Alerte au pouvoir d’achat

Pour Macron, un risque politique
(Photo AFP)

Le pouvoir d’achat des Français a légèrement diminué depuis le début de l’année, à cause de la hausse de la CSG, que la baisse de la taxe d’habitation ne compensera que vers la fin de 2018. Pour l’année prochaine, l’application du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu ne donnera pas aux contribuables l’impression que leur pouvoir d’achat augmente.

LE PRÉLÈVEMENT à la source est la norme dans le monde. Il est rationnel et n’ampute pas les revenus. Il évite l’épargne forcée à laquelle les contribuables doivent procéder pour payer leurs tiers provisionnels. En France, c’est quand même une révolution. L’économie, c’est moins des chiffres que de la psychologie. Prenons le cas d’un foyer gagnant 5 000 euros par mois avec un taux dit « neutre » de 10% : en plus des prélèvements sociaux, il devra payer chaque mois quelques centaines d’euros d’impôt et aura le sentiment que son pouvoir d’achat a subitement baissé. Le gouvernement estime que la mensualisation de l’impôt à laquelle ont adhéré une majorité de contribuables se traduit par des prélèvements plus élevés puisqu’elle est calculée sur dix mois, et non douze. Il n’empêche que ce sont toujours les mêmes qui paient l’impôt sur le revenu, puisque seulement 44 % des contribuables y sont assujettis. Toutefois, il n’y aura aucun changement dans le montant des impôts : les dépenses donnant droit à un crédit, comme les dons aux oeuvres, ainsi que les gains exceptionnels de l’année 2018 devront figurer dans la déclaration de 2019.

Une campagne d’explication.

Conscients du mécontentement profond que le prélèvement à la source pourrait engendrer, les pouvoirs publics se sont engagés dans une campagne promotionnelle qui ne suffit pas à cacher quelques vérités. L’idée d’année blanche en 2018 n’est qu’une chimère. Vous payez vos impôts pour 2017 cette année et vous devez de toute façon faire une déclaration en 2019 pour 2018. Vous finirez de payer ce que vous devez au fisc pour l’année 2017 vers la fin de 2018 et dès le 31 janvier 2019, vous aurez commencé à payer les impôts de la même année. Techniquement, le gouvernement n’a aucun état d’âme : la modernisation fiscale est en adéquation avec sa philosophie de la « transformation », même s’il évite une réforme plus profonde des impôts. Ce qui l’inquiète en revanche, c’est l’impact politique du prélèvement à la source. D’une part, il ajoute une contrainte à la hausse de la CSG, à la réduction des APL, au gel des retraites ; de l’autre, il oblige les contribuables et les entreprises à se débrouiller dans le maquis fiscal, dont la complexité embarrasse la plupart des foyers, partagés entre la nécessité civique de payer les impôts (la France est le pays où le taux de recouvrement des impôts directs est un des plus élevés) et le temps supplémentaire qu’il faudra consacrer à la tâche.

La polémique compliquera la tâche.

Le prélèvement à la source n’est pas pour autant une mesure scélérate. Dans certains foyers, ceux qui ont du mal à boucler leurs fins de mois, il peut engendrer une réduction de leur consommation à cause d’une perte apparente de revenus, ce qui se traduirait par un ralentissement de l’économie. Les économistes affirment que l’impact psychologique de ce prélèvement ne durera que quelques mois. On en aura la confirmation lorsque les dispositions seront entrées dans les faits, bien rodés, et acceptées. Cependant, les critiques que les diverses oppositions ne manquent pas d’adresser au projet pourraient entraîner l’adhésion du public et les inévitables couacs qui jalonneront une méthode entièrement nouvelle s’adressant à des millions de citoyens pourraient avoir, pour l’exécutif, un prix politique. Il est vrai que le président et le Premier ministre ne semblent pas reculer devant la difficulté d’une épreuve. Quelquefois, on se demande s’ils ne cherchent pas les difficultés avec avidité.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Alerte au pouvoir d’achat

  1. Picot dit :

    Bien vu. Mais pour l’instant la suppression de la taxe d’habitation pour certains, tant qu’elle n’est pas effective, c’est du pipeau. Et faisons confiance au gouvernement pour reprendre d’une main ce qu’il donne de l’autre, comme d’habitude. En ce qui concerne l’augmentation de la CSG celle-ci n’est pas de 1,7% mais pour certains autour de 3%, après passage chez nos merveilleux sorciers de Bercy.
    En ce qui concerne le prélèvement à la source, constatons que l’administration se décharge de son travail sur les entreprises, comme si elles n’avaient que ça à faire. Même opération que pour la carte Vitale qui a permis à la Sécurité Sociale de se décharger d’une partie de son boulot administratif sur les professionnels de santé. Est-ce que, au moins, cela va diminuer le nombre de fonctionnaires qui travaillent aux impôts? Nous verrons, si on nous dit la vérité, mais on peut en douter.

    Réponse
    La CSG a augmenté de 1,7 %, point barre. Dire qu’elle a augmenté de 3 % est faux.
    R.L.

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