Le choc droite-Macron

François Molins
(Photo AFP)

Le harcèlement des oppositions confine à l’hystérie. Pourtant la lumière sera faite inévitablement sur l’affaire Benalla au niveau de la justice et des élus. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) remettra son rapport ce soir. Dans ces conditions, pourquoi les élus poursuivent-ils leur guérilla ?

UN CERTAIN nombre d’éléments ternissent l’action du pouvoir dans cette affaire. Le tentative de mettre le couvercle sur le « scandale » fait l’objet d’une plus grande suspicion depuis  que le procureur François Molins, dont la compétence est saluée partout, a demandé publiquement pourquoi il n’y a pas eu de poursuites contre le couple de manifestants molestés par Alexandre Benalla. Ils ont en effet commis des violences répétées contre les forces de l’ordre. Dans l’esprit de M. Molins, le sous-entendu est que, s’ils n’ont pas été poursuivis, c’est que la police n’a pas voulu faire de vagues. Quitte à ce que cet homme et cette femme pâtissent d’une instruction, l’indulgence dont ils ont bénéficié jusqu’à présent pourrait avoir un rapport avec l’interférence du pouvoir dans le fonctionnement de la justice. Sauf que, sur un total de 280 interpellations du 1er mai, 44 n’ont fait l’objet d’aucune poursuite. Il est donc peu probable qu’il y ait eu, dans ce cas précis, une volonté de dissimuler l’affaire. De son côté, Emmanuel Macron, s’il a réussi à remobiliser ses troupes qui, désormais, se montrent plus combatives, ce qui augmente la tension générale, a inspiré aux oppositions une colère durable. Elles veulent, en réalité, faire durer la crise pour affaiblir le président.

L’objectif est-il la recherche de la vérité ?

Première action concertée : la complicité de forces politiques habituellement incompatibles dans la décision spectaculaire de quitter la commission d’enquête de l’Assemblée, sous le prétexte que Yaël Braun-Pivet, co-rapporteur de la commission, refuse l’audition ou la ré-audition d’un certain nombre de responsables politiques. En réalité, entre les auditions de l’Assemblée et du Sénat, aucune personnalité susceptible d’avoir joué un rôle n’aura échappé aux questions des parlementaires, au terme des enquêtes. Deuxième action : le dépôt d’une motion de censure par les Républicains et le dépôt d’une autre motion de censure par toute la gauche, dans la foulée des Insoumis. Je veux bien que tout soit possible, que les démarches les plus incongrues soient dictées par la seule recherche de la vérité, je veux bien que « M. Macron ait été secoué comme un cocotier » (propos de journaliste), mais ce sont les institutions elles-mêmes qui sont attaquées et risquent de ne pas s’en remettre. Le mécontentement tonitruant, la hargne tenace et la colère théâtrale de la droite sont-ils sincères ? S’agit-il, pour elle, d’accomplir un travail objectif ? Non, il s’agit, chez certains surexcités, de faire tomber Macron, comme si c’était possible, comme si la Constitution, celle-là même que la droite refuse désormais d’amender, n’empêchait pas une telle issue.

Sur la crédibilité des oppositions.

M. Macron s’est déclaré l’unique responsable du recrutement de M. Benalla et de ses conséquences. Il n’a jamais minimisé les faits. Il a reconnu que celui que l’on présente comme son protégé ( la protection d’un président peut-elle aller jusqu’à son suicide ? Ce serait une première) avait commis une faute grave. Mais il n’a pas tort de dire qu’il faut relativiser les conséquences de cette faute où il y a certes eu abus de pouvoir, mais qui ne salit pas la réputation des 800 salariés de l’Élysée. Pourquoi est-il temps de mettre un terme à cette tragi-comédie ? Parce que la crise politique est  factice et qu’elle éloigne toutes les forces vives du pays du travail qui leur incombe. Que la réforme de la Constitution ne soit pas votée, ce n’est pas la fin du monde, elle n’est pas à mon sens, indispensable. Que des députés fassent une grève perlée, un peu comme les cheminots, me semble moins acceptable. Ils ne peuvent pas pratiquer la politique de la chaise vide et prétendre simultanément qu’il n’existe plus de débat contradictoire. Ils ne peuvent pas davantage offrir à l’opinion ce lamentable spectacle qui justifie la désaffection et même le mépris croissant à l’égard de la démocratie. Dans leur fol entêtement à confondre M. Macron, les oppositions sont en train de perdre leur crédibilité. Elles espèrent jouer leur jeu avec d’autres règles que celles du droit, elles n’y sont pas autorisées et si, en définitive, elles paralysaient le parlement, elles commettraient un délit, peut-être un crime, bien plus graves que celui qu’elles reprochent à M. Benalla.

Manigances.

Je peux citer un grand nombre de scandales beaucoup plus sérieux qui ont ébranlé la République mais n’ont jamais produit de cataclysme institutionnel. La colère et la violence finiront par devenir elles-mêmes le scandale. Un peu de sérénité et de patience seraient bénéfiques pour le pays. Je ne vois pas pourquoi les oppositions devraient être tellement frustrées, alors qu’il y a deux enquêtes parlementaires en cours,  puis celle de l’IGPN et celle de la justice, tous organes agissant dans une totale indépendance et auxquels le président, ses ministres et son cabinet se sont docilement soumis. Demander encore plus, c’est quoi ? Arrêter le soleil pour interrompre l’été et les vacances, que tous, accusateurs et accusés, se préparent à prendre ? Précédemment, je me félicitais de la célérité et de l’extraordinaire réactivité des institutions dès le jour où l’affaire a été révélée (le 18 juillet par « le Monde »). Aujourd’hui je me demande si cette impressionnante force du droit en France ne va pas être occultée par des manigances qui n’honorent pas leurs auteurs.

 

RICHARD LISCIA

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5 réponses à Le choc droite-Macron

  1. Num dit :

    Je souscris entièrement à vos propos mais je ne suis pas sûr que ce soit vraiment la droite qui tire les ficelles. Mais bien plutôt LFI et Mélenchon pour qui la déstabilisation et la manipulation sont des méthodes – trotskystes – bien maîtrisées. La droite lui a emboîté le pas par pur opportunisme, ce qui la déshonore, à mon sens.

  2. Michel de Guibert dit :

    Arrêter le soleil, non, mais éclipse de lune ce soir… et c’est la terre qui va masquer le soleil !
    Comprenne qui pourra !

  3. Michel de Guibert dit :

    Notons tout de même que la commission d’enquête du Sénat fait un travail beaucoup plus serein et plus indépendant que celle de l’Assemblée.
    Réponse
    Ce à quoi il faut ajouter que la démission des membres LR et LFI de la commission de l’Assemblée n’empêche pas les travaux de la dite commission de se poursuivre.
    R.L

  4. PICOT François dit :

    Tout d’un coup toute la presse qui encensait Macron se retourne contre lui ? Comme c’est curieux. Il n’y a qu’une question à se poser : qui contrôle les médias ?

  5. CHRETIEN dit :

    Encore une excellente analyse que j’approuve … sauf le titre de votre article. La droite a pris un wagon dans le cheminement de ce train uniquement pour exister et montrer qu’elle existe. Dans cette affaire, elle n’est pas crédible, il y a tellement d’autres sujets sur lesquels elle devrait travailler et être constructive dans un programme motivant pour tous les Français.
    Quel gâchis au niveau de nos institutions ! Que de temps perdu ! Nous avons mille problèmes à régler et nous nous focalisons sur cette affaire qui reste malgré tout un fait divers ?
    Mais quand va- t-on comprendre que c’est une formidable manipulation de Mélenchon et de ses Insoumis ? Je le dis depuis le début de çette affaire.
    Vu l’énorme succès de leur déstabilisation Il faut s’attendre à d’autres actions de « pré-révolution « de leur part …. et sûrement plus toxiques . C’est leur stratégie.

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