L’enfer de Sarkozy

Une défense acharnée
(Photo AFP)

Mis en examen au terme de sa garde à vue, Nicolas Sarkozy a dénoncé hier soir « l’enfer de la calomnie ». Il s’agit de sa troisième mise en examen. Toutes ont été prononcées dans le cadre de ses campagnes électorales de 2007 et 2012, pour des motifs de corruption, passive ou active.

IL Y A deux façons irréconciliables d’observer la longue descente aux enfers de l’ancien président : ou bien on peut y voir un acharnement excessif de la justice qui, jusqu’à présent, n’a abouti à aucune condamnation ; ou bien la multiplicité des affaires, toutes liées à ses dépenses électorales et à des besoins de financement qui allaient beaucoup plus loin que ce que la loi autorise, n’est pas un effet du hasard. Sa mise en examen d’hier est motivée par la corruption passive, le financement illégal de campagne électorale et le recel de fonds publics libyens. Des faits d’une gravité insigne mais donnant lieu à des accusations qui ne sont appuyées sur aucune preuve, sinon des déclarations prononcées par des personnages qui, de toute évidence et pour des raisons qui les concernent, haïssent M. Sarkozy. Il n’existe absolument aucune trace physique d’un quelconque transfert de fonds libyens, sinon des déclarations écrites ou parlées, qui ne sont soutenues par aucun document fiable, et comment un document de la Libye de Kadhafi le serait-il ?

Les perdants de l’affaire.

N’importe qui peut constater que la première « révélation » sur cette énorme affaire de transfert de cinquante millions d’euros a été faite entre les deux tours de la présidentielle de 2007. Ségolène Royal, qui fut la candidate du parti socialiste à l’époque, intervient aujourd’hui sur les ondes pour dire que, si M. Sarkozy a touché autant d’argent, cela a faussé les résultats de 2007 (six points d’écart entre le gagnant et la perdante). Lui-même, Sarkozy, dans la déclaration qu’il a faite au juge au terme de la garde vue et qu’il a transmise au « Figaro », (contribuant ainsi à son tour au viol du secret de l’instruction) estime que l’affaire libyenne, à ses yeux inventée de toutes pièces, lui aura coûté son second mandat, qu’il a perdu avec seulement trois points d’écart avec François Hollande. Même dans l’affaire du financement de la campagne de 2012, où l’UMP a visiblement dépensé des sommes folles, le juge Renaud Van Ryumbeke a refusé de signer le renvoi en procès de M. Sarkozy et de treize autres personnes pour financement illégal de campagne. C’est le juge Serge Tournaire, fin connaisseur des campagnes de la droite, qui a tenu à exiger un procès. C’est le même juge qui a mis l’ancien président en examen hier soir.

De très graves accusations.

On dit : le juge Tournaire est partout dans les affaires Sarkozy parce qu’il les connaît bien. Mais on pourrait très bien penser aussi, pour éviter tout soupçon d’acharnement, qu’un autre juge aurait pu être désigné. M. Sarkozy est impliqué également dans l’affaire des écoutes. Il aurait tenté de s’informer sur l’évolution des enquêtes en cours qui le concernaient en corrompant un magistrat. L’affaire remonte à février 2014. M. Sarkozy a été mis en garde à vue le 1er juillet 2014, pour corruption active, trafic d’influence et recel. En mai 2016, la cour d’appel de Paris a annulé des actes d’enquête, ce qui retarde la date d’un procès. Enfin, M. Sarkozy doit répondre des sondages qui ont été commandés par l’Elysée, sans appel d’offres, à son ancien ami Patrick Buisson, avec qui il s’est fâché quand il a appris que le même Buisson enregistrait des conversations confidentielles à l’insu de ses interlocuteurs, ce qui a conduit le couple présidentiel à lui intenter un procès. Buisson a dû payer une forte amende.

Ce bref rappel des affaires dans lesquelles l’ancien président est impliqué, sans compter celles d’où il est ressorti indemne (affaire Bettencourt) a pour but de montrer leur complexité. Elle empêche d’exprimer une opinion tranchée. Une chose est sûre : les accusations portées contre M. Sarkozy dans l’affaire libyenne sont d’une gravité sans précédent. Si elles étaient confirmées (ce qui est très peu probable), elles porteraient un coup historique à la Vè République. Si elles ne sont pas confirmées, pourquoi ne pas soulever l’hypothèse d’un acharnement de tous les Libyens qui détestent M. Sarkozy, plutôt que celui de la justice, laquelle se ne tromperait que parce qu’elle prend au sérieux des déclarations de gens irresponsables dont on devine sans effort l’intérêt qu’ils ont à salir l’ancien président ?

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Ouragan sur Facebook

Mark Zuckerberg
(Photo AFP)

Une société britannique, Cambridge Analytica, a illégalement acquis les données relatives à 50 millions d’utilisateurs du réseau Facebook. L’action de la société, qui perd de sa valeur depuis le début de l’année, a chuté de plus de 10 % en une semaine et pourrait se déprécier encore dans les jours qui viennent. La justice américaine, la justice britannique, la Commission européenne pressent Mark Zuckerberg, le grand patron de Facebook, de s’expliquer.

POUR LE MOMENT, M. Zuckerberg s’est contenté de dire qu’il était « scandalisé » par ce qu’il venait d’apprendre. Tout le monde lui demande en fait de raconter  comment le système de protection des données de Facebook a pu être aussi vulnérable et plonger la compagnie dans le ridicule. L’affaire n’est pas que financière, même s’il s’agit de l’affaiblissement soudain, et peut-être durable, d’une de ces compagnies technologiques qui dominent le monde. Sur le papier, la valeur de Facebook a diminué d’une trentaine de milliards de dollars. Mais le vrai problème, c’est la confiance des utilisateurs du réseau, qui a disparu en un tournemain. Sans compter les ramifications politiques du scandale.

Le vol des données.

En effet, le patron de Cambridge Analytica, Alexander Nix, qui a été suspendu mardi, s’est vanté dans un entretien avec camera cachée, d’avoir réussi à pénétrer dans le système de Facebook et d’y avoir volé les données concernant quelque cinquante millions d’utilisateurs américains. Une chaîne de télévision anglaise, Channel News 4, a diffusé ses propos lundi et mardi. Il a affirmé que la méthode à laquelle ses services ont recouru pour dérober les données ne risquait même pas de déclencher une alerte chez Facebook. Ce que ne dit pas M. Nix, c’est la raison pour laquelle il a volé les données et il ne dit pas davantage à qui il a vendu le produit du vol. Channel News 4 a diffusé parallèlement un entretien avec Hillary Clinton, datant d’octobre 2017 et dans lequel l’ex-candidate à la présidence des Etats-Unis se demande comment « les Russes ont pu accéder aux données personnelles des électeurs des trois Etats, Pennsylvanie, Michigan et Wisconsin », censés être acquis au parti démocrate et qui ont voté pour Donald Trump, ce qui a entraîné la défaite de Mme Clinton. Il faut rappeler à ce sujet qu’elle avait remporté le vote populaire avec 2,8 millions de voix d’avance, mais avait perdu celui des grands électeurs, de sorte qu’elle n’a obtenu qu’une minorité d’Etats. L’actuel président américain fait l’objet d’une vaste enquête d’un procureur spécial, Robert Mueller, qui accumule les preuves d’une collusion entre la campagne de Trump et des dirigeants russes. Ceux-ci auraient pesé sur l’élection présidentielle américaine dans un sens favorable au candidat républicain.

Crise financière et judiciaire.

Assailli d’injonctions multiples, nationales et internationales, Facebook est confronté à une crise d’une gravité d’autant plus sérieuse qu’il a été pris par surprise, qu’il ne ne s’est aperçu de rien pendant 18 mois et que l’affaire a des conséquences politiques considérables. Pour la première fois, un des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) est menacé à la fois sur les plans financier et judiciaire. Sans nul doute, Facebook va devoir réviser de fond en comble la sécurisation de ses données, ce qui pourrait le soumettre à un contrôle public. La société pourrait aussi faire face à des procès intentés par ses utilisateurs. Nous assistons donc à la fois à l’ébranlement d’un géant de la nouvelle technologie et à une accélération de l’enquête qui vise Donald Trump.

RICHARD LISCIA

 

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Sarkozy en garde à vue

Innocent ?
(Photo S. Toubon)

Onze ans après la campagne de la présidentielle de 2007, la justice rattrape le candidat élu cette année-là, Nicolas Sarkozy. Depuis ce matin, il est en garde à vue.

L’ANCIEN président de la République a déjà échappé à tous les efforts de la justice pour le confondre dans plusieurs dossiers, notamment l’affaire Bettencourt d’où il est ressorti blanchi. La plus élémentaire prudence recommande donc de ne tirer, pour le moment, aucune conclusion concernant un sujet sulfureux, le paiement par  le président libyen, Mouammar Kadhafi, de quelque cinquante millions d’euros à M. Sarkozy pour qu’il finance sa campagne électorale en 2007. La première accusation à ce sujet a été portée par le site d’information Médiapart en 2012. Elle a été reçue par l’opinion avec scepticisme tant elle semblait scabreuse. Par la suite, d’autres personnages, eux-mêmes pas toujours convaincants, d’anciens dignitaires libyens, mais aussi l’intermédiaire Zia Takieddine, un Libanais, ont assuré qu’ils avaient apporté à la campagne de M. Sarkozy des valises pleines de millions d’euros en billets.

Le soupçon permanent.

La convergence des accusations, l’abondance de détails, la présence de forts montants d’argent liquide dans les dépenses de la campagne Sarkozy (mais vivement démentie par les Républicains), les poursuites lancées contre l’UMP au sujet du financement de ses campagnes en 2012 et en 2017, les démêlés de Claude Guéant, ancien ministre issu de l’UMP,  avec la justice ont fini par créer une sorte de halo empoisonné autour du personnage même de M. Sarkozy. Comme on ne cesse de le répéter, le temps de la justice n’est pas le temps médiatique. Et c’est pourquoi, après tant d’années, la mise en garde vue de l’ex-président fait l’effet d’une bombe. Elle indique toutefois que la justice, qui a voulu entendre également Brice Hortefeux, ancien ministre de l’Intérieur, a exploré minutieusement le dossier  et n’aurait pas pris le risque de mettre M. Sarkozy en garde à vue si elle n’avait quelques arguments à lui faire entendre.

Le directeur de Médiapart, Edwy Plenel, n’a pas tardé à dire qu’il s’agit « du plus gros scandale de la Vè République ». En outre, il établit un lien entre la culpabilité supposée de M. Sarkozy et  l’intervention militaire en Libye, dont le moment-clé a été l’assassinat de Kadhafi, comme si le président de l’époque avait voulu se débarrasser d’un témoin gênant. C’est peut-être aller un peu vite en besogne. La campagne de Libye était aérienne et internationale. La France n’a pas été le seul pays à y participer. Les assassins du dictateur étaient libyens. On ne se surprend plus de rien de nos jours, mais imaginer qu’un président français a entraîné plusieurs pays dans une guerre uniquement pour régler ses comptes personnels avec un homme qui l’aurait aidé financièrement, c’est tout de même pousser un peu loin une analyse compliquée, d’autant que, dans cette affaire, certes énorme et inquiétante, personne n’a encore de preuves, même pas les juges, qui ne disposent que de déclarations dont ils ont tout le loisir de vérifier la fiabilité.

Un gros malaise.

Les multiples poursuites dont le parti de droite fait l’objet, toujours à propos de financements mystérieux, ne cessent cependant de créer un gros malaise dans l’opinion. Certes, d’autres partis politiques ont eu maille à partir avec la justice, mais le cas des Républicains, naguère UMP,  devient obsédant à cause de la longueur des procédures et des financements peu transparents de leurs diverses campagnes. Au moment où l’on est conduit à stigmatiser les truquages électoraux en Russie et dans d’autres pays qui bafouent les règles démocratiques, la possibilité qu’un parti politique français ait répétitivement tenté de dépenser beaucoup plus que ce qui est autorisé jette une ombre sur le fonctionnement même de notre propre démocratie. Encore une fois, il est bien trop tôt pour juger M. Sarkozy, mais on se demande comment tous les paratonnerres institutionnels ont pu laisser passer de tels procédés. La majorité actuelle a adopté une loi pour « le rétablissement de la confiance dans l’action publique », fort bien nommée car, pour l’instant, la confiance s’érode. Mais peut-être que ses dispositions nous permettront enfin de cesser de soupçonner la classe politique.

RICHARD LISCIA

 

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Poutine superstar

Un seul meeting
(Photo AFP)

Non seulement la victoire de Vladimir Poutine aux élections d’hier était attendue, mais elle a eu lieu dans les conditions qu’il avait établies avant le scrutin.

IL DEMANDAIT en effet une participation d’environ 70 % avec une majorité d’environ 70 % également. Il a obtenu 76% des suffrages. Des cas de fraude ont été signalés et même filmés (bourrage d’urnes), mais qu’à cela ne tienne. Officiellement, il est le gagnant incontestable du scrutin, après avoir écarté sans ménagements ses  opposants les plus sérieux et en laissé d’autres grappiller quelques pourcentages, pour que le vote ait toutes les apparences de la consultation la plus sincère et la plus honnête. Les récriminations sont inutiles car elles ne changent rien à l’affaire : Poutine domine son pays non seulement en utilisant les méthodes les plus scandaleuses de la fraude, mais parce qu’il exerce indubitablement sur le peuple russe un attrait irrésistible. Lequel est d’abord dû au nationalisme qui a permis à la Russie de traverser de très dures épreuves, comme la Deuxième Guerre mondiale, et parce que, grâce au pétrole sinon à la qualité de sa gestion, il a établi une stabilité économique et sociale dont les Russes lui sont redevables, ce qui les rend sourds aux appels d’une opposition muselée par une justice aux ordres.

Paranoïa des uns et des autres.

M. Poutine, maître du Kremlin depuis 2000, en reprend donc pour six ans, soit au total un quart de siècle au pouvoir. On pourrait dire, par comparaison, que, même dans un pays ultra-démocratique comme l’Allemagne, la chancelière Merkel aura réussi s’y maintenir pendant seize ans. Ce qui est impossible dans les autres démocraties parce que le cumul des mandats dans le temps est limité à deux ou à trois. La seule question intéressante porte sur ce que les Européens et les Américains vont faire du triomphe de Poutine. Ses agissements hostiles à l’Occident, et plus particulièrement la tentative d’assassinat de deux Russes sur le sol britannique, exigent une fermeté et une détermination sans failles, ce qui a été le premier réflexe des Britanniques et de leurs alliés. Il est évident toutefois qu’il ne suffit pas de lui tenir la dragée haute parce que la paranoïa de Poutine, qui se dit encerclé par les forces de l’OTAN, a déclenché en Occident une paranoïa comparable, elle-même alimentée par l’agressivité du Kremlin, notamment lors de la présentation d’armes « invincibles » censées mettre à genoux toutes les démocraties du monde.

Cynisme et audace.

C’est assez dire qu’il sera pour le moins ardu de convaincre le nouveau tzar de Russie d’introduire dans son système quelques ingrédients démocratiques. Il réprouve nos systèmes et il est convaincu que les peuples européens sont mûrs pour les abattre, principalement à cause des nouvelles peurs sociales, mondialisation et immigration. Tout n’est pas faux dans son analyse mais elle conduira directement à notre asservissement si, par malheur, une majorité d’électeurs européens la trouve justifiée, comme en témoigne la multiplication des votes populistes dans des pays où l’extrême droite se banalise, ne choque plus l’opinion et devient la voie royale de l’expression du mécontentement. Ce qui compte, ce n’est pas tant le succès d’une dictature que le modèle qu’elle représente pour les autres. Poutine a compris depuis longtemps qu’il n’est plus un épouvantail et il a bel et bien l’intention de contribuer autant qu’il lui sera possible à la déstabilisation des sociétés européennes et américaine, comme il l’a déjà fait, avec un cynisme et une audace stupéfiants, lorsque ses services se sont ingérés dans les processus électoraux aux Etats-Unis et en France.

Tous ceux qui observent avec lucidité les provocations du Kremlin sont attaqués régulièrement par les amoureux de la Russie, de sa culture, de la remarquable ténacité du peuple russe. Inutile de nous prendre à partie, nous ne sommes pas en train de dénigrer Tolstoï ou Pouchkine. L’Allemagne a inventé un jour le nazisme, mais il aurait pu naître sous d’autres cieux. A tout hasard, j’ose espérer que les Russes seraient plus heureux avec un président vraiment issu des urnes et qui rétablirait les libertés essentielles dans son pays.

RICHARD LISCIA

 

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Colère de vieux

Manif’ à Strasbourg
(Photo AFP)

Les manifestations de seniors avaient, hier, un peu partout en France, quelque chose de pathétique. Comme un cri de désespoir que personne n’entend.

RIEN NE SEMBLE plus justifié que la volonté des retraités d’exprimer leur ressentiment. Leurs pensions sont gelées depuis quatre ans, la hausse de la CSG n’est assortie, dans leur cas, d’aucune compensation. Leur pouvoir d’achat a donc diminué de 1,7 % cette année et d’au moins 6 % depuis 2014. Le pacte qui les liait à l’État a été trahi par le gouvernement. Comme pour d’autres mesures perçues par l’opinion comme autoritaires ou cavalières, la déception des seniors est très grande car, dans leur majorité, ils ont voté Macron l’année dernière. Le gouvernement se prive ainsi d’une fraction de son électorat et cela durablement : ses explications ne sont guère convaincantes, notamment à propos de la suppression de la taxe d’habitation qui sera progressive et ne concernera pas forcément tous les retraités.

Rien contre eux ?

Député de la République en marche, Stanislas Guérini a déclaré ce matin qu’il n’y a rien « contre les retraités dans la politique du gouvernement ». Dans ce cas il n’y a rien pour eux non plus. M. Macron a rencontré des seniors récemment et il ne leur a pas tenu ce langage, au contraire. Il leur a dit qu’il voulait encourager le travail, qu’il devait d’abord augmenter le pouvoir d’achat des actifs. Si ses interlocuteurs avaient été économistes, ils auraient pu répondre qu’ils sont des consommateurs comme les autres et, s’ils avaient eu la repartie politique, qu’ils auraient pu être des électeurs fidèles de la REM. Ils ont simplement constaté qu’ils se serrent de plus en plus la ceinture, étant entendu que les cas sont variables et que l’ancien cadre supérieur vit mieux que l’ancien ouvrier.

Les régimes complémentaires de retraite, AGIRC et ARRCO, annoncent ce matin qu’ils ont divisé par deux leur déficit. Ils insistent sur la nécessité de prolonger les carrières pour parvenir à l’équilibre du financement des pensions. Ils ont raison mais, pour le moment, la réforme, qui doit concerner les actifs au premier chef, est lointaine. En attendant, ce sont les retraités qui financent la résorption du déficit des assurances vieillesse complémentaires. Il ne faut pas oublier qu’ils ont cotisé pendant toute leur vie professionnelle. Certes, ils ont payé non pas pour leur propres pensions mais pour celles des retraités qui les ont précédés. Ce n’est vrai toutefois que pour le retraité de base de la Sécurité sociale. Les régimes complémentaires fonctionnent selon un système d’acquisition de points. Or ceux qui veillent au fonctionnement des régimes de retraite n’ont cessé à travers les âges de diminuer le montant prévu de la pension  et d’augmenter les cotisations. Quand on dit qu’il n’y a pas de meilleur système parce qu’il est public et non privé, ceux qui touchent leur pension doivent se demander s’ils n’auraient pas mieux fait de gérer eux-mêmes l’épargne qu’ils ont confiée aux régimes.

Une injustice.

En réalité, les décisions du gouvernement sont dures et créent une injustice qui frappe non les actifs mais les retraités, lesquels ne devraient pas être la cible des économies souhaitées par le gouvernement. La seule solution réside dans la prolongation des carrières, un plus grand nombre d’années de cotisations, une date de départ à la retraite ajournée à 64, 65 ou même 66 ans. C’est l’état de la société qui le veut. Nous vivons plus longtemps et en meilleure forme. Nous pouvons travailler au-delà de 62 ans et il est plus bénéfique de rester actif que de se retirer complètement du monde du travail. Un salarié qui travaille un an de plus permet de faire une double économie : il ne puise pas dans les caisses de retraite et il cotise un an de plus aux régimes.

RICHARD LISCIA

PS- Je reviendrai lundi, dans le Quotidien du médecin, sur la grève des cheminots.

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Merkel IV

Une victoire quand même
(Photo AFP)

Angela Merkel a enfin formé son nouveau gouvernement six mois après avoir gagné les élections législatives de septembre. Sa quête d’un gouvernement de majorité est passée par une coalition avec les sociaux-démocrates. Les difficultés pour conclure un accord laissent présager d’autres difficultés de gouvernance pendant quatre ans.

LA CHANCELIÈRE n’a plus les mains libres : elle doit tenir compte d’une majorité, certes absolue, mais faible, de la présence au Bundestag d’élus nombreux de l’extrême droite et d’une configuration géopolitique qui a beaucoup changé depuis l’année dernière. Pour la relance de la construction européenne, tant désirée par Emmanuel Macron, qui n’a cessé de ronger son frein pendant que Mme Merkel se battait avec ses problèmes internes, elle n’est plus le partenaire idéal. La recherche d’une coalition a fait apparaître, dans les partis politiques allemands, des crispations, des exigences, des hostilités à la routine de la chancelière, qui réapparaîtront chaque fois qu’elle devra prendre de nouvelles décisions.

Crise de nerfs et crise de conscience.

Cela a commencé avec la crise de nerfs des libéraux allemands qui ont préféré « ne pas gouverner plutôt que de gouverner mal » et qui sont inspirés par la méfiance envers les partenaires européens de l’Allemagne. Cela s’est poursuivi avec la crise de conscience du SPD, dont la profonde conviction était qu’il ne devait en aucun cas entrer dans un gouvernement de coalition car, quand il l’a fait, il a perdu des électeurs. Martin Schulz, de ce point de vue, aura été l’anti-héros parfait. Il a quitté la présidence de l’Assemblée de Strasbourg pour diriger la campagne de son parti aux législatives. Après les résultats, mauvais pour le SPD comme pour la CDU-CSU, il a juré qu’il ne participerait pas à un nouveau gouvernement Merkel. Puis, comme M. Schulz est un homme intègre, il a vite réalisé qu’il avait une responsabilité essentielle dans la stabilité de son pays et, à contre-coeur, il a accepté de négocier une plate-forme politique avec la CDU.

De son côté, la chancelière a bien été contrainte d’accepter d’inscrire au programme la plupart des desiderata de la gauche allemande. Autant d’engagements qui vont freiner son action ou la modifier, tandis que les plus conservateurs de ses amis, et notamment les militants de la CSU, ne cachent pas leur inquiétude face à la création de ce gouvernement hybride qui va être nécessairement tiraillé entre l’autorité faiblissante de Mme Merkel et les avis divergents exprimés chaque jour au sein du gouvernement. La chancelière a perdu une partie de la très forte influence qu’elle avait sur la vie de son pays jusqu’à l’an dernier. Dans cette forme de mouvement anti-Merkel qui est en train de coaguler, il y a certes l’AfD, parti d’extrême droite, le SPD qui rue dans les brancards,  les libéraux, mais aussi nombre de militants ou leaders de la CDU qui sont jeunes, veulent accéder à des responsabilités et estiment que Mme Merkel a fait son temps.

La question de l’immigration.

Elle n’est pourtant pas vieille, elle n’a que 63 ans, et une expérience politique exceptionnelle. Elle a parfois pris des initiatives qui, aux yeux de nombre d’Allemands, étaient contestables, comme la marche forcée vers la suppression de l’énergie nucléaire au lendemain de la catastrophe de Fukushima, au Japon, qui s’est traduite par une sur-exploitation du charbon. Son immense générosité à l’égard des migrants (elle en a accueilli un million presque sur un coup de tête) aura été exemplaire pour tous les peuples xénophobes, mais a secoué les Allemands qui se demandent si le tissu même de leur société ne va pas être changé par autant d’étrangers arrivés sur leur sol. Puis, Mme Merkel s’est aperçue qu’elle avait créé le fameux « appel d’air », c’est-à-dire l’encouragement apporté à plus d’immigration. Elle a donc fait ensuite le contraire de ce qu’elle venait de faire, en concluant avec la Turquie un accord pour que celle-ci retienne les migrants du Proche-Orient sur son territoire en échange de beaucoup d’argent. Accord germano-turc qui va être renouvelé ces jours-ci au moyen d’une large dépense.

Mme Merkel gouvernera jusqu’à l’âge de 67 ans, mais elle est la première à savoir qu’en 2021, elle prendra sa retraite. Ce qui fait déjà d’elle ce que les Américains appellent un « canard boiteux », un dirigeant national handicapé par la certitude de son  départ au terme de son mandat. Rien de tout cela ne diminue ses qualités, la longévité politique,  la modération, la finesse d’analyse, la capacité à se lancer, en toute modestie, dans de grands entreprises nationales et internationales et, du coup, à susciter l’admiration de tous les dirigeants européens. Du point de vue français, il est essentiel que Mme Merkel, qui rencontre demain Emmanuel Macron à Paris renoue rapidement, et sans trop se soucier de la réputation que lui font ses adversaires, un partenariat avec la France qui doit rajeunir l’Union européenne, c’est-à-dire la réformer.

RICHARD LISCIA

 

 

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Une crise anglo-russe

Poutine : innocent ?
(Photo AFP)

Le 4 mars, Serguei Skripal, 66 ans, et sa fille Youlia, 33 ans, sont découverts inconscients sur un banc à Salisbury, en Grande-Bretagne. Le policier qui leur porte secours tombe malade à son tour et les investigations de la police établissent qu’une pizzeria, Zizzi et un pub, The Mill, sont contaminés par un agent toxique inconnu.

LES AUTORITES britanniques lancent alors une enquête de grande envergure qui établit que le poison dont ont été victimes M. Skripal et sa fille s’appelle le Novitchok, qu’il n’existe pas d’antidote et qu’il a pu contaminer jusqu’à cinq cents sujets de la reine. Tous sont astreints à laver leur linge, leur maison, les objets de leur intérieur. La Première ministre Theresa May, sans la moindre preuve, désigne le coupable : la Russie, qui aurait déjà éliminé plusieurs de citoyens russes sur le sol britannique, dont l’oligarque Boris Berezovski, retrouvé pendu dans sa salle de bains il y a cinq ans et quelques autres espions assassinés au polonium. Serguei Skripal était un agent double. Il avait trahi la Russie au profit du Royaume-Uni,  avait été condamné, jeté en prison jusqu’au moment où il a été échangé contre un autre agent double britannique qui travaillait pour le compte de Moscou.

Comment riposter ?

Moscou a aussitôt protesté de son innocence, avec d’autant plus de vigueur que l’enquête piétine et que le Novitchok, qui agit sur le système nerveux, était jusqu’à présent un poison inconnu. Mme May a lancé à la Russie un ultimatum, resté lettre morte,  pour qu’elle s’explique sur les circonstances du crime. Les Tories réclament l’adoption par Londres de nouvelles sanctions contre Moscou, qui ont été annoncées aujourd’hui par Mme May : expulsion de 25 diplomates russes, gel des relations entre Londres et Moscou, pas de représentant officiel du Royaume-Uni à la Coupe du monde de football. La thèse défendue par nombre d’observateurs est que Vladimir Poutine n’avait aucun intérêt à déclencher une grave polémique internationale au moment où, fort de sa popularité, il s’apprête à être réélu pour un nouveau mandat présidentiel, qui lui aura permis de rester 24 ans au pouvoir. On peut néanmoins arguer qu’il se sent assez puissant pour tout se permettre et poursuivre ses basses oeuvres sans courir le moindre risque.

Récemment, Poutine, présentant une video censée montrer des armes stratégiques innovantes qui se joueraient de toutes les défenses occidentales, accompagnait le spectacle d’un commentaire. S’adressant à ceux qu’ils désignent comme ses adversaires, l’Amérique et l’Europe, il a dit : « Vous n’avez jamais entendu notre point de vue. Maintenant, je peux vous dire : écoutez-nous ». Menace claire contre tous ceux qui rejettent la politique russe. Poutine a mis au pas la Géorgie, que ses forces occupent partiellement, il a annexé la Crimée, il poursuit son combat contre l’Ukraine en maintenant des forces dans le Donbass et, depuis quelques jours, refuse, de lui vendre du gaz. En Syrie, il est directement responsable de divers massacres, notamment celui de la Ghouta qui a fait plus de 1000 morts. Il est toutefois incapable d’instaurer la paix dans ce pays dévasté, où il laisse la Turquie massacrer les Kurdes du Nord, alliés de l’Occident, Bachar Al Assad exterminer des civils par des bombardements. Sa méthode, c’est la violence, son résultat, c’est le chaos.

Poutine ne fait que son bon plaisir.

L’Europe et les Etats-Unis soutiennent le Royaume-Uni sans réserves et n’hésiteront pas à adopter de nouvelles sanctions. L’administration Trump a réduit à une fanfaronnade la récente démonstration de force de Poutine, à propos de ses armes invincibles. Elle n’y a pas vu la nécessité de redéployer les moyens américains ni ceux de l’OTAN. Trump, de toute façon, ne semble pas en mesure d’explorer les profondeurs de l’ego de Poutine, lequel estime que sa mission consiste à rendre à la Russie la « grandeur » de l’Union soviétique et à corriger, puissamment et définitivement, les effets, qu’il juge délétères, de l’effondrement du bloc soviétique. Ancien agent du KGB, Poutine en est au stade des règlements de compte avec l’Occident. Il est bien possible qu’ayant échangé un espion russe considéré comme traître contre un autre espion, il n’ait voulu laisser aucune chance à celui qu’il avait consenti à libérer. Cette sorte de perfectionnisme dans la cruauté et de spécialisation dans la vengeance, plat qui, comme chacun sait, se mange froid, donne une idée du danger qu’il représente.  Président à vie, il s’est affranchi des règles internationales, de l’ONU, de toute éthique, ne fait que son bon plaisir, bouscule des peuples entiers, participe à l’extermination des Syriens, toutes tendances confondues, et ne paie pas un kopeck pour ses crimes.

RICHARD LISCIA

 

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Paris, « ville parfaite »

Anne Hidalgo
(Photo AFP)

La gestion de Paris par la maire, Anne Hidalgo, laisse à désirer aux yeux de nombre de Parisiens. D’autres, peut-être majoritaires, approuvent les mesures inspirées par la lutte contre la pollution. Mme Hidalgo sait que la conception qu’elle a de son rôle a fait d’elle un personnage politique de premier plan, exposé aux critiques comme aux compliments.

ANNE HIDALGO a pour la capitale une ambition qui coïncide avec son ambition politique personnelle. Il n’est pas excessif d’imaginer qu’on la trouvera un jour parmi les candidats à la présidence de la République. Ce projet est néanmoins contrarié par les polémiques que ses mesures soulèvent et qui ne sont pas uniquement des expressions du sectarisme. Depuis quelques mois, Mme Hidalgo se heurte à des difficultés qu’elle combat, certes avec fermeté, mais aussi avec une forme d’autoritarisme comparable à un acharnement peu propice au dialogue. Ce n’est certes pas sa faute si le contrat qui liait la ville à l’entreprise  Jean-Claude Decaux pour les Vélib’ a été annulé par un tribunal. La maire a dû chercher un autre concessionnaire. Elle en a trouvé un qui , sous le prétexte de mieux faire que son prédécesseur, a plongé le système des vélos de location dans le chaos.

La bataille des voies sur berge.

Ce n’est pas sa faute non plus si le tribunal administratif de Paris a jugé illégale, le 21 février dernier, la déclaration du Conseil de Paris instituant la piétonnisation de 3,3 kilomètres de voies sur berge. Le jugement était fondé sur la mauvaise qualité de l’étude d’impact, laquelle contenait « des inexactitudes, des omissions et des insuffisances ». La bataille juridique n’est qu’un aspect de l’affaire. Le débat public tourne sur la pollution par l’automobile, sur les rapports économiques entre l’Île-de-France et la capitale, la réalité de l’avantage apporté par la mesure sur le plan environnemental (créer des bouchons, ralentir les véhicules, voilà qui pollue beaucoup). Mais la maire a réagi avec son sang-froid habituel, matiné d’une forme de provocation, en maintenant la piétonnisation et en prenant un décret non plus appuyé sur la pollution mais sur d’autres motifs, du genre : c’est merveilleux de faire de Paris une ville sans automobiles.

Même si on n’est pas juriste, on peut estimer que la détermination de Mme Hidalgo est telle qu’elle en a négligé le droit et s’est aventurée dans une sorte de bunkérisation de la mairie, seule habilitée à savoir ce qui est bon ou moins bon pour la ville. C’est de la même manière qu’elle a d’abord refusé l’enterrement de l’écrivain Michel Déon dans un cimetière parisien, sous le prétexte officiel qu’il n’était pas habitant de la ville (il vivait en Irlande), ce qui a provoqué un tollé dans les milieux littéraires et autres. Mme Hidalgo a dû céder, comprenant enfin que son interdiction ne pouvait être perçue que comme un acte mesquin, car Michel Déon était de droite et qu’elle est, ô combien, de gauche.

L’important, c’est l’hygiène.

Elle n’était pas favorable à la candidature de Paris aux jeux Olympiques d’été en 2024, mais, devant la pression de l’opinion, elle s’est lancée dans une belle campagne pour obtenir que le Comité olympique international choisisse la capitale de la France. A ses premiers doutes, a donc succédé la victoire de Paris,  qui, contre toute attente, aura été aussi la sienne. De même, elle a lutté contre la saleté de la capitale en embauchant plus d’éboueurs et de conducteurs, mais les Parisiens ne donnent pas à la capitale la médaille d’or de la propreté, pas plus qu’ils ne sont satisfaits de la lutte contre l’invasion par les rats.  Eh oui, un maire peut-être un grand personnage politique, mais son travail, c’est surtout d’assurer l’hygiène de sa ville.

A part ça, tout va bien. Le ministre Nicolas Hulot souhaite une rencontre entre Valérie Pécresse, présidente (de droite) de la région Île-de-France, mais les relations entre les deux femmes n’ont jamais été aussi tendues. En revanche, Mme Hidalgo semble définitivement débarrassée de sa nemesis, Nathalie-Kosciusko-Morizet, ancienne conseillère de Paris, balayée par l’irruption d’En marche dans le paysage politique national et qui a abandonné la politique pour se recycler aux Etats-Unis. Le projet pour Paris d’Anne Hidalgo (il serait question de détruire le centre commercial de la tour Montparnasse) est inspiré par des idées novatrices. Elle favorise donc l’environnement au détriment du commerce et de l’économie. Elle n’y va pas avec le dos de la cuillère. Elle ne mérite ni une surabondance d’éloges, ni un tir groupé de critiques assassines.

RICHARD LISCIA

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FN : seul le nom change

Marine à Lille
(Photo AFP)

Il n’y avait pas, dans ce congrès de Lille du Front national, de quoi casser trois pattes à un canard. Le mouvement, au contraire, n’est sorti d’aucune des contradictions majeures qui pèsent sur son avenir.

POUR COMMENCER, l’invitation adressée à Steve Bannon, ex-conseiller sulfureux de Donald Trump, pour qu’il explique aux congressistes comment ils devaient rester impavides sous l’accusation de racisme et pourquoi sa technique d’accession au pouvoir représente une martingale infaillible, constituait une erreur majeure. M. Bannon est un suprémaciste blanc et son intolérance affichée pour les minorités va encore au-delà de ce qu’osent dire les adhérents et les dirigeants du Front. Quand ils ont applaudi cet antisémite anti-noirs notoire, ils ont bien plus apporté une caution à ce qu’il y a de pire aux Etats-Unis en matière de xénophobie, de protectionnisme et de malhonnêteté politique qu’ils n’ont trouvé un soutien utile à leurs propres idées. Ses idées excessives lui ont valu d’être congédié par Trump : même s’il a beaucoup contribué, y compris par des méthodes à la limite de la légalité, à la victoire de Trump en novembre 2016, il devenait dangereux pour la réputation du président. Comme le dit Jean-Marie Le Pen, la tribune offerte à Bannon est une curieuse façon de dédiaboliser le FN.

Mode dynastique de gouvernement.

Par ailleurs, Marine Le Pen, qui avait porté des coups mortels à son père, l’a achevé hier en le privant de sa présidence d’honneur du parti, poursuivant un cycle dont elle finira par être elle-même victime le jour où les militants, qui l’ont réélue à presque 100/% à la tête du Front pour un mandat de trois ans, commenceront à comprendre qu’elle s’est déjà beaucoup fatiguée à son poste, avec les attaques de Jean-Marie, le départ de Florian Philippot, ses propres faiblesses et sa nièce qui l’attend au coin de la rue. Dire que le congrès aura consolidé la cohésion et l’unité du FN, sous le prétexte que son nom a été changé (le mouvement s’appelle désormais Rassemblement, extraordinaire produit de l’imagination sans bornes de ses dirigeants), est un faux-semblant. Bien entendu, la forme dynastique du parti, toujours dirigé par l’un des membres de la même famille, comme s’il n’y avait pas de talents ailleurs qu’à Montretout, ne gêne pas les frontistes qui gobent tout avec volupté.

Un discours superficiel.

Marine Le Pen s’est bien gardée, dans son discours, d’exposer les sujets qui fâchent. Elle s’est contentée, le plus souvent, de se réjouir des avancées du populisme en Europe, et notamment en Italie, où elle a trouvé des raisons d’espérer que son Rassemblement national allait puiser sa dynamique. En réalité, le Rassemblement a ses problèmes spécifiques dont le plus sérieux est Marine elle-même, qui, comme dans tout parti d’inspiration totalitaire, n’a pas été remise en question publiquement après son énorme fiasco de la campagne d’entre les deux tours de la présidentielle  et la démission de Florian Philippot. C’est parce qu’elle est affaiblie qu’elle a prononcé un discours superficiel où, en définitive, elle n’a rien annoncé de neuf sinon son habituelle rhétorique sur les splendeurs d’une cause dont la nouvelle inspiration vient d’un néo-fasciste de l’étranger.

Le Rassemblement est d’autant plus dangereux que son corps présente quelques plaies non-cicatrisées et couvertes par le secret médical, que Marine Le Pen, réélue à la manière d’une république bananière, ne semble plus très qualifiée pour diriger un parti pourtant arrivé second à la présidentielle, que l’intolérance, et même le racisme, si l’on en croit les propos du vice-président du Front national-jeunesse devant une boîte de nuit, ne cessent de se répandre au sein de l’électorat FN, que, sur l’euro plane l’incertitude, que les difficultés à contrôler l’immigration alimentent la montée de ce que l’on appelle populisme en Europe, mais qui n’est rien d’autre qu’une progression de l’extrême droite inspirée par le fascisme. Le fameux Rassemblement ne tire pas sa force de son adaptation au changement mais à un changement survenu dans tout le continent sous la pression de l’immigration, ce qui explique aujourd’hui que Mme Le Pen ait pu réunir plus de 10 millions de suffrages. Quelles que soient les erreurs qu’elle continue à commettre, elle dispose d’un capital de voix susceptible de croître.

RICHARD LISCIA

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Corée : coup de théâtre

Kim : imprévisible
(Photo AFP)

Avec ces deux leaders imprévisibles que sont Donald Trump et Kim Jong-un, le meilleur et le pire pouvaient arriver. Cette fois, c’est le meilleur : le régime nord-coréen invite le président des Etats-Unis à une rencontre que celui-ci a acceptée.

LE SOMMET pourrait avoir lieu en mai sans que l’on sache pour le moment s’il sera tenu sur la ligne de démarcation séparant la Corée du Nord de celle du Sud, ou dans une ville neutre comme Genève. Les conditions techniques de l’entretien sont cependant secondaires. En quelques semaines, les deux hommes, qui s’insultaient copieusement par médias interposés, se sont déclarés prêts à des négociations sérieuses sur le fond, incluant même l’éventualité d’une dénucléarisation de la Corée du Nord si celle-ci obtient des garanties américaines sur sa sécurité. La plupart des Etats ne cachent pas leur surprise, mais cette détente a été précédée de signes avant-coureurs significatifs : la constitution d’une équipe unique Nord-Sud pour les deux Corées aux jeux Olympiques, la visite au Sud de la soeur de Kim, des conversations avancées entre les représentants de Pyong Yang et de Séoul.

Le poids de la Chine ?

C’est Kim Jong-un qui a fait les premiers pas, ouvrant une brèche dans laquelle Moon Jae-in, président du Sud, s’est engouffré avec enthousiasme. Les Sud-Coréens ne cachaient pas que les très vives tensions entre Kim et Trump risquaient d’entraîner une guerre dont le Sud, très vulnérable à un conflit, aurait fait tous les frais. De son côté, Trump, incapable d’amorcer la moindre initiative diplomatique originale et cantonné dans l’application des sanctions, a laissé faire son allié sud-coréen sans le désapprouver. On peut, bien sûr, se demander ce qui explique le revirement de Kim, mais, visiblement il n’a poussé la crise nucléaire à son paroxysme que pour instaurer un nouveau rapport de forces avec Washington dans le cadre d’une négociation. Il n’est pas impossible non plus que la Chine, qui n’a aucun intérêt à assister à une guerre à sa porte, ait pesé sur la Corée du Nord pour empêcher que la querelle s’envenime. Dans cette affaire, il y a ceux qui ont tout à perdre, Chine, Etats-Unis et Corée du Sud, et celle qui n’a presque rien à perdre, la Corée du Nord.

Kim, Trump : des affinités.

Enfin, on ne doit pas ignorer la part d’irrationnel qui accompagne les actions de Kim et Trump. S’ils finissent par s’entendre un jour, c’est parce qu’ils se ressemblent. Ils sont tous les deux adeptes de l’injure, de la provocation, de la vulgarité et de l’irresponsabilité. Ils ont, en quelque sorte, des affinités caractérielles qui ont fini par jouer dans les sens d’un rapprochement. Peut-être que Kim, personnage de film loufoque, a trouvé en Trump le partenaire idéal pour un scénario de comédie burlesque. C’est très difficile, pour les savants observateurs d’une scène internationale de plus en plus compliquée et de moins en moins prévisible, d’entrer dans le psychisme des acteurs d’une crise. Ils ne peuvent expliquer les comportements des décideurs qu’à partir des intérêts bien compris qu’ils représentent. On ne retiendra pas contre eux leur perplexité, car on la partage : même en tenant compte des deux personnages en présence, les mieux informés d’entre nous auraient parié sur une aggravation des tensions, sur le risque de conflit, et même sur un acte suicidaire de Pyong Yang.

M. Trump n’a absolument rien fait pour se retrouver dans la position d’un faiseur de paix, mais il va en retirer tous les avantages. Au moment même où a été annoncée la rencontre, il décrivait dans les détails son action protectionniste contre ses alliés, en augmentant les tarifs douaniers pour l’acier et l’aluminium, ce qui peut, à terme, avoir des conséquences très négatives sur l’ensemble du commerce mondial. Ainsi le président américain le plus capricieux de l’histoire s’est-il rapproché de son pire ennemi et a-t-il, conformément à un tempérament erratique, attaqué ses meilleurs amis. Avec cette refonte, absurde et incontrôlée, de la diplomatie américaine, avec une action politique qui fait hurler nombre d’élus républicains au Congrès (je parle des tarifs douaniers), il ne manquera pas de dire une fois de plus que, décidément, il est le président le plus efficace de l’histoire américaine. La conjoncture économique vole à son secours. Le mois dernier, l’économie américaine a créé  313 000 emplois, au moins cent mille de plus que prévus par les économistes. Pratiquement un record. Trump est sur le chemin de la réélection.

RICHARD LISCIA

 

 

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