Le Front, l’argent et la justice

MLP dans la tourmente
(Photo AFP)

Dans une décision qui remonte au 28 juin, les juges du parquet financier français ont décidé la « saisie pénale d’une somme destinée au Front national au titre de l’aide publique apportée au parti ». Le FN, désormais RN (Rassemblement national) est en effet poursuivi pour avoir payé les assistants des députés européens avec des fonds prévus pour le fonctionnement du parti en France et non au parlement de Strasbourg.

LES JUGES financiers estiment que le RN risque de n’avoir pas l’argent nécessaire pour payer les sommes auxquelles il devrait être condamné. Marine Le Pen, comme on pouvait s’y attendre, a réagi avec une virulence qui ne surprend personne. « Les juges, a-t-elle déclaré, nous appliquent la peine de mort à titre conservatoire ». On peut douter de ce que la décision judiciaire ait pour intention ou pour effet de « tuer » le parti de Mme Le Pen. En tout cas, elle a fait appel, mais cet appel n’est pas suspensif et, effectivement, compte tenu des difficultés financières qu’elle ne cesse de rencontrer dans la gestion du RN, notamment parce que les banques refusent de lui faire crédit, elle pourrait être obligée d’arrêter quelques-unes de ses activités. Il ne semble pas que le parquet ait envisagé cette issue.

Une erreur du parquet ?

Mais il ne devrait pas ignorer les conséquences politiques de son geste. Même si Mme Le Pen excelle dans sa propre victimisation, autre moyen de rallier ses troupes autour d’elle et de déclencher la colère de ses électeurs, aucun juge ne devrait interférer dans la vie politique nationale. Or le risque existe d’un affaiblissement du RN qui, déjà et pour diverses raisons, en particulier sa lourde défaite à la présidentielle de 2017 et le leadership contesté de Mme Le Pen, ne va pas fort. Mais la France ne se débarrassera pas du Rassemblement national par le biais de la justice. C’est un parti solide, qui a été présent au second tour de la présidentielle et pour qui un tiers des Français ont voté. C’est pourquoi même les formations politiques qui n’ont aucune sympathie pour le RN ont dénoncé, pour la plupart, la démarche des juges, dans laquelle ils ont vu une atteinte au fonctionnement de la démocratie. Le parquet financier a adopté une mesure conservatoire alors que le RN est présumé innocent tant qu’il n’a pas été condamné. Il est inadmissible que la vie du parti soit menacée par une décision qui anticipe le jugement, celui qui sera prononcé par un juge différent. Nul doute que les électeurs du RN vont prendre fait et cause pour leur parti. De leur côté, les juges seront soupçonnés, à tort ou à raison, par une partie de l’opinion, d’avoir eu des arrière-pensées.

Sur la « probité » du RN.

Les deux millions d’euros en question représentent moins de la moitié de la somme (4,5 millions) à laquelle le RN a droit en 2018, conformément à ses résultats aux législatives. Mme Le Pen peut certes crier au « coup de force sans base légale », elle ne peut plus nier que le RN, parti censé renouveler les méthodes politiques et avoir les mains propres, est au moins aussi corrompu que d’autres partis. Non seulement de l’argent public a été détourné, mais il est question de quelques dépenses somptuaires ou d’agapes qui semblent démontrer que Mme Le Pen et ses amis ne sont pas vêtus de lin blanc et de probité candide. Elle veut à tout prix, aujourd’hui, un peu sous l’emprise de la panique, prouver que la justice participe à un complot politique contre son parti, mais si le RN, naguère le FN, avait observé quelques règles élémentaires de financement, il ne serait pas aujourd’hui dans la tourmente.

RICHARD LISCIA

 

 

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Une réponse à Le Front, l’argent et la justice

  1. Picot dit :

    Nous avons, tout de même, de plus en plus l’impression que la justice est aux ordres du politique. Y a-t -il un parti avec des mains vraiment propres? On peut en douter. Nous aimerions savoir, entre autres, comment le sieur Macron a bien pu financer sa campagne. Tout est si mystérieux.

    Réponse
    Mais tous les partis, y compris celui de Macron, qui n’est pas sieur mais président, ont des démêlés avec la justice. Ce qui n’excuse pas le Front national.
    R.L.

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