Trump-Kim : le coup de froid

Kim dans toute sa puissance
(Photo AFP)

Par la voix de son ministre-adjoint des Affaires étrangères, le gouvernement de la Corée du Nord a menacé de quitter les pourparlers avec les Etats-Unis si ceux-ci ne renoncent pas à exiger un abandon unilatéral par Pyong Yang de sa politique nucléaire.

LE TON de Kim a brusquement changé, après quelques semaines d’une détente à la fois inattendue et sans précédent, marquée par des paroles de paix qui contrastaient étrangement avec les menaces échangées l’an dernier entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. Le porte parole de Kim Jong-un a notamment critiqué John Bolton, le nouveau conseiller de Donald Trump à la sécurité nationale, parce qu’il a donné pour exemple la solution libyenne de dénucléarisation. L’ancien dictateur libyen, Mouammar Kadhafi, a été assassiné à la faveur d’un soulèvement populaire qui a jeté son pays dans un chaos qui dure encore. Les propos de M. Bolton n’étaient donc pas appropriés, mais comment s’étonner d’un langage que le président américain ne désavouerait pas ?

Deux hypothèses.

Il y a deux façons de considérer la brusque volte face du régime nord- coréen : soit il a déjà renoncé à une paix qu’il n’aurait jamais sincèrement envisagée ; soit, et c’est plus probable, il prend la précaution d’empêcher Trump de régler le problème du nucléaire nord-coréen avant même d’avoir négocié. Les deux hommes sont censés se rencontrer le 12 juin à Singapour. Leur sommet semblait avoir été soigneusement préparé, notamment pas des gestes de Kim : l’annonce du démantèlement d’une installation nucléaire, dont les experts disent qu’elle n’est plus vraiment opérationnelle, et la libération de trois citoyens américains d’origine coréenne. Il est incontestable que, en dépit d’un caractère plus que versatile, Kim a pris toutes les mesures propices à la détente avec l’Amérique. Sa rencontre avec le président de la Corée du sud, Moon Jae-in, à Panmunjom, à la frontière entre les deux pays, a provoqué un choc pacifique salué par le monde entier.

On pouvait tout de même se poser des questions sur les zigzags diplomatiques du dictateur nord-coréen et notamment se demander s’il était sincère. Il est en effet difficile de croire qu’il ait construit la bombe et les missiles intercontinentaux capables d’atteindre le sol américain pour, ensuite, y renoncer très rapidement. Sans doute, sous la pression de la Chine, a-t-il consenti à recréer un climat de confiance avec la Corée du sud, puis avec les Américains. Après tout, son objectif n’était pas de bombarder les Etats-Unis mais d’obtenir des garanties sur la survie de son propre régime.  Ce qui l’a choqué ces derniers jours, c’est le triomphalisme de Trump qui annonce fièrement : c’est la menace de vitrifier la Corée du nord qui a déclenché le processus de paix, alors que Kim, lui, ne faisait que donner une suite diplomatique à sa série de provocations.

Deux hommes coriaces.

Il serait téméraire de dire que la négociation n’aura pas lieu, même si les deux interlocuteurs sont extrêmement coriaces. Ils auraient trop à perdre s’ils renonçaient au dialogue. Il n’est pas raisonnable, pour M. Trump et ses conseillers, de présenter l’affaire comme déjà emballée et comme une reddition pure et simple de la Corée du nord. Il est probable qu’ils vont, jusqu’au 12 juin, prendre des décisions propres à raccommoder les relations entre les deux pays. Cependant, de la même façon, le maintien du sommet ne nous garantit pas qu’il accouchera d’un traité de paix. Le diable étant dans les détails, seules des négociations techniques et poussées permettront de faire progresser le dossier et, si Kim n’est pas rassuré par les intentions de Trump, il peut, comme son régime l’a déjà fait, abandonner la discussion en rase campagne.

RICHARD LISCIA

 

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2 réponses à Trump-Kim : le coup de froid

  1. Michel de Guibert dit :

    On peut aussi penser que la dénonciation par Trump de l’accord avec l’Iran a pu jouer défavorablement aux yeux de Kim Jong-un.

  2. admin dit :

    LL dit :
    Qui va s’en étonner ?

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