Washington dans le cadre d’une négociation. Il n’est pas impossible non plus que la Chine, qui n’a aucun intérêt à assister à une guerre à sa porte, ait pesé sur la Corée du Nord pour empêcher que la querelle s’envenime. Dans cette affaire, il y a ceux qui ont tout à perdre, Chine, Etats-Unis et Corée du Sud, et celle qui n’a presque rien à perdre, la Corée du Nord.

Kim, Trump : des affinités.

Enfin, on ne doit pas ignorer la part d’irrationnel qui accompagne les actions de Kim et Trump. S’ils finissent par s’entendre un jour, c’est parce qu’ils se ressemblent. Ils sont tous les deux adeptes de l’injure, de la provocation, de la vulgarité et de l’irresponsabilité. Ils ont, en quelque sorte, des affinités caractérielles qui ont fini par jouer dans les sens d’un rapprochement. Peut-être que Kim, personnage de film loufoque, a trouvé en Trump le partenaire idéal pour un scénario de comédie burlesque. C’est très difficile, pour les savants observateurs d’une scène internationale de plus en plus compliquée et de moins en moins prévisible, d’entrer dans le psychisme des acteurs d’une crise. Ils ne peuvent expliquer les comportements des décideurs qu’à partir des intérêts bien compris qu’ils représentent. On ne retiendra pas contre eux leur perplexité, car on la partage : même en tenant compte des deux personnages en présence, les mieux informés d’entre nous auraient parié sur une aggravation des tensions, sur le risque de conflit, et même sur un acte suicidaire de Pyong Yang.

M. Trump n’a absolument rien fait pour se retrouver dans la position d’un faiseur de paix, mais il va en retirer tous les avantages. Au moment même où a été annoncée la rencontre, il décrivait dans les détails son action protectionniste contre ses alliés, en augmentant les tarifs douaniers pour l’acier et l’aluminium, ce qui peut, à terme, avoir des conséquences très négatives sur l’ensemble du commerce mondial. Ainsi le président américain le plus capricieux de l’histoire s’est-il rapproché de son pire ennemi et a-t-il, conformément à un tempérament erratique, attaqué ses meilleurs amis. Avec cette refonte, absurde et incontrôlée, de la diplomatie américaine, avec une action politique qui fait hurler nombre d’élus républicains au Congrès (je parle des tarifs douaniers), il ne manquera pas de dire une fois de plus que, décidément, il est le président le plus efficace de l’histoire américaine. La conjoncture économique vole à son secours. Le mois dernier, l’économie américaine a créé  313 000 emplois, au moins cent mille de plus que prévus par les économistes. Pratiquement un record. Trump est sur le chemin de la réélection.

RICHARD LISCIA

 

 

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2 réponses à Corée : coup de théâtre

  1. Michel de Guibert dit :

    Je ne crois pas un instant que Kim Jong-un soit un fou, c’est un dictateur sanguinaire certes, qui a fait de son pays un vaste camp de concentration, mais c’est aussi un fin calculateur.
    De fait, il a réussi à modifier le rapport de force avec les Etats-Unis et, en poussant la provocation et la crise nucléaire à son paroxysme, il a aussi fait la preuve de la faiblesse des Etats-Unis qui n’ont su ou voulu mettre en œuvre un bouclier anti-missiles efficace.
    Réponse
    Je n’ai pas utilisé le mot fou.
    R.L.

    • Michel de Guibert dit :

      Je n’ai pas dit non plus que vous l’aviez qualifié de fou, mais en revanche je pense qu’il n’y a rien d’irrationnel dans l’action de Kim (je n’en dirais pas autant de Trump).

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