Le coût d’une tempête

Annick Giradin à Saint-Martin
(Photo AFP)

On veut espérer que le bilan des victimes d’Irma, dans les deux îles fracassées par l’ouragan, ne va pas grossir avec la fouille des décombres. Pour le moment, le nombre des morts est limité à neuf, on compte une centaine de blessés et de nombreux disparus, mais les destructions sont telles qu’il faudra des mois ou des années pour rendre viable le fonctionnement de Saint-Martin et de Saint-Barth.

IL NE viendra à l’idée de personne de reprocher au gouvernement sa passivité. Il a, cette fois, réagi au quart de tour, dépêché Annick Girardin, ministre des Outremer, avec les premiers secours aériens, annoncé l’ampleur du désastre et pris l’engagement d’intervenir sur tous les plans, sanitaire, économique et financier et inscrit l’événement dans le réchauffement climatique. La France, sidérée et à peine remise des inondations et incendies de forêts, ne ménagera pas sa peine pour aider les populations sinistrées. Mais la réalité est accablante : beaucoup de foyers ont tout perdu, les centrales électriques sont arrêtées, il n’y a donc ni électricité ni eau potable et, pour remettre en service les hôpitaux, les services, les magasins, il va falloir du temps. Épargnés, les Guadeloupéens offrent leur aide et leur île sert de base arrière pour les soins et le ravitaillement. La solidarité est donc à la fois locale et nationale.

Une lourde facture.

Les dommages, dans une première évaluation bien peu convaincante, ont été chiffrés à 200 millions d’euros. Il n’est pas exagéré de penser que l’investissement requis est plutôt de l’ordre du milliard. Le retour à la vie normale de Saint-Martin et de Saint-Barth prendra donc des années, des litiges apparaîtront, comme c’est toujours le cas avec les assurances, et l’État, qui vient d’exprimer sa très grande compassion pour les victimes, sera moins généreux au moment de desserrer les cordons de la bourse, notamment parce que le gouvernement doit boucler un budget 2018 censé s’approcher de l’équilibre entre recettes et dépenses.
À plus long terme, et parce que même un sursaut planétaire en faveur de l’environnement ne porterait ses fruits qu’au bout de plusieurs décennies, va se poser la lancinante question des villes côtières, dont les infrastructures ne sont pas adaptées à des événements d’une telle violence, ni même à la montée des eaux. Irma nous a appris à tous la vacuité de la politique, de la gestion du monde par les hommes, du pouvoir que, jusqu’à présent, nous avons cru illimité, de protéger l’humanité et de réparer les dégâts causés par la nature quand elle se déchaîne. Elle n’a cessé de prouver qu’elle est infiniment plus forte que nous, ce qui devrait nous amener à la traiter avec la plus grande délicatesse, alors que nos habitudes l’insultent tous les jours. Vivre au bord de la mer est le rêve que beaucoup d’entre nous réalisent, et voilà que tout à coup, au vingt-et-unième siècle, la mer enfle et avance, le cyclone ou l’ouragan grondent, balayant tout sur leur passage, nos bicoques et nos biens, nos espoirs et un bonheur qui, soudain, devient hors de prix.
Aucune guerre n’est jamais gagnée puisqu’elle n’apporte que mort et souffrance. Contre la nature, nous devrions savoir depuis longtemps qu’il est absurde de brandir des armes. Vivre sur cette planète, c’est la respecter.

RICHARD LISCIA

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L’horreur climatique

Saint-Martin inondée
(Photo AFP)

Sous les tropiques, se produisent des ouragans, des cyclones et des tempêtes. Les habitants de ces régions y sont habitués et parfois réagissent avec fatalisme. Mais rien n’était jamais arrivé de comparable au monstre Irma, qui a pratiquement rayé de la carte Saint-Martin et Saint-Barthélémy.

FORT heureusement, Irma semble avoir épargné la Guadeloupe, mais poursuit son chemin en direction de la Floride. L’Atlantique est devenu une machine à produire des cataclysmes. Derrière Irma, se sont formés deux autres gigantesques toupies, faites de vent et de pluie, José et Katia, tout aussi apocalyptiques qu’Irma. Le temps, ce sujet plus présent dans les conversations que la politique ou l’amour, devient obsédant. Les témoins nous racontent des histoires de films classés X, nous sommes épouvantés, et honteusement soulagés de vivre pour notre part dans une région plus sereine. Mais nous savons bien que, face aux dérèglements du climat, l’humanité est démunie. Nous sommes tous solidaires de ce qui se passe dans les Caraïbes. Nous serons bientôt informés de l’étendue du désastre. Comment ne pas se demander ce qui va se passer si José et Katia repassent par les mêmes endroits et achèvent les terres déjà victimes d’Irma, alors que la facture de la catastrophe dépassera les dizaines de millions d’euros et que nous n’avons pas encore commencé à compter le nombre des victimes ?

Trump doit rejoindre l’accord sur le climat.

Les défenseurs de l’environnement, aussi certains qu’ils soient du lien entre les activités humaines et le réchauffement de la planète, se refusent à établir un rapport de cause à effet entre la pollution humaine et l’intensité ou la fréquence de ces phénomènes dévastateurs. Il n’empêche que, pour tous ceux qui ne sont pas climatologues, Irma ne peut avoir puisé son anormale puissance que dans une température excessive de l’eau de l’océan Atlantique. Si seulement la violence de ces tempêtes colossales pouvait convaincre les dirigeants politiques qui se refusent encore à investir un centime dans la lutte en faveur de l’environnement ! Le président Trump, grand amateur de fake news (informations inventées de toutes pièces), nous a fait le plaisir d’admettre que l’ouragan qui a dévasté Houston n’était pas une simple averse. Soucieux de ne pas céder à l’apathie de l’un de ses prédécesseurs, George W. Bush, qui n’avait pas cru bon de se déplacer pour constater les dégâts immenses causés à la Louisiane par l’ouragan Katrina en 2005, Trump s’est empressé de rendre visite au Texas.
Encore un effort, M. le président ! Faites maintenant une déclaration publique pour dire que, compte tenu des effroyables réalités climatiques, les États-Unis vont reprendre leur place dans le grand accord mondial en vertu duquel la température de la planète ne doit pas augmenter de plus de deux degrés d’ici à à la fin du siècle. Dites bien que la lutte pour l’environnement devient l’une de vos priorités. Exprimez votre compassion pour les victimes. Reconnaissez que la défense de la planète est un autre fondement de ce business qui vous tient tellement à coeur.
Touchez du bois, M. Trump, pour que José et Katia n’arrivent pas jusqu’à vos terres et ne les écrasent pas sous leur souffle et sous des trombes d’eau. Dites-vous bien que la guerre contre la folie climatique ne suppose aucune désertion et que la contribution des États-Unis est indispensable au répit dont l’humanité a besoin. Il n’est pas dans mes habitudes de personnaliser la nature, il demeure qu’elle se venge cruellement des agressions humaines qu’elle subit.

RICHARD LISCIA

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Trump : non au rêve américain

Premières manifestations
(Photo AFP)

Le président Donald Trump a demandé hier au Congrès de légiférer dans les six mois à venir pour mettre un terme au statut temporaire accordé à quelque 800 000 jeunes immigrés.

EN 2012, Barack Obama avait créé par décret le système des DACA (Deferred action for childhood arrivals), qui autorisait les immigrés âgés de moins de 16 ans au moment de leur arrivée sur le sol américain à bénéficier d’un statut temporaire d’une durée de deux ans renouvelable. Grâce à ce statut, qui n’a pas été voté par le Congrès, ces jeunes gens pouvaient étudier ou travailler aux Etats-Unis légalement. L’ancien président souhaitait passer un vaste compromis avec les élus sur l’immigration, mais il n’a jamais obtenu une majorité pour ce projet et son décret DACA contournait partiellement l’obstacle.

Un sort incertain.

Nouveau président, nouvelle politique, certes « contre-productive et cruelle », comme l’affirme aujourd’hui M. Obama, mais qui, répond le président en exercice, accorde la priorité « aux travailleurs américains qui, eux aussi, ont des rêves ». Avec une hypocrisie qui confine à l’infantilisme, M. Trump exprime son « amour » pour les jeunes immigrés concernés et se décharge de ses responsabilités sur le Congrès. Non seulement aucune demande nouvelle de DACA ne sera acceptée à partir d’aujourd’hui, mais le sort des 800 000 jeunes qui, grâce à leur statut, ont commencé à s’insérer dans la société américaine est en question : au terme des deux ans, ils pourraient bien être expulsés.
Il n’est pas surprenant que la décision de Trump divise une fois de plus la société américaine. La gauche prévoit de s’opposer à la mesure par des manifestations. Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, parle d’un « jour triste et un recul pour notre pays ». Le maire de New York, Bill de Blasio, dénonce l’abolition du statut tandis que le gouverneur du Texas crie victoire et l’attorney général ou ministre de la Justice, Jeff Sessions, s’en prend à la politique de M. Obama : « Nous ne pouvons pas accepter tous ceux qui veulent venir ici, c’est aussi simple que ça ».

Détruire l’héritage d’Obama.

L’argument est mensonger, dans un pays qui, avec un taux de chômage de 4,6 %, est pratiquement en situation de plein emploi. Ceux des citoyens américains qui, dans ce contexte, ne travaillent pas, ont besoin d’une qualification que seule la formation professionnelle peut leur donner, tandis que les immigrés qui travaillent, pour la plupart des Mexicains, exercent des métiers exigeant parfois des connaissances de haut niveau. L’attitude des entrepreneurs, toujours à la recherche de personnes qualifiées, explique leur libéralisme. M. Trump, quant à lui, s’en tient à un credo que la réalité du terrain ne justifie pas et, surtout, met un point d’honneur à détruire systématiquement ce que son prédécesseur a accompli.
Ce terrible aller-retour entre la générosité et l’égoïsme place Trump dans la situation du bourreau. C’est une chose d’empêcher le franchissement de la frontière par des clandestins, c’en est une autre de nier à de jeunes immigrés qui se sont soumis au droit et aux règles officielles pour obtenir leur visa la possibilité de s’intégrer définitivement dan la société américaine. Cela revient à leur donner un droit, puis à le retirer, ce qui suffit à faire de l’abolition une mesure illégale. Les Etats-Unis, plus que jamais, ont besoin d’une loi sur l’immigration. On ne peut régler le problème posé par onze millions de sans-papiers ni par une répression aveugle (assortie d’une fausse commisération) ni par des décrets concernant une petite fraction de cette population. Les Etats-Unis ne sont pas menacés par l’immigration, c’est plutôt grâce à elle qu’ils sont devenus la puissance qu’ils sont. Et le passage de M. Trump à Maison Blanche n’effacera pas cette évidence.

RICHARD LISCIA

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La fin du RSI

Philippe à Dijon
(Photo AFP)

La suppression du RSI, régime social des travailleurs indépendants, et le rattachement de ces travailleurs au régime général de la sécurité sociale, ont été annoncés ce matin à Dijon par le Premier ministre Édouard Philippe. Cette réforme est au moins aussi importante que celle du code du travail, mais elle sera plus facilement approuvée par l’opinion.

LE RSI intéresse 6,6 millions de professionnels qui travaillent à leur compte et subissent, depuis l’instauration du système en 2006, les pires injustices. Il n’est pas viable financièrement parce que les cotisations sont à la fois trop élevées pour garantir un pouvoir d’achat suffisant aux indépendants, et trop basses pour leur apporter la sécurité. À quoi il faut ajouter une gestion délirante, droits ignorés, rappels de cotisations parfois incohérents et excessifs, précarisation de ceux qui sont assujettis au système. La décision de l’abolir ne va pas sans nouvelles complications : les artisans et les auto-entrepreneurs n’ont pas les mêmes besoins, la hausse de la CSG (l’année prochaine) va dans le sens opposé à la normalisation du statut des indépendants, le rattachement d’autant de personnes pose un problème de financement.

Un coup de pouce.

Le gouvernement a déjà prévu de compenser la hausse de la CSG par un financement de 200 millions d’euros qui allègera les cotisations des intéressés. Les changements prendront du temps : le transfert de la gestion vers l’Urssaf ne sera achevé qu’au 31 décembre 2019. Les revenus supérieurs à 4 000 euros ne bénéficieront que de la compensation prévue pour la hausse de la CSG. Il s’agit d’une réforme à fort retentissement social, mais dont l’application exigera la vigilance du nouveau gestionnaire et de probables ajustements pendant la période de transition. Cependant, les travailleurs indépendants ne peuvent que se féliciter de la diligence des pouvoirs publics dans cette affaire. Ils bénéficieront de deux baisses successives de leurs cotisations, de manière à neutraliser la hausse de la CSG : la première diminuera de 2,15 points les cotisations familiales, la seconde réduira de 1,5 point les cotisations maladie. Pour 75 % des personnes concernées (43000 euros ou moins de revenus annuels), il y aura donc un gain de pouvoir d’achat de l’ordre 1,5 point.

Souci social.

L’abolition du RSI ne sera pas contestée, mais les modalités du transfert à la sécurité sociale seront forcément très surveillés par les syndicats et par l’opposition. Le gouvernement sait qu’il s’engage dans une opération compliquée, mais, après les accusations soulevées par la réforme du code du travail, considéré comme plus favorable aux entreprises qu’aux salariés, il souhaite donner un gage de sa préoccupation du sort des foyers confrontés à des difficultés financières et bureaucratiques depuis 2006.
Le volet le plus complexe de la réforme, c’est le financement. L’intégration de près de plus de six millions de travailleurs supplémentaires dans le régime général pose la question des cotisations. Le gouvernement a compris qu’ils ne pouvaient pas payer leurs cotisations comme les salariés d’une entreprise, mais on peut se demander si 200 millions suffiront à combler le trou. Il faut donc admettre que leur inclusion dans le régime général accroîtra le déficit du budget social. Le gouvernement n’a pas encore donné de réponse à ce sujet, mais il ne peut ignorer une nouvelle dépense au moment où il doit se consacrer à l’équilibre virtuel des comptes publics en 2018. Or il s’est engagé à augmenter le budget de la défense et celui de l’éducation. Comment il va concilier ces dépenses nouvelles avec la nécessité impérieuse de serrer les cordons de la bourse relève de la quadrature du cercle.

RICHARD LISCIA

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Wauquiez pour la droite ?

Wauquiez « au sommet »
(Photo AFP)

Par un effet d’élimination lié aux conséquences des élections générales qui ont porté Emmanuel Macron au pouvoir, Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes apparaît aujourd’hui comme le meilleur candidat à la présidence des Républicains.

M. WAUQUIEZ a réuni dimanche quelque 1 500 sympathisants pour faire l’ascension du mont Mézenc, en Haute-Loire, imitant ainsi quelques-uns de nos illustres présidents, comme pour apporter la preuve de sa crédibilité nationale. Il ne manque, il est vrai, ni de talent ni de titres académiques. Normalien et major au concours de l’ENA, c’est un pur produit de l’élitisme français, ce qui est décrié aujourd’hui, mais n’enlève rien à l’intelligence, aux connaissances et aux capacités dont il est pourvu. Ancien ministre, ancien plus jeune député à l’Assemblée, grand, fort et sympathique, issu d’un milieu aisé, il a déjà fait un parcours impressionnant et peut dire, à 42 ans, que c’est le moment pour lui de rattraper le jeune Macron. Ce qui manque néanmoins à Laurent Wauquiez, dont l’ambition est assez démesurée pour se transformer en défaut après avoir été une qualité, c’est sans doute une continuité dans les idées. Il n’a pas attendu l’élimination de Nicolas Sarkozy et de François Fillon pour s’inscrire dans une idéologie de droite que l’on peut qualifier de « dure » et aujourd’hui, ce qu’il propose à son parti, c’est une forme renforcée de néo-sarkozysme. Ce qui lui vaut d’ailleurs toute l’affection de l’ancien président.

Le coup de Calmels.

En attendant d’être élu vers la fin de l’année à la tête de son parti, dont il veut se servir comme un tremplin vers l’élection présidentielle de 2022, Laurent Wauqiez doit exposer son programme, convaincre la plupart de ses amis politiques de son contenu et associer une majorité de LR à son projet. Quelques ralliements ne se sont pas fait attendre, principalement les sarkozystes, comme Brice Hortefeux, ou les fillonistes, comme Christian Jacob. L’événement le plus surprenant de la semaine dernière aura été celui de Virginie Calmels, ancienne égérie d’Alain Juppé, qui a fait au premier rang l’ascension du mont Mézenc après avoir expliqué qu’elle gardait précieusement ses propres convictions tout en rejoignant l’homme qui va faire le contraire de ce que souhaite Alain Juppé. A-t-elle pris une initiative très personnelle sans consulter son mentor, ou entend-elle peser sur l’idéologie de M. Wauquiez? On le saura avec le temps. Pendant que Mme Calmels joue le rassemblement, d’autres voix, et principalement celles de Valérie Pécresse et de Xavier Bertrand, font entendre un son de cloche bien différent. Ni l’une ni l’autre ne cachent leur inquiétude devant une évolution de LR plutôt bizarre et, en somme, plus marquée par l’incohérence que par un catalogue d’idées sacrilèges qui n’a pas encore été publié.
Car l’ambition de M. Wauquiez, encore elle, le dirige vers divers choix successifs et contradictoires. Il a, par exemple, publié un livre pour réclamer l’élargissement de l’Europe, puis un autre pour la réduire. Son premier réflexe fut l’humanisme (il a commencé en politique avec Jacques Barrot, centriste et chrétien-démocrate, aujourd’hui disparu), le suivant est identitaire. Aujourd’hui, il semble se refuser à se lancer dans une vaste critique de la politique sociale et économique d’Emmanuel Macron, sans doute parce qu’il n’aurait guère de succès. En revanche, il insiste sur son combat contre le « communautarisme » (mais il ne ne vise qu’une « communauté »), dénonce les liens entre terrorisme et islamisme, ce qui ne lui coûte rien, et revient aux « valeurs » chrétiennes censées définir notre identité et notre avenir. Beaucoup de gens peuvent se rallier à lui sur un programme aussi vague, mais ils déchanteront quand ils s’apercevront qu’un tel credo conduit à diviser la société et à y développer les aires de conflit.

Le gourou et le politicien.

Bizarrement, M. Wauquiez a cru bon, en outre, de se rapprocher de Patrick Buisson, ancien gourou de Sarkozy, l’homme qui, fort de son accès au président de l’époque et à sa famille, enregistrait secrètement les conversations à l’Élysée et a été condamné pour cette invraisemblable pratique. J’ai dû écrire il n’y a pas longtemps qu’en politique on ne meurt jamais. Ce n’est pas valable que pour les présidents, cela vaut aussi pour toutes sortes de gens, dont la politique est une source de revenus jusqu’à ce qu’ils trahissent le pouvoir auquel ils ont juré fidélité. Or M. Buisson, dont on répète qu’il a une intelligence exceptionnelle (celle qui a tant séduit M. Sarkozy), ne cesse de prôner une droite identitaire, implacable pour les minorités et les immigrés, et capable de prendre au Front national une grosse fraction de son électorat. L’idée a permis à Nicolas Sarkozy de l’emporter en 2007, elle l’a fait échouer en 2012. C’est alors que M. Macron est sorti du bois et a brillamment démontré que l’on pouvait gagner une élection en rejetant les extrêmes. Par quelle incompréhensible suite de rebondissements le Buisson banni de l’Élysée et condamné par la justice se retrouve-t-il en cour chez l’ami de M. Sarkozy ? Comment de criantes incompatibilités font-elles le lit de sulfureux rapprochements? S’il y a du Buisson en Wauquiez, peut-être serait-il préférable, pour LR, de choisir un autre chef de file.

RICHARD LISCIA

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Changement, coup d’envoi

Philippe : quand il faut y aller…
(Photo AFP)

Le gouvernement a donc présenté aux partenaires sociaux le contenu des cinq ordonnances qui constituent le socle de la réforme du code du travail. La CGT apparaît comme le syndicat le plus hostile au texte. Le principal reproche qui lui est adressé est qu’il fait la part belle à la flexibilité et une part insuffisante à la sécurité.

L’OBJET de mon commentaire sera moins de revenir sur le contenu (très touffu) des ordonnances, largement diffusé par les médias, que d’évaluer leur chance d’être adoptées. Le gouvernement a prévu un plancher et un plafond pour les indemnités en cas de licenciement, mais il augmente de 25 % les indemnités légales. Les patrons des petites entreprises pourront négocier directement avec les salariés sans passer par les syndicats. Un « conseil d’entreprise » rassemblera les instances de représentation et aura un droit de veto dans un certain nombre de domaines. Les multinationales auront désormais le droit de procéder à des licenciements dans leurs entreprises en France, même si elles continuent à faire des profits à l’étranger.

Accueil mitigé.

L’accueil du public aux ordonnances est mitigé, si l’on en croit les premiers sondages. Le plafonnement des indemnités est la mesure la plus contestée. C’est surprenant, car on a vu de nombreux cas d’une indemnisation si élevée qu’elle mettait en danger l’entreprise, donc les salariés maintenus à leurs postes. Sans doute les multinationales ne méritent-elles pas l’avantage nouveau que leur accordent les ordonnances, car elles ont, la plupart du temps, les moyens de payer les indemnités, alors que les travailleurs, pour leur part, risquent de disparaître du marché de l’emploi. Mais les indemnités prud’homales ne sont pas conçues pour transformer les salariés en rentiers.
La principale question porte sur les réactions des partenaires sociaux et de l’opinion. Elles sont très diverses. La CFDT exprime sa déception ; Force ouvrière refuse de stigmatiser la totalité du texte et ne souhaite pas participer aux manifestations contre les ordonnances ; les petites entreprises et le patronat en général leur sont favorables ; l’opinion, sans vraiment censurer la réforme, attend surtout des résultats. Il est impossible de dire qu’une convergence politico-syndicale entre la CGT et la France insoumise créera ou non un mouvement national en faveur du rejet du code du travail. S’il est incontestable que le parti de Jean-Luc Mélenchon apparaît aujourd’hui comme l’incarnation de l’opposition à l’action gouvernementale, on ne peut rien dire de ce que l’addition des forces cégétistes et insoumises produira sur le terrain. D’autant que, dans le reste du spectre politique, la combativité est réduite par l’échec électoral. Ni la droite qui se cherche, ni l’extrême droite, particulièrement silencieuse, ni la gauche laminée ne semblent en mesure de bloquer la réforme, pas plus qu’elles ne cherchent à s’unir. Il faut se souvenir du charivari provoqué par la loi El Khomri (édulcorée et privée de toute efficacité par le débat) pour comprendre que les réactions à la réforme Macron sont raisonnables.

Sans réforme, qu’est-ce qu’on fait ?

Le président et le Premier ministre bénéficient en outre du retournement de la conjoncture, entrée dans le vert depuis le début de l’année. Il est courant de dire qu’on ne fait pas une réforme en période de récession, mais que la croissance permet, en revanche, d’imposer des changements. Depuis hier, on assiste, en fait, à quelques barouds d’honneur des représentants des grands partis, mais leurs propos cachent mal leur arrière-pensée : s’il n’y a pas de réforme, qu’est-ce qu’il y a ? L’intelligence du gouvernement a consisté à créer une nécessité, une sorte d’impératif catégorique.
Une conjonction de paramètres, économiques et psychologiques, favorise donc le bond en avant auquel M. Macron nous convie. Lucidement ou confusément, tout le monde sait que la France, en choisissant Macron, a opté pour le changement. Tout le monde devine que le pays, après trente ans d’inaction, est arrivé à maturité et qu’il ne saurait continuer sur une trajectoire historique mais rendue obsolète par la mondialisation, l’ubérisation, le chômage de masse. Tout le monde voit en outre que la France est pratiquement le dernier pays européen à s’engager dans la voie de la transformation et qu’il a pris du retard par rapport aux membres de l’Union qui ont déjà éliminé leur déficit budgétaire et amorcent la diminution de leur endettement.
Si, enfin, M. Macron semble plus dur pour les salariés que pour les entreprises, c’est parce qu’il est arrivé à une conclusion que je partage : il y a deux classes en France, celle des actifs, qui ont tout et celle des chômeurs, qui n’ont rien, et on ne parviendra jamais à abaisser le taux de chômage si l’on croit protéger les actifs en subventionnant massivement le chômage. Bien entendu, la gauche et l’extrême gauche sont favorables à la dépense publique, alors qu’elle est devenue obèse, et qu’elle est incompatible avec l’économie de marché. Le gouvernement, lui, prend ses responsabilités face au monde réel.
La réforme du code du travail créera des millions d’emplois ? Non. Elle ne sera efficace que si elle s’inscrit dans la réforme de la formation professionnelle, des retraites et de la fiscalité. L’aventure ne fait que commencer.

RICHARD LISCIA

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Macron contre-attaque

Macron : même pas mal
(Photo AFP)

Si vous attendiez une riposte d’Emmanuel Macron aux critiques dont il fait l’objet et à la baisse considérable de sa cote de popularité, vous serez gâtés en lisant « le Point » qui publie un entretien-fleuve de quelque vingt pages avec le président de la République.

LE CHEF de l’État profite de l’espace généreux que lui accorde « le Point » pour exposer une vision générale de la politique qu’il entend mener, tout en répondant point par point aux récriminations de la droite et de la gauche. Par exemple, ce n’est pas pour obéir aux exigences européennes qu’il entend réduire le déficit budgétaire, c’est parce que, depuis trente ans, la France n’a fait aucun effort pour le diminuer et s’est endettée au-delà du raisonnable ; ce n’est pas pour favoriser les riches qu’il engage des réformes aussi profondes mais au contraire, le seul espoir que peuvent avoir les jeunes, les pauvres et les immigrés, c’est une transformation du code du travail, de la formation professionnelle, de l’assurance-chômage et du système de retraites ; il n’a pas non plus « diminué » de 840 milliards le budget de la Défense, il a au contraire « dégelé » des crédits qui n’avaient pas encore été dépensés, sauf l’achat de matériels nouveaux ; il n’est pas embarrassé par la démission du général de Villiers, il estime au contraire que s’il n’avait pas rappelé qu’il est, constitutionnellement, le chef des Armées, il aurait été vilipendé pour sa faiblesse : « L’autorité miliaire rend compte à l’institution civile et politique, et non le contraire. Les armées ne font pas ce qu’elles veulent et sont pas auto-pilotées » ; le « rabotage » de l’aide au logement n’empêchera pas une réforme profonde, l’année prochaine, de ce secteur particulièrement coûteux et peu efficace.

On ne juge pas en cent jours.

M. Macron rejette l’idée que le bilan de cent premiers jours aurait dû être plus positif qu’il ne l’est et que le peuple français aurait dû saluer son action, alors qu’il a entrepris, presque simultanément des changements compliqués qui ne risquaient guère de faire l’unanimité. Et il ne se prive pas de dénoncer ceux qui font tout pour affaiblir la France en tentant, mais en vain, de le mettre en minorité. Il ne croit pas qu’on puisse le juger au bout de trois mois, pas plus qu’il ne croit que les effets de sa politique seront visibles ou acceptés avant deux ans. Pour l’énorme concoction qu’il nous prépare, il réclame du temps et de la patience, même si rien lui garantit que les syndicats (la CFDT a déjà exprimé sa « déception » au sujet des ordonnances publiées aujourd’hui) et l’opposition de droite et de gauche lui en accorderont. Il n’a pas honte de réduire le nombre des emplois aidés dont il dit « qu’il s’agit trop souvent d’une perversion de la politique de l’emploi ».
Sans tomber dans la complaisance, on peut être impressionné par un texte assez long et mûrement réfléchi pour exposer à la fois une action politique, son inspiration et surtout une fermeté de la pensée qui est appliquée à l’ensemble des dossiers : ce gouvernement, nous explique en substance le président, essaie de défaire ce qui ne marche pas et de mettre en place des systèmes de gestion adaptés à ce qu’il perçoit comme l’affaiblissement de l’Occident, ou à l’ubérisation ou à la mondialisation. Le nerf des décisions, c’est donc une ligne politique à la fois nouvelle et contraignante.

Franc parler.

On lui pose, par exemple, la question sur sa polémique avec la Pologne. Le gouvernement de Varsovie est vent debout contre la réforme souhaitée par M. Macron des « emplois détachés » : des travailleurs de l’Est viennent à l’Ouest pour occuper des emplois dont les cotisations sociales sont payées dans leur pays d’origine, ce qui, évidemment, diminue sensiblement le coût de chaque emploi, mais contribue au chômage en France et ailleurs. Le gouvernement de Varsovie adopte en outre, des mesures non-conformes à l’état de droit, ce qui a été dénoncé par les instances de l’Union européenne, par l’Allemagne et par la France. La Première ministre polonaise a demandé en gros, à M. Macron, de s’occuper de ses affaires après qu’il eut dénoncé le rôle joué par la Pologne, prompte à prendre de l’Union ce qui l’avantage et à rejeter ce qui ne lui convient pas. Le président revendique son franc-parler. Il explique que, dans ses entretiens privés avec Poutine ou d’autres, il expose avec une sincérité absolue les sujets qui fâchent, ce qui lui permet ensuite de faire, sur les mêmes sujets, des déclarations publiques plutôt franches.
Non seulement, il faut mesurer l’ampleur de la tâche, mais il faut admettre que M. Macron n’a nullement l’intention de se limiter à deux ou trois dossiers essentiels. M. Macron a établi un diagnostic très complet du mal français et sa thérapie est minutieusement adaptée à ce diagnostic. Certes, le souffle du changement est si puissant, cette fois-ci, qu’il déclenche une multitude de vents contraires. M. Macron qui, à Bucarest, n’hésitait pas à dire que « les Français détestent les réformes », atténue un peu son jugement : « La France est un pays qui se réforme moins qu’il ne se transforme dans des spasmes soudains ». Voilà le danger. Le président ne s’inquiète-il pas de l’impatience et de la grogne du peuple ? Il désigne sa nuque et déclare qu’il en sent là « la brûlure ».

RICHARD LISCIA

PS-À chaque jour suffit sa peine : je commenterai demain la publication des ordonnances sur la réforme du code du travail.

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Corée : le dilemme américain

Kim et ses généraux hilares pendant un tir
(Photo AFP)

Réuni à la demande des Etats-Unis, le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné la Corée du Nord, dont un missile a survolé le Japon. Le président nord-coréen, Kim Jong Un annonce de nouveaux tirs de missiles.

ON S’INTERROGE depuis des années sur la capacité de la Corée du Nord à développer ses moyens nucléaires et les vecteurs qui, bientôt, lui permettront de frapper le territoire américain. Depuis qu’elle a la bombe atomique et les missiles, elle lance des menaces contre l’Amérique, le Japon, la Corée du Sud, et elle a annoncé son intention de tirer quatre fusées qui seraient tombées au large de Guam, base aéronavale américaine, elle-même dotée de bombardiers et sous-marins nucléaires. La tension internationale créée par les agissements irresponsables de Pyong Yang est donc énorme et le risque d’une guerre dévastatrice ne peut pas être complètement écarté. Aux menaces nord-coréennes, Donald Trump a riposté, jusqu’à présent, par des propos, par exemple « le feu et la fureur comme vous ne les avez jamais vus auparavant », qui se situent au niveau de la phraséologie totalitaire de Kim et n’aident guère à une résolution diplomatique du conflit. Kim garde donc un avantage : il se fait passer pour assez incontrôlable pour faire peur à la terre entière tandis que le président Trump est inévitablement humilié et ridiculisé puisque, comme chacun l’aura compris, il n’est pas fou au point de passer aux actes.

La Chine indécise.

Lorsque Barack Obama était à la Maison Blanche, M. Trump avait critiqué sans ménagements son « immobilisme » dans l’affaire de la Corée du Nord. Aujourd’hui, le président américain n’est pas plus mobile que son prédécesseur. Les missiles sont de plus en plus inquiétants, mais les mots sont autant de coups d’épée dans l’eau. Naturellement, les Américains, à plusieurs reprises, se sont tournés vers la Chine, laquelle déteste les provocations de Kim Jong Un, mais se contente d’exercer sur lui des pressions économiques sans le freiner dans sa course nucléaire. Pékin et Pyong Yang partagent une seule conviction : pas de changement de régime en Corée du Nord car il placerait les Américains à la frontière de la Chine, avec des armements massifs. La relative passivité des Chinois s’explique par le fait qu’ils ne craignent pas vraiment, pour l’instant, de dégradation du conflit. Ce qui ne veut pas dire qu’ils laisseraient Kim déclencher une troisième guerre mondiale.
Donald Trump a réussi à se faire si bien détester sur le plan international que les analyses du conflit qui l’oppose à la Core du Nord sont parfois obscurcies par la passion. Certes, il est tombé dans une sémantique qui ne le grandit guère ; certes, il se montre incapable de trouver une issue diplomatique ; certes, tout impulsif qu’il soit, il sait parfaitement qu’il ne peut pas déclencher « le feu et la fureur ». Mais Kim se moque de savoir qui occupe le bureau ovale. Un président américain infiniment plus subtil et pacifique n’aurait empêché aucune des provocations insensées auxquelles il se livre presque tous les jours. Donc, la moindre des choses, quand on aborde le sujet, devrait consister à rappeler que la Corée du Nord est le dernier régime stalinien et totalitaire qui existe sur la planète ; que ses récents développements économiques et sociaux ne rendent pas plus séduisante la clique qui la gouverne ; que la distance entre son poids économique et démographique d’une part, sa puissance nucléaire d’autre part, la rend extrêmement dangereuse.

Limiter les dégâts.

Dans ce contexte, dire, comme le font quelques experts, que les « Nord-Coréens se sentent menacés par la puissance militaire américaine à leur porte », c’est prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages. Si la Corée du Nord n’avait pas la bombe et ne se livrait pas à des douzaines de tirs de missiles, « l’empire américain » négativement décrit par nos analystes les plus fins serait indifférent à ce qui se passe au nord de la frontière séparant les deux Corée. Pourquoi ne pas rappeler, avant toute chose, que le régime nord-coréen est peuplé de voyous ivres d’une puissance militaire qu’ils risquent de ne plus contrôler? Pourquoi ne pas dénoncer l’apathie chinoise dans cette affaire, alors que l’intérêt de Pékin n’est pas de contribuer au déclenchement d’une guerre et à la ruine mondiale qui en résulterait ? Pourquoi ne pas voir ce qui crève les yeux, à savoir qu’un totalitarisme effréné aboutit à ce genre de situation et que le dictateur de Pyong Yang joue mieux le rôle du Dr Folamour que l’exotique président américain ? Pourquoi réduire une crise internationale particulièrement alarmante à la question lancinante de la présence de M. Trump au pouvoir ? Pourquoi, enfin, ne pas reconnaître que les Coréens du nord méritent mieux que le pantin qui les dirige ?
La Chine et la Russie, dont les régimes ne sont pas des démocraties bienveillantes, feraient mieux de limiter les dégâts en contraignant Kim à baisser d’un ton. Un conflit militaire, même limité, entre Washington et Pyong Yang, aurait des effets désastreux pour eux-mêmes, mais aussi pour les Chinois et les Russes. Donald Trump, c’est entendu, n’est pas le président américain que le monde espérait. Mais le problème, ce n’est pas Trump. C’est l’homme de Pyong Yang qui a acquis une force infernale qu’il est incapable de maîtriser.

RICHARD LISCIA

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Raffarin et moi

Raffarin : concurrence redoutable
(Photo AFP)

Plusieurs personnalités politiques, dont l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, les anciennes ministres Aurélie Filipetti et Axelle Lemaire, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, et d’autres, comme Julien Dray et Raquel Garrido, ont été recrutés comme journalistes dans divers médias.

ON DISAIT que le journalisme mène à tout, à condition d’en sortir. Les femmes et hommes politiques cités ci-dessus nous prouvent que le journalisme est une reconversion prisée par d’anciens élus. Interrogé sur cette curieuse évolution, qui ne date pas d’aujourd’hui, mais prend de l’ampleur, Manuel Valls, élu député de l’Essonne, s’est déclaré « étonné ». L’ancien Premier ministre de François Hollande n’a peut-être pas pour ma profession les yeux de Chimène. Et il n’est pas le seul : de Trump à Mélenchon, à peu près tous les politiciens ont quelque chose de désagréable à dire sur les médias et les journalistes, présentés souvent comme des gens malfaisants, voués à déceler un scandale, toujours attachés à contrer majorité et opposition, toujours porteurs d’une vision pessimiste de la politique et surtout de la façon d’en faire.

Deux métiers différents.

Les personnages qui ont choisi le journalisme ne sont pas, il est vrai, ceux qui ont le plus vilipendé les journaux, la radio et la télévision. Parmi eux, il y a des gens dont l’analyse politique est souvent brillante, par exemple MM. Raffarin et Dray, ou ont un réel talent de plume, comme M. Guaino. Mme Filipetti, qui a publié des romans, se sent sans doute à l’aise dans l’écriture. Mais comment s’empêcher de penser que les deux professions n’ont pas grand-chose en commun, sinon la matière qu’elles traitent ? Ceux qui interrogent et ceux qui répondent sont engagés dans une dialectique, ils ne peuvent être interchangeables. S’ils veulent être crédibles quand ils posent des questions, les journalistes doivent éviter de prendre position. Là, avec ce massif transfert des politiciens vers les médias, on ne trouve que des personnes qui ont affiché depuis longtemps leur couleur politique et ne peuvent avoir pour ambition, en choisissant le journalisme, que de poursuivre leur action militante. Certes, leur engagement ne les discrédite nullement et beaucoup de journalistes, parvenus à la maturité, finissent par s’éloigner de l’information pour présenter leur propre ligne éditoriale, comme le fait votre serviteur. Mais, avec les politiques, on connaît la musique. Ils seront donc quelque peu prévisibles, ce qui n’est jamais le cas avec un journaliste libre, capable de changer d’avis et de renoncer, face à de nouveaux événements, à l’une ou l’autre de ses convictions.

Concurrence déloyale ?

J’ajoute, pour l’anecdote, et pour en sourire, que la presse, tous médias confondus, n’est pas particulièrement prospère et que, en quelque sorte, hommes et femmes politiques convertis à une profession qui a tout de même ses clés et nécessite une formation, nous enlèvent le pain de la bouche. J’ai souvent trouvé intéressantes les analyses que Jean-Pierre Raffarin a faites publiquement ; s’il ne représentait pour moi qu’un défi sur mon propre terrain, je prendrais mon courage à deux mains. Malheureusement, je ne fais pas le poids, car il a quand même la notoriété pour lui. Je ne vois pas comment le lecteur ne serait pas curieux de découvrir les opinions de l’ancien Premier ministre sur tout un tas de sujets, et pourquoi il préfèrerait lire ce blog. Je prends cet exemple parce qu’il y a des convergences entre ce que M. Raffarin pense et ce que je pense. Je me sens mieux préparé à affronter Henri Guaino, le plus exaspéré de tous les Français, qui n’a pas hésité naguère à dire du mal de ses propres électeurs. Je lui conseille de publier un blog, car il pourra constater que donner son opinion en tant que commentateur expose à de vives réparties des lecteurs. Je crains qu’il ne se lasse du journalisme, comme il a fini par être dégoûté par la politique.
Si les politiciens écartés de la politique s’imaginent que le journalisme est un métier de tout repos, ils se trompent. Électeurs et lecteurs sont du même tonneau, tous estimables, mais tous intraitables. Allons, avant de périr sous les coups de la concurrence, faisons encore confiance aux uns et aux autres.

RICHARD LISCIA

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Macron : mauvaise passe

Macron ce matin à l’Élysée
(Photo AFP)

La chute de popularité d’Emmanuel Macron en quatre mois, selon un sondage publié par le « Journal du dimanche », est impressionnante : moins 22 % d’avis favorables, ce qui l’amène à un étiage très bas, 40 %, c’est-à-dire beaucoup moins que François Hollande ou Nicolas Sarkozy à la même époque de leur mandat.

LES RAISONS de ce dévissage sont multiples : Jean-Luc Mélenchon, de la France insoumise, réunit des meetings populaires où il accuse M. Macron de fomenter un « coup d’État social », formule qui semble annoncer plutôt l’intention du chef des insoumis de procéder à un coup d’État classique. Il est certain que, au moment où le gouvernement annonce des mesures d’économie pour équilibrer le budget de 2018, la réforme, inévitablement, devient très impopulaire et l’opposition, finalement incarnée aujourd’hui par le seul Mélenchon, (où est passée Mme Le Pen ?) en profite pour tirer à boulets rouges sur le pouvoir. En outre, François Hollande a cru bon, la semaine dernière, de critiquer, et pas qu’un peu, le président Macron pour sa réforme du code du travail, estimant, non sans audace, que la sienne suffit. François Bayrou, dans « le Point », tente d’exister de nouveau, cette fois en tapant, gentiment mais hypocritement, contre son ami. Alain Juppé émet des doutes sur la faisabilité du budget de 2018. Que signifie cette convergence de critiques chez des hommes dont le pouvoir aurait pu espérer une plus grande discrétion, et peut-être un soutien ? Que le président ne doit pas croire que la classe politique va lui donner une chance. Non, le combat a déjà commencé, et peu importent les conséquences.

L’affaire des APL.

L’influence des commentaires sur l’action gouvernementale est néanmoins à peu près nulle. M. Macron n’est pas la victime d’une camarilla organisée par ceux qui auraient dû le soutenir. Il a aussi un énorme problème de communication. Quand il s’est rendu à Bucarest pour y dire que « les Français détestent les réformes », ce qui, à mon sens, est une vérité pure, il a soulevé la colère de l’extrême gauche, permettant à M. Mélenchon de préciser : « Les Français n’aiment pas les mauvaises réformes ». Nous sommes nombreux à partager l’analyse de M. Macron, mais il n’a pas le temps ou le loisir de s’exposer aux flèches d’une opposition qui ne demande que l’occasion de riposter à tout ce que dit ou fait le président. Bien sûr, les médias et l’opinion font une montagne de la moindre aspérité dans le programme du gouvernement. Le fameux « rabotage » de cinq euros par mois de l’aide au logement n’est pas, à proprement parler, une torture inique infligée aux plus pauvres, mais, même si le gouvernement est pris par le temps, l’APL exige une réforme de fonds, pas une mesurette adoptée par un gouvernement pris au piège d’un déficit budgétaire plus élevé que prévu. Pour une recette dérisoire par rapport aux besoins financiers, un maximum d’impopularité.

On ne change pas de président.

M. Macron a réuni ses proches aujourd’hui pour relancer l’action gouvernementale dont Édouard Philippe, sur BFM la semaine dernière, n’a pas fait l’exposé le plus convaincant. Le président qui, ces dernières semaines, avait quelque peu pris ses distances avec la politique intérieure au jour le jour, se serait ravisé et aurait donc décidé de s’exprimer davantage sur les réformes et le budget. À cet effort didactique doit s’ajouter l’indispensable cohérence du projet qui, jusqu’à présent, a semblé plus improvisé que réfléchi. En effet, sauf à espérer une crise de régime qui, selon M. Mélenchon, ouvrirait la voie au succès de son parti (ou celui de l’extrême droite), les grognons de gauche et de droite feraient mieux de se rappeler qu’ils ont commis toutes les erreurs nécessaires à la victoire d’Emmanuel Macron. Peut-on rappeler que ni M. Hollande ni M. Juppé n’ont voulu du pouvoir ? Et n’ont-ils pas de cette manière, après avoir pris le risque d’un triomphe de l’extrême droite, consenti à une solution que l’un et l’autre souhaitaient dans leur for intérieur ? Alain Juppé aurait-il préféré que M. Fillon fût élu ? M. Hollande se serait-il satisfait d’un Benoît Hamon ?
On ne change pas de président au bout de quatre mois. La droite, qui va se prononcer sur le choix, très limité, entre Laurent Wauquiez et Daniel Fasquelle, ne nous semble pas prête à prendre le pouvoir ni même à retrouver immédiatement les instruments de son influence. Le parti socialiste, que M. Hollande a si savamment démoli, est dans un état proche de la catalepsie. Les uns et les autres sont vraiment très mal placés pour obtenir un minimum de crédibilité et, de toute façon, le fonctionnement des institutions ne permet pas un remplacement du pouvoir à court terme, n’est-ce pas, M. Juppé, n’est-ce pas, M. Hollande ?
À tous ceux qui l’aiment ou le haïssent, je dis que M. Macron les a déjà surpris par sa maestria au mois de mai dernier. Je ne crois pas qu’il y ait un malentendu entre le pouvoir et les citoyens sur la nécessité de la réforme. Il existe au contraire une grande impatience populaire. Les gens attendent que Macron fasse ce qu’il a promis et même qu’il le fasse vite. Voilà pourquoi le meilleur moyen de voir les changements apparaître, c’est de les approuver plutôt que d’y renoncer. C’est de se montrer plus macronien que Macron.

RICHARD LISCIA

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