La guerre de l’acier

Une calamité
(Photo AFP)

Donald Trump a donc confirmé hier la hausse des droits de douane sur l’acier et l’aluminium en provenance de l’étranger, déclenchant ainsi une bataille commerciale qui n’est pas près de se terminer. Pour les Européens, qui annoncent des représailles, la première tâche est de s’assurer que les exportations des pays étrangers, la Chine par exemple, ne se détournent pas des États-Unis pour envahir l’Europe.

LA CONSTANCE de Trump dans son adhésion obsessionnelle au protectionnisme ne s’est donc pas démentie. S’il a pris du temps pour confirmer son option en faveur de la hausse des droits de douane, c’est pour donner à ses partenaires commerciaux le temps de s’y habituer. Depuis quelques mois, le président américain s’est radicalisé, traitant ses voisins immédiats, le Mexique et le Canada, mais aussi l’Europe et la Chine par plus grande indifférence. Il ne s’arrêtera pas en si bon chemin et le moment n’est pas éloigné où il annoncera de nouvelles mesures contre les importations.  M. Trump riposte de la sorte à ces déséquilibres commerciaux qui font de la balance américaine un poste en constant déficit, de plusieurs centaines de milliards de dollars. Il a éliminé tous les arguments qui militent en faveur du libre-échangisme : la hausse des tarifs douaniers entraînera fatalement une hausse des prix pour tous les consommateurs du monde, la capacité des États-Unis à exporter sera amoindrie et le protectionnisme, comme chacun sait, est créateur de pertes d’emplois.

Le mythe de la loi du plus fort.

Mais l’essentiel, pour Trump, n’a jamais été de fonctionner de manière rationnelle. Conformément au personnage de la campagne électorale, il est prêt à faire n’importe quoi pour signifier au monde que l’Amérique est une superpuissance capable de dicter sa loi. Il cherche à la fois à liquider l’héritage de Barack Obama, à satisfaire un électorat populiste mû uniquement par ses passions nationalistes et xénophobes, et à être réélu en 2020. Il n’empêche que, si le protectionnisme n’est pas la bonne réponse au déficit commercial américain, ce n’est pas parce que les productions américaines ne sont pas protégées, mais parce que les citoyens n’épargnent pas suffisamment. Il n’y a pas assez d’argent privé pour aller dans les restructurations industrielles, pour produire, comme en Allemagne ou en Chine, des objets à forte valeur ajoutée à un prix assez bas, tandis que la compétitivité industrielle des États-Unis diminue et que se réduit de façon alarmante le taux de productivité.

Mais n’allez pas demander à Trump d’engager son pays dans des réformes à la Macron. Une telle option exige des analyses plus subtiles que les siennes et un effort intellectuel au-dessus de ses forces. En outre, l’idée même de réforme est politiquement dangereuse. Alors que Macron a pris le risque de l’impopularité pour changer la France, Trump veut satisfaire par la démagogie la majorité qui l’a élu et qu’il veut retrouver lorsqu’il briguera un second mandat. Le président américain a résisté, à ce jour, à tous les périls, aux scandales qui jalonnent son action politique, aux démêlés avec la justice, au langage vulgaire qu’il tient, aux injures qu’il adresse dans ses tweets aux personnalités les plus respectables, à sa criante incompétence. Jamais, jusqu’à présent, l’Amérique ne s’était donné pour président un homme aussi peu préparé à la fonction, aussi capricieux et finalement aussi narcissique.

Pronostic pessimiste.

Les problèmes posés par le trumpisme à la Chine et à l’Europe sont d’une historique gravité. Le maître de la Chine populaire, Xi Jinping, voit s’évaporer ses grands projets, comme la nouvelle route de la soie, qui n’est rien d’autre qu’un moyen de confirmer une autre hégémonie, celle de Pékin. L’Europe, elle, arrive à ce point de rupture atlantique alors qu’elle est affaiblie pas ses tourments internes, ascension du populisme, renaissance du néo-fascisme, divisions profondes entre membres de l’Union peu soucieux des règles démocratiques et seulement intéressés par l’aide financière que leur apporte  l’UE, et pays europhiles, anciens fondateurs de la Communauté européenne, politiquement affaiblis par le populisme, encore soucieux des équilibres fondamentaux mais bien incapables d’imposer leur volonté aux autres, comme en témoigne la dérive italienne. Si l’Italie, qui fut l’un des membres les plus europhiles de l’Union, commence à s’en détourner, tout pronostic optimiste est déraisonnable.

RICHARD LISCIA

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