La farce législative

Michel Delpuech, préfet de police
(Photo AFP°

Une motion de censure est un instrument constitutionnel utilisé pour faire tomber un gouvernement. Demain, les partis politiques en déposeront deux. La gauche présente sa motion, la droite, la sienne. Aucune des deux n’a la moindre chance d’obtenir l’effet supposé.  Le Premier ministre, Édouard Philippe, répondra, en un exercice unique, aux questions des députés.

OLIVIER FAURE, chef du PS, souligne ce matin qu’il n’est pas question pour les socialistes de voter la motion de la droite. Car, explique-t-il,  la gauche ne formera pas une majorité avec les Républicains. Il admet que ce double effort destiné à évincer le gouvernement n’aura aucun effet, sinon de servir « d’alerte ». On croyait que les Français, à 80 %, critiquent sévèrement le pouvoir, on voit que M. Faure a encore besoin d’alerter l’opinion. La vérité est ailleurs. Divisées, les oppositions éprouvent le besoin d’entrer dans l’histoire en créant un scandale d’État là où il y a une affaire dont les institutions sont parfaitement capables de décrire les tenants et les aboutissants. Les ressorts de cette dramatisation de la crise sont parfaitement apparents : il s’agit, dans le cadre d’un quinquennat qui devra, de toute façon, parvenir à son terme, affaiblir Emmanuel Macron en nuisant, non sans l’aide empressée des médias trop heureux de parler d’autre chose que du tour de France, à la réputation du chef de l’État et de ceux qui l’entourent.  Depuis plus de dix jours, je n’ai pas vu une seule émission politique qui ne soit à charge, je n’ai pas  entendu une seule nuance dans les commentaires des journalistes invités sur les plateaux. Cette attitude a un nom : le manichéisme.

Toutes les grimaces possibles.

Le cas Alexandre Benalla n’est pas anodin. Il se défend fort bien en inondant la presse d’interviews « exclusives », mais il a commis une grave erreur. La réactivité des élus et des médias a été satisfaisante. La vérité sera faite rapidement sur ce qui s’est passé. Mais on est déjà sûr que, si M. Benalla a usurpé des fonctions, il n’a commis ni crime, ni violence extrême. Pour réagir avec une colère d’autant plus bruyante qu’elle était feinte, les oppositions ont fait toutes les grimaces possibles, ont poussé des cris de douleur assourdissants, ont prétendu défendre les institutions alors qu’elles les instrumentalisent pour mieux nuire au pouvoir. Il n’est pas contestable que la sanction prise contre M. Benalla a été relativement indulgente, ni que l’Élysée a cru couvrir l’affaire pour passer à autre chose, commettant de la sorte une erreur tactique qu’il paie très cher. Mais, lorsque les enquêtes judiciaires et parlementaires auront établi les faits de manière exhaustive, ils diront principalement que M. Benalla et son ami Vincent Crase sont allés à la bagarre le 1er mai comme des gosses, ou  des irresponsables. M. Benalla a ainsi révélé une partie de sa personnalité qui aura échappé au chef de l’État et à son entourage. C’est ce qui conduit M. Macron à dire qu’il est déçu et se sent trahi.

Les acquis obtenus par les oppositions.

De tous les scandales qui ont jalonné les 58 années de la Ve République, celui-ci, pour autant qu’on en connaisse aujourd’hui les éléments principaux, est le moins grave et, si le président est éclaboussé, c’est plus par les injures lancées contre lui que par l’affaire, qui, au terme des enquêtes, pourrait bien apparaître comme le produit d’une analyse erronée de M. Macron sur le vrai caractère de M. Benalla. Faisons un premier bilan politique : rien ne rapproche les quatre forces politiques qui ont déposé deux motions de censure. Non seulement elles ne peuvent pas chasser le pouvoir, mais, dès lors qu’elles n’ont rien en commun, leur succès serait le signal d’un chaos sans précédent depuis 1940. Elles ont néanmoins obtenu plusieurs acquis : la disparition possible de la réforme constitutionnelle, la réorganisation des services de l’Élysée dans un contexte de sélection infiniment plus exigeante, l’affaiblissement moral de M. Macron et de la République en marche, une érosion politique de la majorité qui, cependant, pourrait n’être que temporaire ; elles ont prouvé l’excellente qualité de nos institutions qui ont joué à la fois en leur faveur et contre elles puisque les motions de censure les ridiculisent.

Quand le préfet de police, Michel Delpuech, a parlé  « de copinage malsain », qui visait-il ? Peut-on, dans le cadre du débat, insinuer l’idée, qui n’a été émise que par très peu de gens, que M. Benalla avait noué des relations privilégiées au plus haut niveau dans la police et que la première chose à faire, c’est de mettre un terme à ce mélange des genres ? Mais qui peut croire que M. Macron ou ses subordonnés ont lâché la bride à M. Benalla ? Car dans quel intérêt l’auraient-ils fait ? À n’en pas douter, cette affaire va déclencher quelques réformes discrètes dont on entendra très peu parler. L’essentiel, n’est-ce pas, est d’avoir marqué au fer rouge le dos de M. Macron pour mieux cibler la fusillade insensée à laquelle il est exposé depuis dix jours.

RICHARD LISCIA

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