Macron bashing

Franc-parler
(Photo AFP)

Un aspect de la crise de la SNCF, c’est l’attitude générale des médias qui, face à l’offensive politique de la CGT, sombrent l’un après l’autre dans le politiquement correct. La critique ne porte plus sur le fond, elle consiste à expliquer la hargne syndicale et le mécontentement populaire par les fautes de communication du gouvernement en général et du président de la République en particulier.

LA QUESTION, en réalité, devrait porter sur le bien-fondé de la réforme. Tant que le pouvoir sautait les haies avec grâce et impunément, la presse soulignait la facilité apparente de la mise en oeuvre des dispositions qui étaient adoptées. Maintenant qu’il se heurte à une opposition syndicale particulièrement musclée, les analyses qui nous sont offertes deviennent apocalyptiques. La méthode Macron, naguère encensée, est tout à coup grevée de maladresses ; la « convergence des luttes » est présentée comme un danger mortel ; les micro-trottoirs montrent plus le soutien des voyageurs à la grève que le ras-le-bol des usagers ; Macron serait menacé par un péril capable de balayer à la fois son programme et, pourquoi pas ? les institutions. L’essentiel étant, je suppose, de ne pas manquer un bouleversement que finiront par justifier le rapport de forces entre les syndicats et le gouvernement, la multiplicité des tâches à accomplir, par exemple, l’évacuation de la ZAD de Notre-Dames-des-Landes, le souvenir tenace de 1995, le cinquantième anniversaire de Mai 68.

La direction du vent.

Il serait utile de demander à tous ceux qui prennent la direction du vent avant de se prononcer si, oui ou non, les médias, dans leur majorité, approuvent la réforme de la SNCF. On s’apercevrait  alors qu’elle est à leurs yeux indispensable, mais que le pouvoir aurait dû adopter une autre méthode et que sa communication laisse à désirer. Un exemple suffit à indigner la presse, et avec de bonnes raisons : la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a donné un entretien aux »Echos », dont le texte a été remanié par Matignon ou l’Elysée, au point de dire à peu près le contraire de ce qu’avait déclaré la ministre. Effectivement, il s’agit d’une méthode d’un autre temps dont le gouvernement devrait avoir honte. Il joue gros dans l’affaire, mais il ne doit pas sombrer dans la panique. On trouvera toujours d’excellentes raisons de combattre son action, même si les propos de Mme Borne sont plus francs et sincères que ceux qui les ont remplacés. Le pouvoir doit d’autant moins craindre les médias qu’ils peuvent changer d’avis tous les jours.

Il est vrai, cependant, que le bras-de-fer entre les grévistes et le gouvernement porte essentiellement sur la communication. Des syndicalistes tentent, tous les jours, de convaincre l’opinion de se rallier à leur cause. Ils trouvent parfois des gens pour les soutenir, mais parfois aussi, des personnes profondément hostiles à la galère qu’ils leur font subir, tout en affirmant qu’ils défendent l’intérêt général. Le comble de l’hypocrisie. Le président et le Premier ministre, qui ont commencé à faire quelques concessions, n’ont certes pas modifié le sens profond de la réforme. Ils savent que la bataille oppose le changement au conservatisme, que les grévistes se battent pour la nostalgie d’un temps révolu. Lorsque Emmanuel Macron a déclaré que les Français n’aiment pas les réformes, lorsqu’il leur a donné le nom de « transformation » (encore une astuce de communication), il n’ignorait rien des difficultés à imposer au pays des changements que nos concitoyens n’ont que trop tendance à réprouver. Il sait donc que son travail va le rendre de plus en plus impopulaire et j’ajoute que nous ne sommes pas ici pour défendre un homme, mais un programme destiné à nous éviter une faillite collective. L’affaire ne concerne pas le sort d’un président, mais celui du pays. Si, après avoir mis la France sur les rails (sans jeu de mots), Macron devait quitter le pouvoir, ce serait injuste, mais il aurait réussi.

Un incident verbal.

J’écoutais hier à la radio une analyse, faite par une journaliste étrangère, de l’incident verbal qui, lors de sa visite à un centre consacré à de jeunes autistes, a opposé M. Macron à une dame : elle a affirmé que la dette publique française résultait des manipulations des banques. Le président lui a rétorqué qu’elle disait « des bêtises ». A n’en pas douter, ce genre de remarque est ravageur et la journaliste qui commentait ce propos d’autant plus indigne que la dame n’était pas du tout agressive, en a fait des tonnes, prédisant au président le sort funeste qui, selon elle, l’attend. Personne, dans cette conversation distinguée, n’a émis l’idée que, sur le fond, le chef de l’État avait raison. Les banques ne sont pour rien dans la dette nationale, qui résulte de dépenses incontrôlées et souvent consacrées à des prestations sociales que nous avons obtenues en empruntant. Pour être clair, il s’agit de 2 200 milliards de dettes, presque autant que le produit intérieur brut annuel. A quoi il faudrait, sans autre forme de procès, ajouter quelque 50 milliards représentant la dette de la SNCF. Non, mais, pardon, pourrait-on au moins en discuter, se demander si cette dérive est supportable, et si, pour accomplir le rêve des cheminots, nous devons mettre le reste du pays sur la paille ?

 

RICHARD LISCIA

 

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12 réponses à Macron bashing

  1. Scalex dit :

    Tout à fait d’accord sur cette analyse. Et les réponses convenues des micro-trottoirs en faveur des grévistes me hérissent le poil.

    • Gilbert Duroux dit :

      Dans quel monde vivez-vous ? Moi j’entends surtout les micro-trottoirs « d’usagers pris en otage par les privilégiés ». Tiens, comme par hasard, ceux que la SNCF traite en clients redeviennent tout à coup « des usagers » ?

  2. Michel de Guibert dit :

    Nulle part je ne vois le souci du service public… c’est pourtant de cela qu’il s’agit !

  3. Dr Stéphane Leman dit :

    C’est exactement ce que je pense et je viens de refuser de répondre à un sondage de la SOFRES, dont je ne savais pas exactement ni le sujet ni le but, en disant que de toutes façons les médias l’interpréteraient, comme à leur habitude, pour se donner de l’importance et pas pour essayer d’expliquer le fond des problèmes complexes qui existent.
    C’est de la désinformation et j’en conclus : ou les journalistes sont incompétents ou ils sont malhonnêtes.

  4. Num dit :

    Loin d’être inconditionnel de Macron, je partage complètement votre analyse.
    Les médias jouent un jeu pervers dans ce conflit, en se donnant l’apparence de la neutralité mais justifiant en fait les grèves et blocages.

  5. PAOLINO dit :

    la réforme ne se fera que si l’opinion publique s’exprime majoritairement en sa faveur.

  6. DENYS LANGET dit :

    L’article aurait pu souligner également que la posture des médias a des causes profondes :la tendance à tout tourner en dérision et à faire des (mauvais) mots d’esprit, l’opinion répandue selon laquelle la critique est signe d’intelligence, l’appartenance au secteur public qui fait que toute remise en cause d’une catégorie est perçue comme une menace pour les autres, l’opportunité de marcher avec les auditeurs, lecteurs et téléspectateurs conservateurs et de rester prudent, sans s’engager, pour le cas où la situation politique se retournerait.

  7. Jean-Marc Fedou dit :

    Il ne s’agit pas d’une question de communication ou de pédagogie comme on voudrait nous le faire croire. La question de fond est : doit on laisser certains secteurs économiques au privé et à la concurrence, lesquels ? Quel doit être la place de l’état, quels sont les secteurs d’activité dont il devrait être le seul stratège ? Dans cette optique on peut effectivement être contre l’ouverture du transport ferroviaire à la concurrence. Et qu’on ne me parle pas du statut des cheminots et des conditions scandaleuses des conducteurs de train … je suis prêt à parier que dans 20 ans grand maximum, il n’y aura plus de conducteurs humains dans les trains.

  8. Clément B dit :

    Vous dites absolument n’importe quoi et votre aveuglement fait peur À voir. J’espère que si vous êtes médecin, vous soignez vos patients avec plus d’objectivité que cela.
    La dette publique de la France a bien évidemment bel et bien explosé peu après la crise financière de 2008 lorsqu’il a fallu renflouer les banques privées à grands coups d’argent public pour éviter la catastrophe et la destruction du système financier devenu fou.
    Quant à la dette de la SNCF, elle est bien d’ores et déjà publique puisque la SNCF est une entreprise publique mais pourrait et devrait être imputée à l’État pour redonner des marges de manoeuvre à l’entreprise pour investir et rénover ses infrastructures.
    La dette de la SNCF est en grande partie due aux lubies des politiques qui ont voulus accorder des lignes à très grande vitesse plus que couteuses à tous les territoires de leurs amis élus locaux.
    Ces lignes à grande vitesse sont accessibles à tous et font désormais partie du bien commun de chaque citoyen. Chacun doit donc assumer les choix des politiques que la majorité des Français.

    Réponse`
    Je ne suis pas médecin, mais je vous suggère de vous contenter de l’être. La dette a explosé après la crise de 2008 parce que nous avons emprunté massivement pour payer nos factures sociales. En France nous n’avons renfloué qu’une banque. Quant au reste de vos propos, il est dans tous les articles que j’ai consacrés à la SNCF. Donc, si je dis n’importe quoi, c’est que VOUS dites n’importe quoi.
    R.L.

  9. Roland dit :

    A l’instar des périodes d’attentats, les médias en continu adorent ces mouvements de grèves qui leur donnent matière à meubler leur grille des programmes, tenir des tables rondes avec des experts en tous genre, échafauder des plans sur la comète et nous prédire bien sûr le pire. Quel journaliste ne rêve pas intérieurement de revivre un mai 68 (ou une guerre du Vietnam bis) ?
    Comme cet article le révèle crûment, personne ne songe à s’interroger sur le fond. On préfère laisser des syndicalistes et étudiants radicalisés servir à l’antenne une rhétorique dépassée et infantile. Et bien sûr, aucun journaliste ou spécialiste de plateau pour démonter leur propos ubuesques.

  10. Emmanuel MIGUET dit :

    Non médecin ni professionnel de santé, j’admire, à l’occasion de la réforme de la SNCF, votre analyse courageuse de la situation économique et de l’attitude dominante des médias. Je suis d’autant plus agréablement surpris par le soutien que vous apportent les commentaires – de médecins, on peut le supposer – que je pensais le milieu médical globalement hostile aux gouvernements, lesquels, pris à la gorge par la dette – alimentée par de nombreuses hémorragies, dont le déficit de la SNCF et celui de la Sécu – cherchent à restreindre le pouvoir des médecins à prescrire des dépenses dont le montant est aussi important que celui du budget de l’Etat, sans avoir jamais, eux, à se soucier des recettes.
    Il me semble que la médecine libérale, à laquelle je tiens, ne pourra se maintenir que si elle participe activement et institutionnellement à la maîtrise de la dépense, ceci en se posant comme au premier rang des acteurs de la lutte contre le déficit de la Sécurité Sociale et contre les abus lesquels, à ce que j’évalue comme simple usager témoin, doivent compter pour au moins le quart de ce déficit.
    Il me semblerait important que les garde-fous ne soient pas établis par les autorités : du mauvais climat que cela crée entre médecins et autorités gouvernementales ou administratives, il ne résulte que des demi-mesures, dont le nombre doit sans cesse être augmenté, ce qui accroît le malaise. Si les professionnels de santé tiennent à la médecine libérale, il faut que celle-ci se responsabilise, à travers les institutions existantes ou, s’il le faut des institutions ad hoc, à créer. Les médecins, ambulanciers, infirmiers, kinés, pharmaciens soucieux du bien commun sont impuissants et inertes devant les trop nombreux professionnels qui, animés par le désir insatiable de maximiser leur intérêt personnel, exploitent les failles du système de santé et spéculent sur l’incapacité des caisses de sécurité sociale à effectuer des contrôles sérieux, pour en tirer un gain personnel maximum. Cette maladie a un nom, la pléonexie : elle a pour résultat de grossir à l’excès, et les dépenses de sécurité sociale, et le déficit de l’Etat, et le poids des charges sociales pesant sur les entreprise. Diminuant la capacité de celles-ci à embaucher, ce poids multiplie les chômeurs, eux-mêmes source de nouvelles dépenses spécifiques de santé…
    Les médecins approuvent la réforme de la SNCF, c’est une bonne surprise. Les mêmes raisons doivent les amener, rassemblés au chevet du grand corps malade, à prendre l’initiative de la réforme plus nécessaire encore du système de santé français. S’ils pilotent la réforme, ils sauveront la médecine libérale. A défaut, on continuera à aller vers une déplorable mais inévitable fonctionnarisation larvée, sans résoudre pour autant les problèmes de fond, peut-être même les aggravant…
    Emmanuel Miguet 1480367180142

  11. Tout à fait d’accord…Voilà des décennies que le pays était géré par des « politiques » dont le champ de vision se limitait aux prochaines échéances électorale. Et pour cela, ils distribuaient largement l’argent que le pays n’avait pas. Laissons du temps à un président pour une fois courageux et lucide.
    Son échec serait plus encore celui du pays, et pour longtemps!

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