Macron : le dit et le non-dit

Macron le 31 décembre
(Photo AFP)

Le président de la République semble avoir accepté à contre-coeur de prononcer le discours de voeux de fin d’année aux Français. L’opinion a découvert avec surprise un texte « classique », comme si, en toute occasion, il devait surprendre son monde par des effets de style ou de manche. Il s’est adressé d’abord à tous les Français par le truchement de la télévision, comme il dirait, puis, de manière plus brève, par l’intermédiaire des réseaux sociaux  pour mieux correspondre aux goûts des jeunes.

AVEC onze millions de téléspectateurs, il a réuni une large audience sans battre le moindre record. Ce qui montre que les artifices de communication ne sont pas indispensables et que seul compte le contenu du message. Le discours coïncidait avec l’adoption de la loi budgétaire pour 2018 qui, elle, témoigne de ce qui a été accompli au titre de la réforme et ce qui ne l’a pas été.  Emmanuel Macron se déclare littéralement saisi par la grâce : il veut combattre les inégalités sociales par un vaste plan dont on imagine naïvement qu’il va coûter cher. Or le budget de cette année ne contient aucune disposition de ce genre alors que le principal reproche qui lui est adressé porte sur l’insuffisance de la réduction de la dépense publique, projet auquel M. Macron ne cesse, depuis qu’il est au pouvoir, d’exposer son ardent intérêt. Comment il va financer cet effort en faveur des Français au chômage où incapables de payer leurs dépenses les plus communes, voilà un mystère qui, à l’heure  où l’on sait avec certitude qu’il n’existe aucun budget cette année pour venir en aide aux déshérités, va s’épaissir avec le temps.

Un plan pour 2019 ?

On ne sait trop quoi lui dire : soit qu »il ne peut pas dépenser un centime de plus, soit qu’il doit trouver par une hausse d’impôts de quoi financer la résorption des inégalités en France. Mais une hausse de la pression fiscale n’a pas la même vertu qu’une diminution de la dépense. La France est déjà surendettée, elle va emprunter encore 80 milliards d’euros sur les marchés cette année et, si les taux d »intérêt montent, comme c’est probable à moyen terme, le niveau des remboursements annuels de notre pays va atteindre des sommets. On ne voit vraiment pas comment une campagne contre les inégalités peut être décidée après que le budget a été verrouillé ; on ne voit pas par quel tour de prestidigitation le chef de l’Etat  trouverait a posteriori une martingale pour payer cette nouvelle dépense, aussi justifiée qu’elle soit sur le plan humanitaire. Pour ma part, je crois qu’il s’agit d’un plan pour 2019 et pas pour cette année, ce que les faits devraient vérifier.

Un français élégant.

M. Macron a sans doute cru qu’il parviendrait à se débarrasser de l’étiquette de « président des riches », qui l’agace énormément, à la faveur de son discours de fin d’année. Mais, dès lors qu’il veut se distinguer de ses prédécesseurs, il ne peut rien annoncer qui ne soit solidement assis sur la substance des chiffres. Il s’est contenté de nous rappeler que la commisération fait partie de l’arsenal de ses instruments. On lui a reproché un texte qu’il a longuement travaillé mais qui serait trop long pour ce qu’il avait à dire et serait embrumé par cette phraséologie dont il a le secret. Rien ne l’oblige pourtant à s’exprimer comme le vulgum pecus et je ne comprends jamais cette manie qui consiste à exiger du chef de l’Etat un langage plus simple alors que, dans ses fonctions, il est le premier défenseur de la langue française. Dans le combat politique, on se trompe souvent de sujet. On attaque sur des bricoles, on ne distingue pas l’essentiel. Le néo-snobisme du « parler vrai » relève de cette volonté nationale de rechercher le plus bas dénominateur commun de la conversation pour tous. Les auditeurs du président devraient être plutôt fiers d’avoir placé au pouvoir un homme qui s’adresse à eux dans un français élégant, ce qui est la meilleure forme de respect  et, surtout, n’a rien à voir avec l’essentiel du débat politique.

RICHARD LISCIA

 

PS-Bonne année à tous !

 

 

 

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L’erreur d’Edouard

Edouard Philippe
(Photo AFP)

La litanie des petites polémiques entre le gouvernement et l’opposition n’est pas près de s’arrêter : voilà qu’il est maintenant reproché à Edouard Philippe d’avoir changé d’avion à Tokyo lors de son retour de Nouvelle-Calédonie.

INVITE sur RTL, le Premier ministre s’est expliqué : oui, lui et une partie de sa délégation ont changé d’avion à Tokyo et loué pour 350 000 euros de sièges sur un A-340 privé afin de gagner du temps. La règle veut en effet que le chef du gouvernement soit toujours sur le territoire national quand le président de la République part pour l’étranger. Or Emmanuel Macron devait se rendre à Alger et M. Philippe voulait arriver à Paris avant son départ. Cependant, le jeu en valait-il la chandelle ? Son appareil militaire est arrivé à bon port seulement deux heures après lui. Il déclare assumer complètement sa décision, c’est-à-dire une dépense superflue. Assumer est le mot que l’on emploie quand on a commis une erreur et qui ne veut rien dire si, en prenant la responsabilité d’un acte contestable, on n’en subit aucune conséquence. Ce fut le cas avec François Fillon, qui a « assumé » sa défaite, sans préciser qu’il avait fait perdre à son parti une élection « imperdable ».

Discret et peu connu.

L’affaire est d’autant plus regrettable que le chef du gouvernement apparaît comme l’un des hommes les moins clivants de la République. Il semble complètement absorbé par son travail et chercher davantage à expliquer son action qu’à entrer dans des joutes oratoires avec ses adversaires politiques. Il a une autorité naturelle, mâtinée d’un caractère bon enfant, et surtout, il est parfaitement en phase avec son accablant cahier des charges et avec M. Macron. Les sondages convergent pour accorder aujourd’hui à M. Philippe un cote de popularité de 52 %, identique à celle du chef de l’Etat, ce qui est bien utile pour un homme qui a contribué à la mise en place d’une série de lourdes réformes et en gèrera beaucoup d’autres dans les mois qui viennent.

Edouard Philippe est si discret, et au fond encore si peu connu, que les médias, à ce jour, ne lui ont pas accordé toute l’attention qu’il mérite. Beaucoup de Français ignorent pourquoi il a été choisi comme Premier ministre. La rumeur affirme que le premier choix d’Emmanuel Macron avait été Xavier Bertrand, lequel a refusé la proposition, sans doute pour mieux réaffirmer une indépendance, de nouveau confirmée ces jours-ci par sa démission du parti les Républicains, après l’élection de Laurent Wauquiez à la tête du parti de droite. Maire du Havre, philosophiquement très proche d’Alain Juppé, Edouard Philippe n’était pas un inconnu pour M. Macron. L’ancien ministre de l’Economie était proche des élus de droite qui, par la suite, ont formé le clan des « Constructifs » ou sont carrément entrés au gouvernement, comme Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. La jonction entre un président issu de la gauche et des personnalités de droite n’a jamais résulté du hasard ou réuni des gens qui ne se connaissaient guère. Elle a été produite au contraire par une convergence des idées qui structuraient leurs ambitions.

Prendre des coups et en donner.

M. Philippe est boxeur, ce qui signifie qu’il peut à la fois prendre des coups et en donner. Il n’est pas possible de dire si l’histoire de changement d’avion va peser sur sa carrière, mais, comme d’habitude, le « scandale » existe plus dans les propos d’un débat politique délibérément livré à l’outrance que dans la colère populaire. L’empressement avec lequel les adversaires de droite ou de gauche commentent les erreurs, vraies ou inventées, du gouvernement en place traduit plutôt le besoin de faire feu de tout bois en ces temps de suprématie macronienne que la vigueur des oppositions. On n’est plus sous François Hollande, qui était sommé de répondre à toutes les interpellations, y compris celles que lançaient les frondeurs, c’est-à-dire les élus de son propre camp. Il est parfois question d’une lassitude chez les « marcheurs », notamment les députés, qui seraient fatigués d’être des godillots ou trouveraient ennuyeux les débats de l’Assemblée, mais, s’il est vrai que ce sentiment commence à se diffuser au sein de la majorité, il est tout aussi vrai que les médias sont prompts à déceler des frémissements tectoniques qui ne se transforment pas toujours en tremblements de terre dévastateurs.

C’est justement le rôle d’Edouard Philippe de contrôler la majorité et, avec l’aide de Christophe Castaner, il y est parvenu. M. Philippe gagnera à être mieux connu de l’opinion dans les mois qui viennent. Cet homme-là, quoi qu’on en dise, marquera son époque.

RICHARD LISCIA

PS- Trêve de Noël. Je prends quelques jours de repos. Ceux qui me font l’honneur de me suivre me retrouveront le mardi 2 janvier. Bonnes fêtes de fin d’année à tous.

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Immigration : le durcissement

Protestation à Marseille
(Photo AFP)

Depuis environ une semaine, la presse, les associations et la gauche dénoncent le durcissement de la politique d’immigration du gouvernement. Elles réagissent à une circulaire datée du 12 décembre dernier qui prévoit d’envoyer des « équipes mobiles » pour recenser les migrants dans les centres d’hébergement. Les associations voient dans cette disposition un moyen de hâter les reconduites à la frontière.

EMMANUEL Macron a toujours dit qu’il ferait tout pour tarir la source de l’immigration clandestine et pour traiter humainement les immigrés déjà arrivés en France. Il semble que, sous l’influence de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, qualifié par quelques commentateurs d’homme « le plus à droite » du gouvernement (M. Collomb vient du PS), le gouvernement craigne les effets de l’immigration secondaire, celle des « déboutés » d’Allemagne ou d’Italie. La circulaire a provoqué un tollé. Caritas France, SOS-Racisme, et diverses organisations ont demandé au Défenseur  des droits, Jacques Toubon, d’intervenir pour exiger l’annulation de la circulaire. Les centres d’hébergement font valoir que leur travail ne consiste pas à aider les pouvoirs publics à appliquer leur politique migratoire, mais à donner des conditions de vie relativement décentes aux migrants.

Soudaine urgence.

On peut se demander pourquoi M. Macron fait soudain de l’immigration son cheval de bataille et pourquoi il s’expose ainsi aux vociférations de tous ceux qui ne cessent de dénoncer la dérive droitière de son gouvernement. Le président s’est même félicité récemment de ce que les reconduites à la frontière aient augmenté de 14 % cette année. Une soudaine urgence semble être apparue, celle d’une menace croissante, et subite, des flux migratoires. Ce qui explique que la France organise déjà en Afrique une parade contre les passeurs, notamment à Agadez (Niger), où des contrôles ont été mis en place. La vraie raison qui expliquerait la soudaine sévérité du gouvernement en matière de migration est sans doute la montée des partis d’extrême droite en Europe. Le succès de l’AfD (Alternative für Deutschland) en Allemagne a empêché la formation d’un gouvernement trois mois après les élections législatives. En Autriche, les conservateurs ont formé un gouvernement qui fait la part belle à l’extrême droite, laquelle dispose des portefeuilles de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de la Défense. Partout, en Belgique, en Hongrie, en Pologne, en République tchèque et dans d’autres pays de l’Union européenne où les conservateurs au pouvoir adoptent des thèses extrémistes et les mettent en vigueur, l’euroscepticisme monte, les libertés sont réduites,  les gouvernements modérés sont balayés et remplacés par des formations populistes.

Perçu comme un « dur » ?

M. Macron aurait donc jugé que l’ascension des extrêmes sous l’influence d’une immigration intolérable pour un grand nombre de Français concerne la France pour un avenir qui n’est pas si lointain. Le désarroi pathétique du Front national n’empêche pas ce parti d’avoir recueilli plus de 10 millions de suffrages aux législatives de juin dernier. Sous la houlette de Laurent Wauquiez, les Républicains ont choisi eux aussi de revenir aux thèmes identitaires autrefois énoncés par Nicolas Sarkozy. Une recrudescence de l’immigration risque de jeter une fraction croissante de la population dans les bras des extrémistes. C’est sûrement ce que M. Wauquiez a compris, ce que Mme Le Pen espère, ce que craignent tous les modérés. Il y aurait sûrement une incohérence chez M. Macron s’il faisait main basse sur une idéologie contre laquelle il s’est dressé jusqu’à présent avec la dernière vigueur. Mais peut-être n’est-il pas fâché, en prenant le risque de trahir sa propre philosophie, d’être perçu par les Français, de plus en plus hostiles à l’immigration, comme un « dur ». Peut-on lui faire confiance pour ne sacrifier aucun des droits auxquels beaucoup d’entre nous restent très attachés ? La bourrasque des imprécations lancées par les associations et par la presse a une bonne chance, dans ce pays qui ne choisit jamais entre deux maux, de produire son effet et de freiner ou d’empêcher la recherche d’un équilibre migratoire qui résulterait d’une politique de force.

RICHARD LISCIA

 

 

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Macron, l’argent et le pouvoir

Macron avec Delahousse
(Photo AFP)

On fait grand cas, dans les médias, de l’entretien accordé hier soir par Emmanuel Macron à France 2 et dont le journaliste Laurent Delahousse, toujours très à l’aise, a fait une conversation déambulatoire.  C’est une réussite médiatique mais, en réalité, le président s’est livré à peu d’effets d’annonce, convaincu qu’il est que ses affaires sont relativement en bon ordre, que sa cote de popularité atteint maintenant 52 %, et que les Français, dans leur ensemble, attendent les résultats de sa politique.

AU COURS de l’entretien, M. Macron a confirmé le changement de cap de la France au sujet de Bachar Al-Assad. La priorité, dit-il en substance, est de vaincre Daech. Ce qui laisse penser que la France acceptera de négocier des accords de paix et de reconstruction de la Syrie avec Bachar, tout en nourrissant le secret espoir que les factions qui ont participé à la lutte contre le régime finiront par se débarrasser du dictateur sanguinaire.  C’est une politique à la fois réaliste et timide, et des voix discordantes n’ont pas manqué de se faire entendre. Grâce à la Russie et à l’Iran, le président syrien a réussi à se maintenir au pouvoir, mais Vladimir Poutine est visiblement pressé de rapatrier ses troupes et personne ne peut dire aujourd’hui que les ennemis d’hier seront soudain saisis par la grâce du pacifisme.

L’usage du mot haine.

M. Macron a riposté à Laurent Wauquiez, qui affirmait récemment que le chef de l’État « avait la haine »  de la province. « C’est un commentaire que je lui laisse, a déclaré le président, ça n’apporte rien au pays, ça dit la haine pour votre serviteur, ça ne fera pas manger les Français, ça ne fera pas progresser le pays ». Le président de la République a décrit les efforts de son gouvernement pour lutter contre le chômage : réformes du code du travail, de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’assurance-chômage, et il espère que les premiers résultats de ce programme se feront sentir dans deux ans et jusqu’à la fin de son mandat. « Je fais ce que je dis, a dit M. Macron en raccompagnant son visiteur à la porte de l’Élysée. Il y a longtemps que ce n’était pas arrivé ».

L’entretien a été enregistré il y a quelques jours et ne pouvait inclure certaines informations diffusées pendant le week end. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique a publié les patrimoines de nos ministres, dont plusieurs sont millionnaires. On peut bien sûr s’étonner de ce que le champion de l’écologie, Nicolas Hulot, possède six voitures, mais la recherche de la transparence absolue est en train de transformer les observateurs en voyeurs. L’opinion doit accepter le fait que des ministres, surtout ceux qui ont occupé des postes de haute responsabilité dans le secteur privé, aient fini, avec le temps, par amasser un pécule. La notion de « richesse » est elle-même variable. Par rapport à un sans-abri, on est riche avec quelques milliers d’euros à la banque, mais on est pauvre par rapport à un capitaine d’industrie. Faut-il que nos concitoyens sachent absolument tout de ce que possèdent les ministres ? Heureusement au moins l’un d’eux, Gérald Darmanin, fait pitié avec 30 000 euros.

L’opposition n’a plus rien à dire.

De la même manière, M. Macron, qui fêtera jeudi son quarantième anniversaire, a voulu passer le week end près du château de Chambord, ce qui lui a valu toutes sortes de remarques scandaleuses. Non, il n’a pas loué un gîte pour lui et ses amis avec les deniers de l’État et il a dû le souligner trois fois. Il est tout simplement honteux d’interpeller un président au sujet de ses dépenses et de vouloir faire le tri entre ce qui lui est payé par l’État et ce qu’il paie de sa poche. Interrogé à ce sujet, Jean-Luc Mélenchon a répondu qu’il ne tenait pas à chercher des « pouilles » à M. Macron, ce qui ne l’a pas empêché de faire un long discours sur le fait qu’il est tellement républicain que le voisinage avec les symboles d’une monarchie disparue le choque. Que le château de Chambord soit une merveille architecturale visitée par de nombreux touristes étrangers, que la nation ait un passé prestigieux, fût-il monarchique, en attendant que M. Mélenchon, une fois au pouvoir, se hâte d’en faire un nouveau Venezuela, que les salaires des députés fassent l’objet de débats interminables, d’aucuns exigeant littéralement que nos élus soient payés au Smic, afin de leur faire comprendre la dure réalité de la vie d’une vaste fraction de la population française, toutes ces velléités d’appliquer à la totalité du peuple sans exception le dénominateur commun le plus bas devient absurde, contre-productif, obsessionnel, ridicule et montre surtout que l’opposition n’a plus rien à dire, sinon que la majorité la dégoûte parce qu’elle est la majorité.

RICHARD LISCIA

 

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Une tragédie routière

La carcasse du bus
(Photo AFP)

Le bilan de la collision, sur un passage à niveau, entre un train et un bus scolaire près de Millas (Pyrénées orientales) indique cinq décès et 18 blessés, dont 14 enfants. Certains cas sont très graves. C’est une tragédie nationale. Le gouvernement a pris toutes les dispositions pour apporter son aide psychologique et morale aux familles. Plusieurs enquêtes sont en cours.

LE CHOC est insupportable pour les familles et pour tous nos concitoyens. Un enfant qui va à l’école ou en revient dans un bus scolaire est censé être protégé. L’éducation nationale, c’est aussi la sécurité. La conductrice du bus, elle-même sérieusement blessée, n’a pas encore pu  être interrogée, mais elle a fait l’objet de tests toxicologiques et son alcoolémie a été mesurée. Le conducteur du train en revanche a pu donner sa version des faits. Pour le moment, la survenue de l’accident est incompréhensible. Le passage à niveau n’était pas du type « accidentogène », c’est-à-dire qu’il répondait aux normes de sécurité les plus strictes, avec une approche aménagée du croisement, des barrières et des feux clignotants rouges. Une barrière a été retrouvée brisée, mais cela ne prouve rien. Elle a pu être démolie par l’accident, ce qui exclurait la thèse, improbable, du franchissement intempestif du passage à niveau.

De l’émotion à la colère.

La compassion nationale laissera bientôt la place à la colère. Les discours éplorés du gouvernement n’empêcheront pas les Français de se demander pourquoi il y a encore 15 000 passages à niveau en France qui ne sont pas sécurisés par un pont ou un tunnel. La réponse est claire : il faut des moyens énormes pour empêcher qu’un train croise une route. On reconstruit six à sept passages à niveau en France chaque année, mais l’élimination de tous les croisements rail-route coûterait une somme évaluée à au moins cent milliards d’euros. On a déjà accompli des progrès considérable, en réduisant le nombre des passages à niveau de plus de 30 000 à 15 000 en quelques décennies. Pour une famille, la vie d’un enfant vaut le prix, aussi élevé soit-il, de l’élimination des endroits dangereux. Hélas, même si l’État envisageait d’accélérer le chantier, il toucherait rapidement les limites budgétaires de l’entreprise.

La recherche d’un coupable.

La France est en deuil, mais ce n’est certainement pas la première fois que nous sommes confrontés à un drame du même genre. Le plus grave, peut-être, est le carambolage qui s’est produit le 31 juillet 1982 sur l’autoroute A6 près de Beaune à 2 heures du matin et qui a causé la mort de 53 personnes dont 44 enfants. L’année dernière, le 11 février, à Rochefort, dans les Charentes-Maritimes, une collision entre un camion et un bus scolaire a entraîné la mort de six adolescents. La veille, un bus scolaire s’est couché à Montbenoît (Doubs) : deux enfants tués. Le 22 juillet 2016, six personnes dont cinq enfants sont tués dans une collision entre un minibus et un poids-lourd à Troyes. Le 7 juin 2008, sept enfants sont tués à Allinges (Haute-Savoie) sur un passage à niveau. D’autres accidents semblables se sont produits en 2000, en 1993 et en 1990.

Les familles des victimes, mais aussi l’opinion publique, seront conduites par la douleur à la recherche d’un coupable. Le conducteur du train et la conductrice du bus seront prématurément désignés, puis l’impuissance des pouvoirs publics à garantir la sécurité des enfants qui vont à l’école, puis l’État ou le système. Personne ne peut répondre à leur émotion par un discours fataliste. Mais personne, non plus, ne peut éliminer 15 000 passages à niveau en quelques années.

RICHARD LISCIA

 

 

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La ZAD de tous les dangers

Des opposants au projet
(Photo AFP)

Le gouvernement a reçu le rapport des trois médiateurs chargés de proposer des pistes pour résoudre l’incroyable imbroglio qui, depuis plus de 50 ans, empêche l’État de prendre une décision au sujet de la construction d’un nouvel aéroport près de Nantes.

LE RAPPORT a au moins un avantage : au lieu de répondre oui ou non à la construction, il dit que celle-ci est envisageable et que, si la décision est impossible à prendre pour diverses raisons psychologiques et politiques, le gouvernement peut accepter de développer l’aéroport actuel de Nantes. Mais les auteurs du document insistent aussi sur le fait qu’il appartient à la force publique d’évacuer complètement et définitivement la fameuse ZAD, la « zone à défendre », expression utilisée par la poignée d’hommes et de femmes qui occupent l’emplacement du futur aéroport, lequel correspond en réalité à « zone à développement différé ». Ils jurent qu’il faudra passer sur leurs corps avant de les transférer ailleurs.

Un référendum pour rien.

Le fanatisme, dans cette affaire, est bien partagé. Un référendum a été organisé par François Hollande qui a permis aux électeurs de Loire-Atlantique de se prononcer, à 55 %, en faveur de la construction d’un nouvel aéroport. M. Hollande n’a pas donné suite au résultat du scrutin, contesté sous le prétexte que l’on ne s’est pas adressé aux citoyens d’une aire plus large et même de tout le pays, ce qui a laissé tout le temps aux zadistes de renforcer leur présence sur les lieux, d’y construire sans permis diverses structures et de défier l’État avec un mépris absolu pour la consultation. De l’autre côté, des élus en grand nombre, dont Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre et ancien maire de Nantes, qui exige l’aboutissement du projet pour lequel le constructeur Vinci est prêt. Le chantier pourrait démarrer dès février. Ce sont deux mondes qui s’opposent : le premier, composé d’anarchistes qui défendent l’environnement jusqu’à la violence, n’éprouve aucun respect pour les institutions et le fonctionnement de la démocratie. Le second croit encore au pouvoir de la majorité sans vouloir se poser les bonnes questions : un gouvernement peut-il recourir à la force contre des écolos théoriquement désarmés ? Le nouvel aéroport de Nantes vaut-il une crise politique qui affaiblirait encore plus l’autorité de l’État ? Et, si l’on a attendu 50 ans pour prendre une décision définitive, n’est-ce pas la meilleure preuve que la France, qui a déjà 140 aéroports, peut vivre sans celui de Nantes ?

Une question d’autorité.

Le gouvernement est dans la nasse. D’abord, Emmanuel Macron veut garder Nicolas Hulot comme ministre de l’Environnement alors que celui-ci a déjà annoncé que, si l’on donnait suite au projet, il démissionnerait. Ensuite, le président, qui ne plaisante pas avec les institutions, doit confirmer que l’état de droit est toujours en vigueur en France, ce qui signifie que, quoi qu’il décide, il devra évacuer la zone promptement, acte éminemment dangereux. Enfin, il ne peut l’évacuer que s’il donne satisfaction, au moins partiellement, aux écologistes qui occupent la ZAD. Il s’agira en effet de faire au moins une concession qui permettra aux écologistes politiques de cesser de soutenir ceux qui occupent la ZAD. Mais il ne faut pas s’y tromper : le développement de l’aéroport actuel coûtera plus cher que la construction d’une infrastructure toute neuve, ne serait-ce que parce qu’il faut indemniser Vinci (on parle de 300 millions d’euros), et même si, selon les médiateurs, le prix d’un réaménagement de l’aéroport de Nantes serait deux fois inférieur à une création ex nihilo, chiffrage très optimiste. Personne ne sous-estime la détermination des zadistes. Ils saisiront n’importe quel prétexte pour rester là où ils organisé leur propre existence, sans trop se soucier de l’ensemble des conditions sanitaires. L’amélioration de l’ancienne infrastructure sera perçue comme un recul de l’État par Jean-Marc Ayrault et ses amis.

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a déclaré que le gouvernement prendrait sa décision en janvier. On lui souhaite bien du courage. Il hérite d’une situation qui n’a cessé de s’aggraver pendant cinquante ans, d’une crise qui ridiculise la France et les hésitations de ses gouvernants, d’un mélodrame où l’irrédentisme des écologistes n’a cessé de croître, pour un enjeu finalement mineur, qu’il fallait affronter il y a des décennies et qui restera dans les annales comme l’un des plus graves dysfonctionnements de notre démocratie.

RICHARD LISCIA

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Trump trahi par l’Alabama

Roy Moore
(Photo AFP)

Le candidat démocrate à la sénatoriale de l’Alabama, Doug Jones, l’a emporté contre le candidat républicain, Roy Moore, par 49,9 % des suffrages contre 48,4%. Une victoire remportée de justesse mais qui porte un coup sévère à la présidence de Trump.

IL S’AGISSAIT seulement d’une élection partielle destinée à pourvoir un poste laissé vacant par Jeff Sessions, nommé attorney general, ou ministre de la Justice, par Donald Trump. Mais la victoire de Doug Jones était inattendue et se transforme donc en événement national : l’Alabama n’a pas eu de sénateur démocrate depuis 1992. C’est un fief du parti républicain, principalement parce que beaucoup d’électeurs noirs, lassés par une politique qui n’améliore pas leur sort, préfèrent l’abstention. Cependant, la candidature de Roy Moore, 70 ans, a été perçue comme une provocation. Président de la Cour suprême de son Etat, il avait installé devant l’immeuble abritant son tribunal une stèle de granit de 2,5 tonnes représentant les Tables de la loi et avait refusé de la faire enlever malgré une décision de la Cour suprême fédérale. En 2003, il fut donc limogé, mais il réussit à se faire réélire au même poste en 2013. Chrétien évangéliste qui place Dieu au-dessus des lois humaines, il n’en a pas moins été accusé il y a longtemps de s’être livré à des abus sexuels sur des petites filles.

Aller voter à cheval.

C’est Steve Bannon, l’ex-âme damnée de Trump, qui a incité Moore à se présenter au Sénat et c’est grâce à Bannon et contre la volonté du président que Moore a remporté la primaire, ce qui a provoqué l’ire de nombre d’électeurs habituellement abstentionnistes qui ont décidé de lui faire barrage. Mais, face au résultat de la primaire, Trump n’avait plus d’autre choix que de soutenir Moore. Mal lui en a pris. Doug Jones, ancien procureur général de l’Alabama, a été élu. Il avait fait condamner des membres du Ku-Klux-Klan coupables d’avoir incendié une église fréquentée par des Noirs, ce qui a entraîné la mort de quatre fillettes. Moore, qui était allé  à cheval au bureau de vote, a refusé de reconnaître sa défaite  et demandé un recomptage des voix qui n’aura lieu qu’entre le 26 décembre et le 4 janvier, après la certification du scrutin. Donald Trump, sans doute conscient que Moore n’était pas le meilleur cheval du parti républicain, a félicité les démocrates et leur candidat, et assuré que les républicains auraient l’occasion de gagner cette élection en 2020, lors des élections présidentielle et législatives.

Danger pour la majorité.

Ce qui dit le scrutin d’Alabama, c’est que le président et sa majorité sont en danger. Donald Trump commence à deviner que le genre d’homme qu’il est convient peut-être à la présidence, mais pas aux autres postes électifs et que, si les candidats républicains commencent à imiter ses provocations, son style et ses outrances, il risque de perdre sa majorité au Sénat, qui est de 51 sièges contre 49, alors que deux ou trois sénateurs républicains, ecoeurés par l’incompétence criante de la Maison Blanche, sont prêts à faire défection lors des  votes importants du Congrès. Trump a certes réussi à faire adopter sa réforme fiscale par le Sénat, mais il a perdu toutes ses autres batailles et notamment celle qui devait démanteler l’assurance-maladie instaurée par Barack Obama. Avant sa défaite en Alabama, le parti républicain a été battu lors de plusieurs élections partielles. La politique étrangère du président ne convainc pas grand monde dans son pays et à l’étranger. Sa gestion de la Corée du Nord est pathétique et dangereuse. Sa décision d’installer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem a été condamnée par la plupart des autres pays et déclenché de nouvelles tensions au Proche-Orient. Son protectionnisme concourt  à l’isolement croissant de l’Amérique. Il fait l’objet d’une nouvelle accusation de comportement sexuel délictueux par trois femmes.  Et l’enquête de Robert Mueller sur les ingérences russes dans la campagne électorale américaine de 2016 ne fait que commencer. A peine réveillé, ce matin, Trump a déclaré qu’il « avait raison » au sujet de Moore. Il savait qu’il échouerait. Fabuleuse intuition.

RICHARD LISCIA

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Faible espoir pour le climat

Macron reçoit des experts
(Photo AFP)

Le « One Planet Summit », qui se réunit aujourd’hui sur l’île Seguin, a été organisé par Emmanuel Macron en guise de riposte à la décision de Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l’accord sur le climat.

LE NERF  de l’écologie, c’est l’argent ; et l’un des problèmes posés par le retrait américain, c’est que l’Amérique ne paie plus sa quote-part depuis qu’elle a dénoncé l’accord de 2015, conclu à Paris sous la présidence de François Hollande. Le grand manitou de la climatologie, Jim Yong Kim, évalue à 3 500 milliards de dollars en 30 ans l’effort financier à fournir pour empêcher la température de la planète d’augmenter de plus de 2 % d’ici à la fin du siècle. Si rien n’est fait, la température montera de 3 degrés. Par rapport aux objectifs fixés par les climatologues, la Terre s’est déjà réchauffée d’un degré, avec des conséquences que n’importe quel terrien peut observer : montée des eaux, qui menace des îles dont l’altitude se situe à peine au dessus du niveau de la mer, inondations, sècheresse, incendies de forêts, tous cataclysmes qui coûtent des sommes folles.

120 milliards par an.

S’exprimant sur la chaîne américaine de télévision CBS, le président Macron a exprimé l’avis que « Trump va changer d’avis dans les mois ou les années qui viennent ». Pour diverses raisons, on préfèrerait que Trump écourte son mandat et qu’il cède la place à un président qui a toute sa tête. Trois mille cinq cent milliards en 30 ans, c’est l’effort minimum qui, de toute façon, n’empêchera pas un réchauffement  relativement modéré de la planète. Ce qui signifie que, chaque année, les parties prenantes de l’accord de 2015 doivent réunir plus de 120 milliards de dollars pour avoir une chance d’atteindre leurs objectifs. D’ici à 2020, les pays dits industrialisés ont promis de porter leur contribution à 100 milliards par an. On ne peut pas demander aux pays les plus pauvres de trouver des fonds qu’ils n’ont pas, alors qu’un peu partout les nations donatrices renoncent aux crédits qu’elles ont accordés à ces pays. La réponse est claire : l’argent ne peut venir que des grandes entreprises, qui doivent orienter leurs investissements vers le développement durable. Il est impossible et en tout cas contre-productif de toujours tout demander aux Etats.

Une crise de la démographie.

De cette crise climatique, qui a commencé depuis longtemps et durera encore longtemps, on tire des observations peu optimistes. D’abord, par souci de réalisme, on a préféré ne pas exiger un arrêt complet du réchauffement, qui mettrait en danger le développement économique de toutes les nations ; ensuite, la question du financement, qui dépend tout de même de moyens budgétaires inexistants puisque tous les pays du monde, ou presque, sont endettés, fait peser sur l’objectif retenu une incertitude croissante ; enfin, le génie industriel de l’homme créera nécessairement des sources de pollution différentes de celles qui ont été identifiées . L’humanité mise sur l’électricité sans sembler se rendre compte que les sources d’électricité non polluantes, comme l’hydraulique ou la solaire, resteront insuffisantes pour les sept milliards de terriens que nous sommes et qui deviendront dix milliards ou plus à la fin du siècle.

Quand M. Macron, à Ouagadougou, s’est écrié, face à de jeunes Burkinabés : « Vous faites trop d’enfants ! », la réflexion lui a été reprochée par une foule de gens qui adorent les convenances, mais il a prononcé une vérité absolue. Vivre, c’est consommer, donc, c’est polluer. La vie est sacrée. Mais il n’existe qu’une Terre et il semble qu’elle peut accueillir deux  ou trois milliards d’êtres humains, mais pas dix. Personne ne demande à une partie de l’humanité de se faire harakiri. Il demeure que le planning familial, notamment en Inde et en Afrique, devient une nécessité environnementale prioritaire. Les gens, quels qu’ils soient, n’aiment pas qu’on leur dicte leur comportement sexuel ou familial. Mais il n’est pas plus difficile de composer des familles de quatre personnes que de trouver 3 500 milliards dans la nature.

 

RICHARD LISCIA

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Droite : Wauquiez plébiscité

Wauquiez hier soir
(Photo AFP)

Avec plus de 74 % des suffrages, Laurent Wauquiez a été très largement élu président des Républicains. Il a aussitôt annoncé une renaissance de la droite qui, en dépit de son score, ne sera pas facile à obtenir.

AUCUN suspense : M. Wauquiez était annoncé  gagnant dès le début de la campagne, il a gagné. Florence Portelli, qui n’a jamais cessé de répéter qu’elle était « absolument certaine » de l’emporter, arrive loin derrière lu, à 16 % et Maël de Calan (juppéiste) à 9 %. Premier constat : M. Wauquiez a quand même bénéficié du refus de Valérie Pécresse et de Xavier Bertrand de participer au tournoi. Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a donc triomphé sans gloire. S’il est vrai qu’il a balayé de ce qu’il restait des forces fillonistes et juppéistes, une participation plutôt faible, 42 %, atténue la dimension de sa victoire. Cependant, personne ne lui contestera le titre qu’il vient d’acquérir et ce qu’il nous prépare en vérité, c’est le retour au bonapartisme de la droite, qui a toujours eu besoin de se trouver un chef avant de repartir à la bataille. De ce point de vue, il s’inscrit dans les méthodes du « vieux monde ». Il suit la trace laissée par MM.  Sarkozy et Fillon qui, tous les deux, mais à des stades différents, ont perdu  le premier la primaire, le second la présidentielle.

Un inquiétant euro-scepticisme.

Laurent Wauquiez n’est pas,  au demeurant, un président d’opérette et il faut le prendre au sérieux. Son parcours est remarquable, car il n’a pratiquement subi aucun échec. Agé de 42 ans, énarque et normalien à la fois, député à 29 ans, plusieurs fois secrétaire d’Etat ou ministre, il a déjà accompli un parcours particulièrement brillant. Il est trop intelligent et tacticien pour ignorer qu’il lui faut rassembler « le peuple de droite » au-delà des militants de Sens commun s’il ne veut pas se retrouver dans la situation qu’a connue François Fillon. Il le dit lui-même : naguère, il a été le chouchou des médias parce qu’il était jeune, beau, grand et policé ; aujourd’hui, il est combattu par tous parce qu’il ne craint pas d’incarner une droite qu’il qualifie de « décomplexée », mais qui est identitaire et hostile à l’immigration. Il doit toutefois reconnaître qu’il a changé de discours, ce qui explique le revirement des médias.  Pendant toute sa campagne pour la présidence de LR, il s’est bien gardé de débattre des dossiers économiques et sociaux. Il savait en effet que, sur ce terrain, il était distancé par la dynamique macronienne et qu’un discours critique serait apparu comme un rejet des réformes souhaitées par la droite et par lui. Convaincu, comme Sarkozy, qu’il ne lui reste plus qu’à aller chercher des suffrages dans le vivier toujours abondant du Front national, il a adopté, non sans cynisme, un ton très proche de celui de Marine Le Pen, notamment dans le domaine des affaires européennes, où il se situe à contre-courant de l’élan des « marcheurs »et commence à exprimer un inquiétant euro-scepticisme.

Où sont les Républicains ?

Un homme ou une femme politique n’étant jamais comptable des propos qu’il ou elle a tenus, M. Wauquiez s’apprête sans doute à verser un peu d’eau dans son whisky. Le scénario le plus en vogue est d’une consternante banalité : le président de région et président de LR n’aurait plus qu’à ouvrir les bras à ses adversaires intérieurs et extérieurs pour rallier autour de son nom le plus grand nombre d’électeurs et battre en 2022 un président Macron qui se sera usé à la tâche.  Remerciant ceux qui ont voté pour lui, il n’a pas hésité à faire l’éloge de ses concurrents, Maël de Calan et Florence Portelli qui, selon lui, ont eu beaucoup de courage à se dresser contre lui ; inversement, il a salué Mme Pécresse et M. Bertrand on ne sait trop pourquoi sinon pour la raison inverse, le courage de ne pas se présenter contre lui. Je veux bien qu’il faille ressouder un parti dont M. Wauqiez ne nous convainc pas encore qu’il est au mieux de sa forme. Mais la politique, en dehors des mots et des gestes, c’est aussi un programme. Cinquante-huit pour cent des militants LR ont jugé inutile de voter, alors qu’il suffisait d’envoyer son vote dans un courriel. Cela peut signifier qu’ils se réservent pour des affrontements ultérieurs. Cela peut signifier aussi qu’ils ne sont plus, tout simplement, chez les Républicains. Cela signifie peut-être qu’ils sont ailleurs. Suivez mon regard.

RICHARD LISCIA

PS-Je traiterai des élections en Corse dans « le Quotidien du médecin » qui paraît jeudi 14 mars..

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Douloureux Brexit

May et Juncker
(Photo AFP)

Au terme d’une longue et pénible négociation, la Première ministre britannique, Theresa May, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, sont parvenus à un accord qui dégage la voie pour la séparation de la Grande-Bretagne et de l’Union européenne.

LES DEUX partenaires ont consacré beaucoup de temps à trois dossiers qui se présentaient comme des obstacles à des pourparlers sur le fond : le règlement financier des engagements pris par le Royaume-Uni pour des travaux d’infrastructure européens,  dont le montant (pas encore fixé) est estimé à une cinquantaine de milliards d’euros ; Londres accepte de payer. Le sort des expatriés : Mme May consent à maintenir tous les droits dont bénéficient les travailleurs européens installés en Grande-Bretagne, en échange du même statut pour les Britanniques installés en Europe. Enfin, la frontière entre l’Irlande du Nord et la République irlandaise ne sera pas fermée, mais tout de même contrôlée.

Pas de « nettoyage ethnique ».

Jamais à court d’un compliment, M. Juncker a reconnu le talent de négociatrice de Mme May. C’est utile dans la mesure où vont très vite s’ouvrir les discussions sur le fond : la chef du gouvernement britannique a hâte de conclure avec les 27 une série d’accords commerciaux qui permettront à l’économie britannique de se maintenir à flot. Mais beaucoup de temps a été perdu au nom de la politique intérieure britannique. Mme May espérait imposer aux Européens un accord qui, en mettant en cause quelques vieilles habitudes, comme l’immigration des talents au Royaume-Uni, aurait satisfait les Brexiters les plus opiniâtres. À ceux-là même à qui Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères, et l’extrême droite annonçaient, avant le référendum de juin 2016, des économies d’un montant si élevé qu’elles auraient financé le système anglais d’assurance-maladie, Mme May va bientôt dire que la réalité du Brexit, c’est d’abord la perte de 50 milliards et pas du tout le « nettoyage ethnique », si l’on m’autorise cette expression, des étrangers qui vivent en Grande-Bretagne. Il y a loin de la coupe aux lèvres et nos amis anglais en sont à avaler toutes les couleuvres pour n’avoir pas à reconnaître que le Brexit est pour eux un désastre.

Démons et merveilles.

En tout cas, le temps presse. Car le Royaume-Uni a décidé de fixer la fin des négociations à mars 2019, ce qui laisse quinze mois aux négociateurs pour conclure des accords infiniment complexes. On a tout dit des difficultés de Theresa May et on a même émis l’hypothèse qu’elle n’avait pas les compétences requises pour protéger les intérêts britanniques, comme si ce n’était pas le peuple souverain qui avait commis cette folie de quitter l’Union européenne. Sa détermination à ne rien lâcher a fini par céder le pas au réalisme. C’est une preuve d’intelligence. Il fallait impérativement que les Britanniques fussent placés devant la dure conjoncture qu’ils ont délibérément créée. Pour ce qui concerne les partisans de l’Union, cette première phase de la négociation sur le divorce est un crève-coeur. Ceux d’entre nous qui ont pensé que les Anglais finiraient par reculer devant les difficultés en seront pour leurs frais. Le royaume nous quitte, l’accord intervenu hier soir le prouve. Nous continuerons à penser que les gains de souveraineté obtenus par Londres ne sont guère compensés par une stimulation de leur économie, que le Brexit leur coûte un bras, que lorsque le soleil se lèvera en mars 2019 sur une Grande-Bretagne prenant le large, les sujets de la reine auront sûrement un pincement de coeur, comme au début d’une aventure qui promet plus de démons que de merveilles.

Mme May n’est pas un personnage inintéressant, qui a été galvanisée par le respect de la volonté populaire, du vote démocratique, de la loi d’airain que crée une majorité. Ceux qui ont raillé et condamné des référendums européens qui ne respectaient pas cette loi se féliciteront sans doute de la rigueur et de l’intégrité des choix britanniques. La démocratie au service d’une cause douteuse, bizarre, anachronique et passéiste.

RICHARD LISCIA

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