Merkel IV

Une victoire quand même
(Photo AFP)

Angela Merkel a enfin formé son nouveau gouvernement six mois après avoir gagné les élections législatives de septembre. Sa quête d’un gouvernement de majorité est passée par une coalition avec les sociaux-démocrates. Les difficultés pour conclure un accord laissent présager d’autres difficultés de gouvernance pendant quatre ans.

LA CHANCELIÈRE n’a plus les mains libres : elle doit tenir compte d’une majorité, certes absolue, mais faible, de la présence au Bundestag d’élus nombreux de l’extrême droite et d’une configuration géopolitique qui a beaucoup changé depuis l’année dernière. Pour la relance de la construction européenne, tant désirée par Emmanuel Macron, qui n’a cessé de ronger son frein pendant que Mme Merkel se battait avec ses problèmes internes, elle n’est plus le partenaire idéal. La recherche d’une coalition a fait apparaître, dans les partis politiques allemands, des crispations, des exigences, des hostilités à la routine de la chancelière, qui réapparaîtront chaque fois qu’elle devra prendre de nouvelles décisions.

Crise de nerfs et crise de conscience.

Cela a commencé avec la crise de nerfs des libéraux allemands qui ont préféré « ne pas gouverner plutôt que de gouverner mal » et qui sont inspirés par la méfiance envers les partenaires européens de l’Allemagne. Cela s’est poursuivi avec la crise de conscience du SPD, dont la profonde conviction était qu’il ne devait en aucun cas entrer dans un gouvernement de coalition car, quand il l’a fait, il a perdu des électeurs. Martin Schulz, de ce point de vue, aura été l’anti-héros parfait. Il a quitté la présidence de l’Assemblée de Strasbourg pour diriger la campagne de son parti aux législatives. Après les résultats, mauvais pour le SPD comme pour la CDU-CSU, il a juré qu’il ne participerait pas à un nouveau gouvernement Merkel. Puis, comme M. Schulz est un homme intègre, il a vite réalisé qu’il avait une responsabilité essentielle dans la stabilité de son pays et, à contre-coeur, il a accepté de négocier une plate-forme politique avec la CDU.

De son côté, la chancelière a bien été contrainte d’accepter d’inscrire au programme la plupart des desiderata de la gauche allemande. Autant d’engagements qui vont freiner son action ou la modifier, tandis que les plus conservateurs de ses amis, et notamment les militants de la CSU, ne cachent pas leur inquiétude face à la création de ce gouvernement hybride qui va être nécessairement tiraillé entre l’autorité faiblissante de Mme Merkel et les avis divergents exprimés chaque jour au sein du gouvernement. La chancelière a perdu une partie de la très forte influence qu’elle avait sur la vie de son pays jusqu’à l’an dernier. Dans cette forme de mouvement anti-Merkel qui est en train de coaguler, il y a certes l’AfD, parti d’extrême droite, le SPD qui rue dans les brancards,  les libéraux, mais aussi nombre de militants ou leaders de la CDU qui sont jeunes, veulent accéder à des responsabilités et estiment que Mme Merkel a fait son temps.

La question de l’immigration.

Elle n’est pourtant pas vieille, elle n’a que 63 ans, et une expérience politique exceptionnelle. Elle a parfois pris des initiatives qui, aux yeux de nombre d’Allemands, étaient contestables, comme la marche forcée vers la suppression de l’énergie nucléaire au lendemain de la catastrophe de Fukushima, au Japon, qui s’est traduite par une sur-exploitation du charbon. Son immense générosité à l’égard des migrants (elle en a accueilli un million presque sur un coup de tête) aura été exemplaire pour tous les peuples xénophobes, mais a secoué les Allemands qui se demandent si le tissu même de leur société ne va pas être changé par autant d’étrangers arrivés sur leur sol. Puis, Mme Merkel s’est aperçue qu’elle avait créé le fameux « appel d’air », c’est-à-dire l’encouragement apporté à plus d’immigration. Elle a donc fait ensuite le contraire de ce qu’elle venait de faire, en concluant avec la Turquie un accord pour que celle-ci retienne les migrants du Proche-Orient sur son territoire en échange de beaucoup d’argent. Accord germano-turc qui va être renouvelé ces jours-ci au moyen d’une large dépense.

Mme Merkel gouvernera jusqu’à l’âge de 67 ans, mais elle est la première à savoir qu’en 2021, elle prendra sa retraite. Ce qui fait déjà d’elle ce que les Américains appellent un « canard boiteux », un dirigeant national handicapé par la certitude de son  départ au terme de son mandat. Rien de tout cela ne diminue ses qualités, la longévité politique,  la modération, la finesse d’analyse, la capacité à se lancer, en toute modestie, dans de grands entreprises nationales et internationales et, du coup, à susciter l’admiration de tous les dirigeants européens. Du point de vue français, il est essentiel que Mme Merkel, qui rencontre demain Emmanuel Macron à Paris renoue rapidement, et sans trop se soucier de la réputation que lui font ses adversaires, un partenariat avec la France qui doit rajeunir l’Union européenne, c’est-à-dire la réformer.

RICHARD LISCIA

 

 

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Une réponse à Merkel IV

  1. Michel de Guibert dit :

    J’ajouterai juste une remarque concernant la démographie assez catastrophique de l’Allemagne, avec un taux de fécondité de 1,5 enfant par femme.
    On peut supposer que cet aspect des choses a joué un rôle dans la générosité de Madame Merkel à l’égard des migrants.

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