Macron, an II

Joyeux anniversaire
(Photo AFP)

Il y a un an, jour pour jour, Emmanuel Macron était élu à la présidence de la République. La première année de son mandat a ressemblé à un marathon réformiste. La deuxième sera freinée par le vif mécontentement qu’exprime la population.

LA CRISE la plus grave n’est pas celle de la SNCF où un accord conventionnel peut être trouvé qui remplace le statut du cheminot, même si la CGT entretient minutieusement la grève et campe sur d’inaltérables positions. La menace la plus sérieuse n’est pas non plus venue de « la fête à Macron », manifestation dite « bon enfant » qui n’en était pas moins l’expression la plus déterminée de la haine qu’inspire le président aux forces de gauche, mais n’a réuni que 40 000 personnes, avec la promesse que la prochaine édition du feuilleton protestataire, celle du 26 mai, sera, juré, craché, un ras-de-marée auquel ne croient que ceux des Insoumis qui nous promettent le chaos depuis un an sans jamais nous conduire à ce paradis du désordre, et c’est heureux. Le coup le plus dur pour la majorité, c’est la brutale dégradation de la crise d’Air France.

Des hausses de gros salaires.

Le P-DG de la compagnie, Jean-Marc Janaillac, à bout d’arguments, a proposé une consultation des quelque 40 000 salariés d’Air France, avec l’espoir que les non-pilotes, majorité écrasante des personnels, seraient plus raisonnables que les pilotes et accepteraient une augmentation étalée sur quatre ans. Ils ont dit non à 55 % (et 80 % ont participé au vote). C’est un retour à la case départ. Et la grève continue. M. Janaillac, qui avait mis son propre poids dans la balance, a démissionné, juste après avoir dit que le choix des salariés était « suicidaire ». Les revendications salariales étaient basées sur le bénéfice (588 millions) de la société en 2017. Le premier trimestre est de nouveau déficitaire et la grève a coûté à Air France quelque 300 millions. On peut accorder toutes les augmentations du monde et mettre la clé sous la porte. A quoi s’ajoutent les déclarations du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, qui rappelle qu’Air France n’étant pas la SNCF, il n’est pas question pour l’État de renflouer la société et de payer les hausses de salaires avec l’argent du contribuable. L’hypothèse de la disparition de notre compagnie aérienne nationale n’est pas du tout absurde.

M. Janaillac n’a pas caché sa consternation et elle est compréhensible dans la mesure où les employés d’Air France, bien ou mal payés, sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. On peut se révolter contre leur comportement, il n’empêche qu’il exprime à lui seul une déraison syndicale qui dresse contre la réforme l’obstacle le plus élevé et le plus lourd. Si on accorde une hausse de 6% à des pilotes qui gagnent en moyenne 15 000 euros par mois, une centaine d’entre eux obtenant jusqu’à 25 000 euros, il devient logique de satisfaire toutes les revendications des cheminots. (Les personnels navigants, hôtesses et stewards ont des salaires relativement bas, entre 1 500 et 2500 euros par mois, auxquels s’ajoutent des primes substantielles). Ce qui signifie que, si Air France est ingouvernable, la SNCF le sera encore moins.

Emmanuel Macron passe un mauvais moment parce qu’il est attaqué de toutes parts et que les crises s’empilent, donnant du pays l’aspect d’un chantier de démolition. M. Le Maire a exposé la position du gouvernement sur Air France et le Premier ministre, Édouard Philippe, reçoit un après l’autre aujourd’hui, les syndicats de la SNCF avec lesquels il parle de la reprise de la dette, non sans avoir souligné, s’il en était encore besoin, que le gouvernement ne transigera pas sur la fin du statut de cheminot et la mise en concurrence de la société à l’horizon 2020. Aucun des syndicats ne croit possible de changer les principes adoptés par les pouvoirs publics ; aucun ne s’attend à une percée majeure pendant la journée d’aujourd’hui ; et il est plus que probable que la grève des cheminots continuera.

Irrédentisme syndical.

L’immobilisme général qui caractérise aujourd’hui le dialogue social n’est pas dû seulement aux objectifs réformistes du gouvernement. Il traduit une sorte d’irrédentisme syndical, certes déclenché par les changements sociétaux qu’a voulus le gouvernement, mais qui s’est renforcé au cours de plusieurs années d’austérité induites par la crise de 2008. La réaction des syndicats est celle de l’autruche qui met sa tête sous le sable pour ne pas voir le danger qui la guette. Et leur stratégie est uniquement dictée par la peur d’une remise en cause de leurs avantages acquis. Ce qu’ils exigent, c’est le statu quo, alors qu’il conduit la SNCF et Air France à la faillite.  Quand ils se plaignent du dialogue de sourds institué par le gouvernement, ils oublient de dire qu’ils ne veulent pas négocier les termes de la réforme. Certes, la méthode Macron est brutale et il lui appartient d’en arrondir les angles. Il n’empêche qu’il dit la vérité quand il explique qu’on ne peut pas s’en tenir à des systèmes que le monde réel a balayés. Le président a été élu très précisément pour procéder aux « transformations » que ses électeurs lui reprochent aujourd’hui. D’ailleurs, ils lui tiennent moins rigueur de son projet que de ses manières (ou de ses choix fiscaux).

Les pilotes sont minoritaires. La France insoumise est minoritaire et incapable d’abattre le pouvoir en place. Les cheminots sont minoritaires et il suffit de mobiliser les seuls conducteurs pour paralyser le réseau. La dramaturgie instaurée par la répétition des manifestations a déclenché une très vive concurrence critique entre la droite et la gauche. François Hollande n’aura pas attendu un an pour se réinsérer dans la vie politique avec la publication d’un livre qui montre que la vengeance est un plat qui se mange chaud, puisqu’il passe son temps, sur les plateaux de télévision, à dénigrer l’homme qui l’a trahi pour se faire élire. On comprend l’amertume de l’ex, mais s’il avait attendu un an de plus avant de se jeter de nouveau dans la mêlée, il aurait conservé ce que l’on ne lui a jamais nié jusqu’à présent : sa décence et ses bonnes manières. Mais qu’offre-t-il pour sa part ? De revenir au temps de sa désastreuse gestion ? Il n’y en a pas un seul qui soit capable, dans l’opposition, de nous faire croire qu’on peut vilipender à l’envi ce président sans proposer une autre politique.

RICHARD LISCIA

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La fête à Macron

Mélenchon le 1er mai
(Photo AFP)

La France insoumise (LFI) a décidé d’organiser samedi une nouvelle manifestation, une de plus, à laquelle elle a donné le nom de « fête à Macron ». Le gouvernement s’offusque de cette appellation où il discerne un ferment de violence et dénonce des « liens » entre les black blocs et LFI.

LA QUERELLE, en cette période de vives tensions, était inévitable. Depuis la Nouvelle-Calédonie, le président de la République avait repris Jean-Luc Mélenchon sur sa grossière erreur d’analyse, consistant à attribuer les émeutes du 1er mai à l’extrême-droite, pour se corriger ensuite. Rien ne prouve la complicité entre LFI et les black blocs et M. Macron, au lieu d’insister sur l’appartenance des émeutiers à l’extrême gauche, aurait pu se contenter de dénoncer le climat délétère qui affecte les relations entre le pouvoir et les oppositions de toutes sortes, même s’il en est en partie responsable dès lors qu’il ne cesse de s’en prendre aux manifestants et aux grévistes et qu’il va jusqu’à annoncer au magazine « Forbes », le temple des super-riches, la suppression de « l’exit tax », l’impôt payé par ces contribuables qui, après avoir fait fortune, souhaitent s’installer à l’étranger.

Un affrontement idéologique.

On voit là deux logiques totalement contraires qui s’affrontent dans une sorte de surprenante transparence. D’une part, M. Macron entend libéraliser l’économie, et accorder toutes leurs chances aux nouveaux entrepreneurs qui ne prendront pas de risques s’ils n’ont pas l’espoir de faire fortune. De l’autre, M. Mélenchon et ses troupes tiennent le langage inverse, celui de l’égalité sociale par le fisc, au point que, sur tous les plateaux, les représentants de LFI prononcent tous le même discours, presque mécanique, qui renvoie aux fondamentaux de l’égalitarisme et rejette avec vigueur l’esprit même des réformes. M. Macron parle de l’avènement d’un monde nouveau, mais il veut dire qu’il est plutôt dans le monde réel. M. Mélenchon veut encore faire rêver les sans-grade, lesquels se sentent persécutés par une politique économique qui « favorise les riches et pénalise les pauvres », pour reprendre une expression ne décrivant que la surface des choses mais exprimant bien ce qu’ils ressentent.

Là-dessus, se greffe peut-être un conflit spécifique et personnel entre MM. Mélenchon et Macron. Le premier, on s’en souvient, a refusé de dire à ses soutiens comment ils devaient voter au second tour de l’élection présidentielle de 2017, comme si la gauche n’avait pas le devoir d’écarter Marine Le Pen. Le second semble ne pas le lui avoir pardonné. La Nouvelle-Calédonie, où doit avoir lieu dans six mois un référendum sur l’indépendance, est un sujet assez délicat pour que le chef de l’État se désintéresse jusqu’au week-end de la politique politicienne. Mais non, le voilà vent debout contre les menées de l’extrême gauche. On est plutôt conduit à ne pas prendre au sérieux la théorie d’une collusion entre LFI et les black blocs. « C’est assez indigne, a dit M. Mélenchon, d’assimiler la France insoumise à des violences dont elle a eu à souffrir elle-même ». Cependant, la multiplicité des grèves et des manifestations n’a plus rien de drôle,  l’opposition de gauche en abuse, et, sous le couvert de l’anonymat, les proches de Macron remarquent que donner à une manifestation le nom de « fête à Macron », c’est déjà inciter les manifestants à la violence et, cette fois, contre un homme, pas contre un programme.

Donner du temps au temps.

C’est le revers de la médaille. Dans notre république, le président est tout-puissant et incarne à lui seul la totalité du pouvoir. Il ne doit pas s’étonner de ce qu’on l’attaque tout le temps. Mais on ne peut pas résumer cette bataille entre le gouvernement et LFI comme une guerre des mots ou comme un épisode sans lendemain du folklore politicien, où le député France insoumise François Rufin, le galopin de l’Assemblée, joue un rôle éminent. Le pouvoir étant occupé par M. Macron, il reste la première place à prendre dans l’opposition. Le républicain Laurent Wauquiez, accusateur systématique du pouvoir, semblait bien placé pour ravir cette place à Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci veut lui prouver le contraire. Il pense que le contexte est favorable à une renaissance de la gauche dans son ensemble, dont il souhaite prendre la tête. A la France réformiste, s’opposent plusieurs visions différentes. Leur concurrence explique les tensions sociales et politiques, comme s’il y avait une campagne post-électorale. Le fait est que, si le président travaille, ses adversaires ne pensent qu’à 2022, sans donner du temps au temps.

RICHARD LISCIA

 

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Le front anti-Macron

Edouard Philippe, hier
(Photo AFP)

En définitive, la manifestation du 1er mai et ses dégâts collatéraux ont été une occasion unique, pour les oppositions de droite et de gauche, de déverser un tombereau de critiques sur le président Macron et son gouvernement, coupables, selon elles, d’avoir failli dans l’exercice de ses fonctions.

CETTE FORME de contestation ne manque pas de sel quand on se souvient sans mal qu’il y a quelques jours encore, les mêmes censeurs dénonçaient de toutes parts l’autorité excessive d’Emmanuel Macron et sa manière « arrogante » d’appliquer son programme sans trop se soucier de l’inconfort qu’il procure à plusieurs catégories de citoyens. Mais on n’en est pas à une contradiction près et la confusion des analyses va sous peu refleurir, un peu comme  une bataille de missiles et d’anti-missiles dont la somme est nulle. Le Premier ministre, Edouard Philippe, est monté au créneau pour dire avec fermeté que le voyage du président dans l’hémisphère austral n’empêche pas qu’il y ait un gouvernement et un capitaine à la barre, qu’il n’a aucun reproche à adresser aux forces de l’ordre et que, devant ces black blocs d’une violence extrême, la casse des magasins était préférable à  une liste de morts et de blessés. Ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que les pouvoirs publics ne tireront pas les enseignements du 1er mai et ne se hâteront pas de prévoir de nouvelles dispositions pour arrêter ces combattants de l’anarchie avant qu’ils ne puissent se regrouper.

Les syndicats frustrés.

A quoi il n’est pas inutile d’ajouter que le nombre exponentiel de manifs prévu par la gauche et les syndicats constitue une des explications de la mise à sac d’un quartier de Paris et de se demander si la fréquence des protestations sur la scène publique n’est pas dommageable à l’image de la France, au tourisme,  et à la tranquillité d’un peuple, constamment bousculé par des agités du bocal voués à la destruction des biens et des âmes. Il serait presque drôle, si la violence ne faisait pas partie des cortèges protestataires, d’entendre les syndicats frustrés de ce que leurs revendications et leurs slogans aient été noyés dans le délire de groupuscules absolutistes. De même qu’il est drôle que Jean-Luc Mélenchon, avec un sens de l’à propos tout à fait remarquable, a d’abord attribué les violences à l’extrême droite pour se reprendre ensuite. Il est si bien informé qu’il devrait exercer le pouvoir. Mais le procès fait à Macron au sujet de la « faillite de l’Etat », présentée par la droite comme une évidence, ne vaut guère mieux. Cela fait au moins deux décennies que, partout dans le monde, des dizaines de milliers de voyous, de Seattle à Davos, perturbent les grandes conférences et sommets de l’Occident haï ; et quoi ? C’est arrivé le 1er mai 2018 à Paris.

Il me semble que, au contraire, l’Etat en faillite nous a épargné le pire. On imagine ce qui aurait pu se produire si Laurent Wauquiez ou Marine Le Pen, eux-mêmes en quête d’autorité, avaient eu le pouvoir de réprimer les désordres de mardi en appliquant à la lettre les méthodes qu’ils préconisent. Ils n’y seraient pas allés avec le dos de la cuillère, pour autant, que face aux responsabilités qu’ils n’ont pas encore, ils n’eussent pas reculé. Ah, les mots ! Comme c’est confortable de juger depuis l’Aventin ce qui passe au Capitole ! On suggèrerait bien, aux uns et aux autres, qui ajoutent aux émeutes leur discours bruyant et hypocrite (ils ne pensent pas un mot de ce qu’ils disent)  d’attendre l’expiration du mandat de Macron pour faire campagne.

L’union des contraires.

Il est indéniable que s’est constituée, à la faveur des incidents du 1er mai, une sorte d’union des oppositions. Elle laisserait croire que le pouvoir est soudain bien isolé si, dans le même temps, on ne voyait une vérité tout autre, à savoir que les motivations de la droite et de l’extrême droite, de la gauche et de l’extrême gauche sont différentes et mêmes opposées. On perçoit une unité des criailleries, mais pas une fusion des idées. Macron, répète-t-on à l’envi, est imperturbable, mais pourquoi devrait-il s’émouvoir d’une offensive aussi désordonnée ? Les partis politiques n’ont plus rien à dire sinon qu’eux-mêmes réformeraient le pays, mais d’une autre manière, ce qui signifie en clair que leurs réformes ne s’adresseraient pas aux scléroses du pays mais risqueraient, pour des raisons politiques, d’aggraver la situation économique et sociale.

RICHARD LISCIA

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La bataille d’Austerlitz

La casse et le feu
(Photo AFP)

A Paris hier, la manifestation du 1er mai s’est transformée en scènes de destructions massives, causées par des « black blocs », individus vêtus de noir et cagoulés qui étaient au nombre de 1 200 et auraient débordé les services de sécurité. Il s’ensuit une série de procès intentés contre Emmanuel Macron, contre les pouvoirs publics, contre la police. 

SELON des journalistes et des photographes, les forces de l’ordre n’auraient réagi à la destruction d’un MacDonald’s que vingt minutes après le début de l’assaut. Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a expliqué que, derrière le cortège de la manifestation classique, s’était formée une seconde vague, qu’il a évaluée à 14 500 personnes, plus radicalisée, semble-t-il, et dans laquelle se sont infiltrés quelque 1 200 black blocs, casseurs impénitents qui sont des toutes les manifestations et dont le seul but est de tout détruire sur leur passage. Les autorités savaient, grâce aux réseaux sociaux, que ces trublions viendraient en nombre, mais ne s’attendaient pas à ce qu’ils se mêlent à des manifestants. Elles ne sont donc intervenues qu’après avoir engagé deux camions lanceurs d’eau, pour, a dit M. Delpuech, « éviter des dommages collatéraux ».

Haro sur Collomb.

Cette explication n’a pas convaincu grand-monde : la droite et la gauche dénoncent le manque d’autorité de l’Etat, les organisateurs de la manifestation regrettent qu’on les ait privés d’un 1er mai consacré aux luttes sociales en cours. La presse est unanime à stigmatiser l’insuffisance des moyens mis en oeuvre, l’absence du président de la République (il est en Australie), les dénonciations de pure forme prononcées par le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur. Certains syndicalistes de la CGT ont même avancé l’hypothèse selon laquelle le gouvernement a laissé faire les casseurs à dessein, pour démolir non seulement le mobilier public mais aussi l’objectif de la manifestation. L’opposition, ayant trouvé une bonne cause, ne la lâchera pas de sitôt. On attend de pied ferme le retour du chef de l’Etat pour lui demander des comptes, on raille le chef du gouvernement et, après avoir critiqué Gérard Collomb pour sa politique de fermeté, notamment à l’égard des migrants, on lui découvre une soudaine faiblesse qui le disqualifierait pour ses fonctions actuelles.

Les explications qu’ont fournies MM. Collomb et Delpuech ne sont pas définitivement convaincantes. Mais il y a peut-être des mots qu’ils ne peuvent pas prononcer. Ils ont laissé entendre que la destruction de magasins et de voitures était moins grave à leurs yeux que des blessés ou des morts. Il y a eu, après ces violentes échauffourées, quatre blessés légers dont un policier. Les forces de l’ordre ont convaincu les manifestants de changer d’itinéraire, ce qui a permis à la police d’arrêter quelque deux cents black blocs, dont 109 sont encore ce matin en garde à vue. Tout le monde se souvient de cette photo, prise le 1er mai de l’an dernier et sur laquelle on voit un policier transformé en torche vivante par un cocktail Molotov. Il est certain que, si les CRS avaient attaqué frontalement les casseurs sans attendre les lanceurs d’eau, il y aurait eu des victimes et alors c’est la violence d’Etat qui aurait fait l’objet des éditoriaux de ce matin.

Du discours aux actes.

La droite tente d’additionner les crises où l’Etat a reculé et montré sa frilosité. L’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes a pris des semaines et n’est toujours pas terminée, l’évacuation des universités se fait au compte-gouttes et voilà maintenant que des casseurs, venus souvent de pays étrangers, se livrent au sac de Paris. Pourtant, l’opinion a salué le comportement du gouvernement à propos de la ZAD (la renonciation à l’aéroport signalait déjà, me semble-t-il, un défaut d’autorité) et des étudiants. La vérité est que l’immense majorité de nos concitoyens préfèrent que le recours à la force par la police soit mesuré et que les bilans des désordres ne soient pas des listes de victimes.  De son côté, Edouard Philippe n’a pas complètement tort quand il affirme que le discours radicalisé de l’extrême gauche favorise le déchaînement de la violence. A force de voir dans l’attitude du gouvernement le résultat d’un complot permanent contre les classes populaires, on encourage une poignée de voyous à démolir les symboles des institutions en attendant le grand soir.

M. Collomb a promis qu’il y aurait plus de forces de sécurité lors de la prochaine manifestation, qui ne va pas tarder, puisque le calendrier est plein d’événements à venir. Certes, il n’y aucune raison d’épargner le gouvernement quand se produisent de telles violences. Mais d’une part, ce n’est pas la première fois que l’on assiste à Paris à une manifestation qui dégénère. Et d’autre part, il est remarquable qu’il n’y ait eu que quelques blessés légers, les vingt minutes d’indécision reprochées aux forces de l’ordre expliquant peut-être ce bilan positif. Demandons-nous ce qui se serait passé si le président Macron avait renoncé à son voyage sous le prétexte qu’un 1er mai, en France, est rarement innocent. Comme d’habitude, on fait porter le chapeau aux pouvoirs publics alors que le problème de la casse, ce sont les casseurs.  Demandons-nous pourquoi le nombre de manifestants, quelque 210 000 dans toute la France, selon les chiffres syndicaux, ne cesse de baisser et baissera encore lors des prochains rendez-vous. Tous les commentateurs nous disent ce matin que, dans sa course à la réforme, Emmanuel Macron a été freiné par les incidents d’hier. Vraiment ? Ce sera vite vérifié.

RICHARD LISCIA

 

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Social : semaine décisive

Pascal Pavageau (FO)
(Photo AFP)

Le calendrier social est favorable à une augmentation des tensions: les manifestations du 1er mai, le mouvement des cheminots le 3 mai, la « marche anti-Macron » organisée le 5 mai par la France insoumise, la rencontre des syndicats de la SNCF avec le Premier ministre le 7 mai, qui risque de finir mal. Et pourtant.

LES ORGANISATIONS syndicales, la gauche et l’extrême gauche tentent ces jours-ci de contraindre le gouvernement à faire des concessions sur la réforme de la SNCF, mais elles se heurtent à un mur. Parallèlement, la grève dans le réseau ferroviaire semble s’essouffler. Le nombre de grévistes diminue chaque fois que commence un nouvel épisode de la grève dite perlée et, manifestement, l’opinion ne soutient pas les syndicats. Un sondage publié dimanche par le « JDD » montre que 62 % des personnes interrogées sont favorables à une réforme de la SNCF qui aille jusqu’à son terme. La patience des voyageurs est exemplaire. Ils s’habituent aux conditions de transport exécrables qui leur sont faites par les grévistes et ne réclament pas une intervention du gouvernement pour que cesse la grève.

Le choix de ne rien faire.

La colère des syndicats n’assure pas leur unité. Demain, ils manifesteront en ordre séparé. La CGT poursuit son bras-de-fer avec le pouvoir, en espérant l’emporter. Force ouvrière vient de tenir son congrès et Pascal Pavageau a remplacé Jean-Claude Mailly à la tête du syndicat. La passation des pouvoirs s’est déroulée dans un climat détestable, M. Pavageau représentant l’aile dure de FO ; il n’a pas hésité à dénoncer publiquement les concessions faites par M. Mailly au pouvoir politique et a adopté d’emblée une attitude plus ferme à l’égard du président et du Premier ministre. M. Mailly, de son côté, a riposté par des commentaires peu flatteurs pour son successeur.  Le problème vient de l’inflexibilité du pouvoir, qui s’abrite derrière le légalisme et estime que la réforme de la SNCF, adoptée en première lecture à l’Assemblée, a maintenant force de loi, de sorte qu’il n’y aurait plus rien à négocier. Ce qui chagrine forcément les syndicalistes prêts à discuter, notamment à la CFDT, dont le secrétaire général, Laurent Berger, ne cache pas son amertume depuis que le président de la République s’est enfermé dans une intransigeance qui non seulement met la CGT au pied du mur, mais semble nier tout rôle aux cédétistes réformistes.

L’attitude de M. Macron est celle du « benign neglect », une expression américaine forgée par l’ancien sénateur américain Daniel Patrick Moynihan qui pensait que, dans certaines crises, le gouvernement avait toujours la possibilité de ne rien faire et de laisser l’incendie s’éteindre tout seul. De toute évidence, pour le président, il suffit d’attendre que les grévistes abandonnent la lutte. Il ne croit pas un seul instant que le mouvement s’amplifie ou se prolonge jusqu’aux grandes vacances, comme l’affirment les plus fervents syndicalistes. Le gouvernement a agi de la même manière avec la ZAD de Notre-Dame-des-Landes où il alterné la carotte et le bâton et fait en sorte que les combattants s’épuisent, et avec les étudiants qu’il déloge de leurs universités non sans d’ailleurs faire remarquer qu’ils n’ont jamais réussi qu’à démolir leur instrument de travail, aux frais du contribuable.

Méthode périlleuse.

Cette méthode est périlleuse à tous égards, car une subite union des gauches et des syndicats pourrait créer une situation explosive. Le chef de l’État préfère croire le contraire et s’est engagé, de toute façon,  dans une bataille au terme de laquelle il espère discréditer une fois pour toutes les corps intermédiaires, dont il ne voit pas la nécessité. En choisissant délibérément le lieu et la date du conflit, il tente d’obtenir une victoire assez éclatante pour s’attaquer avec moins de difficultés à d’autres réformes, comme celle des retraites, qui sera sans doute le dossier le plus épineux du quinquennat. C’est ce qui explique son absence de sollicitude à l’égard de la CFDT. En d’autres temps, on aurait pensé que ces deux réformistes que sont M. Berger et M. Macron étaient faits pour s’entendre. Malheureusement, il se trouve que les idées de M. Berger ne coïncident pas avec le dessein du président, dont l’adversaire principal est bel et bien la CGT.  Mais il lui fallait envoyer un message à tous les syndicats. De toute façon, il part pour l’Australie et la Nouvelle-Calédonie, mettant ainsi une longue distance entre lui et nos querelles intestines.

RICHARD LISCIA

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La méthode Borloo

Jean-Louis Borloo
(Photo AFP)

Le plan de rénovation  urbaine présenté hier au Premier ministre par Jean-Louis Borloo, considéré comme notre meilleur spécialiste de la question, a pris un peu de retard qui s’explique néanmoins par sa densité. Il comprend pas moins de 19 programmes et il ne peut aboutir que si la détermination du gouvernement est au moins aussi grande que celle de l’ancien ministre.

JEAN-LOUIS BORLOO est cet ancien avocat qui, devenu maire de Valenciennes, a transformé une agglomération sinistrée en cité prospère. C’est ce ministre de la Ville qui, naguère, apportait sa fougue personnelle à un projet de transformation des quartiers défavorisés. C’est cet homme qui a accepté d’enquêter et de rédiger son rapport pour le compte du gouvernement actuel à condition de n’avoir aucun titre ni aucune rémunération. C’est ce personnage rare, retiré de la vie politique depuis quatre ans, que pratiquement tous les élus de France ont supplié de voler à leur secours. Il l’a fait, mais il ne mâche pas ses mots. Il dénonce la sournoise réduction des crédits, l’auto-suffisance de fonctionnaires plutôt compétents et qualifiés, mais souvent hors sol, les résultats épouvantables de la négligence sur une forte fraction de la population et surtout sur ces 150 000 jeunes qui, chaque année,  arrivent sur le marché du travail, sans avoir assez de connaissances linguistiques et comptables pour demander un emploi.

La sévérité du constat.

Le rapport vaut déjà par la sévérité du constat. Celui-ci a néanmoins l’avantage de ne désigner aucun coupable sinon un système qui, avec le temps, finit par étouffer les meilleures initiatives et les financements. Jean-Louis Borloo minimise le coût forcément élevé du remède à la crise des cités. Hier, sur France 2, il interrompait son interlocutrice chaque fois qu’elle tentait de chiffrer la dépense requise. Quarante-cinq milliards, disait-elle. Mais M. Borloo répondait que le financement devait venir d’un peu partout, de l’Etat, certes, mais aussi des collectivités locales et des entreprises. Il y a chez cet homme une part de rêve sans laquelle il ne dirait pas toute l’angoissante vérité du diagnostic, et sans laquelle il ne serait pas disposé à abattre les résistances qui se manifestent à tous les niveaux de la chaîne des décisions et des aides financières.

En d’autres termes, Jean-Louis Borloo parle un peu comme Emmanuel Macron, il pose sur le pays le même regard lucide, et, comme lui, il sait que rien ne se fera en France si on ne désigne pas les obstacles et si on ne les enfonce pas avec la furia que procure cette indignation restée vive chez M. Borloo. D’un côté, on ne voit pas pourquoi il n’est pas membre de la République en marche, pourquoi il ne serait pas ce « général Patton » que le pouvoir désignerait pour reconquérir les villes de France. De l’autre, on devine qu’il a fait de son désintéressement personnel la condition sine qua non de sa crédibilité, dans un univers où toute parcelle de pouvoir est quotidiennement vilipendée. En même temps qu’il nous donne une formidable leçon d’éthique, il ôte à la critique toute capacité de contestation. C’était vraiment une bonne idée de faire appel à lui.

Où trouver l’argent ?

Bien entendu, on ne conçoit pas un tel projet sans évaluer son financement. Où trouver l’argent ? M. Borloo propose que la cession d’une partie des actifs de l’Etat dans de grandes sociétés, au moins cinq milliards, soit attribuée à la rénovation urbaine (alors que le gouvernement envisageait plutôt un début de désendettement). Il suggère d’attribuer à une fondation les recettes de l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine), qui collecte chaque année 1,7 milliards d’euros. Il estime que les travaux de rénovation accroîtront les impôts locaux qui constitueront donc une recette supplémentaire.  Il souligne l’urgence des décisions à prendre quand 120 000 immeubles sont en difficulté et 20 000 proches de l’effondrement. Il propose donc non seulement d’agir avec un dispositif entièrement nouveau, mais d’agir vite. Si personne n’est sceptique, en dépit du risque considérable de dérapage des coûts, c’est que la méthode Borloo est à la mesure de la crise urbaine.

RICHARD LISCIA

 

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SNCF : rien ne bouge

Edouard Philippe
(Photo AFP)

Le conflit à la SNCF se poursuit avec une si belle constance qu’il est devenu, pour les usagers, un nouveau mode de vie. La détermination à continuer le mouvement chez les syndicats le dispute à la surdité du gouvernement.

ET COMMENT va la grève ? Elle est florissante. Les camarades syndiqués contiennent leur fureur, mais la traduisent par des pronostics apocalyptiques : la grève pourrait continuer au-delà du mois de juin et affecter les grandes vacances. Les organisations ont mis un terme, unilatéralement, à leurs conversations avec la ministre des Transports, Elisabeth Borne, et ont demandé à être reçues par le Premier ministre. Première réponse : pas question de désavouer la ministre. Seconde réponse : Edouard Philippe rencontrera les syndicats le 7 mai. Pourquoi si tard, pourquoi pas tout de suite ? Parce que le chef du gouvernement et Mme Borne ne traitent pas les mêmes sujets : il s’occupe de la dette (une cinquantaine de milliards, excusez du peu), elle traite la grève. Dans ces conditions, comment la sortie du tunnel peut-elle être envisagée ? Elle ne l’est pas. Le chef du gouvernement a répété ce matin, non sans témérité, qu’il n’était pas question de renoncer à la mise en concurrence de la SNCF d’ici à 2020 ni de conserver le statut des cheminots.

La patience de l’opinion.

La direction de la SNCF compte désespérément les grévistes en croyant déceler une baisse de leur nombre. La réalité est que le trafic, les jours de grève, est très perturbé, donnant lieu à diverses alternatives, comme le co-voiturage, pas forcément confortables ou applicables. La seule question qui vaille porte sur la patience de l’opinion, où l’on peut déceler vaguement un ras-le-bol croissant et un début d’animosité contre les syndicats. Avec un sang-froid remarquable, mais qui n’accorde pas beaucoup de compassion à la clientèle de la SNCF, dont le premier réflexe est de demander le remboursement des abonnements, les pouvoirs publics semblent jouer le pourrissement, en transférant le conflit vers les relations entre usagers et syndicats : elles risquent, effectivement, de se détériorer mais nous n’en sommes pas encore là. Système D, indulgence des patrons pour les retards, concentration des grévistes chez les conducteurs qui permet aux autres cheminots de limiter le nombre de leurs jours de grève, de façon à ne pas perdre une trop grande partie de leurs salaires (les jours chômés ne sont pas payés) : on s’installe, dans tous les camps, dans une crise dont la durée, paradoxalement, crée une sorte d’accoutumance.

Une hausse des impôts ?

La dette n’est pas pour autant un dossier négligeable. Les médias se sont rendu compte, tout à coup, qu’à partir de 2020, les mesures qu’il faudra prendre pour amortir cette énorme dépense risquent de déclencher une hausse de la pression fiscale. Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, affirme qu’il n’y aura pas d’augmentation des impôts jusqu’à la fin du quinquennat. L’opposition de droite présente les factures : les 50 milliards de la dette de la SNCF, les 10 à 20 milliards que va coûter à l’Etat la suppression, d’ici à deux ans, de la taxe d’habitation. Bref, le beau résultat obtenu en 2017, un déficit budgétaire contenu à 2,6 % du PIB, risque d’être balayé par des dépenses non financées. M. Darmanin explique que l’on financera progressivement toutes ces budgets supplémentaires par une réduction de la dépense publique dans d’autres secteurs, mais où ? Pas dans les hôpitaux, pas dans les EHPAD, pas dans le budget des Armées, pas dans celui de la sécurité. Alors, faudra-t-il hâter le non-remplacement des fonctionnaires qui partent à la retraite ? Plus vite dit que fait : les salariés des hôpitaux, des Armées, des EHPAD, les policiers, les magistrats sont des fonctionnaires.

Retour des Etats-Unis, où il a obtenu un triomphe personnel, sinon diplomatique, le président de la République, pourra contempler dès aujourd’hui le paysage qu’il a laissé en partant il y a trois jours et qui ne s’est pas amélioré. Ajoutée à une taxation excessive, la hausse des prix du carburant inquiète tous ceux dont l’automobile est un instrument de travail et qui estiment être pénalisés. Pour l’opinion, le débat sur la dette n’a pas grande signification, car il évoque des sommes énormes qui la dépassent et n’ont rien à voir avec le budget mensuel d’un foyer. M. Macron pensait qu’il pourrait passer en force, sans modifier la moindre de ses décisions. Il ne peut camper indéfiniment sur cette position que s’il apporte un remède au mal. S’il parvient à faire en sorte que les trains roulent de nouveau.

RICHARD LISCIA

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Trump-Macron : l’échec

Les yeux dans les yeux
(Photo AFP)

Ni sur le réchauffement climatique, ni sur l’accord nucléaire avec l’Iran, ni sur le néo-protectionnisme américain, ni sur le retrait des forces américaines en Syrie, Emmanuel Macron n’a réussi à convaincre Donald Trump de nuancer ses positions.

LE PRESIDENT Trump aime le président Macron. Il l’a dit publiquement et il l’a prouvé en époussetant le revers de sa veste et en déposant un baiser sur sa joue, ce qui a fait éclater de rire l’assistance. Mais le chef de l’Etat français s’est rendu à Washington, certes pour réaffirmer une amitié franco-américaine de plus de deux siècles, mais aussi pour infléchir sa politique monolithique sur des sujets qui engagent l’avenir. M. Trump a montré qu’il était toujours séduit par ce jeune homme dynamique qui dirige la France aujourd’hui ; il est en quelque sorte « bluffé » par lui et M. Macron lui inspire une affection paternelle. Le président français, avant son arrivée aux Etats-Unis, avait pris la précaution d’accorder un entretien à Fox news, la chaîne de télévision fanatiquement pro-Trump. Il avait souligné les points communs qui les rapprochent. Nous sommes, avait-il dit, deux hommes politiques qui ont gagné les élections contre toute attente, je suis, comme lui,  un maverick, une mouton noir, un dirigeant atypique. On sait que Macron est le président capable de discuter avec tout le monde, y compris nos pires adversaires.

Le risque du fiasco.

Toute cette débauche d’appels du pied, de sourires, d’embrassades, de flonflons, de superlatifs, l’hommage magnifique rendu par Trump au colonel Arnaud Beltrame sont  propres à la grande célébration d’une amitié que, personnellement, je ne peux qu’encourager car il est vrai que l’histoire et les systèmes politiques nous rapprochent bien plus des Américains qu’ils nous en éloignent et que l’idiosyncrasie d’un seul président ne suffit pas à modifier les liens étroits qui nous unissent. Mais ils n’auront pas suffi à modifier d’un iota l’intransigeance désormais légendaire de Donald Trump. On peut même ajouter que, à propos de l’Iran,  Macron a fait un pas immense en direction de Trump. Il avait juré qu’il n’y avait pas d’alternative (de plan B) à l’accord nucléaire avec l’Iran, voilà qu’aujourd’hui il envisage une renégociation de l’accord. Il le fait sans avoir consulté ses amis européens, notamment Angela Merkel, et surtout sans avoir exploré la pensée de Vladimir Poutine sur la question. Il n’a pas davantage essayé de savoir si l’Iran était susceptible d’accepter de nouveaux pourparlers. Le réalisme commandait de ne pas y croire. Sans doute M. Macron se faisait-il fort d’influencer ses interlocuteurs, comme il a cru pouvoir le faire avec Donald Trump : ce serait ajouter le fiasco à l’échec. Le résultat ne s’est pas fait attendre : Téhéran et Moscou ont fait savoir qu’ils ne renégocieraient pas.

Les prémices de la guerre.

Le fond de l’affaire, c’est que l’accord avec l’Iran porte exclusivement sur la capacité de ce pays à acquérir la bombe atomique. Les négociateurs occidentaux n’ont demandé aucun compte à Téhéran sur les autres aspects de sa politique. En trois ans, la situation au Proche-Orient a changé. Les forces iraniennes sont présentes en Syrie sous diverses formes, y compris par de puissantes milices, comme le Hezbollah, qui menace Israël, et au Yémen où se poursuit la rébellion houtiste contre l’Arabie saoudite. L’Iran, qui contrôle déjà l’Irak, exerce une politique de grande puissance à la faveur du conflit syrien, en utilisant des moyens militaires pour se faire entendre. M. Macron est parfaitement conscient des risques croissants de déstabilisation de la région. C’est ce qui l’a conduit à rejoindre partiellement la position de Trump. Mais l’abandon pur et simple de l’accord nucléaire serait un feu vert au redémarrage de la recherche atomique en Iran et l’acquisition en moins d’un an de ses premières bombes. Le danger est assez grand pour déclencher une guerre.

Emmanuel Macron a sûrement impressionné la presse et le public des Etats-Unis. Mais il a surtout réussi à donner à Trump une dimension politique qu’il commençait à peine à acquérir quand la Corée du Nord a décidé non seulement de négocier avec l’Amérique mais de faire des concessions unilatérales en arrêtant, au moins provisoirement, ses essais nucléaires et balistiques.  C’est le poker-menteur de Kim Jong-un, mais c’est Trump qui a été applaudi en Occident. Tout à coup, la pensée populiste prend du poids. Tout à coup, on commence à trouver un fond de vérité dans une violence rhétorique qui porte ses fruits ; dans un protectionnisme qui consisterait, pour les Etats-Unis, à sauvegarder leurs intérêts commerciaux ; dans une comptabilité un peu mesquine qui fait dépendre l’action militaire de ce qu’elle coûte, au mépris des victimes du totalitarisme. M. Macron s’est présenté à Washington comme l’homme chétif capable, grâce à sa technique, de renverser le plus puissant des judokas. Pas de miracle : le plus fort a gagné la partie.

RICHARD LISCIA

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Antisémitisme : le clash

 

Valls signataire
(Photo AFP)

Dimanche, « le Parisien-Aujourd’hui » a publié un manifeste contre le « nouvel antisémitisme » signé par plusieurs centaines de personnes et qui s’en prend directement aux « islamistes radicaux » responsables des agressions, verbales et physiques, contre des Français juifs. Le texte a été dénoncé par certains imams et surtout par Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris, qui le considère comme « injuste et délirant ».

LES SIGNATAIRES de la tribune, parmi lesquels Nicolas Sarkozy, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Jean-Pierre Raffarin, Bertrand Delanoë, Laurent Wauquiez,  des intellectuels comme Eric-Emmanuel Schmidt, Boualem Sansal, Pascal Bruckner, Philippe Val, et des artistes comme Gérard Depardieu et Charles Aznavour, met les pieds dans le plat en désignant les antisémites musulmans, en réclamant une révision du Coran (ce que les spécialistes ont aussitôt réfuté avec l’argument qu’on ne modifie pas un texte sacré) et en s’indignant non seulement des agressions et parfois des assassinats commis contre des juifs, mais des contraintes qui pèsent sur eux à cause de l’insécurité. Plus particulièrement, des quartiers entiers ont été vidés de leurs juifs, forcés d’aller habiter ailleurs, ce que le manifeste appelle sans ménagements « une épuration ethnique à bas bruit ».

Le déménagement ou l’exil.

D’autres musulmans ont approuvé le texte, mais le sentiment apparent d’une majorité de musulmans, c’est qu’on les désigne comme boucs émissaires. Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, parle, pour sa part, d’interprétation du Coran plutôt que de modification. Il a néanmoins signé le texte qu’il présente comme un cri d’alarme. Effectivement, depuis que, sous l’influence des réseaux sociaux et des professeurs de haine, de nombreux jeunes musulmans véhiculent le vocabulaire antisémite, le jugent justifié et s’en prennent aux Français juifs, phénomène répétitif, fréquent et largement documenté, la tension interethnique devient insupportable. Ce qui a provoqué la rédaction et la publication de la tribune publiée dimanche dernier, c’est certainement l’impression générale que, en France et en 2018, on se contente de parler de l’antisémitisme sans agir pour le contenir ou, mieux, pour le juguler. Les statistiques montrent que le nombre d’actes antisémites diminue d’année en année. En revanche, le nombre d’agressions physiques augmente, créant un climat qui invite les juifs au déménagement, pour autant qu’ils en aient les moyens, ou à l’exil.

Une trentaine d’imams français ont à leur tour publié dans « le Monde » un texte qui exprime leur désarroi. D’un côté, disent-ils, « la situation devient pour nous intenable. Tout silence de notre part serait complice et même coupable ». Ils dénoncent « des lectures et pratiques subversives qui conduisent à l’anarchie religieuse ». De l’autre côté, ils affirment que les « attentats récents » sont une « occasion attendue pour incriminer toute une religion ». Même s’ils ont rédigé cette tribune sans connaître le contenu de celle du « Parisien », leur propre manifeste a au moins l’avantage de reconnaître l’acuité du problème. Il est tout à fait normal que des imams défendent le contenu du Coran. Toutefois, le manifeste de dimanche contre l’antisémitisme n’est pas du tout une condamnation de l’islam, c’est au contraire un appel aux musulmans de bonne volonté pour qu’ils participent eux aussi à la lutte contre l’intolérance. Ce sur quoi les deux textes se rejoignent.

Une prise de conscience.

On ne luttera pas efficacement contre l’antisémitisme si on n’admet pas, une fois pour toutes, qu’il a pris une forme nouvelle en France, à cause du conflit israélo-palestinien et parce qu’une fraction de la jeunesse musulmane est fascinée par le terrorisme, si on ne stigmatise pas, avec tous les mots utiles du vocabulaire, ces comportements délétères, si on ne redit pas sans cesse que, en une décennie, dix juifs ont été assassinés uniquement parce qu’ils étaient juifs. Des musulmans voient dans le manifeste une provocation, tout juste bonne à dresser une communauté contre une autre. Mais il s’agit en réalité de la contribution de personnalités ou d’intellectuels à une prise de conscience nationale. Les Français de confession musulmane doivent, comme les imams cités plus haut, saisir l’occasion qui leur est ainsi offerte de lutter contre l’antisémitisme et de démontrer que la cohabitation de groupes différents est possible en France.

La crise actuelle est compliquée par l’immigration. Ceux qui ont échappé aux conflits du Proche-Orient et arrivent en Europe partagent souvent les stéréotypes antisémites les plus éculés. Du coup, ils offrent un argument supplémentaire à cette large partie de la population française qui est franchement hostile à l’immigration. Dans cette configuration, le philosémitisme affiché  par certains n’est que la prolongation de leur racisme. La preuve en est que l’antisémitisme se porte hélas fort bien en Hongrie ou en Pologne, deux pays qui ont fermé leurs frontières aux réfugiés du Proche-Orient et d’Afrique. Il y a en effet bien plus que cinquante nuances de la xénophobie. Ce qui est sûr, c’est que le manifeste du « Parisien » a fait progresser le débat.

RICHARD LISCIA

 

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La loi qui divise

Richard Ferrand (à droite)
(Photo AFP)

L’Assemblée nationale a adopté en première lecture la loi asile-immigration qui durcit les conditions d’accueil des migrants. Le débat qui a précédé le vote, prolongé de deux jours, a montré de premières failles dans le bloc de la République en marche (REM).

LA MEILLEURE preuve de l’équilibre instauré par la loi entre la solidarité de la France avec les immigrés, clandestins ou non, et la nécessité de contrôler leur arrivée sur notre sol et leur séjour, c’est la violence des critiques émises par la droite et l’extrême droite d’une part, la gauche et l’extrême gauche d’autre part. Emmanuel Macron aurait voulu tester son grand dessein « droite et gauche en même temps » qu’il n’aurait pas mieux réussi. Le gouvernement a produit un projet qui tient compte de l’ampleur croissante du phénomène d’immigration et il a voulu protéger le pays pour l’avenir. Personne ne croit que les flux migratoires vont se tarir comme par enchantement du jour au lendemain. Et le seul moyen de combattre l’hystérisation du débat, c’est de dire le droit, ce que nous pouvons faire et ce que nous ne pouvons pas faire, pour des raisons économiques, sociales et humaines.

L’honorable M. Clément.

Le gouvernement a donc annoncé un projet et, aussitôt toute la classe politique est montée au créneau avec le vain espoir d’affaiblir le président, son Premier ministre et sa majorité. De sorte que, au sein de la REM, quelques consciences ont exprimé leurs doutes. Un élu, Jean-Michel Clément, ancien socialiste, a voté contrer le projet de loi et a même démissionné. C’est tout à son honneur. Une poignée de députés REM (14 sur plus de 300) se sont abstenus. Des représentants du MoDem ont eux aussi refusé de voter oui. C’est leur droit. Mais, contrairement à ce qu’espéraient les oppositions, la majorité ne s’est pas vraiment fracturée. Les pressions exercées par le pouvoir sur les membres de sa majorité ont été vivement dénoncées par la droite et par la gauche. Cependant, l’apparente rigidité du chef du groupe REM, Richard Ferrand, était dictée par l’aversion du président pour ces frondeurs qui, lorsque François Hollande était au pouvoir, ont littéralement démoli sa politique. On ne peut pas à la fois être dans la majorité et en dehors. Les commentateurs critiquent la « nervosité » de l’Elysée face au phénomène, sans se souvenir de ce qu’a été la fronde socialiste : une camarilla qui a tué le PS et a permis l’avènement de M. Macron, sans pour autant contribuer à l’émergence d’une action politique plus orientée à gauche.

Seul en Europe.

Nombre d’élus continuent à chercher le parti dont les idées correspondraient aux leurs à cent pour cent. Espoir illusoire. On peut appliquer les idées énoncées par Jean-Luc Mélenchon et se retrouver avec une révolte populaire, car la France insoumise est clairement minoritaire ; on peut choisir de rejoindre la philosophie du Front national et obtenir le même résultat.  La question de l’immigration ne trouve aucune traduction dans les déclarations intempestives, hors sol, désordonnées de la droite et de la gauche qui, face à ce dossier brûlant et grave, continuent à faire de la politique. Il faut lui donner une réponse cohérente qui sauvegarde nos principes et protège le tissu social français. Il faut aussi, et surtout, éviter par tous les moyens d’accorder des voix supplémentaires aux extrêmes. Nous avons eu tout le loisir de voir ce qui se passe en Italie, pays devenu ingouvernable, en Allemagne, où la chancelière Angela Merkel subit encore aujourd’hui les conséquences de sa générosité à l’égard des migrants, en Hongrie, en Pologne et ailleurs.

Il faut souligner ici la solitude de M. Macron en Europe. Il est le seul à défendre avec vigueur ce qu’on appelle les « valeurs » de la société occidentale. Il est le seul à tenter de trouver avec des pays européens minés par le populisme des points de compromis susceptibles de faire progresser la réforme indispensable de l’Union. Aux réflexes frileux de populations inquiètes et gagnées par la xénophobie, il répond par un dessein qui dépasse les contingences, les petits calculs de très court terme, et la jalousie de partis défaits qui croient être en mesure de changer la donne en dépit de la solidité des institutions.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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