La bataille d’Austerlitz

La casse et le feu
(Photo AFP)

A Paris hier, la manifestation du 1er mai s’est transformée en scènes de destructions massives, causées par des « black blocs », individus vêtus de noir et cagoulés qui étaient au nombre de 1 200 et auraient débordé les services de sécurité. Il s’ensuit une série de procès intentés contre Emmanuel Macron, contre les pouvoirs publics, contre la police. 

SELON des journalistes et des photographes, les forces de l’ordre n’auraient réagi à la destruction d’un MacDonald’s que vingt minutes après le début de l’assaut. Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a expliqué que, derrière le cortège de la manifestation classique, s’était formée une seconde vague, qu’il a évaluée à 14 500 personnes, plus radicalisée, semble-t-il, et dans laquelle se sont infiltrés quelque 1 200 black blocs, casseurs impénitents qui sont des toutes les manifestations et dont le seul but est de tout détruire sur leur passage. Les autorités savaient, grâce aux réseaux sociaux, que ces trublions viendraient en nombre, mais ne s’attendaient pas à ce qu’ils se mêlent à des manifestants. Elles ne sont donc intervenues qu’après avoir engagé deux camions lanceurs d’eau, pour, a dit M. Delpuech, « éviter des dommages collatéraux ».

Haro sur Collomb.

Cette explication n’a pas convaincu grand-monde : la droite et la gauche dénoncent le manque d’autorité de l’Etat, les organisateurs de la manifestation regrettent qu’on les ait privés d’un 1er mai consacré aux luttes sociales en cours. La presse est unanime à stigmatiser l’insuffisance des moyens mis en oeuvre, l’absence du président de la République (il est en Australie), les dénonciations de pure forme prononcées par le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur. Certains syndicalistes de la CGT ont même avancé l’hypothèse selon laquelle le gouvernement a laissé faire les casseurs à dessein, pour démolir non seulement le mobilier public mais aussi l’objectif de la manifestation. L’opposition, ayant trouvé une bonne cause, ne la lâchera pas de sitôt. On attend de pied ferme le retour du chef de l’Etat pour lui demander des comptes, on raille le chef du gouvernement et, après avoir critiqué Gérard Collomb pour sa politique de fermeté, notamment à l’égard des migrants, on lui découvre une soudaine faiblesse qui le disqualifierait pour ses fonctions actuelles.

Les explications qu’ont fournies MM. Collomb et Delpuech ne sont pas définitivement convaincantes. Mais il y a peut-être des mots qu’ils ne peuvent pas prononcer. Ils ont laissé entendre que la destruction de magasins et de voitures était moins grave à leurs yeux que des blessés ou des morts. Il y a eu, après ces violentes échauffourées, quatre blessés légers dont un policier. Les forces de l’ordre ont convaincu les manifestants de changer d’itinéraire, ce qui a permis à la police d’arrêter quelque deux cents black blocs, dont 109 sont encore ce matin en garde à vue. Tout le monde se souvient de cette photo, prise le 1er mai de l’an dernier et sur laquelle on voit un policier transformé en torche vivante par un cocktail Molotov. Il est certain que, si les CRS avaient attaqué frontalement les casseurs sans attendre les lanceurs d’eau, il y aurait eu des victimes et alors c’est la violence d’Etat qui aurait fait l’objet des éditoriaux de ce matin.

Du discours aux actes.

La droite tente d’additionner les crises où l’Etat a reculé et montré sa frilosité. L’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes a pris des semaines et n’est toujours pas terminée, l’évacuation des universités se fait au compte-gouttes et voilà maintenant que des casseurs, venus souvent de pays étrangers, se livrent au sac de Paris. Pourtant, l’opinion a salué le comportement du gouvernement à propos de la ZAD (la renonciation à l’aéroport signalait déjà, me semble-t-il, un défaut d’autorité) et des étudiants. La vérité est que l’immense majorité de nos concitoyens préfèrent que le recours à la force par la police soit mesuré et que les bilans des désordres ne soient pas des listes de victimes.  De son côté, Edouard Philippe n’a pas complètement tort quand il affirme que le discours radicalisé de l’extrême gauche favorise le déchaînement de la violence. A force de voir dans l’attitude du gouvernement le résultat d’un complot permanent contre les classes populaires, on encourage une poignée de voyous à démolir les symboles des institutions en attendant le grand soir.

M. Collomb a promis qu’il y aurait plus de forces de sécurité lors de la prochaine manifestation, qui ne va pas tarder, puisque le calendrier est plein d’événements à venir. Certes, il n’y aucune raison d’épargner le gouvernement quand se produisent de telles violences. Mais d’une part, ce n’est pas la première fois que l’on assiste à Paris à une manifestation qui dégénère. Et d’autre part, il est remarquable qu’il n’y ait eu que quelques blessés légers, les vingt minutes d’indécision reprochées aux forces de l’ordre expliquant peut-être ce bilan positif. Demandons-nous ce qui se serait passé si le président Macron avait renoncé à son voyage sous le prétexte qu’un 1er mai, en France, est rarement innocent. Comme d’habitude, on fait porter le chapeau aux pouvoirs publics alors que le problème de la casse, ce sont les casseurs.  Demandons-nous pourquoi le nombre de manifestants, quelque 210 000 dans toute la France, selon les chiffres syndicaux, ne cesse de baisser et baissera encore lors des prochains rendez-vous. Tous les commentateurs nous disent ce matin que, dans sa course à la réforme, Emmanuel Macron a été freiné par les incidents d’hier. Vraiment ? Ce sera vite vérifié.

RICHARD LISCIA

 

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2 réponses à La bataille d’Austerlitz

  1. AR dit :

    Comme souvent commentaire très intéressant et équilibré.Cela nous change de ce que l’on trouve malheureusement dans bien des quotidiens nationaux dont la principale occupation (comme de tout temps) semble être de jouer les snipers contre le gouvernement en place.

  2. RCdoc dit :

    Il me semble que les forces de l’ordre doivent être félicitées pour leur maîtrise contenue de la situation, évitant effectivement un affrontement sanglant (ce qui était loin d’être le cas dans des expériences anciennes). La casse a été relativement limitée, bien que générant des images spectaculaires, malgré la difficulté de repérer et gérer les casseurs.

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