Paris-Rome : la crise

Giuseppe Conte
(Photo AFP)

Le refus du gouvernement italien d’accueillir « l’Aquarius », navire humanitaire chargé de 629 migrants dont des enfants et des femmes enceintes, a entraîné une vive polémique entre la France et l’Italie. Emmanuel Macron a accusé le nouveau gouvernement italien de « cynisme » et Matteo Salvini, ministre italien de l’Intérieur, a répliqué vertement.

LA FORMATION d’un gouvernement composé de populistes et de néo-fascistes n’est certes pas de nature à favoriser les embrassades entre Français et Italiens. Le président de la République aurait dû néanmoins y réfléchir à deux fois avant de lancer son attaque contre les nouveaux dirigeants italiens. Si désagréables qu’ils puissent paraître, ils n’ont pas provoqué la crise migratoire. L’Italie est victime, depuis plusieurs années, d’un flux d’immigrants incessant, en provenance de Libye. En interdisant à « l’Aquarius » d’accoster dans un port de la péninsule, le gouvernement italien voulait poser le problème posé par l’absence complète de solidarité européenne dans cette affaire. Comme la France refoule autant qu’elle le peut les migrants venus d’Italie, elle ne peut pas émettre le moindre jugement sur un pays qui accueille un nombre d’étrangers infiniment plus élevé que celui dont nous prenons la charge.

Générosité espagnole.

En outre, les dirigeants français se sont montrés plutôt silencieux et absents pendant les trois jours chaotiques des errements d’un navire qui, en définitive, grâce à la générosité du nouveau gouvernement espagnol, se dirige maintenant vers Valence. L’affaire n’est glorieuse ni pour l’Italie ni pour la France. On se méfie des intentions de M. Salvini, mais il a su jouer sa carte politique, en posant le problème d’une manière urgente et bruyante, à propos d’un cas, celui de « l’Aquarius », affrété par une ONG, qui a déjà eu des démêlés avec l’Italie. Elle l’accuse, à tort, d’être complice des passeurs. Mais dès mercredi, un autre bateau déchargeait plus de 900 migrants à Catane, en Sicile. Ce qui signifie quand même que  l’Italie n’a pas, d’un seul coup, fermé tous ses ports aux migrants.  Le conseil européen doit se réunir le 28 juin et M. Macron souhaite déblayer le terrain politique avec l’Italie avant ce sommet. Comme l’Italie, ulcérée par les propos français, demandait des excuses, quelques ministres ont eu quelques paroles d’apaisement et un entretien à Paris entre M. Macron et le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, que Rome avait annulé, a été maintenu. On se dirige donc vers une détente entre les deux pays, et c’est préférable.

Alléger le fardeau des Italiens.

Car une discorde franco-italienne durable n’aurait pas permis d’avancer au sein du conseil européen. Il va falloir, cette fois-ci, non seulement prendre des décisions qui allègent le fardeau des Italiens, mais obtenir des 27 qu’ils acceptent une juste répartition des migrants entre eux. On sait que nombre de pays, comme l’Autriche, la Hongrie et d’autres ont érigé des barrières pour interdire l’accès de leur territoire aux immigrés clandestins.  Il est bien peu probable qu’ils changent d’avis. Mais les pays qui assurent le leadership de l’Union européenne, Allemagne et France, peuvent d’une part évoquer des sanctions contre leur comportement, qui bafoue les règles de l’UE, et tenter de trouver des solutions entre États raisonnables. Quelques principes simples doivent en tout cas guider l’action de la France : la formation d’un gouvernement italien qui ne convient guère aux démocrates européens ne doit pas clore le dialogue avec l’Italie ; celle-ci a énormément donné, et avec générosité, pour l’accueil des migrants, dont la plupart sont encore sur son sol ; la géographie ne doit pas condamner l’Italie à accueillir toute la misère du monde ;  l’Union européenne n’a de sens et de vocation que si elle partage les problèmes en même temps que la prospérité.

On peut espérer que les Italiens, un jour, se donneront des gouvernants plus acceptables que les néo-fascistes.  En attendant, il faut faire avec ceux qui ont été élus démocratiquement et qui ont déjà renoncé aux mesures les moins rationnelles qu’ils entendaient prendre, par exemple une hausse périlleuse de la dépense publique sous la forme d’un revenu universel. Les mêmes ont certes puisé leur stratégie migratoire dans l’intolérance à l’égard des malheureux poussés par une immense détresse vers les côtes italiennes, mais ils ont su faire valoir que leur pays est injustement traité par ses amis et partenaires européens.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Paris-Rome : la crise

  1. Michel de Guibert dit :

    Merci pour votre excellent article auquel je souscris.
    Les accusations de Macron se posant en donneur de leçon contre l’Italie st son gouvernement étaient particulièrement malvenues quand on se rappelle que c’est la France de Sarkozy qui a mis la Libye dans l’état lamentable dans laquelle elle se trouve aujourd’hui et que par ailleurs la France ne fait qu’un effort très limité d’accueil aux demandeurs d’asile ou aux naufragés qui accostent sur les côtes d’Italie (ou de Grèce), sans commune mesure avec celui que fait l’Italie (et la Grèce), ou les refoule aux frontières avec l’Italie.
    La procédure dite « Dublin » qui vise à renvoyer les migrants demandeurs d’asile en Italie (ou aussi en Grèce), le premier pays européen qu’ils ont traversé et qui est considéré comme responsable de leur demande d’asile, est particulièrement injuste et inadaptée et se révèle pénalisante pour des pays qui ont fait beaucoup pour leur premier accueil, voire leur sauvetage en mer.
    En outre, la réaction de l’Italie s’explique en partie par le fait que l’Aquarius n’est pas un bateau comme les autres ; battant pavillon de Gibraltar et affrété par une ONG, SOS Méditerranée, financé par des dons privés, du mécénat et des subventions, il médiatise ses interventions de sauvetage là où d’autres bateaux, militaires ou marchands, se font plus discrets comme celui que vous mentionnez et qui a déchargé plus de 900 migrants à Catane, en Sicile, avec l’accord du gouvernement italien et sans publicité tapageuse.

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