Sainte Simone

Simone Veil en 2005 à Auschwitz

La cérémonie, dimanche, de transfert au Panthéon de Simone et Antoine Veil, a été beaucoup plus qu’une consécration nationale. Ce fut un moment d’unité et de réaffirmation des principes républicains qui fondent la société française.

DANS UN ÉTÉ éblouissant, l’hommage rendu à Simone Veil a pris un air de fête. Il y a un an, sa mort nous consternait. Hier, nous poussions un soupir de joie, si j’ose dire, tant nous étions nombreux à ressentir, face aux menaces qui pèsent sur nos sociétés civiles, une sorte de soulagement. L’exemple donné par cette femme en tous points remarquable renforçait notre détermination à nous inspirer de ce qu’elle fut, une personne intègre, ferme, visionnaire, incroyablement digne et distinguée, une grande dame dont la politique n’a jamais pu ternir la moindre de ses qualités. A observer cette sorte de communion autour de la disparue, à entendre ce que disaient d’elle et de leur indispensable présence à la cérémonie des gens célèbres ou anonymes, je me disais qu’il y avait à ce moment une ferveur presque élégiaque inspirée, en quelque sorte, par cette cathédrale laïque qu’est le Panthéon. La béatification d’une juive par la patrie reconnaissante est un formidable pied-de-nez à l’obscurantisme.

Le triomphe de la victime.

Magistrate, ministre de la Santé, première présidente du Parlement européen, académicienne, Simone Veil aurait pu prétendre aux fonctions les plus élevées si seulement elle avait voulu passer les nécessaires compromis avec ceux dont la politique est le métier et sans lesquels la plus libre et démocratique des élections ne peut tourner à l’avantage de celui qui brigue la fonction suprême. Mais en refusant cet ultime combat non par pusillanimité mais par souci de rester elle-même, c’est-à-dire intacte, de demeurer la martyre juive qui comprend mieux que quiconque la souffrance des autres, elle a gagné l’affection de son pays. « Nous vous aimons, Madame », lui disait Jean d’Ormesson en la recevant à l’Académie française. Nous l’aimons en effet pour son parcours entre le pire et le meilleur, pour ce qu’elle a fait au nom des femmes et pour les femmes, pour sa contribution à l’intégration européenne, pour ce regard clair, direct et intimidant, pour cette invraisemblable discrétion, cette pudeur, cette simplicité qu’elle avait en évoquant l’horreur d’Auschwitz, ses deuils, ses chagrins et ses peines qui auraient pu l’anéantir mais dont elle est ressortie encore plus forte, encore plus décidée à parler vrai et à agir pour le pays et pour l’Europe. Le triomphe sur le nazisme, Simone Veil  l’incarne à elle seule.

À quoi sert la politique.

Je plains les misogynes, les populistes, les néo-fascistes, les conservateurs, les xénophobes, les antisémites, les racistes, les calculateurs, les ennemis de l’Europe, les anti-républicains, les extrémistes de tout poil qui, cherchant l’absolu, versent dans une haine inextinguible, alors que, à peine sortie de l’enfer nazi, Simone Veil a préconisé la réconciliation entre la France et l’Allemagne. Elle ne pouvait rien changer à ce qui lui était arrivé, mais elle a tout fait pour que les crimes contre l’humanité ne se reproduisent plus en Europe, même si la guerre des Balkans a apporté un terrible démenti à ses espérances.  Son souci des autres, sa façon d’y croire tout de même en s’inscrivant dans l’action concrète, l’usage magnifique qu’elle a fait de sa renommée naissante, puis internationale, et même son comportement parfois autoritaire furent ses atouts. Aujourd’hui, la France se cherche, l’Europe est en crise, le Royaume-Uni abandonne l’Europe, l’Amérique tombe dans l’affreuse ornière du cynisme et du mensonge. De grands pays ont sombré ou sombrent dans la dictature. Si nous cherchons un rayon dans cette accumulation de nuages, c’est à Simone Veil que nous devons penser. Parce qu’elle était au-dessus des partis, des clans et des camps.  Parce que, comme de Gaulle,  Mendès-France ou Jacques Delors, elle a compris que la politique n’a de signification et d’utilité que si elle est mise au service des gouvernés, et non des gouvernants.

Faire bien, faire mieux, n’accepter aucune entorse à la rectitude et à l’honnêteté intellectuelle, admettre le progressisme comme seul vecteur de l’action politique, et aussi réformer une société enlisée dans ses habitudes, dans ses craintes, dans ses aversions. Emmanuel Macron, qui avait déjà organisé des funérailles exceptionnelles pour Simone Veil l’an dernier, sans doute parce qu’il retrouve en elle sa propre philosophie, a voulu faire de sa panthéonisation un moment pour tous ses concitoyens. Ceux qui n’ont pas partagé cette célébration d’une femme unique qui nous a donné à tous une surprenante leçon de politique, doivent être bien malheureux.

RICHARD LISCIA

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L’Europe sauve sa peau

Macron au petit matin
(Photo AFP)

Par rapport aux déclarations très pessimistes qui avaient été faites avant le sommet de Bruxelles, notamment celles d’Angela Merkel, qui n’avait pas caché sa crainte d’une implosion, l’Union européenne a accompli dans nuit de jeudi à vendredi un pas essentiel pour sa survie.

L’ENTHOUSIASME post-négociation des participants, au terme d’une discussion marathonienne de 9 heures, est surprenant. On voit mal comment les positions des 28 ont convergé vers l’accord. Il semble bien que la nécessité de sauver l’Europe, y compris aux yeux du groupe de Visegrad et de l’Italie, très hostiles à l’immigration, ait influencé le vote. Le plus important est que l’espace de Schengen a été préservé. Le plus inquiétant, c’est que toutes les décisions prises à Bruxelles sont fondées sur le volontariat, dans un univers où la bonne volonté se fait rare. C’était sans doute la condition sine qua non de l’accord. Nous sommes parvenus, en Europe, à un tel degré d’hystérie concernant l’immigration sauvage qu’il est devenu impossible de dicter des règles aux États membres.

Le contenu de l’accord.

Le texte signé par les 28 contient les clauses suivantes : l’Europe va coopérer avec les pays du sud de la Méditerranée pour que les candidats à l’exil soient bloqués et ne puissent pas embarquer. Il y aura un premier accueil hors d’Europe pour que le droit d’asile soit examiné en bonne et due forme. Ceux qui arriveront quand même sur le sol européen seront placés dans des centres d’accueil contrôlées par l’Union. Le système Frontex sera renforcé et ses effectifs multipliés par sept. Les 28 devront être solidaires d’États particulièrement exposés à l’immigration clandestine comme l’Italie, la Grèce ou l’Espagne. La répartition des migrants se fera elle aussi sur la base du volontariat. Ceux qui refuseront l’accueil devront participer financièrement à la création des centres d’accueil.

Il n’est pas excessif d’imaginer que les pays comme la France et l’Allemagne ont reculé pour mieux sauter. Ils ont réussi à maintenir l’unité européenne, mais la simple vérité est que le nouveau gouvernement italien  a déclenché un électrochoc suivi d’une prise de conscience. C’est en refusant des navires transportant des migrants que Rome a convaincu ses partenaires qu’ils devaient enfin partager le fardeau. Il y a tout lieu de croire que les belles dispositions adoptées dans la nuit seront très difficiles à appliquer. Dans les procédures qui seront engagées, les difficultés naîtront des premiers refus. Même si Frontex est renforcé, il est nécessaire de construire ou d’élargir aussi vite que possible les infrastructures qui accueilleront les migrants. Les pays qui continuent de refuser l’accueil ne les créeront pas sur leur sol, les autres devront assumer la tâche.

Le risque d’une sanction électorale.

L’Italie n’a pas eu tort d’attirer l’attention des Européens sur la gravité du problème, même si elle l’a fait par des provocations. En revanche, elle a contribué à transformer la crise de nerfs européenne en aversion durable et injuste contre toute forme d’immigration. Selon un sondage Odoxa, 60 % des Français estiment que trop de migrants arrivent en France. Or notre pays n’est pas celui qui fait le plus gros effort. Nous nous sommes largement appuyés sur l’accord de Dublin, selon lequel tout migrant accueilli par un pays qui a enregistré ses empreintes digitales doit rester dans ce pays. C’est sous le couvert de la légalité européenne que nous avons impitoyablement refoulé vers l’Italie, à Vintimille ou dans les Alpes, les clandestins qui tentaient de passer la frontière italo-française. Compte tenu de l’état de l’opinion publique, française, mais aussi européenne, sur le sujet de l’immigration, toute générosité nationale sera sanctionnée lors des rendez-vous électoraux. D’un côté, nous sommes nombreux à ne pas souhaiter un succès de l’extrême droite ; d’un autre côté, cette extrême droite est au pouvoir à Rome et elle se fait fort bien entendre, dans une atmosphère dépourvue de tout ostracisme.

RICHARD LISCIA

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Un service a minima

Jean-Michel Blanquer
(Photo AFP)

Tel qu’il a été présenté par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, le service universel apparaît comme le parfait exemple d’une ambition oblitérée par la réalité. De sorte que les résultats d’une mise en oeuvre particulièrement complexe ne méritent pas l’intensité de l’effort.

TOUT LE MONDE a compris depuis longtemps que le service (militaire ou civil) représente un excellent instrument pour mêler les couches sociales et qu’il peut forger des âmes plus solides chez les jeunes. Le problème vient de ce que le candidat Emmanuel Macron en a fait la promesse sans trop avoir étudié le dossier. D’abord, il n’est pas sûr lui-même de ce qu’il veut faire du service, même s’il est clair que l’armée n’en prendra pas la responsabilité parce qu’une période trop courte ne permet pas de transformer les jeunes gens en bons soldats. Ensuite, il n’a pas évalué les coûts de l’entreprise. Pour un seul mois de service, la facture serait de 1,7 milliard, avec seulement 15 jours de « brassage social » et 15 jours d’engagement personnel. On ne sait même pas où seront hébergés les « conscrits ». On a pensé aux internats. Ils offrent 147 000 places alors qu’une classe d’âge comprend 750 000 jeunes. Tout ça pour qu’un adolescent n’appelle pas le président par le nom familier de « Manu » ?

Un peu court et un peu cher.

Le dossier a été confié au ministre de l’Éducation, non à celle des Armées, ce qui veut dire que le gouvernement se contente de prolonger d’un mois les cours de civisme prodigués par l’enseignement. C’est un peu court, c’est cher et, si les prévisions exposées par M. Blanquer, par ailleurs ministre efficace et respecté, vont jusqu’en 2026, on a tout lieu de penser que le projet risque de s’effilocher avec le temps. J’ajoute qu’il n’y avait aucune urgence à lancer un système aussi compliqué et onéreux, et que, si les réformes sont les bienvenues, il est peut-être temps de faire une pause ou tout en moins d’en ralentir le rythme. Le président de la République ne peut pas nier que son action politique frénétique, la multiplicité des dossiers à traiter, l’épuisement du Parlement, la cacophonie des contestations de tous ordres fragilisent son autorité, sinon son pouvoir.

Une croissance molle.

Les analyses dans la presse ne manquent pas qui décrivent le mécontentement populaire, la baisse de popularité de l’exécutif, la grogne des élus, les abcès de fixation comme la limitation de la vitesse sur les routes départementales, la virulence des attaques convergentes d’oppositions pourtant très diverses (le conseiller de Paris Ian Brossat n’a-t-il pas accusé M. Macron de verser dans l’extrémisme sous le prétexte que le président a critiqué l’équipage du « Lifeline », navire allemand transportant des migrants ?). Cela ne signifie pas que le chef de l’État doive en tenir compte, ni que sa cote de popularité soit plus mauvaise que celle de ses prédécesseurs à la même époque. Cela veut dire que lui et son Premier ministre doivent s’efforcer de rassurer et de rassembler leur majorité. On comprend leurs ambitions réformistes, mais le temps géopolitique devient extrêmement mauvais et ils doivent se préparer à lutter contre le protectionnisme, le nationalisme, les dangers qui pèsent sur l’Europe, les risques de récession induits par les mauvaises manières de Donald Trump, et l’affaiblissement de la croissance dont nous avions à peine commencé à goûter les délices qu’elle tend déjà à disparaître, ce qui entraînera pour la France des difficultés budgétaires accrues. Changer le pays, c’est bien, affronter la tempête, c’est essentiel.

RICHARD LISCIA

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Immigration : tout a changé

Matteo Salvini
(Photo AFP)

L’arrivée au pouvoir en Italie d’une coalition populiste-néofasciste a complètement changé la donne de l’immigration clandestine en Europe. Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, a déjà pris des mesures qui précèdent et influenceront durablement celles que l’Europe adoptera demain et vendredi au sommet des 27 à Bruxelles.

BIEN QUE les échanges verbaux entre la France et l’Italie soient désormais très désagréables, notamment parce qu’Emmanuel Macron a très vite condamné la nouvelle politique migratoire de l’Italie, l’action personnelle de M. Salvini s’exerce dans un sens qui n’est pas nécessairement opposé à celui de l’Union européenne. En refusant l’accostage de « l’Aquarius », il a provoqué une onde de choc qui a remis en question ce qui était devenu une routine méditerranéenne : des migrants quittent la Libye sur des rafiots, des ONG les recueillent, ils sont débarqués dans des ports italiens. Cette logique faisait le bonheur des passeurs, elle mettait en danger les migrants, dont beaucoup périssent en mer avant d’être secourus, elle surcharge l’Italie. M. Salvini a cassé le schéma, a contraint d’autres pays européens à recevoir directement un certain nombre de migrants, comme ceux du « Lifeline », il a, pour la première fois, mis en cause le rôle joué par les ONG dans l’immigration clandestine. Il a ignoré les accords de Dublin qui rendent responsables des immigrés les pays où ils débarquent pour la première fois. Il a mis ses partenaires devant le fait accompli.

Le principe du partage.

Avec les passagers de « l’Aquarius », l’Espagne s’est montrée généreuse et la France a consenti à accueillir une partie des migrants. Pour un autre bateau d’ONG, avec 230 personnes à bord, le principe d’un partage a été également mis en vigueur. Toutes choses qui ne se faisaient pas il y a quinze jours et qui, pourtant, sans accord européen, sans effort logistique particulier, sans que les textes en vigueur soient respectés, sont accomplies du seul fait de la situation délibérément créée par l’Italie. Aussi bien le président de la République n’a-t-il pas perdu le contact avec Rome. Il a reçu le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, à Paris, et il l’a revu lundi, à la veille de son entretien avec le pape François au cours d’un déjeuner dans un restaurant discret de la capitale italienne.

Le rôle des ONG.

Bien entendu, la démarche de l’Italie tend uniquement à écarter au moins une partie des migrants que lui amènent les ONG, elle ne règle pas la crise migratoire dans tous ses détails. Ce qui est intéressant, c’est que M. Macron, après avoir vilipendé le gouvernement italien pour son « cynisme », a dénoncé hier l’ONG allemande qui a armé le « Lifeline ». Un peu comme s’il rejoignait partiellement l’analyse italienne selon laquelle, si ces organisations sauvent des vies humaines, elles alimentent parfois l’immigration en se mettant d’accord avec les passeurs, qui sont pourtant de redoutables criminels. En d’autres termes, il faudrait aussi mettre de l’ordre dans les ONG, soumises à une concurrence des compassions et parfois prêtes à composer avec ces Libyens qui détiennent une parcelle de pouvoir et s’en servent pour gagner de l’argent. Il faudra en tout cas, demain et après demain, veiller à ne pas discréditer les ONG qui font le travail humanitaire que les gouvernements se gardent bien d’accomplir, alors que la marine italienne est souvent intervenue pour recueillir des migrants et les amener à bon port.

RICHARD LISCIA

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La politique du caniveau

Wauquiez, lui, est exemplaire
(Photo AFP)

Deux élus LR ont déposé une plainte à propos de l’usage des moyens de la ville et de la métropole de Lyon dans le cadre de la campagne électorale d’Emmanuel Macron. Le procureur de la République examine le dossier contenant des faits présumés de financement de campagne électorale, abus de biens sociaux et recel.

QUE PEUT-ON faire quand M. Macron est président et que l’on appartient à un parti divisé qui rencontre des difficultés et qui, de surcroît, perd des militants au profit de la République en marche ? Ester en justice, pardi ! Le 2 juin 2016, soit il y a deux ans, Philippe Cochet, maire de Caluire, a constaté que Gérard Collomb, alors maire de Lyon, aujourd’hui ministre de l’Intérieur, avait reçu M. Macron avec une munificence qui, visiblement lui a laissé un souvenir ébloui. Souvenir tenace puisque, avec un autre élu LR, Stéphane Guilland, il a estimé que M. Collomb avait dépensé trop d’argent. Chose qui n’arrive jamais dans les campagnes électorales conduites par les Républicains. C’est sûr : on n’arrête pas de harceler la droite, sûrement à tort, pour ses dépenses somptuaires, qu’il s’agisse de Nicolas Sarkozy, qui, en 2012, a dépassé le plafond des dépenses de 100 %, ou de François Fillon, qui, en tant que député, avait pris sa femme et ses enfants comme salariés et, accessoirement, avait accepté, en pleine campagne (février 2017), deux costumes de luxe dont l’avocat Robert Bourgi lui avait fait cadeau. M. Bourgi a même déclaré publiquement qu’il n’avait accompli ce geste généreux que pour couler définitivement la candidature de l’ancien Premier ministre. Le marigot politique, c’est ça.

Le nombre de petits fours.

La logique de MM. Cochet et Guilland est imparable : ces mauvaises manières ne sont pas une exclusivité LR. Elles existent partout, y compris dans la République en marche et en voilà la preuve : le 2 juin 2016, le nombre des petits fours était excessivement élevé. Peu importe que la justice se saisisse de cette affaire avec une hâte suspecte. L’essentiel, c’est de montrer qu’en sus des travers bien connus de MM Collomb et Macron, il en existe d’autres, encore plus condamnables. Le porte-parole de la majorité, Benjamin Griveaux, souligne pour la défense de son patron, que M. Cochet est le bras droit de Laurent Wauquiez, ce que tout le monde ne savait pas. Là encore, peu importe, nous n’en sommes plus à une conspiration près. La cruelle réalité est que, si M. Wauquiez a tant de mal à unir son parti, il faut bien qu’il trouve les moyens, n’importe lesquels, y compris les plus retors, pour affaiblir celui dont il veut être le rival numéro un aux élections de 2022. Ce qui est formidable, c’est la conjonction des efforts de tous les partis pour accrocher des casseroles aux basques de Macron. Pour un jeune président qui débute à peine, il en traîne déjà beaucoup et une de plus, cela ne fait pas de mal à LR.

Ailes de cire.

La question est : est-ce que cet effort à la fois puissant, désespéré et éthiquement très discutable, pour démolir  Macron a la moindre chance de changer le rapport de forces politique ? La réponse est non. Car si la majorité a résisté à ce jour à l’impopularité de ses réformes, à la grève de la SNCF, à l’autoritarisme du président, à la convergence des missiles lancés contre l’Élysée par la droite, l’extrême droite, la gauche et l’extrême gauche, les quelques litres de champagne bus le 2 juin 2016 à Lyon ne risquent pas de la faire capoter, n’entament en rien la stature de Macron, ne l’empêchent pas de gouverner (et de réformer). Sûr et certain, ce n’est pas du côté de M. Wauquiez que l’on trouvera la moindre dépense indue ; et, de toute façon, le président de LR est un homme parfait, toujours calme, toujours épris de concertation, pas autoritaire le moins du monde. Il est un peu comme Fillon, d’ailleurs, volant vers une victoire certaine, mais avec des ailes de cire qui risquent de fondre au soleil.

RICHARD LISCIA

 

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La Turquie a son sultan

Erdogan et son épouse
(Photo AFP)

Recep Yassip Erdogan a été réélu, dès le premier tour, par 53 % des suffrages, à la tête de la Turquie, alors qu’on attendait naïvement une mise en ballottage.  C’était oublier que le chef de l’État turc peut à sa guise manipuler les élections.

AUSSI BIEN les partis turcs d’opposition que les observateurs internationaux ont commis une erreur d’évaluation parce qu’ils ont omis un paramètre essentiel de ces élections : la capacité d’Erdogan de bourrer les urnes, d’intimider les foules, d’augmenter le nombre de ses fidèles par de fallacieuses promesses. Nul ne doute qu’il dispose d’un soutien populaire puissant et que, au terme d’une consultation honnête, il aurait de toute façon triomphé. Mais, dans le ciel lumineux d’un pouvoir incontesté, il n’y a pas de place pour le moindre nuage. Il aurait pu, pour donner le change, s’offrir le luxe d’un second tour. Il a préféré faire la démonstration de sa toute-puissance et en finir dès le premier tour. Et tant pis pour les commentaires acerbes des Européens, dont, après tout, il n’attend plus rien. Bienvenue au club des dictateurs. Vladimir Poutine l’a félicité chaleureusement pour sa victoire. Dans la sphère croissante des dirigeants autoritaires, sa présence augmentera la sentiment que la bonne façon de gouverner, c’est la force et la répression. On ne s’inquiète pas davantage pour la majorité qui sortira des élections législatives.

La fin du kémalisme.

La Turquie met ainsi un terme au kémalisme dont Erdogan a prétendu s’inspirer pendant la campagne électorale alors qu’il en représente le courant politique diamétralement opposé. Il n’est ni républicain ni laïc, il cherche à reconstituer à Ankara un pouvoir fort qui ne rend de comptes à personne et à islamiser son pays. Il y réussit fort bien, car en dépit des difficultés économiques et sociales qu’il commence à rencontrer, du défi que les Kurdes lui ont lancé, de la présence de partis d’opposition non négligeables, il savait que des élections peuvent être contrôlées et que son parti, l’AKP, accompagne un courant qui se renforce dans un grand nombre de pays d’Europe et d’ailleurs. En dehors de la dimension islamiste de l’AKP, il n’y a rien de ce qui se passe en Turquie qui ne soit  identifiable  au basculement populiste d’un nombre croissant de sociétés, pas seulement des démocraties fragiles comme la Hongrie ou la Pologne, mais d’autres naguère plus solides, comme l’Autriche ou l’Italie.

La dérive de ces États vers un régime autoritaire suppresseur des libertés est inquiétante pour tous ceux, en Europe, qui continuent à défendre le système des démocraties parlementaires. Le pire, avec Erdogan, c’est qu’il singe ces démocraties, qu’il feint d’en observer les règles, comme en témoignent les élections de dimanche, mais qu’il assure sa victoire avant le scrutin, par des procédés qui relèvent de la fraude pure et simple et de l’intoxication de l’opinion par de fausses informations. Ce qui ne veut pas dire qu’une bonne partie de l’électorat turc saisie par le culte de la personnalité, ne voie pas en Erdogan le sauveur de la patrie. On a eu un échantillon de ce nationalisme quand des Turcs installés en France ont démoli un kiosque à journaux qui affichait la « Une » du « Point » consacrée à la dérive du régime.

Erdogan dispose d’atouts essentiels pour ne pas subir les foudres de l’Europe. D’abord, la Turquie, qui occupe une position géopolitique irremplaçable entre l’Occident et l’Asie, est membre de l’Otan. Donald Trump se moque éperdument du régime politique turc et a plus de sympathie pour Erdogan et Poutine que pour les dirigeants de l’Union européenne. La Turquie ne demandera pas, dans un avenir proche, à quitter l’Organisation atlantique, laquelle ne lui demandera pas davantage de la quitter. Un accord entre Ankara et l’Union européenne permet, contre espèces sonnantes et trébuchantes, de « parquer » littéralement trois millions de réfugiés en Turquie,  ce qui évite pour le moment une nouvelle invasion d’immigrés. Ainsi Erdogan peut faire ce qu’il veut sans fournir la moindre explication aux gouvernements donneurs de leçons. C’est là que réside la plus triste des vérités : non seulement plusieurs membres de l’UE sont contaminés par le populisme ou le néo-fascisme, mais les plus rigoureux d’entre eux ne disposent d’aucun levier pour faire reculer l’autoritarisme.

RICHARD LISCIA

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La piscine de Macron

L’objet du délit
(Photo AFP)

Emmanuel Macron souhaite installer une piscine « hors sol » à Fort-Brégançon, propriété de l’État. Il s’ensuit une polémique qui dépasse en intensité des sujets infiniment plus sérieux.

C’EST une bonne occasion de tout apprendre sur les piscines. La plus chère du genre (celle qui n’exige pas de creuser le sol) coûte moins de 12 000 euros. François Hollande, quand il allait dans cette demeure de la République en été, se baignait dans la mer toute proche, en contrebas, de sorte que les photographes ont pu faire des clichés du président en bermudas. On a appris, à propos de la piscine de M. Macron, qu’elle coûterait moins cher qu’une seule baignade puisque, quand le chef de l’État se jette à l’eau, il faut prévoir des plongeurs pour surveiller le fond de la mer et quelques bateaux pour observer la surface. Dans un premier temps, on est tenté de suggérer au président de payer la piscine de sa poche, ça ne le ruinera pas. L’avantage serait de mettre un terme à l’une de ces polémiques empoisonnées qui oblitèrent le débat politique et donnent lieu aux pires commentaires.

Pauvres riches !

Comme celui d’Éric Coquerel, ci-devant député de la France insoumise qui déclare : « Macron n’est pas seulement le président des riches, il est lui-même très riche ». J’estime pour ma part que la conception que  M. Coquerel a d’une fortune personnelle est séduisante. A 12 000 euros, selon lui, on est riche. En même temps, si j’ose dire, il ne va pas, de la sorte, contribuer à la qualité de vie de ses concitoyens en se satisfaisant d’une somme qui, même aux yeux d’un smicard, paraît très insuffisante pour garantir sa sécurité matérielle. Sans doute la France insoumise a-t-elle une vision hautement vénézuélienne de la richesse.

Dans un deuxième temps, on en arrive à penser que le sujet est dérisoire, même si la nécessité d’une piscine relève du caprice personnel. Les présidents passent, les piscines restent et les contribuables paient leur entretien. Oui mais, attendez : de toute façon, il y a un projet de rénovation de Fort-Brégançon et le financement de la piscine entrera dans la même ligne de budget.

Le prix du service.

Ce qui n’empêche pas les détracteurs professionnels du pouvoir de lui en faire tout un fromage, pour parler vulgairement. Ils rappellent que ce n’est pas la première fois que Macron se livre à des dépenses somptuaires. Il a commandé à Sèvres un nouveau service pour 500 000 euros. Il est vrai qu’il reçoit les Trump et les Merkel et que, si les liserés d’or de sa porcelaine commencent à s’effacer, ça fait cheap. Là aussi, c’est dans le budget. Mais  ne voilà-t-il pas que, pour un trajet en province de 100 km, le président a pris l’avion ? Faut-il qu’il se prenne au sérieux. Contre-attaque : ses soutiens  rappellent que Michel Rocard, à la Lanterne, s’était fait construire une piscine et même un court de tennis que, Macron, lui, n’a pas réclamé. A l’époque, personne n’a bronché. Ça ne se faisait pas de chipoter sur les frais d’un Premier ministre, dont l’intégrité était par ailleurs nationalement reconnue. Aujourd’hui, des millions de personnes, intoxiquées par les réseaux sociaux, s’en donnent à coeur joie.

Je pense très sincèrement que Macron devrait emprunter à Melania Trump sa veste d’hier, sur laquelle on pouvait lire : « I don’t really care, do u ? » (Je m’en fiche, et vous ?) . Peut-être s’adressait-elle à son mari (on se demande ce qu’elle lui trouve, à part son argent). Sans doute le chef de l’État aura-t-il l’occasion, lors d’une de ses sorties en province, d’exprimer la même insouciance si on lui pose la question. À un gamin qui l’interpellait l’autre jour : « Alors, Manu, ça va ? », il a fait tout un discours sur la respect de la fonction. C’est bon de donner des cours de civisme en plein air. De même qu’il est utile de le rappeler aux gens qui ne savent plus quoi reprocher à leur président et croient encore que le sommet de la liberté, c’est l’outrance : pour sa part,  Macron s’en moque.

RICHARD LISCIA

 

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Trump : la reculade

Un simple gage
(Photo AFP)

Donald Trump a signé un décret interdisant la séparation des familles d’immigrés clandestins. Il l’a fait contraint et forcé car la chambre des représentants s’apprêtait à adopter un texte identique. C’est la première fois que le président américain cède à la pression de son entourage, de l’opinion publique et des parlementaires.

DONALD saisi par la grâce ? Il ne faut pas s’y fier. Mais au moins a-t-il cette fois épargné à son pays la honte d’une politique migratoire assez cruelle pour écoeurer les meilleurs de ses soutiens. L’indignation a gagné successivement son épouse, Melania, qui s’est très vite opposée à la « tolérance zéro » pour les migrants que Trump a mise en oeuvre en mai, les élus démocrates bien sûr, mais aussi beaucoup de républicains et enfin l’opinion, heurtée par les images d’enfants en cage largement diffusées par les médias. Tweet ou décret, le chef de l’exécutif n’hésite jamais à opérer un virage à 180 degrés s’il estime être dans une position inconfortable. Mais, dans ce cas, à quoi croit-il ?

Chantage.

Son décret ne concerne que les enfants séparés de leurs familles par la police des frontières. Comme il a calmé le jeu, la chambre a renoncé à son vote, mais Trump a aussitôt annoncé qu’il fallait tirer profit de cette crise pour passer une loi générale sur l’immigration. De même que la tolérance zéro n’avait pour réel objectif que de contraindre le Congrès à céder à ses injonctions, voilà qu’il présente sa correction à l’une des pires bourdes qu’il ait commises comme un gage offert aux élus. Il nous a assez souvent raconté qu’il était le meilleur négociateur parce qu’il avait appris à passer des compromis dans ses affaires. En réalité, dans l’immobilier de New York, on doit plutôt procéder par chantage. C’est bien ce qu’il fait quand, en échange de son immense compassion pour les enfants venus du Mexique, il réclame une loi qui durcirait les conditions de l’immigration aux États-Unis.

Au chantage, il a ajouté ces derniers jours l’une de ses méthodes les plus perverses, celle qui consiste à calomnier d’autres pays ou d’autres gouvernements. Pour justifier la tolérance zéro, il a cité l’exemple de l’Allemagne que l’immigration massive, selon lui, aurait transformée en enfer sécuritaire. Non, lui ont calmement répondu les dirigeants allemands, depuis quelques années, le niveau d’insécurité ne cesse de baisser dans notre pays. Mais qu’à cela ne tienne : il suffit de brandir un argument fallacieux pour en faire une vérité. Depuis le début de l’année, Trump, dont la politique jusqu’alors semblait indécise et versatile, a limogé ses conseillers considérés comme trop « mous » et s’est entouré, notamment avec Mike Pompeo (secrétaire d’État) et John Bolton (conseiller à la sécurité nationale) de personnalités qui appliquent à la lettre ses promesses de campagne. Les États-Unis viennent de quitter l’organisation mondiale des droits de l’homme, et ils se sont lancés dans une politique commerciale protectionniste qui n’épargne aucun de leurs partenaires, l’Europe, le Canada , le Mexique et la Chine. Après avoir augmenté les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium pour tous ces pays, il a augmenté les droits de douane pour une tranche supplémentaire de 200 milliards de dollars d’exportations chinoises. Gravement pénalisés par ces mesures, ces pays se voient contraints de se livrer à des représailles du même type, ce qui n’augure rien de bon pour la croissance mondiale.

Marchandage pour le mur.

Trump dispose d’une majorité confortable à la chambre, mais d’une majorité d’une seule voix au Sénat. La loi sur l’immigration qu’il réclame ne passera pas s’il ne règle pas auparavant la question des « dreamers », ces huit cent mille jeunes installés aux États-Unis et auxquels Barack Obama avait promis que leur séjour serait légalisé. Trump est prêt à donner suite à la promesse d’Obama si le Congrès vote le financement du mur censé séparer le territoire américain du territoire mexicain, une bagatelle de 25 milliards de dollars (pour commencer). Un mur dont il avait juré qu’il serait financé par le Mexique, mais qu’il doit maintenant payer avec l’argent des contribuables américains. Ses électeurs, notamment ceux qui vivent des exportations, comme les agriculteurs, sont-ils déçus, indignés, prêts à voter pour l’opposition ? Pour le moment, on ne voit pas chuter la cote de popularité du président.  Pour les Américains qui ont conservé leurs principes et le sens de l’équité, le mandat de Trump est un cauchemar. On ne saura vraiment comment évolue l’opinion américaine que lors des élections de novembre prochain, qui renouvellent la totalité de la chambre et un tiers du Sénat. Les démocrates devraient logiquement reprendre le Sénat, ils ne sont pas assurés d’avoir la majorité à la chambre des représentants. Ils s’opposent aux décisions de Trump, mais ils n’ont pas encore un chef de file charismatique capable de tenir tête au plus dangereux président que les États-Unis aient jamais élu.

RICHARD LISCIA

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SNCF : rupture syndicale

Philippe Martinez
(Photo AFP)

Deux syndicats, l’UNSA et la CFDT, ont décidé de ne pas prolonger la grève dite perlée à la SNCF, au-delà de la fin du mois de juin, alors que la CGT et SUD veulent la poursuivre en juillet, au moment des grands départs en vacances. Ces décisions signent la rupture du front syndical.

C’ETAIT probable, et même certain : l’UNSA et la CFDT n’étaient pas enthousiastes au sujet du choix de la grève, de sa forme « innovante » et de ses conséquences pour les passagers. La CFDT a invoqué l’impopularité de la poursuite du mouvement en pleines vacances. La vérité est plutôt qu’elle préfère la négociation, d’autant que celle-ci a permis la reprise partielle de la dette de la SNCF et la promesse indispensable d’une négociation de la nouvelle convention collective qui doit remplacer le statut des cheminots. Mais la détermination des deux syndicats les plus fermes a résisté au risque de désunion. Les syndicats « raisonnables » comptent surtout sur le dialogue, ceux qui s’entêtent estiment n’avoir obtenu des avancées que grâce à la grève.

Macron remporte la partie.

Ils ne semblent pas mesurer leur isolement, non seulement sur le plan syndical, mais aux yeux de l’opinion qui, majoritairement, approuvent la stratégie du gouvernement. Ils en sont donc à se battre contre un exécutif qui, objectivement, a remporté, et de haute lutte, la première manche du conflit, et même sa totalité si l’on considère que, de toute façon, on n’assurera pas la protection des cheminots sans discussion avec le pouvoir. Après quoi, on peut toujours reprocher à ceux qui nous gouvernent d’avoir engagé la réforme de la SNCF sans trop se soucier de ses funestes répercussions sur les passagers. On peut accuser les syndicats de la même faute. Les parties en présence ont fait bon marché de l’intérêt national. C’est la clientèle de la SNCF qui a payé les pots cassés. Cependant, on n’a pas le droit de dire que le statu quo était possible. Cela fait des décennies que notre réseau ferroviaire doit être modernisé, que les acquis sociaux des cheminots, qu’ils l’admettent ou non, étaient incompatibles avec la bonne santé de la compagnie et que, tôt ou tard, il faudra mettre la SNCF en concurrence avec d’autres sociétés.

La faute principale de la CGT est d’avoir cru qu’elle était en mesure, à elle seule, d’arrêter la marche des réformes macroniennes. La seconde, c’est d’avoir fait de la grève un instrument politique, alors que, depuis le début de ce siècle, ce syndicat s’efforçait de se débarrasser de l’étiquette communiste qu’il avait acquise à cause de sa complicité avec le PCF. Cette étiquette, Philippe Martinez l’a troquée contre un badge de la France insoumise. LFI et la CGT peuvent maintenant dresser le bilan des conséquences de leur volonté inébranlable qui, en définitive, n’a réussi qu’à avaliser l’idée du pouvoir que, pour en finir avec les archaïsmes français, il faut passer en force.

La réforme est maintenant une loi.

Je ne nie pas que la grève laissera des traces et beaucoup d’amertume, qui ne faciliteront pas l’indispensable concertation. Mais, tous les jours, je reçois des messages de correspondants qui nient la légitimité d’Emmanuel Macron, celui qu’ils appellent le « mal élu », sous le prétexte qu’il n’aurait obtenu au premier tour que 18 % des suffrages exprimés. En réalité, il a obtenu plus de voix que ses opposants, et il a donc gagné le premier tour, de même qu’il a largement gagné le second, avant d’obtenir une majorité de quelques 350 sièges à l’Assemblée. Ce que ne comprennent pas ceux qui, pour justifier leur hostilité au pouvoir, lui cherchent des vices, des faiblesses, des échecs, bref des poux dans la tête, c’est qu’une logique de fer mène le débat national et aboutit à la mise en place des réformes. La logique majoritaire. La réforme est indiscutable parce qu’elle est devenue une loi.

Le fameux statut des cheminots valait-il qu’on en arrive à semer le chaos dans le transport ferroviaire, que, sous prétexte de s’opposer, on en vienne à remettre en cause la légitimité républicaine, que le mécontentement s’exprime sous une forme prétendument révolutionnaire qui a surtout favorisé la casse des magasins par les black blocs ? Ce qui se perd, aujourd’hui, c’est la responsabilité. Il me semble qu’un syndicat doit, comme toute organisation ou association, en posséder la bonne dose. Or il y a une contradiction terrible entre l’affirmation selon laquelle le gouvernement n’a rien lâché et celle qui justifie la poursuite du mouvement par les concessions obtenues pendant la négociation. On a fait à Elisabeth Borne, ministre des Transports, un procès d’une violence indigne. A chaque sortie des pourparlers, les syndicats poussaient des cris de colère contre un pouvoir incapable de lâcher un peu de lest, se présentaient comme les victimes d’un complot « ultra-libéral », hurlaient à la méthode totalitaire. J’ai envie de leur dire : non mais, regardez le monde autour de vous, observez l’ascension de l’intolérance au coeur d’institutions démocratiques dévoyées, voyez comment des démocraties se transforment, peu à peu, en blocs autoritaires dirigés par des satrapes. Et revenez sur terre. En France.

RICHARD LISCIA

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L’immigration manipulée

Alliés dans la tourmente
(Photo AFP)

Emmanuel Macron est ce matin chez Angela Merkel. Ils devaient s’entretenir du rapprochement  des fiscalités française et allemande, mais ils sont rattrapés par l’immigration et doivent se mettre d’accord sur ce sujet avant le sommet européen du 28 juin.

L’ÉPISODE douloureux de « l’Aquarius » traduit le durcissement général des politiques migratoires européennes. L’Italie, qui a maintenant un gouvernement composé de néo-fascistes et de populistes, n’a pas autorisé le navire à accoster dans l’un de ses ports. Matteo Salvini, dirigeant de la Ligue et ministre de l’Intérieur, envisage de recenser les Roms vivant en Italie et d’expulser ceux qui n’ont pas la nationalité italienne. Le président Macron a reçu à Paris Giuseppe Conte, président du Conseil italien et a quelque peu apaisé les relations franco-italiennes, après divers incidents, dont l’affaire de « l’Aquarius », qui les ont sérieusement endommagées. À Berlin, Mme Merkel est confrontée à la « fronde » de son ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, chef de la CSU, parti plus à droite que la CDU de la chancelière. M. Seehofer a donné deux semaines à Mme Merkel pour changer sa politique migratoire. Or le gouvernement repose sur une coalition fragile et une scission entre CDU et CSU lui serait fatale.

Une menace pour toute l’Europe.

L’immigration, clandestine ou non, est donc devenue un facteur de déstabilisation des démocraties européennes. Les gouvernements qui souhaitent trouver un compromis entre leur respect des droits de l’homme et le réalisme sont bousculés par des oppositions qui se manifestent au sein même des partis qui les composent. M. Macron est parfaitement conscient de la gravité du problème. C’est pourquoi il a haussé le ton contre l’Italie quand elle a refusé l’accès à ses ports de « l’Aquarius ». La France perçoit, avec le succès croissant des mouvements identitaires en Europe, une évolution fortement défavorable aux migrants et, surtout, une tendance à prendre  des mesures nationales, sans concertation avec l’Europe, qui se traduirait, si elle s’étendait à l’ensemble de l’Union européenne, par le chaos. Car les migrants ne semblent pas dissuadés par les mesures coercitives des Européens. Le flux est moins puissant, mais la recherche désespérée d’un eldorado en Europe continue d’alimenter l’immigration.

Le coup de Salvini.

L’Italie, qui a accueilli au moins 700 000 migrants en quatre ans, s’est donné un gouvernement qui veut un mettre un terme à « l’invasion ». Le refus de M. Salvini d’accepter « l’Aquarius » était une manière de placer le problème dans les mains des Européens et de leur démontrer que, jusqu’à présent, ils ont laissé l’Italie se débrouiller seule, ce que les précédents gouvernements italiens ont fait avec générosité, jusqu’au moment où la Ligue et Cinq étoiles se sont emparés très démocratiquement du pouvoir.  De son côté, l’Espagne a changé de gouvernement. Mis en minorité, Mariano Rajoy a dû démissionner. Il a été remplacé par un gouvernement socialiste, dirigé par Pedro Sanchez, qui a mis un point d’honneur à proposer que « l’Aquarius » se dirige vers l’Espagne. M. Sanchez voulait montrer que son pays ripostait à l’intransigeance italienne en ouvrant les bras aux damnés de la Méditerranée. Sur un drame humain sans précédent, qui fait des victimes tous les jours, qui, dans le cas de « l’Aquarius », a obligé des migrants épuisés à poursuivre pendant une semaine un voyage dans un bateau qui n’est pas conçu pour de longs voyages avec autant de passagers, voilà que chacune des nations européennes fait de la politique.

Une solution multiple.

Bien entendu, la solution à ce problème est multiple. Elle doit prendre en compte le rôle funeste de la Libye qui ne fait rien pour arrêter les passeurs et transforme les migrants en esclaves avant de les laisser partir quand ils ont enfin les moyens de payer leur voyage. C’est un trafic. Elle doit harmoniser les politiques migratoires des pays de l’Union, notamment en rassurant les pays, comme l’Autriche ou la Hongrie, qui ont érigé des murs ou des barricades à leur frontière, en leur montrant que l’immigration en Europe est beaucoup moins massive aujourd’hui qu’il y a quatre ans. Le principe des quotas ou de la répartition des nouveaux venus a été rejeté par nombre d’États membres de l’Union. La France et l’Allemagne doivent leur faire comprendre qu’ils ne peuvent pas toucher les subventions de Bruxelles et s’enfermer dans leurs frontières pour laisser les pays respectueux des droits de l’homme, qui refusent de considérer les immigrés comme des criminels ou des importuns, les recevoir, les soigner et les assimiler.

Il ne peut y avoir de résolution de la crise migratoire qui ne soit pas à l’échelle de l’UE. Le dossier est si lourd de conséquences que, devant l’absence de réaction d’une partie des États de l’UE, il faudra envisager une refonte de  l’Union, peut-être avec moins de membres. Il faut en outre traiter le sujet avec assez de subtilité pour empêcher les partis populistes de battre les partis démocratiques aux élections nationales. Il faut que les élections européennes de 2019 montrent la direction à suivre. Enfin,  les associations et les ONG de tous les pays, qui claironnent leur vocation à tout-va, sans se soucier le moins du monde de la colère populaire contre l’immigration, doivent accepter des politiques équilibrées s’efforçant de tarir les flux migratoires tout en traitant les migrants avec humanité.

RICHARD LISCIA

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