Après l’été, l’orage

Bruno Le Maire
(Photo AFP)

Comme le catastrophisme est l’état d’esprit le mieux partagé, tout le monde s’accorde à dire que les temps vont devenir difficiles pour l’exécutif. Cette thèse a le mérite du réalisme. L’affaire Benalla va aviver les tensions qui naîtront à la rentrée des nouvelles difficultés économiques et sociales qu’apportera une conjoncture économique maussade.

LE PRÉSIDENT a perdu, avec le scandale qu’on lui a accroché à la veste, une partie de la liberté de manoeuvre dont il bénéficiait jusqu’à présent. L’adoption, juste avant les vacances, de la loi sur l’avenir professionnel et de la loi asile/immigration, a certes démontré que le gouvernement reste  en possession de ses moyens, comme l’a promis mardi Édouard Philippe aux oppositions déchaînées. À noter à ce sujet que, si les élus de droite étaient tous présents pour voter leur motion de censure, ils n’étaient plus qu’une trentaine pour terminer l’examen des deux réformes. À eux de mesurer leur utilité quantifiable. Le climat politique est d’autant plus alourdi que les enquêtes, celles de la justice et celle du Sénat, se poursuivront à la rentrée, ce qui va donner aux éditorialistes tous les ingrédients de leur prose et occulter partiellement des dossiers plus importants. On a fait grand cas d’un commentaire au vitriol de la Frankfurter Allgemeine, vénérable quotidien allemand et dont on a remarqué qu’il avait traduit littéralement ce qui s’écrit dans nos propres journaux, un peu comme si mes confrères d’outre-Rhin n’avaient pas le temps de se forger une opinion.

Le bond de l’inflation.

En septembre, la seule question qui vaille portera sur la croissance et l’inflation, la première ayant ralenti au deuxième trimestre, la seconde ayant fait un bond. Or le gouvernement, jusqu’à présent, n’a pas réussi à réduire considérablement le taux de chômage, qui reste très élevé par rapport à la moyenne européenne (et encore plus élevé si on le compare aux performances de l’Allemagne, en situation de plein emploi). Nous avons plus de trois millions de chômeurs,  soit un taux de plus de 9 %, c’est énorme. Les critiques, désormais coutumières, adressées à la hausse de la CSG et  à la réduction de certaines prestations sociales comme l’aide au logement, vont donc s’amplifier au moment où les pouvoirs publics devront boucler un budget bien difficile à équilibrer. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, ne peut pas augmenter les impôts, il ne peut plus réduire les dépenses sociales, et la croissance est trop faible pour lui permettre de maintenir les dépenses à leur niveau actuel. Il se trouve en outre que la hausse du prix du pétrole a eu des conséquences négatives sur notre économie, puisqu’elle a entraîné un redémarrage de l’inflation. À 2,3 % sur un an, elle doit être modérée, l’objectif des banques centrales étant de 2 %. Comme les États-Unis augmenteront les taux d’intérêt avant la fin de l’année, la BCE (Banque centrale européenne) finira, tôt ou tard, par imiter la Banque fédérale des réserves des États-Unis.

Une stratégie compliquée.

La BCE n’aime pas ce scénario qui augmenterait fatalement le poids de la dette contractée par les pays de l’Union européenne et entraînerait de nouveaux déficits budgétaires. Nous entrons dans une phase très compliquée de la gestion des économies et des finances européennes. Le gouvernement a affirmé hier qu’il comptait sur une croissance de 1,8 %  en 2018, il faudra qu’il le prouve. Cependant, pour lui, ce qui comptera dans les mois qui viennent, c’est que les réformes déjà en vigueur commencent à produire des résultats. Les Français finiront par oublier l’affaire Benalla s’ils ont le sentiment que leur pouvoir d’achat s’améliore. Une stratégie a été choisie, celle de compenser les hausses d’impôt par une réduction de la taxe d’habitation. Elle est d’autant plus compliquée à mettre en oeuvre qu’elle représente un manque à gagner de quelque 10 milliards pour les collectivités locales, déjà pénalisées par la diminution du soutien financier de l’État.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

6 réponses à Après l’été, l’orage

  1. Marco dit :

    Mirage du miracle!

  2. gegau dit :

    La magie Macron n’aura donc opéré qu’une année ; nous allons retomber lourdement sur le plancher des vaches. Il aura fait illusion. Nicolas Sarkozy a récemment déclaré (dans « le Point ») : « ça va se terminer en farce ». Il n’y a pas de quoi s’en réjouir.

    Réponse
    Non, mais il n’y a pas de quoi non plus de s’en lamenter. Le ridicule ne tue personne mais il montre au moins qu’il ne faut pas voter pour les ridicules.
    R.L.

  3. marie josephe dzula dit :

    Que ce soit Sarkozy, Hollande ou Macron, c’est les mêmes recettes déclinées à des sauces différentes mais si notre monde doit subsister, c’est par de nouvelles recettes et ça paraît urgent.
    Notre monde doit changer de paradigme où il disparaîtra, et bon débarras ! (Yves Paccalet)

    • Scalex dit :

      Vous ne voyez pas de différences entre Sarkozy et Hollande d’une part, et Macron de l’autre? Personnellement, je n’avais pas imaginé que nous puissions vivre un changement politique aussi radical. Quand à faire le bilan, c’est un peu tôt. Attendons 2022.

  4. PICOT François dit :

    Bruno Le Maire? Celui qui disait, si l’on en croit les médias, que seule sa trop grande intelligence le gênait pour être président de la République? Il n’augmentera pas les impôts? Nous allons voir. Par contre pour les taxes, c’est sûr, l’assommoir est en route (timbre, essence, 80 km/h etc..). Il y a d’autres ficelles, par exemple faire payer par les entreprises les congés maladie à la place de la sécurité sociale. Un comble. On le voit, ces braves gens, bien entendu au service de leurs concitoyens, ne savent plus quoi inventer pour nous presser comme des citrons.

  5. chretien dit :

    Deux anecdotes pour rigoler : Edouard Philippe ne met pas sa ceinture lors de sa visite au Tour de France…. pour ne pas dépasser le 80KM/h ? La commission du Sénat (environ 49 sénateurs présents? ) interroge Christian Castaner sur son mail à propos de l’affaire Benalla : avez-vous oui ou non mis une virgule à tel endroit ?
    Que doit-on en penser ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.