La fête à Macron

Mélenchon le 1er mai
(Photo AFP)

La France insoumise (LFI) a décidé d’organiser samedi une nouvelle manifestation, une de plus, à laquelle elle a donné le nom de « fête à Macron ». Le gouvernement s’offusque de cette appellation où il discerne un ferment de violence et dénonce des « liens » entre les black blocs et LFI.

LA QUERELLE, en cette période de vives tensions, était inévitable. Depuis la Nouvelle-Calédonie, le président de la République avait repris Jean-Luc Mélenchon sur sa grossière erreur d’analyse, consistant à attribuer les émeutes du 1er mai à l’extrême-droite, pour se corriger ensuite. Rien ne prouve la complicité entre LFI et les black blocs et M. Macron, au lieu d’insister sur l’appartenance des émeutiers à l’extrême gauche, aurait pu se contenter de dénoncer le climat délétère qui affecte les relations entre le pouvoir et les oppositions de toutes sortes, même s’il en est en partie responsable dès lors qu’il ne cesse de s’en prendre aux manifestants et aux grévistes et qu’il va jusqu’à annoncer au magazine « Forbes », le temple des super-riches, la suppression de « l’exit tax », l’impôt payé par ces contribuables qui, après avoir fait fortune, souhaitent s’installer à l’étranger.

Un affrontement idéologique.

On voit là deux logiques totalement contraires qui s’affrontent dans une sorte de surprenante transparence. D’une part, M. Macron entend libéraliser l’économie, et accorder toutes leurs chances aux nouveaux entrepreneurs qui ne prendront pas de risques s’ils n’ont pas l’espoir de faire fortune. De l’autre, M. Mélenchon et ses troupes tiennent le langage inverse, celui de l’égalité sociale par le fisc, au point que, sur tous les plateaux, les représentants de LFI prononcent tous le même discours, presque mécanique, qui renvoie aux fondamentaux de l’égalitarisme et rejette avec vigueur l’esprit même des réformes. M. Macron parle de l’avènement d’un monde nouveau, mais il veut dire qu’il est plutôt dans le monde réel. M. Mélenchon veut encore faire rêver les sans-grade, lesquels se sentent persécutés par une politique économique qui « favorise les riches et pénalise les pauvres », pour reprendre une expression ne décrivant que la surface des choses mais exprimant bien ce qu’ils ressentent.

Là-dessus, se greffe peut-être un conflit spécifique et personnel entre MM. Mélenchon et Macron. Le premier, on s’en souvient, a refusé de dire à ses soutiens comment ils devaient voter au second tour de l’élection présidentielle de 2017, comme si la gauche n’avait pas le devoir d’écarter Marine Le Pen. Le second semble ne pas le lui avoir pardonné. La Nouvelle-Calédonie, où doit avoir lieu dans six mois un référendum sur l’indépendance, est un sujet assez délicat pour que le chef de l’État se désintéresse jusqu’au week-end de la politique politicienne. Mais non, le voilà vent debout contre les menées de l’extrême gauche. On est plutôt conduit à ne pas prendre au sérieux la théorie d’une collusion entre LFI et les black blocs. « C’est assez indigne, a dit M. Mélenchon, d’assimiler la France insoumise à des violences dont elle a eu à souffrir elle-même ». Cependant, la multiplicité des grèves et des manifestations n’a plus rien de drôle,  l’opposition de gauche en abuse, et, sous le couvert de l’anonymat, les proches de Macron remarquent que donner à une manifestation le nom de « fête à Macron », c’est déjà inciter les manifestants à la violence et, cette fois, contre un homme, pas contre un programme.

Donner du temps au temps.

C’est le revers de la médaille. Dans notre république, le président est tout-puissant et incarne à lui seul la totalité du pouvoir. Il ne doit pas s’étonner de ce qu’on l’attaque tout le temps. Mais on ne peut pas résumer cette bataille entre le gouvernement et LFI comme une guerre des mots ou comme un épisode sans lendemain du folklore politicien, où le député France insoumise François Rufin, le galopin de l’Assemblée, joue un rôle éminent. Le pouvoir étant occupé par M. Macron, il reste la première place à prendre dans l’opposition. Le républicain Laurent Wauquiez, accusateur systématique du pouvoir, semblait bien placé pour ravir cette place à Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci veut lui prouver le contraire. Il pense que le contexte est favorable à une renaissance de la gauche dans son ensemble, dont il souhaite prendre la tête. A la France réformiste, s’opposent plusieurs visions différentes. Leur concurrence explique les tensions sociales et politiques, comme s’il y avait une campagne post-électorale. Le fait est que, si le président travaille, ses adversaires ne pensent qu’à 2022, sans donner du temps au temps.

RICHARD LISCIA

 

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5 réponses à La fête à Macron

  1. ostré dit :

    0ui, notre président sous le prétexte de libéraliser l’économie et la prospérité supposée associée, ne favorise que les plus riches qui vont maintenant échapper tranquillement à l’impôt en allant à l’étranger même M. Sarkozy y était opposé c’est dire … Révoltant !

    • Scalex dit :

      Notre président semble savoir où il va, et je lui fais entièrement confiance. Il faut bien sûr attendre 4 ans pour juger des résultats de sa politique, mais je pense qu’il va dans la bonne direction. Certains semblent déjà avoir oublié le bilan lamentable de ses deux prédécesseurs. D’ailleurs, ils n’ont pas été reconduits. Il est quand même incroyable que Macron soit critiqué à ce point. La majorité des Français semble regretter de ne pas avoir fait un autre choix. Lequel? Sarkozy ? Hollande ? Le Pen ? Fillon ? Mélenchon ? Hamon ? Wauquiez ? Les exemples du Brexit ou de la présidentielle américaine auraient du suffire à ramener nos compatriotes à un peu plus de réalisme.

  2. Guy Renault dit :

    Le président Macron va dans la bonne direction et le prochain pas fiscal devrait être l’allégement des droit de succession, qui ont atteint en France un niveau confiscatoire sous Hollande. Ce sont ces droits de succession qui sont la principale raison de départ à l’étranger des entrepreneurs et des artistes. L’affaire de la succession de Johnny Hallyday en est la meilleure illustration : personne n’ose dire qu’avec la solution adoptée par Laetitia Hallyday, ses droits de succession sont de zéro, soit une économie de plusieurs millions d’euros au bénéfice de ses enfants.

  3. marie jo dzula dit :

    M. Macron fait le pari risqué que les plus riches vont investir mais quand on voit comment aujourd’hui ils fonctionnent, on peut avoir des doutes, ils ont tendance quand même à garder l’argent pour eux, leur descendance, leurs actionnaires qui en veulent plus.
    Les gens ne changent pas de mode de fonctionnement facilement, ils changent quand ils ont un intérêt et là quel est leur intérêt ? la reconnaissance du chef de l’Etat ? Des gens ?

    Réponse
    Vous évoquez dans vos propos ce qu’il est convenu d’appeler la théorie du ruissellement qui n’a jamais été celle du gouvernement. Votre vision des « riches » relève d’une culture très répandue mais simpliste. Les gens investissent pour gagner de l’argent, pas pour en donner aux autres. Dans le processus, des affaires sont lancées et des emplois créés. C’est ce que Macron essaie de faire.
    R.L.

    • marie jo dzula dit :

      M. Macron veut faire croire le contraire aux gens comme vous dîtes » simplistes » comme moi et il y arrive.
      Vous portez des jugements, mais qui êtes vous pour cela ?
      Je pense qu’il y a d’autres voies possibles pour l’avenir que M. Macron ou les autres.
      Relisez l’histoire, allez voir ailleurs aussi.

      Réponse
      Je n’ai aucune leçon à recevoir de vous et je ne vous demande rien, pas de me lire et encore moins de m’écrire. Donc, c’est à vous d’aller voir ailleurs.
      R.L.

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