Macron maître d’école

Macron à Berd’huis
(Photo AFP)

Pour son intervention télévisée aujourd’hui, à Berd’huis, dans l’Orne, Emmanuel Macron, qui a choisi de s’exprimer dans une salle de classe, s’est conduit en bon pédagogue.

L’ORIGINALITE de l’émission, le choix de la ruralité, le rapprochement avec la population d’un village ne suffiraient pas, on s’en doutait, à effacer le mécontentement qui touche trop de catégories pour que, comme par enchantement, le président de la République recouvre la popularité qu’il avait quand il a été élu il y a onze mois. Il n’empêche qu’on ne pouvait pas, si l’on était un observateur neutre, rester insensible, ni à son discours à la fois simple et fluide, ni à la force de ses convictions, ni, en définitive, à la cohérence qu’il a su donner à son programme, alors que ses concitoyens ont du mal à le suivre et à le comprendre. Tous ne l’ont pas écouté, mais ceux qui l’ont fait auront peut-être été séduits par sa logique : c’est sur les sacrifices qu’il demande aux uns et aux autres, et en particulier aux retraités, qu’il fonde le retour aux équilibres fondamentaux. La nouvelle ère que Macron est censée inaugurer n’est pas seulement dictée par des réalités inéluctables, elle s’organise autour d’un bouleversement des habitudes fiscales, morales et civiques.

Le canevas complexe des mesures.

De sorte que, si le président est allé à la rencontre de la France périphérique, ce n’est pas pour annoncer qu’il cédait aux suppliques des Français. Il tient bon. Sur l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes, pratiquement achevée, sur la réforme de la SNCF qu’il fera en dépit de ses conséquences sur le moral des voyageurs et sur l’économie du pays, sur la hausse de la CSG qui sera, c’est juré, compensée à terme par la suppression de la taxe d’habitation (pour tous) et, pour couronner le tout, sur la « frappe » qui doit punir le dictateur syrien. On n’est pas surpris par sa fermeté parce que nul n’ignorait qu’il ne pouvait se permettre de laisser se créer, dans sa ligne de défense, une brèche qui eût menacé de faire chavirer le paquebot de l’Etat. Dans ces conditions, l’exercice était-il utile ? Oui, ne fût-ce que parce que personne n’aurait mieux exprimé que lui le canevas complexe des mesures du gouvernement. Oui, parce qu’il a tout de même eu quelques formules qui, sans blesser personne, faisaient de lui-même son meilleur avocat. « Je fais tout avec méthode », nous dit-il, ce qui laisse imaginer à ceux de ses concitoyens qui ont bien du mal à le suivre, que, décidément, Macron sait où il va. De même, il n’a pas tort de dire que « les riches n’ont pas besoin d’un président, ils se débrouillent tout seuls », sentence qui a le double avantage de démolir un slogan éculé et, en même temps, si j’ose dire, d’exposer une réalité. Il a même réussi à disserter sur l’idée du « premier de cordée », qu’on lui a reprochée comme on lui reproche le reste, dont il a fait, paradoxalement, un ascenseur social.

Jusqu’au bout.

Quoi qu’il en soit, il ne laisse aucun espoir à ceux qui voulaient infléchir la réforme par leur obstination, par leurs grèves et par l’occupation de sols ou de locaux. Il avait un maître mot, le droit, pour combattre toutes les formes de désordre. Il ne fait aucun doute qu’une majorité existe contre l’occupation des facultés par des étudiants, contre la ZAD, contre la grève dite perlée de la SNCF. C’est probablement la même majorité qui s’estime injustement taxée, à qui on parle de croissance sans qu’elle en bénéficie, et qui lui demande de faire rouler les trains. M. Macron a remercié répétitivement les retraités pour leur contribution, les usagers de la SNCF pour leur patience, mais il a aussi tenu à souligner que le minimum vieillesse a été augmenté au 1er avril, que les dotations aux collectivités n’ont pas été diminuées cette année (après plusieurs années de baisse), que l’intéressement (dont bénéficient les salariés d’un grand nombre d’entreprises) serait défiscalisé, que la limitation de vitesse sur les routes départementales était une expérience pour deux ans, susceptible d’être abandonnée si elle ne donnait pas de résultats (elle en donnera).

L’essentiel de son message était donc qu’il adopte aussi des mesures positives. Dimanche, il s’exprimera de nouveau à la télévision. Le problème n’est pas qu’il consacre du temps à se justifier. Il réside dans la nécessité, à terme, de libérer le pays des blocages induits par les réformes. C’est plus difficile, pour le chef de l’Etat, que d’expliquer pourquoi il a raison.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Macron maître d’école

  1. Scalex dit :

    Voilà un maître en qui j’ai confiance. On n’avait pas connu aussi bien depuis Giscard ! Pourquoi beaucoup de gens n’ont pas l’air de vouloir le reconnaitre ? Ont-ils peur que leurs revendications ne soient pas prises en compte ?

  2. Chretien dit :

    CSG + 80Km/h vont lui coûter très cher. Seuls les Kurdes ont besoin de remerciements. Et attendent son aide face aux chars d’Erdogan. Sarkozy en son temps avait su arrêter Poutine dans son expansionnisme.

  3. Picot dit :

    Dans une salle de classe ? Nous prendrait-il pour des enfants ? La CSG augmentée pour les retraités est injustifiable. Et beaucoup, dont moi, pensent que tout ceci ne vient pas de lui mais des directives européennes. M. Macron ne fait que les appliquer.

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