« Le responsable, c’est moi »

Macron hier soir
(Photo AFP)

Tous lui demandaient de s’exprimer, il l’a fait : pas dans des circonstances solennelles mais lors d’un pot de la majorité à la Maison de l’Amérique latine. Emmanuel Macron a déclaré : « Le seul responsable de cette affaire, c’est moi et moi seul ».

« S’ILS veulent un responsable, il est devant vous,  qu’ils viennent le chercher ! « , a encore dit le président de la République. Cela se passait hier soir et il n’était pas encore trop tard pour que l’opposition dénonce (une fois de plus) la méthode, le ton, la provocation. Mais de telles critiques ne portaient que sur la forme, pas le fond de l’affaire, car le pays commence à comprendre la stratégie de défense du chef de l’Etat. Il a en effet expliqué qu’il n’était pas question pour lui de s’en prendre aux « fusibles » du pouvoir, ce qui explique que les personnalités invitées à s’exprimer devant les deux commissions, celle de l’Assemblée et celle du Sénat, se soient évertuées à s’innocenter complètement. Le ministre de l’Intérieur, le préfet de police ou le directeur du cabinet de M. Macron, Patrick Strzoda, savaient que le chef allait assumer la responsabilité de toute l’affaire.

Revenir au fait-divers.

Cependant, le président s’est dit « déçu » et « trahi » par Alexandre Benalla dont il a répété, comme M. Strzoda, qu’il ne touchait pas un salaire de 10 000 euros par mois, (sans pour autant en énoncer le montant : 9 500 ?) et qu’il n’avait pas un appartement somptueux. Toute son idée consiste à ramener le scandale si opportunément dénoncé par l’opposition à ce qu’il est ou pourrait être, selon les conclusions de la justice, à un simple fait-divers. Bien entendu, M. Macron ne peut rien contre la chute de sa cote de popularité, contre le refus des oppositions à continuer à travailler à l’Assemblée, contre les incertitudes liées à une adoption ultérieure de la réforme de la Constitution, contre la motion de censure qui va être déposée par les Républicains. Manoeuvre qui, certes, n’ira nulle part : quand l’opposition stigmatise « le manque de sérieux » du pouvoir, elle ne se prive de faire perdre un temps précieux du travail parlementaire au nom d’un scandale dont elle exagère les proportions, tout en refusant de poursuivre l’examen d’une réforme. Dans l’absence de sérieux aussi, c’est la surenchère.

Ni remaniement, ni limogeage.

Il est, par ailleurs, inutile, d’exiger de M. Macron qu’il s’exprime devant le peuple, il a bel et bien l’intention de le faire. Il attend les premières conclusions de la justice pour peaufiner son argumentation. Il n’y aura, maintenant c’est clair, ni remaniement ministériel, ni limogeage à l’Elysée. La défense du président sera appuyée uniquement sur ce qui commence à émerger des investigations de la justice, à savoir qu’il va être difficile de faire valoir le fameux article 40 du Code pénal à M. Strzoda (tout fonctionnaire prenant connaissance d’un délit doit le signaler à la police) et, même si Alexandre Benalla est mis en examen, il n’est pas certain qu’il sera condamné. Car lui aussi s’appuie sur une disposition du code pénal en vertu de laquelle, face à un désordre grave sur la place publique, tout citoyen doit intervenir, même s’il n’est pas policier. Il n’est pas impossible que les conclusions des enquêteurs et celles de l’Elysée finissent par converger sur une idée simple, déjà formulée par M. Strzoda : la nature du « délit » ne suffisait pas pour qu’il fît un signalement à la justice.

Illégitime, Macron ?

Au point où nous en sommes du débat, et quelle que soit la peine encourue par M. Benalla, l’opposition continuera à répéter ses slogans rituels, cabinet noir, police parallèle, mépris du peuple et de ses représentants, et j’en passe. La vraie question ne porte pas sur les contorsions et les rictus de parlementaires déchaînés contre le pouvoir. Elle concerne le degré de haine que M. Macron a réussi à inspirer à une large fraction du peuple et aux élus de l’opposition. Pourquoi n’est-il pas considéré comme légitime alors qu’il dispose d’une majorité écrasante ? Pourquoi ne sait-il rien dire ou faire qui ne soulève un énorme tollé ? Pourquoi ses réformes sont-elles perçues comme des agressions contre le bonheur populaire ? M. Macron aurait raison de ne pas sacrifier ses amis à une cabale montée de toutes pièces, à la faveur d’un incident dont, évidemment,  il n’avait pas le contrôle. En revanche, il est impératif et urgent qu’il change de méthode de gouvernement. Ce nouveau combat contre ses détracteurs nécessite forcément un peu de violence. Mais au-delà, il faut qu’il mette un peu de sérénité dans ses rapports avec les élus et avec les gens.

RICHARD LISCIA

 

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13 réponses à « Le responsable, c’est moi »

  1. Michel de Guibert dit :

    La réaction de M. Macron assumant toute la responsabilité dans cette affaire l’honore.
    Reste le trouble suscité par le rôle de M. Benalla à l’Elysée et reste le fait qu’il arborait indûment un brassard de la police.

    Réponse
    Doit-on destituer Macron à cause de ce brassard ?
    R.L.

  2. Scalex dit :

    Comme toujours, j’apprécie votre objectivité et la rigueur de vos démonstrations. Personnellement, je dis bravo à Emmanuel Macron. Sa sortie par le haut remet fermement à leur place les accusateurs de ces derniers jours. Parmi eux, nous trouvons logiquement les politiques de l’opposition. Leur démarche est purement stratégique. Mais je suis effaré par les commentaires lus sur les différents forums de la presse (celui du Figaro en particulier). Cette haine de Macron est elle représentative de ce que pense l’ensemble de la population ? Vivement les prochaines élections pour le savoir.

  3. Marco dit :

    Quand on foule aux pieds, ostensiblement, certaines valeurs, rayant d’un coup de crayon tout un passé élyséen respectant jusqu’alors des traditions culturelles françaises, il ne faut pas être étonné de provoquer une certaine ire populaire ; plus de modestie, d’humilité, de discrétion, de tenue à défaut de retenue seraient mieux perçues.

    Réponse
    C’est exactement ce que je dis, d’une manière beaucoup moins virulente. Je ne vois pas quelles traditions ont été foulées au pied.
    R.L.

  4. DESRE dit :

    Pas d’accord du tout avec vous ! Manifestement vous prenez parti pour ce président « monarque »!
    La seule chose que je retienne de son allocution pour se dédouaner, c’est la grosse boulette qu’il a faite à la fin de sa déclaration : « Alexandre Benalla n’a jamais été mon amant »! Quésako ? Avec ça, il décrédibilise complètement sa fonction et ne va faire qu’enfler la rumeur qui le veut « homo »dans certains médias (qui se disent bien informés, encore des « fakes news »?)

    Réponse
    Ce n’est pas du tout une boulette, mais une façon de rappeler les énormités publiées dans les « fake news » des réseaux sociaux. En revanche, les vrais médias ont fait leur travail, un travail sans lequel on n’aurait jamais rien sur de cette affaire.
    R.L.

  5. Bulté dit :

    Après ce triste épisode, nous avons donc appris que lorsque l’extrême gauche s’affrontera lors d’une manifestation avec les forces de l’ordre, quelques membres de l’extrême droite pourront prêter main forte aux forces de l’ordre et vis versa puisque tout citoyen devant un désordre grave se doit d’intervenir. Non, M. Benalla n’était pas dans ce cas de figure et c’est cela qui est inquiétant. Et M. Liscia, je suis surpris que vous accordiez crédit à cette disposition du code pénal. Pouvez-vous citer un exemple dans lequel cette disposition, dans un contexte identique, a été appliquée ? Je crois surtout que ceux qui nous gouvernent usent de stratégies méprisantes. M. Macron souhaite qu’on vienne le chercher alors que cette procédure est impossible. M. Benalla ne risque rien car on nous ressort une disposition du code pénal qui ne s’appliquera qu’à lui. Et ainsi de suite. Mais pour vous, ce n’est pas grave. Au contraire, M. Macron est un grand stratège et le reste relève du fait divers. C’est la première fois que je trouve vos propos atypiques. Rassurez- moi : vous ne sombrez pas dans notre décadence nationale ?

    Réponse

    Je vous rassure tout de suite ; la décadence nationale, ce serait plutôt la haine politique qui vous habite. J’ai mentionné le système de défense de M. Benalla. Je ne l’ai pas approuvé. La décadence, c’est nier les droits d’un prévenu. Votre commentaire est nul et non avenu.
    R.L.

    • Num dit :

      Vos propos, tout comme ceux de l’opposition, sont excessifs. En quoi cette affaire est grave, précisément ? Un homme placé en observation des forces de l’ordre lors de la manifestation du 1er mai, fait du zèle en prêtant main forte aux CRS face aux casseurs d’extrême gauche (qui sont des agneaux innocents, comme chacun sait). Il a été sanctionné pour ça. En quoi c’est autre chose qu’un fait divers ?
      Mélenchon monte cette affaire en épingle, frustré d’avoir échoué dans toutes ses tentatives de rejouer Mai 68 ce printemps. Et tous les opposants (qui n’ont rien trouvé de mieux) et certains médias (qui n’aiment rient tant que brûler ce qu’ils ont adoré) de suivre comme des moutons. M. Liscia a juste un peu plus de prise de hauteur et de mesure que la plupart des journalistes (et je suis loin d’être soutien de Macron).
      Tout ça est ridicule et j’espère que la pause estivale va ramener tout le monde à la raison.

  6. mathieu dit :

    Je suis un peu surpris de voir fleurir, de façon assez récurrente, ce mot de « haine ». Concernant M. Macron, j’ai l’impression qu’on est dans le jeu politique normal, qui place, dans notre régime présidentiel (surtout depuis le quinquennat) le chef de l’état comme cible première de toutes les oppositions, de tous les tirs de mortier, surtout quand ledit chef assume et revendique les responsabilités, se plaçant au-dessus, mais aussi au centre de tout.
    Je pense que la « haine », souvent viscérale et irréfléchie, celle qui s’adresse à l’homme plus qu’à la fonction, a, bien plus, touché M. Sarkozy que M. Macron. Pour ce dernier, je parlerai moins de haine que de rage, à ne pas trouver, chez ce président du Centre difficilement classable sur l’échiquier politique, l’angle du tir susceptible de le déstabiliser voire le désarçonner! D’où l’instrumentalisation sans précédent, mais politiquement explicable, sinon logique, du « fait divers » actuel.

  7. CHRETIEN dit :

    Dans cette affaire il y a des perdants et des gagnants !
    Du côté des perdants : Emmanuel Macron bien sûr. Mais surtout la France au regard du monde avec nos querelles gauloises dont on ne parlera plus rapidement (les vacances) et tout le monde oubliera Benalla.
    Le second perdant et non le moindre : nos finances ; combien peut coûter l’organisation des commissions, l’audition des différents corps d’Etat, les émoluments des députés et des sénateurs et tous les frais annexes .
    De l’autre côté les gagnants sont bien évidemment M. Mélenchon et ses Insoumis qui ont, finalement, au bout d’une année d’attaque sur toutes les radios et toutes les chaines de TV, réussi à déstabiliser M. Macron et, le plus grave, à se rapprocher du Rassemblement national qui risque de nous emmener vers une révolution.
    Les deuxièmes gagnants sont les black blocks qui doivent bien rigoler, car c’est pour eux une invitation à poursuivre les casses, les incendies les vols avec barres de fer et cocktails Molotov sans crainte d’être poursuivis car seuls les citoyens comme Benalla osent s’interposer (sans vraiment blesser) contre les manifestants qui balancent des cendriers et des carafes d’eau sont la cible de la justice et de certains de nos concitoyens.

    Réponse
    Supputations. La partie n’est pas finie.
    R.L.

    • Num dit :

      Malheureusement je crains que vous n’ayez raison. Votre analyse est tout à fait juste.

      • chretien dit :

        Merci pour vos mails. Je constate avec plaisir que nous partageons plusieurs points de vue qui me semblent de bon sens.
        Et excellente question de François Mollens, procureur de Paris : pourquoi le couple frappé par Benalla n’a pas fait l’objet de poursuites ?

    • chretien dit :

      Tout à fait d’accord avec vous que E.Macron doit changer d’attitude et de stratégie et tout particulièrement écouter « son peuple »
      L’affaire va faire pschitt car les Français sont déjà lassés et partent en vacances et suivront le prochain événement médiatique. Quelle est selon vous le rôle du journal « le Monde » (en sa qualité de révélateur de l’affaire) quand on connaît ses relations avec la gauche en général et plus particulièrement avec F.Hollande et au regard des récents échanges avec E. Macron ?

      Réponse
      « Le Monde » a révélé une affaire qui méritait de l’être. C’est certainement un journal de gauche, mais, peu importe, il accomplit parfaitement son travail.
      R.L.

  8. Christian Jullien dit :

    C’est certain, « la partie n’est pas finie », une enquête est en cours et il faut attendre ses conclusions avant d’émettre des jugements définitifs sur les uns et les autres. Si cette affaire est loin d’être « une tempête dans un verre d’eau » par ses conséquences sur l’opinion, il n’y a pas eu mort d’homme et la justice, comme cela est souvent le cas malgré ce que certains peuvent dire, pourra être rendue dans la sérénité.

    Réponse.
    Je vous signale que quelques millions de « jugements définitifs » ont déjà été prononcés.
    R.L.

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