La piscine de Macron

L’objet du délit
(Photo AFP)

Emmanuel Macron souhaite installer une piscine « hors sol » à Fort-Brégançon, propriété de l’État. Il s’ensuit une polémique qui dépasse en intensité des sujets infiniment plus sérieux.

C’EST une bonne occasion de tout apprendre sur les piscines. La plus chère du genre (celle qui n’exige pas de creuser le sol) coûte moins de 12 000 euros. François Hollande, quand il allait dans cette demeure de la République en été, se baignait dans la mer toute proche, en contrebas, de sorte que les photographes ont pu faire des clichés du président en bermudas. On a appris, à propos de la piscine de M. Macron, qu’elle coûterait moins cher qu’une seule baignade puisque, quand le chef de l’État se jette à l’eau, il faut prévoir des plongeurs pour surveiller le fond de la mer et quelques bateaux pour observer la surface. Dans un premier temps, on est tenté de suggérer au président de payer la piscine de sa poche, ça ne le ruinera pas. L’avantage serait de mettre un terme à l’une de ces polémiques empoisonnées qui oblitèrent le débat politique et donnent lieu aux pires commentaires.

Pauvres riches !

Comme celui d’Éric Coquerel, ci-devant député de la France insoumise qui déclare : « Macron n’est pas seulement le président des riches, il est lui-même très riche ». J’estime pour ma part que la conception que  M. Coquerel a d’une fortune personnelle est séduisante. A 12 000 euros, selon lui, on est riche. En même temps, si j’ose dire, il ne va pas, de la sorte, contribuer à la qualité de vie de ses concitoyens en se satisfaisant d’une somme qui, même aux yeux d’un smicard, paraît très insuffisante pour garantir sa sécurité matérielle. Sans doute la France insoumise a-t-elle une vision hautement vénézuélienne de la richesse.

Dans un deuxième temps, on en arrive à penser que le sujet est dérisoire, même si la nécessité d’une piscine relève du caprice personnel. Les présidents passent, les piscines restent et les contribuables paient leur entretien. Oui mais, attendez : de toute façon, il y a un projet de rénovation de Fort-Brégançon et le financement de la piscine entrera dans la même ligne de budget.

Le prix du service.

Ce qui n’empêche pas les détracteurs professionnels du pouvoir de lui en faire tout un fromage, pour parler vulgairement. Ils rappellent que ce n’est pas la première fois que Macron se livre à des dépenses somptuaires. Il a commandé à Sèvres un nouveau service pour 500 000 euros. Il est vrai qu’il reçoit les Trump et les Merkel et que, si les liserés d’or de sa porcelaine commencent à s’effacer, ça fait cheap. Là aussi, c’est dans le budget. Mais  ne voilà-t-il pas que, pour un trajet en province de 100 km, le président a pris l’avion ? Faut-il qu’il se prenne au sérieux. Contre-attaque : ses soutiens  rappellent que Michel Rocard, à la Lanterne, s’était fait construire une piscine et même un court de tennis que, Macron, lui, n’a pas réclamé. A l’époque, personne n’a bronché. Ça ne se faisait pas de chipoter sur les frais d’un Premier ministre, dont l’intégrité était par ailleurs nationalement reconnue. Aujourd’hui, des millions de personnes, intoxiquées par les réseaux sociaux, s’en donnent à coeur joie.

Je pense très sincèrement que Macron devrait emprunter à Melania Trump sa veste d’hier, sur laquelle on pouvait lire : « I don’t really care, do u ? » (Je m’en fiche, et vous ?) . Peut-être s’adressait-elle à son mari (on se demande ce qu’elle lui trouve, à part son argent). Sans doute le chef de l’État aura-t-il l’occasion, lors d’une de ses sorties en province, d’exprimer la même insouciance si on lui pose la question. À un gamin qui l’interpellait l’autre jour : « Alors, Manu, ça va ? », il a fait tout un discours sur la respect de la fonction. C’est bon de donner des cours de civisme en plein air. De même qu’il est utile de le rappeler aux gens qui ne savent plus quoi reprocher à leur président et croient encore que le sommet de la liberté, c’est l’outrance : pour sa part,  Macron s’en moque.

RICHARD LISCIA

 

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Trump : la reculade

Un simple gage
(Photo AFP)

Donald Trump a signé un décret interdisant la séparation des familles d’immigrés clandestins. Il l’a fait contraint et forcé car la chambre des représentants s’apprêtait à adopter un texte identique. C’est la première fois que le président américain cède à la pression de son entourage, de l’opinion publique et des parlementaires.

DONALD saisi par la grâce ? Il ne faut pas s’y fier. Mais au moins a-t-il cette fois épargné à son pays la honte d’une politique migratoire assez cruelle pour écoeurer les meilleurs de ses soutiens. L’indignation a gagné successivement son épouse, Melania, qui s’est très vite opposée à la « tolérance zéro » pour les migrants que Trump a mise en oeuvre en mai, les élus démocrates bien sûr, mais aussi beaucoup de républicains et enfin l’opinion, heurtée par les images d’enfants en cage largement diffusées par les médias. Tweet ou décret, le chef de l’exécutif n’hésite jamais à opérer un virage à 180 degrés s’il estime être dans une position inconfortable. Mais, dans ce cas, à quoi croit-il ?

Chantage.

Son décret ne concerne que les enfants séparés de leurs familles par la police des frontières. Comme il a calmé le jeu, la chambre a renoncé à son vote, mais Trump a aussitôt annoncé qu’il fallait tirer profit de cette crise pour passer une loi générale sur l’immigration. De même que la tolérance zéro n’avait pour réel objectif que de contraindre le Congrès à céder à ses injonctions, voilà qu’il présente sa correction à l’une des pires bourdes qu’il ait commises comme un gage offert aux élus. Il nous a assez souvent raconté qu’il était le meilleur négociateur parce qu’il avait appris à passer des compromis dans ses affaires. En réalité, dans l’immobilier de New York, on doit plutôt procéder par chantage. C’est bien ce qu’il fait quand, en échange de son immense compassion pour les enfants venus du Mexique, il réclame une loi qui durcirait les conditions de l’immigration aux États-Unis.

Au chantage, il a ajouté ces derniers jours l’une de ses méthodes les plus perverses, celle qui consiste à calomnier d’autres pays ou d’autres gouvernements. Pour justifier la tolérance zéro, il a cité l’exemple de l’Allemagne que l’immigration massive, selon lui, aurait transformée en enfer sécuritaire. Non, lui ont calmement répondu les dirigeants allemands, depuis quelques années, le niveau d’insécurité ne cesse de baisser dans notre pays. Mais qu’à cela ne tienne : il suffit de brandir un argument fallacieux pour en faire une vérité. Depuis le début de l’année, Trump, dont la politique jusqu’alors semblait indécise et versatile, a limogé ses conseillers considérés comme trop « mous » et s’est entouré, notamment avec Mike Pompeo (secrétaire d’État) et John Bolton (conseiller à la sécurité nationale) de personnalités qui appliquent à la lettre ses promesses de campagne. Les États-Unis viennent de quitter l’organisation mondiale des droits de l’homme, et ils se sont lancés dans une politique commerciale protectionniste qui n’épargne aucun de leurs partenaires, l’Europe, le Canada , le Mexique et la Chine. Après avoir augmenté les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium pour tous ces pays, il a augmenté les droits de douane pour une tranche supplémentaire de 200 milliards de dollars d’exportations chinoises. Gravement pénalisés par ces mesures, ces pays se voient contraints de se livrer à des représailles du même type, ce qui n’augure rien de bon pour la croissance mondiale.

Marchandage pour le mur.

Trump dispose d’une majorité confortable à la chambre, mais d’une majorité d’une seule voix au Sénat. La loi sur l’immigration qu’il réclame ne passera pas s’il ne règle pas auparavant la question des « dreamers », ces huit cent mille jeunes installés aux États-Unis et auxquels Barack Obama avait promis que leur séjour serait légalisé. Trump est prêt à donner suite à la promesse d’Obama si le Congrès vote le financement du mur censé séparer le territoire américain du territoire mexicain, une bagatelle de 25 milliards de dollars (pour commencer). Un mur dont il avait juré qu’il serait financé par le Mexique, mais qu’il doit maintenant payer avec l’argent des contribuables américains. Ses électeurs, notamment ceux qui vivent des exportations, comme les agriculteurs, sont-ils déçus, indignés, prêts à voter pour l’opposition ? Pour le moment, on ne voit pas chuter la cote de popularité du président.  Pour les Américains qui ont conservé leurs principes et le sens de l’équité, le mandat de Trump est un cauchemar. On ne saura vraiment comment évolue l’opinion américaine que lors des élections de novembre prochain, qui renouvellent la totalité de la chambre et un tiers du Sénat. Les démocrates devraient logiquement reprendre le Sénat, ils ne sont pas assurés d’avoir la majorité à la chambre des représentants. Ils s’opposent aux décisions de Trump, mais ils n’ont pas encore un chef de file charismatique capable de tenir tête au plus dangereux président que les États-Unis aient jamais élu.

RICHARD LISCIA

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SNCF : rupture syndicale

Philippe Martinez
(Photo AFP)

Deux syndicats, l’UNSA et la CFDT, ont décidé de ne pas prolonger la grève dite perlée à la SNCF, au-delà de la fin du mois de juin, alors que la CGT et SUD veulent la poursuivre en juillet, au moment des grands départs en vacances. Ces décisions signent la rupture du front syndical.

C’ETAIT probable, et même certain : l’UNSA et la CFDT n’étaient pas enthousiastes au sujet du choix de la grève, de sa forme « innovante » et de ses conséquences pour les passagers. La CFDT a invoqué l’impopularité de la poursuite du mouvement en pleines vacances. La vérité est plutôt qu’elle préfère la négociation, d’autant que celle-ci a permis la reprise partielle de la dette de la SNCF et la promesse indispensable d’une négociation de la nouvelle convention collective qui doit remplacer le statut des cheminots. Mais la détermination des deux syndicats les plus fermes a résisté au risque de désunion. Les syndicats « raisonnables » comptent surtout sur le dialogue, ceux qui s’entêtent estiment n’avoir obtenu des avancées que grâce à la grève.

Macron remporte la partie.

Ils ne semblent pas mesurer leur isolement, non seulement sur le plan syndical, mais aux yeux de l’opinion qui, majoritairement, approuvent la stratégie du gouvernement. Ils en sont donc à se battre contre un exécutif qui, objectivement, a remporté, et de haute lutte, la première manche du conflit, et même sa totalité si l’on considère que, de toute façon, on n’assurera pas la protection des cheminots sans discussion avec le pouvoir. Après quoi, on peut toujours reprocher à ceux qui nous gouvernent d’avoir engagé la réforme de la SNCF sans trop se soucier de ses funestes répercussions sur les passagers. On peut accuser les syndicats de la même faute. Les parties en présence ont fait bon marché de l’intérêt national. C’est la clientèle de la SNCF qui a payé les pots cassés. Cependant, on n’a pas le droit de dire que le statu quo était possible. Cela fait des décennies que notre réseau ferroviaire doit être modernisé, que les acquis sociaux des cheminots, qu’ils l’admettent ou non, étaient incompatibles avec la bonne santé de la compagnie et que, tôt ou tard, il faudra mettre la SNCF en concurrence avec d’autres sociétés.

La faute principale de la CGT est d’avoir cru qu’elle était en mesure, à elle seule, d’arrêter la marche des réformes macroniennes. La seconde, c’est d’avoir fait de la grève un instrument politique, alors que, depuis le début de ce siècle, ce syndicat s’efforçait de se débarrasser de l’étiquette communiste qu’il avait acquise à cause de sa complicité avec le PCF. Cette étiquette, Philippe Martinez l’a troquée contre un badge de la France insoumise. LFI et la CGT peuvent maintenant dresser le bilan des conséquences de leur volonté inébranlable qui, en définitive, n’a réussi qu’à avaliser l’idée du pouvoir que, pour en finir avec les archaïsmes français, il faut passer en force.

La réforme est maintenant une loi.

Je ne nie pas que la grève laissera des traces et beaucoup d’amertume, qui ne faciliteront pas l’indispensable concertation. Mais, tous les jours, je reçois des messages de correspondants qui nient la légitimité d’Emmanuel Macron, celui qu’ils appellent le « mal élu », sous le prétexte qu’il n’aurait obtenu au premier tour que 18 % des suffrages exprimés. En réalité, il a obtenu plus de voix que ses opposants, et il a donc gagné le premier tour, de même qu’il a largement gagné le second, avant d’obtenir une majorité de quelques 350 sièges à l’Assemblée. Ce que ne comprennent pas ceux qui, pour justifier leur hostilité au pouvoir, lui cherchent des vices, des faiblesses, des échecs, bref des poux dans la tête, c’est qu’une logique de fer mène le débat national et aboutit à la mise en place des réformes. La logique majoritaire. La réforme est indiscutable parce qu’elle est devenue une loi.

Le fameux statut des cheminots valait-il qu’on en arrive à semer le chaos dans le transport ferroviaire, que, sous prétexte de s’opposer, on en vienne à remettre en cause la légitimité républicaine, que le mécontentement s’exprime sous une forme prétendument révolutionnaire qui a surtout favorisé la casse des magasins par les black blocs ? Ce qui se perd, aujourd’hui, c’est la responsabilité. Il me semble qu’un syndicat doit, comme toute organisation ou association, en posséder la bonne dose. Or il y a une contradiction terrible entre l’affirmation selon laquelle le gouvernement n’a rien lâché et celle qui justifie la poursuite du mouvement par les concessions obtenues pendant la négociation. On a fait à Elisabeth Borne, ministre des Transports, un procès d’une violence indigne. A chaque sortie des pourparlers, les syndicats poussaient des cris de colère contre un pouvoir incapable de lâcher un peu de lest, se présentaient comme les victimes d’un complot « ultra-libéral », hurlaient à la méthode totalitaire. J’ai envie de leur dire : non mais, regardez le monde autour de vous, observez l’ascension de l’intolérance au coeur d’institutions démocratiques dévoyées, voyez comment des démocraties se transforment, peu à peu, en blocs autoritaires dirigés par des satrapes. Et revenez sur terre. En France.

RICHARD LISCIA

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L’immigration manipulée

Alliés dans la tourmente
(Photo AFP)

Emmanuel Macron est ce matin chez Angela Merkel. Ils devaient s’entretenir du rapprochement  des fiscalités française et allemande, mais ils sont rattrapés par l’immigration et doivent se mettre d’accord sur ce sujet avant le sommet européen du 28 juin.

L’ÉPISODE douloureux de « l’Aquarius » traduit le durcissement général des politiques migratoires européennes. L’Italie, qui a maintenant un gouvernement composé de néo-fascistes et de populistes, n’a pas autorisé le navire à accoster dans l’un de ses ports. Matteo Salvini, dirigeant de la Ligue et ministre de l’Intérieur, envisage de recenser les Roms vivant en Italie et d’expulser ceux qui n’ont pas la nationalité italienne. Le président Macron a reçu à Paris Giuseppe Conte, président du Conseil italien et a quelque peu apaisé les relations franco-italiennes, après divers incidents, dont l’affaire de « l’Aquarius », qui les ont sérieusement endommagées. À Berlin, Mme Merkel est confrontée à la « fronde » de son ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, chef de la CSU, parti plus à droite que la CDU de la chancelière. M. Seehofer a donné deux semaines à Mme Merkel pour changer sa politique migratoire. Or le gouvernement repose sur une coalition fragile et une scission entre CDU et CSU lui serait fatale.

Une menace pour toute l’Europe.

L’immigration, clandestine ou non, est donc devenue un facteur de déstabilisation des démocraties européennes. Les gouvernements qui souhaitent trouver un compromis entre leur respect des droits de l’homme et le réalisme sont bousculés par des oppositions qui se manifestent au sein même des partis qui les composent. M. Macron est parfaitement conscient de la gravité du problème. C’est pourquoi il a haussé le ton contre l’Italie quand elle a refusé l’accès à ses ports de « l’Aquarius ». La France perçoit, avec le succès croissant des mouvements identitaires en Europe, une évolution fortement défavorable aux migrants et, surtout, une tendance à prendre  des mesures nationales, sans concertation avec l’Europe, qui se traduirait, si elle s’étendait à l’ensemble de l’Union européenne, par le chaos. Car les migrants ne semblent pas dissuadés par les mesures coercitives des Européens. Le flux est moins puissant, mais la recherche désespérée d’un eldorado en Europe continue d’alimenter l’immigration.

Le coup de Salvini.

L’Italie, qui a accueilli au moins 700 000 migrants en quatre ans, s’est donné un gouvernement qui veut un mettre un terme à « l’invasion ». Le refus de M. Salvini d’accepter « l’Aquarius » était une manière de placer le problème dans les mains des Européens et de leur démontrer que, jusqu’à présent, ils ont laissé l’Italie se débrouiller seule, ce que les précédents gouvernements italiens ont fait avec générosité, jusqu’au moment où la Ligue et Cinq étoiles se sont emparés très démocratiquement du pouvoir.  De son côté, l’Espagne a changé de gouvernement. Mis en minorité, Mariano Rajoy a dû démissionner. Il a été remplacé par un gouvernement socialiste, dirigé par Pedro Sanchez, qui a mis un point d’honneur à proposer que « l’Aquarius » se dirige vers l’Espagne. M. Sanchez voulait montrer que son pays ripostait à l’intransigeance italienne en ouvrant les bras aux damnés de la Méditerranée. Sur un drame humain sans précédent, qui fait des victimes tous les jours, qui, dans le cas de « l’Aquarius », a obligé des migrants épuisés à poursuivre pendant une semaine un voyage dans un bateau qui n’est pas conçu pour de longs voyages avec autant de passagers, voilà que chacune des nations européennes fait de la politique.

Une solution multiple.

Bien entendu, la solution à ce problème est multiple. Elle doit prendre en compte le rôle funeste de la Libye qui ne fait rien pour arrêter les passeurs et transforme les migrants en esclaves avant de les laisser partir quand ils ont enfin les moyens de payer leur voyage. C’est un trafic. Elle doit harmoniser les politiques migratoires des pays de l’Union, notamment en rassurant les pays, comme l’Autriche ou la Hongrie, qui ont érigé des murs ou des barricades à leur frontière, en leur montrant que l’immigration en Europe est beaucoup moins massive aujourd’hui qu’il y a quatre ans. Le principe des quotas ou de la répartition des nouveaux venus a été rejeté par nombre d’États membres de l’Union. La France et l’Allemagne doivent leur faire comprendre qu’ils ne peuvent pas toucher les subventions de Bruxelles et s’enfermer dans leurs frontières pour laisser les pays respectueux des droits de l’homme, qui refusent de considérer les immigrés comme des criminels ou des importuns, les recevoir, les soigner et les assimiler.

Il ne peut y avoir de résolution de la crise migratoire qui ne soit pas à l’échelle de l’UE. Le dossier est si lourd de conséquences que, devant l’absence de réaction d’une partie des États de l’UE, il faudra envisager une refonte de  l’Union, peut-être avec moins de membres. Il faut en outre traiter le sujet avec assez de subtilité pour empêcher les partis populistes de battre les partis démocratiques aux élections nationales. Il faut que les élections européennes de 2019 montrent la direction à suivre. Enfin,  les associations et les ONG de tous les pays, qui claironnent leur vocation à tout-va, sans se soucier le moins du monde de la colère populaire contre l’immigration, doivent accepter des politiques équilibrées s’efforçant de tarir les flux migratoires tout en traitant les migrants avec humanité.

RICHARD LISCIA

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LR : Calmels limogée

Il y a dix mois, quand tout allait bien
(Photo AFP)

Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, a limogé Virginie Calmels, numéro deux du parti, et l’a remplacée par Jean Léonetti, maire d’Antibes, et président du conseil national, vice-président délégué des Républicains. M. Léonetti est considéré comme un centriste de droite.

LA DÉCISION de M. Wauquiez était probablement inévitable. Depuis quelques semaines, Virginie Calmels, une juppéiste, multipliait les déclarations contre la démarche politique de son patron. Il l’avait recrutée, en quelque sorte, pour assurer le rassemblement des tendances au sein de LR. L’incompatibilité entre leurs idées et, surtout, l’expression publique de leurs différends, ont rendu le divorce inéluctable. Bien que Mme Calmels ne soit venue à la politique que depuis quatre ou cinq ans, elle ne pouvait ignorer que les attaques qu’elle lançait contre M. Wauquiez, et plus particulièrement sa critique du tract de LR, « Pour que la France reste la France », qu’elle a récusé après l’avoir signé, n’auraient pas de conséquence directe sur sa position au sein du parti, où les plus durs, comme Nadine Morano, ne supportaient plus cette contestation permanente.

Se taire ou partir.

De sorte que, si l’on peut voir dans son limogeage la méthode forte de M. Wauquiez, celui-ci n’avait guère le choix. Serait-il resté silencieux que l’on aurait incessamment glosé sur les divisions du parti. Cependant, le message est clair : ceux qui s’identifient à la ligne Juppé chez LR doivent se taire ou partir. M. Léonetti, qui remplace Mme Calmels, n’est pas connu comme un droitier qui ferait des câlins au Front national. Mais il est plus discret qu’elle et peut-être défendra-t-il mieux ses idées dans le secret des conversations internes du parti. Ce qui n’a pas empêché Alain Juppé, maire de Bordeaux, de déclarer que Virginie Calmels « a des convictions et du courage ». On peut toutefois se demander si elle dirige sa récente carrière politique avec la maîtrise nécessaire. Quand elle a rejoint M. Wauquiez, sa démarche a fait l’effet d’un coup de tonnerre, car le fossé est si grand entre l’actuel président LR et l’aile centriste du parti qu’on a attribué son geste à l’opportunisme, sans rapport aucun avec les idées qu’elle défendait. Elle a ensuite tenté de faire entendre sa voix : c’est un entretien avec « le Parisien » (de dimanche) qui a mis le feu aux poudres. Laurent Wauquiez, y disait-elle, « démontre, depuis son élection (à la tête du parti), qu’il est là uniquement pour défendre sa propre ligne. Ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron penche vers nos idées qu’on doit se déporter plus vers la droite. Je ne veux pas d’un parti qui se rétrécit ».

Un projet secret ?

Comme le dit un élu LR, ce discours valait démission. Mais ni la guérilla verbale qu’elle a menée contre le patron de LR, ni son départ forcé n’arrangent vraiment les affaires du parti. La suspicion, dans l’opinion, que M. Wauquiez est brutal, va croître. Mme Calmels paie cher son attitude, mais le parti ne sort pas grandi de l’épreuve. La violence des commentaires exprimés par la garde rapprochée de M. Wauquiez montre, une fois de plus, qu’une minorité agissante chez LR progresse sur une ligne qui ne permet pas le rassemblement capable de faire pièce à la République en marche. Le premier test  sera les élections européennes où LR risque de faire un score confirmant qu’il est en perte de vitesse. Mais il n’est pas impossible que Mme Calmels qui, elle non plus, n’en est pas à une provocation près, ait pour ambition, en se sacrifiant pour une cause encore obscure, de montrer que le leadership du parti n’est pas entre de bonnes mains. Au conseil national qui se réunit le 30 juin dans les Alpes-Maritimes, Valérie Pécresse, autre opposante de poids à Laurent Wauquiez, présentera ses idées pour les élections européennes. Elle n’est pas la seule à contester la ligne de M. Wauquiez. Avec d’autres, comme Xavier Bertrand ou Christian Estrosi, elle pourrait tenter de mettre le chef du parti en minorité.

Car, pour les Républicains hostiles à M. Wauquiez, il n’existe qu’un choix : ou bien ils parviennent à remettre LR sur les rails du rassemblement le plus large, ou bien ils n’auront plus, aux européennes, qu’à rallier la République en marche, avec tous ceux des centristes, UDI et autres, qui iront à ce scrutin pour défendre la construction européenne, pas pour la démolir.

RICHARD LISCIA

 

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La raideur de Macron

Impavide
(Photo AFP)

Emmanuel Macron est resté insensible aux appels lancés par sa majorité et par  l’opposition pour opérer un virage à gauche,  tenir compte des difficultés de ses concitoyens, peut-être faire une pause dans les réformes. Il pourrait consentir à amender son programme pour garder un avantage politique. Il s’y refuse.

SON INTRANSIGEANCE reflète-t-elle une recherche obsessionnelle de la victoire, ou n’est-elle à ses yeux que le moyen de réussir ses réformes ? Il est difficile de répondre à cette question tant, au fond, le chef de l’État et les ressorts qui l’animent sont non seulement incompris, mais méconnus. Il demeure qu’à ignorer l’art du compromis, à mépriser les syndicats, y compris les réformistes, à traiter l’opposition par l’indifférence et à imposer la discipline à sa majorité, il pourrait bien courir, à terme, à un échec. D’un côté, on est choqué par tant d’insensibilité. De l’autre, on commence à deviner vaguement que les réformes sont à ses yeux plus importantes que son parcours personnel : tant pis s’il n’est pas réélu, pourvu qu’il apporte ce changement dont le pays a tant besoin.

SNCF : crise résolue, grève permanente.

On mesure sa détermination quand la réforme de la SNCF est approuvée par les deux chambres alors que la grève continue. C’est étrange, parce que le rôle de l’État est tout de même de veiller au bien-être de ses administrés. Or, dans le double entêtement de ceux qui envisagent de poursuivre la grève jusqu’au coeur de l’été et d’un exécutif qui refuse tout compromis avec les cheminots (même si la négociation se poursuit sur la convention qui remplacera leur statut), il y a, prise en étau, la masse de la clientèle de la SNCF. Il ne semble pas que la grève soit populaire et, en tout cas, les Français acceptent que la réforme soit désormais dans la loi. Il ne semble pas que, dans leur irrédentisme, les cheminots aient la moindre chance de convaincre ceux qu’ils font souffrir. Mais l’opinion a le droit d’exiger du gouvernement qu’il fasse ce qui est en son pouvoir pour mettre un terme à la grève.

Avec Macron, ce n’est pas ainsi que les choses se passent. On ne fait pas une réforme aussi difficile, qui crée autant de remous, de rancoeur, de colère, pour ensuite accepter qu’elle soit détricotée. Par rapport à toutes les tentatives passées de réforme du réseau ferroviaire, MM.Macron et Philippe sont déjà allés plus loin que leurs prédécesseurs. Le voudraient-ils qu’ils ne pourraient pas faire machine arrière. Mais alors, peut-être que le gouvernement pourrait envisager de lâcher du lest dans d’autres domaines, peut-être serait-il tenté d’adoucir son image, de montrer sa compassion pour ce qui est, après tout, son électorat ? Eh bien, c’est non. On se demandait si le débat autour des aides sociales n’était qu’un ballon d’essai. Mais non, c’est un projet. Fidèle à lui-même, et il va bien falloir s’y habituer, le chef de l’État se livre, dans ce domaine comme dans tant d’autres, à la provocation. La dépense sociale, affirme-t-il, est trop élevée alors que le nombre de nos concitoyens vivant sous le seuil de pauvreté ne diminue pas. Il doit, par ailleurs, tailler dans une dépense publique qui dépasse 1 200 milliards d’euros, soit quelque 56 % du produit intérieur brut. Il y est tenu parce que la France ne peut être crédible en Europe que si elle parvient à réduire durablement son déficit budgétaire et diminuer sa dette.

Il ne suffit pas d’être de gauche.

Alors, voilà : Macron dit que, ce qui compte pour lui, ce n’est pas d’être aimé par les Français, ce n’est pas de rayonner, ce n’est pas d’avoir une popularité élevée, c’est de réaliser les objectifs qu’il s’est fixés. Et, après tout, qui ignorait que réduire la dépense tout en créant les conditions favorables à l’emploi était une tâche titanesque ? Rappelez-vous, ce président n’est ni de droite ni de gauche, mais  les deux à la fois. Quand il est sommé d’orienter un peu vers la gauche le train de ses réformes, il répond que moderniser le pays n’est ni de gauche ni de droite et que, de toute façon, une gauche qui préfère la stagnation à la reconstruction (c’est ce qui est arrivé sous le mandat précédent) ne mérite pas de gouverner. Bref, le président n’hésite pas à courir tous les risques, personnel et politique. Il semble prêt à sacrifier sa carrière au succès de ses réformes. Avec sans doute le sentiment secret que, lorsque la messe sera dite, lorsque les colères commenceront à s’éteindre, lorsque la France sera redressée, il sera félicité. Personnellement, ce dont je suis sûr, c’est que, s’il n’est pas réélu en 2022, il laissera une France transformée.

RICHARD LISCIA

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Paris-Rome : la crise

Giuseppe Conte
(Photo AFP)

Le refus du gouvernement italien d’accueillir « l’Aquarius », navire humanitaire chargé de 629 migrants dont des enfants et des femmes enceintes, a entraîné une vive polémique entre la France et l’Italie. Emmanuel Macron a accusé le nouveau gouvernement italien de « cynisme » et Matteo Salvini, ministre italien de l’Intérieur, a répliqué vertement.

LA FORMATION d’un gouvernement composé de populistes et de néo-fascistes n’est certes pas de nature à favoriser les embrassades entre Français et Italiens. Le président de la République aurait dû néanmoins y réfléchir à deux fois avant de lancer son attaque contre les nouveaux dirigeants italiens. Si désagréables qu’ils puissent paraître, ils n’ont pas provoqué la crise migratoire. L’Italie est victime, depuis plusieurs années, d’un flux d’immigrants incessant, en provenance de Libye. En interdisant à « l’Aquarius » d’accoster dans un port de la péninsule, le gouvernement italien voulait poser le problème posé par l’absence complète de solidarité européenne dans cette affaire. Comme la France refoule autant qu’elle le peut les migrants venus d’Italie, elle ne peut pas émettre le moindre jugement sur un pays qui accueille un nombre d’étrangers infiniment plus élevé que celui dont nous prenons la charge.

Générosité espagnole.

En outre, les dirigeants français se sont montrés plutôt silencieux et absents pendant les trois jours chaotiques des errements d’un navire qui, en définitive, grâce à la générosité du nouveau gouvernement espagnol, se dirige maintenant vers Valence. L’affaire n’est glorieuse ni pour l’Italie ni pour la France. On se méfie des intentions de M. Salvini, mais il a su jouer sa carte politique, en posant le problème d’une manière urgente et bruyante, à propos d’un cas, celui de « l’Aquarius », affrété par une ONG, qui a déjà eu des démêlés avec l’Italie. Elle l’accuse, à tort, d’être complice des passeurs. Mais dès mercredi, un autre bateau déchargeait plus de 900 migrants à Catane, en Sicile. Ce qui signifie quand même que  l’Italie n’a pas, d’un seul coup, fermé tous ses ports aux migrants.  Le conseil européen doit se réunir le 28 juin et M. Macron souhaite déblayer le terrain politique avec l’Italie avant ce sommet. Comme l’Italie, ulcérée par les propos français, demandait des excuses, quelques ministres ont eu quelques paroles d’apaisement et un entretien à Paris entre M. Macron et le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, que Rome avait annulé, a été maintenu. On se dirige donc vers une détente entre les deux pays, et c’est préférable.

Alléger le fardeau des Italiens.

Car une discorde franco-italienne durable n’aurait pas permis d’avancer au sein du conseil européen. Il va falloir, cette fois-ci, non seulement prendre des décisions qui allègent le fardeau des Italiens, mais obtenir des 27 qu’ils acceptent une juste répartition des migrants entre eux. On sait que nombre de pays, comme l’Autriche, la Hongrie et d’autres ont érigé des barrières pour interdire l’accès de leur territoire aux immigrés clandestins.  Il est bien peu probable qu’ils changent d’avis. Mais les pays qui assurent le leadership de l’Union européenne, Allemagne et France, peuvent d’une part évoquer des sanctions contre leur comportement, qui bafoue les règles de l’UE, et tenter de trouver des solutions entre États raisonnables. Quelques principes simples doivent en tout cas guider l’action de la France : la formation d’un gouvernement italien qui ne convient guère aux démocrates européens ne doit pas clore le dialogue avec l’Italie ; celle-ci a énormément donné, et avec générosité, pour l’accueil des migrants, dont la plupart sont encore sur son sol ; la géographie ne doit pas condamner l’Italie à accueillir toute la misère du monde ;  l’Union européenne n’a de sens et de vocation que si elle partage les problèmes en même temps que la prospérité.

On peut espérer que les Italiens, un jour, se donneront des gouvernants plus acceptables que les néo-fascistes.  En attendant, il faut faire avec ceux qui ont été élus démocratiquement et qui ont déjà renoncé aux mesures les moins rationnelles qu’ils entendaient prendre, par exemple une hausse périlleuse de la dépense publique sous la forme d’un revenu universel. Les mêmes ont certes puisé leur stratégie migratoire dans l’intolérance à l’égard des malheureux poussés par une immense détresse vers les côtes italiennes, mais ils ont su faire valoir que leur pays est injustement traité par ses amis et partenaires européens.

RICHARD LISCIA

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Social : le pavé de Macron

« Un pognon de dingue »
(Photo AFP)

Il va falloir prendre au sérieux la menace qui pèse sur les aides sociales : Emmanuel Macron a prononcé à ce sujet des propos démontrant qu’il veut procéder à leur révision exhaustive.

DECIDEMENT, tout passe par la communication de nos jours. La directrice de la com de l’Elysée, Sibeth Ndiaye, a diffusé une vidéo dans laquelle on voit et on entend le président de la République s’insurger contre les incohérences des aides sociales, énorme budget de l’Etat dont on dit depuis plusieurs semaines qu’il pourrait être amputé de 7 milliards, ce que le Premier ministre s’est hâté de démentir, mais qui n’a pas empêché le chef de l’Etat de revenir à la charge. Il doit faire ce matin un discours à Montpellier sur les aides sociales, et, dans son bureau, il s’est livré à une répétition, filmée par Mme Ndiaye, et  aussitôt livrée à la curiosité publique. Ballon d’essai ou préparation de l’opinion à une mauvaise nouvelle ? En tout cas, Emmanuel Macron n’y est pas allé de main morte.

Un rapport qualité-prix.

« On met un pognon de dingue dans les minima sociaux, a-t-il dit, et les gens ne s’en sortent pas. On doit avoir un truc pour  permettre aux gens de s’en sortir. Par l’éducation. » Et le président d’expliquer qu’il faut mettre de la cohérence dans la dépense publique. Par exemple, il estime que le reste à charge zéro pour les prothèses dentaires ou optiques est une bonne façon de dépenser de l’argent. On trouvera peut-être son langage un peu vulgaire, mais il explicite parfaitement sa pensée. Il veut que l’aide sociale produise de l’émancipation, pas de la stagnation. Il est incontestable que, plus l’Etat distribue de l’argent et plus les récipiendaires se plaignent, plus ils restent au chômage, alors que la France est l’un des pays au monde où le montant des aides sociales est l’un des plus élevés.

Certes, on n’est pas dupe d’une technique de communication qui consiste à roder un discours dans l’opinion avant de le prononcer réellement. Il se trouve qu’Emmanuel Macron fait face à la grogne croissante de nombreux élus d’En Marche ! qui s’inquiètent de ce que la politique économique du gouvernement penche trop à droite. Ce qui a conduit trois économistes français, proches du président (et qui ont contribué à l’élaboration de ses programmes), Philippe Martin, Philippe Aghion et Jean Pisani-Ferry, à publier samedi dernier dans « le Monde » une longue tribune dans laquelle ils lui demandent de rééquilibrer ses mesures en s’inspirant de quelques idées de la gauche. Ce texte traduit, à n’en pas douter, la perplexité de tous ceux qui, au sein de la République en marche, estiment que les décisions de l’exécutif ne vont plus que dans une seule direction, celle de la droite.

Et de droite et de gauche.

Liberté ou égalité ? En France, le souci égalitaire a toujours servi de garde-fou aux mesures libérales. Le phénomène n’est pas nouveau et n’est pas surprenant dans un parti tout neuf qui, dans l’enthousiasme, a accueilli toutes les bonnes volontés avec la confiance contenue dans sa devise : et de droite et de gauche, et en même temps. Voilà que les vieux clivages réapparaissent alors que le pouvoir est confronté à une crise sociale déclenchée par la réforme de la SNCF et alors qu’il s’apprête à engager d’autres réformes encore plus difficiles à accomplir. M. Macron compense les obstacles qu’il rencontre par la vitesse de son action. Là, en ce moment : la réforme de la SNCF va être adoptée demain définitivement par les deux chambres, la loi Elan sur le logement est en discussion, la loi sur l’alimentation aussi, puis on s’attaquera aux chantiers énormes de la retraite et de la formation professionnelle. La liste concise que j’en donne n’est pas exhaustive. Le flux réformiste est si puissant que les élus ahanent sous la charge, que l’opposition ne sait plus où donner de la tête, que les chroniqueurs politiques sont largement dépassés par les connaissances qu’ils sont censés avoir pour pouvoir discuter des réformes méthodiquement.

M. Macron a exposé, dans la vidéo, sa philosophie profonde. Elle n’est pas erronée. Le pays dépense beaucoup en aides sociales pour un maigre résultat. Tout le monde sait cependant que le filet social français rend la vie plus douce à nos compatriotes en temps de crise. En 2008, les Français ont tenu bon parce que Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à accroître lourdement le déficit budgétaire pour empêcher que des millions de nos concitoyens soient ruinés par la crise financière mondiale. L’aide sociale coûte cher, mais elle fait de la France un pays relativement privilégié. Même ceux qui paient des impôts pour que d’autres perçoivent leurs minima sociaux devraient être contents de savoir que leur confort n’est pas une île dans un océan de misère.

RICHARD LISCIA

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Trump-Kim : un succès

Ça baigne
(Photo AFP)

Le président des États-Unis, Donald Trump, et celui de la Corée du nord, Kim Jong-un, ont conclu ce matin à Singapour un accord qui les engage tous les deux dans la voie de la dénucléarisation. Présenté par les deux partenaires comme un triomphe « historique », l’accord n’est cependant que le début d’une très longue négociation.

IL SERAIT malsain de faire la fine bouche : le sommet américano-nord-coréen a bel et bien été un succès considérable, dont l’immédiat avantage est la détente non seulement entre les deux pays mais dans le monde.  L’accord est bon pour les États-Unis en ce sens qu’il les débarrasse pour le moment d’une inquiétude justifiée : le risque de guerre nucléaire.  Il est bon pour le peuple nord-coréen qui a payé de ses souffrances la constitution de sa capacité atomique. Il est bon pour les Sud-Coréens, qui ont toujours été très exposés et vulnérables à l’agression éventuelle de leur voisin du nord. Il est moins bon pour le Japon, dont l’anti-militarisme post-guerre mondiale le rend dépendant de l’armée américaine. Mais il est bon pour le monde, qui se passera avec bonheur de cette crise parmi tant d’autres.

Le dealmaker.

M. Trump a reconnu que la mise au point d’un accord substantiel, applicable, capable de lever toutes les craintes, prendrait beaucoup de temps. Conformément à sa phraséologie emphatique, il a fait du sommet un immense exploit personnel, car il est plus soucieux de gagner les élections législatives de novembre que de faire la paix à long terme. Il insiste sur ses talents de négociateur, de dealmaker, mais, il y a quelques jours encore, sur la base d’un malentendu ou d’une mauvaise préparation des négociations, il a failli rompre avec Pyong Yang. Entre diverses hypothèses soulevées par sa versatilité, l’accord a été la bonne, presque par hasard, dirait-on, si un tel raccourci n’était excessif.

Ce succès diplomatique, il le doit en outre aux concessions qu’il a pu faire et sur lesquelles il ne s’est guère étendu. Il s’est déjà engagé à mettre fin aux manoeuvres militaires menées de concert avec la Corée du sud. La dénucléarisation implique que son pays retire ses 28 000 soldats stationnés en Corée du sud et transporte ailleurs les armes atomiques qui y sont stockées. Kim Jong-un a tout le loisir d’exiger que les armes nucléaires repartent vers une destination très lointaine et être, par exemple, rapatriées aux États-Unis. Si la vérification du démantèlement de la capacité nucléaire de la Corée du nord prend dix ou quinze ans, la Corée du sud et le Japon ne devront pas être exposés, pendant la période de transition, au feu nucléaire. C’est un risque que Séoul est prête à prendre, mais pas Tokyo.

Pourquoi pas l’Iran ?

Donald Trump, qui n’en est pas à une contradiction près, vient de conclure un accord avec son pire ennemi, alors que le week end dernier, il a traité ses alliés du G7 par le mépris. Il a répété aujourd’hui que le Canada « paierait » pour les propos peu amènes que le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a prononcés après le départ de Trump pour Singapour : M. Trudeau avait jugé « insultantes » pour son pays les dispositions protectionnistes des États-Unis. De même, on s’interroge sur la facilité relative avec laquelle un accord entre Kim et Trump a été trouvé, alors que le président américain vient de sortir de l’accord nucléaire avec l’Iran, qui n’est pas, que l’on sache, plus dangereux que la Corée du nord : les Iraniens n’ont pas encore la bombe. Cette énorme contradiction dans l’action diplomatique américaine tient au caractère de M. Trump. Son comportement n’est pas dicté par la logique, mais par la hargne que lui inspirent les politiques de ses prédécesseurs : l’accord avec l’Iran est mauvais parce qu’il a été signé par Barack Obama. Et l’OMC (Organisation mondiale pour le commerce) est nuisible parce qu’elle a été inventée par d’autres présidents américains. Il existe entre Trump et Kim une affinité dont l’importance est cardinale : ils sont tous deux des capricieux, tous deux prompts à s’emporter, tous deux férus d’une communication féroce, tous deux capables de se lancer d’immondes injures et tous deux prêts à oublier leurs gros mots de la veille pour se réconcilier.

Cette diplomatie, entièrement livrée à deux individus, qui ne semblent pas trop écouter les voix de la modération, est dangereuse. La mise au point technique et scientifique de la dénucléarisation exige un travail rigoureux, conduit par des experts et une transparence absolue des deux parties. Non seulement on n’est pas sûr que la négociation sera une partie de plaisir, mais on craint que la même imprévisibilité qui a produit l’accord réapparaisse, avec des effets négatifs, pendant ce long et dur labeur.

RICHARD LISCIA

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Trumpissime…

Trump : j’ai raison
(Photo AFP

Le président des États-Unis, Donald Trump, a dénoncé le communiqué commun du G7, réuni au Canada, aussitôt après avoir pris l’avion pour Singapour. Le sommet occidental a donc été un fiasco complet. Historiquement, il représente la première grande fracture entre la superpuissance américaine et ses alliés.

M. TRUMP semble avoir cédé partiellement aux pressions qui ont été exercées sur lui par ses alliés. Il est toujours difficile, même pour un homme que la courtoisie n’a jamais étouffé, de résister indéfiniment aux arguments inspirés par la logique et par la raison. Le sommet a donc abouti à un communiqué commun qui, tout en reconnaissant de fortes divergences sur le néo-protectionnisme américain, préservait les apparences. Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, ayant remarqué que les nouvelle taxes américaines sur les importations étaient « insultantes » pour le Canada, M. Trump, à qui rien n’échappe, même quand il voyage, a riposté d’un tweet vengeur, qui annule sa signature au bas du communiqué. On n’est jamais si bien soi-même que lorsqu’on est seul.

Poids historique.

Donald Trump , qui n’a pas un  caractère très policé, pèse quand même sur le cours de l’histoire. La vérité, depuis son tweet, sa marque de fabrique et sa façon de gérer les relations internationales, c’est que les États-Unis ne font plus partie du G7.  Ce rendez-vous annule une technostructure mondiale qui, jusqu’à présent, permettait à l’Amérique de retrouver ses marques de superpuissance. Pour Trump, le G7 est devenu une corvée. Il déteste s’expliquer au sujet de ses méchancetés, de ses pulsions, de sa brutalité. Il hait les nuances de style dont l’accablent ses partenaires. Il méprise tout ce qu’il peut y avoir de culturel dans les rapports diplomatiques. Il n’est à l’aise qu’avec lui-même ou entouré par des conseillers triés sur le volet : des clones de lui-même. La contradiction l’agace d’autant plus qu’elle le renvoie à son cynisme. Il ne pense et n’agit qu’à partir de la surface des événements. Tous ses commentaires sont explicites : il exagère, mais à partir de faits parfois indéniables. Ce qui devrait être traité par le dialogue se transforme en bras-de-fer. Il s’en est pris à l’Allemagne qui vend des voitures sur le marché américain, mais ne fait aucun effort pour augmenter sa participation au budget de l’OTAN, ce qui est vrai. Il ne veut pas qu’un jeune homme canadien, dont le pays n’existe que par le commerce avec son voisin du sud, lui donne des leçons de morale. Cette querelle américano-canadienne contient à elle seule toute la nature du différend entre les États-Unis et leurs (anciens) alliés : la finesse, la nuance, l’élégance, la subtilité, quelle horreur !

Les dangers du néo-protectionnisme.

Il porte aussi une vision du monde fondée sur l’égoïsme national, avec l’idée que d’autres puissances ont le droit, si ça leur chante, d’agir de la même manière, dans un monde livré au désordre et où tous les coups sont permis. C’est pourquoi il exalte curieusement les « vertus » de Vladimir Poutine. D’aucuns croient que, si Trump ménage Poutine, c’est parce que le Russe a sur lui un dossier compromettant. Il souhaite donc la levée des sanctions occidentales contre la Russie. Il n’est pas indigné par l’annexion de la Crimée, parce qu’il voit dans les sanctions une façon indirecte de critiquer sa politique mexicaine ou canadienne. Contre le multilatéralisme honni, il pratique le bilatéralisme. On a assez répété que c’est un hommes d’affaires qui a le sens du deal. Mais sa conception du business appliquée aux relations internationales est en train de démolir les règles qui régissaient le commerce mondial. Rien ne sortira de son néo-protectionnisme, sinon une baisse d’activité industrielle, une hausse du chômage partout, y compris aux États-Unis,  et une corruption généralisée.

Il est vrai que l’Allemagne n’a pas pris la mesure de ses responsabilités européennes, il est vrai que M. Trudeau aurait dû surveiller son langage (mais, après tout, il n’a pas été plus vulgaire que M. Trump); il est vrai que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne règle que trop lentement les litiges commerciaux entre ses membres. Mettre ses alliés devant le fait accompli, c’est pour Trump, le moyen de leur annoncer que la fête est finie. Il faut être aveugle pour ne pas comprendre ce qui se passe : l’Amérique s’est transformée en taureau irascible qui écorne tout le monde sur son passage, tandis que l’Europe a perdu tout pouvoir de décision et  tandis que se multiplient, chez les membres de l’Union, des majorités populistes ou même néo-fascistes pour qui le chaos diplomatique n’est pas autre chose que les malheurs qu’elles nous ont annoncés avant de prendre le pouvoir. Conformément à l’expression américaine, self-fulfilling thinking, qui signifie que, lorsqu’on fait tout pour aller à la catastrophe, on passe pour un devin quand elle se produit.

RICHARD LISCIA

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