La course de vitesse

Mélenchon à Grenoble il y a huit jours
(Photo AFP)

En dépit d’une cote de popularité qui s’est à peine améliorée (+2% ce mois-ci) et d’un tir de barrage syndical et politique contre ses réformes, Emmanuel Macron poursuit son action. Hier encore, il proposait une réforme de la sécurité qui n’a pas déplu aux policiers. Sa martingale : changer de sujet chaque jour, de manière à ce que les forces qui lui sont hostiles soient toujours en retard d’une bataille.

EN TÉMOIGNE la « mobilisation » d’aujourd’hui contre la réforme du travail qui sera sans doute un échec comme les précédentes, alors que le débat politique tourne maintenant autour du budget de l’an prochain et de la « police de sécurité du quotidien » (PSQ), qui n’est pas, selon M. Macron un succédané de la police de proximité, celle que Nicolas Sarkozy avait abolie, mais qui lui ressemble fort. Si l’on s’en tient à l’impopularité manifeste du code du travail, de la suppression de l’ISF, de la hausse de la CSG et autres décisions qui font hurler l’opposition, on pensera que ce gouvernement va droit dans le mur. Si l’on apprend que 61 % des Français sont contre l’abolition de l’impôt sur la fortune, on se demande si le président ne doit pas y renoncer. Si on cherche la cohérence de décisions dont l’harmonie et la finalité semblent obscures, on rejoindra le camp du mécontentement. La stratégie d’Emmanuel Macron s’appuie sur un dogme clair : ne jamais céder et aller si vite dans les réformes qu’elles en deviennent un fait accompli.

10 milliards à rembourser.

La gauche et la droite ont d’ailleurs perçu le danger et campent sur l’idée fallacieuse que l’action du chef de l’Etat n’est pas légitime. La critique est virulente mais peu efficace en définitive. Jean-Luc Mélenchon lui-même se demande publiquement si son offensive tous azimuts contre le pouvoir produit des résultats. Il constate que la mobilisation faiblit, en partie parce qu’il a tenté, mais en vain, de prendre le leadership des manifestations, ce qui a indisposé les syndicats. Ils ne veulent pas être identifiés comme des organisations politiques. A quoi s’ajoute le sentiment que ni la droite ni la gauche ne sont bien placées pour donner des leçons au gouvernement. Lequel rappelle que, par décision du conseil constitutionnel, il est contraint de rembourser 10 milliards d’euros aux entreprises, à la suite d’une mesure de sur-taxation de 3 % adoptée par François Hollande en 2012, mais que la loi fondamentale n’autorise pas. Edouard Philippe, qui est boxeur, vient ainsi d’infliger un uppercut à la gauche, si décidée à saboter les réformes.

Un soupçon de provocation.`

Si la gauche ne parvient pas à transformer la mauvaise humeur populaire en descente dans la rue, la droite n’est pas mieux placée pour combattre le gouvernement. Son hostilité à la suppression de l’ISF (en vertu d’arguments totalement incompréhensibles pour le grand public), à la loi anti-terroriste, à la PSQ ne s’appuie sur aucune logique. Un gouvernement plus libéral et plus sécuritaire, qu’est-ce que la droite peut demander de plus ? M. Macron répète à l’envi qu’il n’est déterminé que par le pragmatisme, à l’écart de toute idéologie. La gauche a vite fait de dire que le pragmatisme est une nouvelle forme d’exploitation de l’homme par l’homme et la droite ne saurait surenchérir sans exposer son hypocrisie. On se demande souvent d’où M. Macron tire la confiance en lui-même qu’il affiche si imprudemment. Il y a même un soupçon de provocation dans son comportement et je ne suis pas sûr que certaines de ses déclarations qui résonnent si bruyamment dans les réseaux sociaux n’aient pas été soigneusement conçues pour retentir.
La conclusion ne peut être que la suivante : non seulement la prudence n’est pas le fort de ce président, mais, pour réformer en profondeur, il veut bousculer le pays, l’amener à réfléchir sur l’action du pouvoir et sur ses motivations. Le président ne semble pas craindre de s’immoler lui-même sur l’autel de la réforme. Il est convaincu que son programme, une fois mis en vigueur envers et contre tout, finira par faire sens et lui rendra une partie au moins de la popularité qu’il avait lors des élections.

RICHARD LISCIA

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Le match Macron-Hollande

Hollande à Séoul
(Photo AFP)

Le débat sur le projet de budget pour 2018 est accompagné par une bataille verbale entre le président de la République, Emmanuel Macron, et son prédécesseur, François Hollande. Ce combat singulier augmente la désaffection de la gauche à l’égard de la politique du président en exercice.

C’EST M. Hollande qui a déclenché les hostilités au mois d’août : il a sorti ses concitoyens de la torpeur de l’été en déclarant qu’il ne fallait pas « demander aux Français des sacrifices qui ne sont pas utiles ». A quoi le chef de l’Etat a répondu : « Il serait étrange que l’impossibilité qui a été la sienne de défendre son bilan devant les Français motive une tentation de le justifier devant les journalistes ». M. Macron a compris en effet que le jugement soudainement négatif rendu par son prédécesseur trahissait sa crainte que l’on ajoute à l’humiliation de son retrait une communication fondée sur l’héritage encombrant qu’il a laissé. Or M. Hollande s’acharne aujourd’hui à protéger son bilan de la médisance et de la calomnie. Il est de plus en plus irrité par des déclarations (et des actes) de M. Macron qui prolongent sa trahison politique par la sévérité de ses propos sur le passé récent.

Propos très violents.

Ceux de ses anciens ministres qui restent attachés à M. Hollande, Bernard Cazeneuve, Stéphane Le Foll, Michel Sapin (qui travaille encore avec l’ancien président), Christian Eckert participent au match entre la vieille gauche et la toute neuve République en marche. M. Sapin a publié dans « le Monde » une tribune d’une sévérité quelque peu excessive et qui, en tout cas, ne mâchait pas ses mots : « Un budget à rebours de notre histoire (…), une faute morale qui contredit les grands principes républicains de progressivité de l’impôt (…), un dédain vulgaire et un mépris hautain ». Cette sentence est d’une violence exceptionnelle. Elle ne laisse guère de place à un rapprochement ou à une réconciliation. Elle exprime colère, esprit de vengeance, exaspération. La « filiation » entre le père et le fils, entre l’ancien et le nouveau présidents, entre le plus âgé et le plus jeune ne représente plus qu’une notion éphémère qui a cédé le pas au ressentiment.
La montée en puissance du conflit s’explique en outre par une politique économique, celle de MM. Macron et Philippe, qui s’appuie sur l’idée de « budget insincère », celui qu’ont concocté les ministres de M. Hollande pour 2017. D’abord rendu par la cour des Comptes, puissante référence, ce verdict a servi d’élément de langage pour le gouvernement actuel. L’accusation semble avoir fait bondir François Hollande et ses amis, qui veulent défendre leur honneur, et tentent de minimiser la mauvaise réputation d’une politique qui, en cinq ans, a augmenté le chômage et les impôts, notamment pour la classe moyenne.

L’ISF au coeur de la bataille.

Le débat sur l’ISF est arrivé à point nommé pour transformer leur hargne à l’égard de M. Macron en acharnement. Le procès fait au gouvernement à propos de la suppression de l’impôt sur la fortune représente un obstacle de taille dans la marche du changement. Dans son entretien télévisé de dimanche soir, le chef de l’Etat n’a rien lâché. Fort de sa majorité absolue, il ira sans défaillir jusqu’à l’adoption de la réforme de l’ISF. Aujourd’hui, une centaine d’élus exigent dans « Libération » que le gouvernement fasse la plus grande transparence sur le bénéfice qu’apportera la suppression de l’ISF aux gens les plus fortunés. M. Macron, bien sûr, n’est pas obligé de céder à une interpellation de ce genre alors qu’il suffit de laisser la représentation nationale faire son choix. Cependant, il apparaît que, dans l’opposition (de droite et de gauche), personne ne veut se laisser enfermer dans le piège parlementaire et que diverses forces entendent mener le combat en dehors du Palais-Bourbon. Chaque mot prononcé par les porte-parole de M. Macron, chaque expression qui sort du politiquement correct sont aussitôt disséqués par les voltigeurs de l’opposition, dont l’intention est de les présenter comme des atrocités verbales. Cette forme de contestation est prodigieusement agaçante et nous renvoie aux techniques du totalitarisme. Mais elle existe et elle n’est pas sans influencer le point de vue de nos concitoyens.

RICHARD LISCIA

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ISF : le débat de trop

Macron avec Bayrou
(Photo AFP)

L’Assemblée nationale commence aujourd’hui l’examen du projet de budget, avec notamment la réforme de l’ISF, que le président défend avec vigueur et que les oppositions contestent farouchement. Mille deux cents amendements ont été déposés.

L’IMPÔT de solidarité sur la fortune a au moins un mérite : il rapporte plus de cinq milliards par an à l’État et, dans un contexte de retour du budget à l’équilibre, ce n’est pas une petite recette. L’idée de le supprimer, assortie du gel des pensions et de la stabilisation des revenus des fonctionnaires, de la diminution de l’aide au logement, toutes dispositions assorties d’une hausse de la CSG de 1,7 %, a enflammé les esprits les plus dociles et donné aux syndicats et à la gauche un très gros os à ronger. Dans son entretien télévisé de dimanche, le président de la République a réitéré une argumentation connue de tous, à savoir que l’argent rendu aux riches doit être et sera investi dans l’économie.
Il ne s’agit pas du tout de la théorie du « ruissellement », contrairement à ce que disent beaucoup de journalistes. La théorie du ruissellement a été inventée par l’économiste américain (et très libéral) Arthur Laffer, auteur de la courbe en J. Sur la notion selon laquelle « trop d’impôt tue l’impôt », il a montré (sur le papier) que, en baissant les impôts, on faisait remonter la croissance. La tige du J, c’est la réduction fiscale, la partie de la lettre qui remonte vers le haut, c’est la croissance. Dans les années 80, Ronald Reagan s’est emparé de l’idée, sans obtenir de résultats, au moins pendant son premier mandat. La suppression de l’ISF consiste à donner un stimulant aux riches pour qu’ils placent leur argent dans l’industrie. Le feront-ils ? Rien ne permet de le croire avec certitude.

L’étendard de la lutte des classes.

La seule question qui vaille, s’agissant de l’ISF, est de savoir pourquoi la France est le seul pays qui applique cet impôt depuis plus de trente ans (avec une courte interruption), pourquoi c’est devenu un tabou plus sacré qu’une croyance religieuse et pourquoi il a résisté jusqu’à présent à toutes les tentatives de réforme. L’ISF est devenu le symbole de la lutte contre les inégalités, mais celles-ci continuent à se creuser ; il est payé par des gens assez prospères pour conserver le même train de vie, mais aussi par des épargnants qui ont commis l’erreur de garder de l’argent pour leur fin de vie ou pour leurs enfants. C’est l’étendard de la lutte des classes, c’est une façon de désigner les « riches » et d’élargir une fracture dans la société française. De toute façon, on ne peut pas accumuler une fortune sans avoir payé auparavant tous ses impôts, dans un pays où la pression fiscale est de 45 % du PIB. Il est même surprenant que le conseil d’État n’ait pas censuré un impôt qui ne porte ni sur le fruit du travail ni sur celui de l’épargne, mais sur l’épargne elle-même. Le message de l’ISF est le suivant : si vous ne voulez pas le payer, surtout travaillez moins, produisez moins, n’épargnez pas, dépensez ce que vous gagnez.

Une philosophie égalitaire.

C’est de cette façon qu’il devient contre-productif. Il ne s’agit pas du tout d’éprouver de la commisération pour tous ceux qui ont un million trois cent mille euros ou plus. Non sans naïveté, Emmanuel Macron a encouragé ses concitoyens à devenir « milliardaires ». Cela revient à imiter François Guizot, figure centrale de la monarchie de Juillet, qui donnait le conseil suivant aux Français : « Enrichissez-vous ! ». La proposition de M. Macron est encore moins raisonnable que celle de Guizot. À la fin des fins, on peut toujours s’opposer à l’ISF en montrant que cet impôt n’a jamais tué personne. Pour autant, sa suppression ne mettra pas davantage la France à genoux. On pouvait parfaitement envisager un nouveau barème de taxation pour éviter aux petits possédants de ne pas le payer ou de payer moins. Si Emmanuel Macron a voulu le supprimer, c’est tout simplement parce qu’il est archaïque. Mais voilà que des bataillons d’élus en ordre serré entrent dans l’arène pour dénoncer l’injustice que serait la suppression de l’ISF, voilà que chacun va arriver à l’Assemblée cet après-midi avec son propre projet de réforme, comme François Bayrou (MoDem), qui a exposé son idée sur la question. Il me semble néanmoins utile de traiter par la chirurgie pure et simple les tabous anachroniques, les habitudes ancrées en France depuis des décennies, une philosophie égalitaire qui nous a plongés dans l’endettement et le chômage. Si l’ISF meurt, le fisc, lui, est éternel.

RICHARD LISCIA

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Macron imperturbable

Macron hier soir
(Photo AFP)

Dans son entretien télévisé d’hier soir, Emmanuel Macron a défendu son comportement et son programme, sans vouloir en atténuer les effets. Il a offert une vision large et cohérente de l’action de son gouvernement, mais il n’a pas eu les mots pour convaincre les téléspectateurs.

LE PUBLIC a d’ailleurs exprimé son insatisfaction à l’occasion d’un sondage selon lequel, si 9,5 millions de personnes ont regardé l’entretien, 61 % des personnes interrogées n’ont pas été convaincues par ses propos. Il ne faut pas s’en étonner. Car le président de la République ne pouvait pas nier les expressions qui lui ont été reprochées. Il n’a pas voulu non plus en affaiblir le sens, sinon en disant qu’elles avaient été sorties de leur contexte. Mais peu importe : le message est simple, on ne fait pas une omelette sans casser des oeufs. Dans ces conditions, si l’objectif de sa première grand-messe télévisée était de rapprocher le peuple du président, c’est raté.

Une crête très étroite.

Or il est important que le chef de l’État reçoive l’approbation de cette partie de l’opinion qui se situe actuellement dans l’opposition. On admettra qu’il lui est malaisé de courir sur cette crête très étroite où il s’efforce de ne tomber ni à droite ni à gauche. Sa seule chance, dans le contexte actuel, c’est que la vigueur des critiques est artificielle. La droite et la gauche ne peuvent pas se rejoindre dans le même anathème. Si la gauche, classique ou extrême, a toujours les mêmes mots à la bouche, comme « président des milliardaires » (Philippe Martinez, CGT), la droite ne peut lui en vouloir parce qu’il applique un programme socio-économique qu’elle pourrait revendiquer. Cette volonté, dans l’opposition, de ne rien céder à M. Macron, serait de bonne guerre si elle espérait influencer le pouvoir pour qu’il module ses décisions. Il n’en est rien. On assiste donc à une sorte de course de vitesse, entre une macronie décidée à changer le pays en profondeur et une opposition désordonnée qui attend, non sans une perversité délétère, que le pouvoir se casse la figure.
La bonne attitude, c’est évidemment de se montrer invulnérable aux flèches et saillies censées affaiblir le gouvernement. Il demeure qu’il ne peut pas imposer de tels changements sans une meilleure adhésion de l’opinion et que l’exercice d’hier soir doit être complété par des dispositions, nouvelles et concrètes, en faveur des foyers modestes.
Un exemple : M. Macron déclare que la baisse de cinq euros de l’aide au logement sera compensée par la suppression par étapes de la taxe d’habitation. La réaction des intéressés, c’est qu’ils perdent cinq euros tout de suite, mais paieront moins de taxe d’habitation beaucoup plus tard. Le président a un argument massue : logement, 40 milliards de budget annuel, 4 millions de ménages mal logés. C’est bien la preuve que notre politique dans ce domaine a fait faillite, car, de toute évidence, les prix des loyers sont calculés en incluant l’aide de l’État. M. Macron ajoute que le seul moyen de donner un bon appartement ou une maison à tout le monde, c’est de construire. L’espoir qu’il veut insuffler est donc plutôt lointain.

Les incertitudes de l’assurance-chômage.

Quand on se souvient des grands plans annoncés autrefois en faveur du logement, la maison à 100000 euros, promise par Jean-Louis Borloo, les cinq milliards de budget proposés par Nicolas Sarkozy, on constate que les effets d’annonce ont toujours été plus nombreux que les actes concrets. L’erreur, sans doute, aura été de s’en prendre au montant des APL (aide personnalisée au logement) sans les englober dans la vaste réforme qui ne sera mise au point que l’année prochaine. À quoi il faut ajouter les incertitudes sur l’assurance chômage que le président de la République n’a pas levées. Il ne croit pas que, si les salariés décident de démissionner et touchent néanmoins le chômage, il se produira un effet d’aubaine. Il annonce des conditions qui empêcheront les paresseux d’être payés à ne rien faire. Peut-être ne pouvait-il pas entrer dans les détails en 75 minutes. Il faudra, là aussi, attendre le contenu de la réforme.
On n’écoutait pas M. Macron sans se poser des questions sur le financement des mesures qu’il va prendre et sans se demander de quelle manière il financera diverses dépenses tout en maintenant le budget dans une marge de déficit de plus en plus étroite. En revanche, l’esprit de la réforme était là. Ce n’est pas seulement la manière de travailler qui est remise en question, c’est la forme de l’emploi, les qualifications qu’il faut acquérir pour l’obtenir, la mobilité qui va être nécessaire pour passer d’un poste de travail à un autre. Ce n’est pas le chômage qui est fatal, c’est la machine à tuer des emplois qui a été mise en place par le laxisme financier des précédents gouvernements. Enfin, ce n’est pas le verbiage partisan qui compte, c’est de constater que ce gouvernement est engagé dans une réforme dont on peut discuter tous les aspects mais qui reste, aujourd’hui, notre seule chance de redresser durablement un pays très affaibli. Le président et le gouvernement que nous avons en ce moment ne conviennent pas à tout le monde, c’est le moins que l’on puisse dire. Pourtant, non seulement ils travaillent, mais ils ont une légitimité indiscutable. On ne refait pas le monde, ni même la France, en cinq mois.

RICHARD LISCIA

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Trump quitte l’Unesco

Irina Bukova
(Photo AFP)

Le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, a annoncé hier que les États-Unis quittaient l’Unesco. Leur départ en tant que membre à part entière ne sera effectif que le 31 décembre 2018. Ils y resteront en tant qu’observateur.

L’AFFAIRE est bien sûr politique, mais aussi financière. Les États-Unis, jugeant que l’Unesco prenait des décisions pro-palestiniennes ou, si l’on préfère, anti-israéliennes, avaient suspendu leurs cotisations au budget de fonctionnement de l’organisation internationale. À ce jour, ils ont accumulé 500 millions de dettes. M. Tillerson, avec le consentement de Donald Trump, a donc décidé de mettre un terme à l’hémorragie. Israël a aussitôt annoncé qu’il partait lui aussi. Il est facile de mettre cette décision au compte des foucades du président américain, mais l’histoire des relations entre Washington et l’Unesco est tourmentée depuis longtemps. Déjà, en 1984, Ronald Reagan, excédé par les manoeuvres de la majorité tiers-mondiste et communiste de l’assemblée générale de l’institution, en avait sorti son pays. C’est seulement en 2002, quand George W. Bush était président, que les États-Unis ont repris leur place (et le paiement de leurs cotisations, représentant 22 % du budget de l’Unesco). Mais, de nouveau en 2011, la pression du Congrès américain a obligé Barack Obama à annoncer un deuxième retrait de son pays.

Une tribune politique.

De fait, l’Unesco est devenue une seconde tribune politique de l’ONU, à cette différence près qu’elle n’a pas de conseil de sécurité pour rétablir les équilibres internationaux. Une majorité de pays s’acharne depuis des années à attiser les flammes du conflit israélo-palestinien. On peut ou non accepter cet état de fait, mais la réalité est que la culture et les droits de l’homme ont cédé le pas depuis longtemps à la politique à l’Unesco. Ses directeurs généraux successifs, et particulièrement la Bulgare Irina Bukova, dont le mandat se termine à la fin de l’année, ont assisté les bras ballants à l’évolution de l’institution vers l’acharnement systématique contre Israël. L’Unesco a surtout besoin d’une profonde réforme et elle doit réorienter ses activités vers la culture, son mandat depuis 1945, mais qui a été progressivement dévoyé à mesure que naissaient de nouvelles nations, issues de la décolonisation, et promptes à jouer l’URSS contre l’Amérique. Aujourd’hui, il s’agit plutôt d’une offensive contre Israël qui, jusqu’à présent, a réussi à maintenir le statu quo au sujet de la Palestine grâce au veto américain au conseil de sécurité.

À la dérive.

Le départ des États-Unis et d’Israël risque de renforcer le courant anti-israélien à l’Unesco, encore que ce courant ait beaucoup prospéré malgré la présence américaine et de très sérieux problèmes de financement. Il coïncide avec l’élection d’un nouveau secrétaire général. La Française Audrey Azoulay, ministre de la Culture du gouvernement de François Hollande est candidate. Elle est opposée au représentant du Qatar, Hamad bin Abdulaziz al-Kawari, qui tient la corde. L’élection du Qatari augmenterait encore l’agitation des pays membres hostiles à Israël, ce qui, loin de favoriser les solutions diplomatiques au Proche-Orient, ne ferait qu’augmenter les tensions. La question ne porte pas donc sur le bien fondé des positions politiques et diplomatiques des Israéliens et des Palestiniens. Elle porte sur une politique de force conçue par des États qui n’ont, pas plus que d’autres, la légitimité requise pour faire de la géopolitique et encore moins pour décider du sort de ce conflit, lequel doit être négocié entre les deux parties pour qu’elles aboutissent à une paix durable. Que l’Unesco se présente comme le bastion des droits de l’homme est par ailleurs un énorme paradoxe. Y siègent en effet des pays qui ont commis les pires atrocités, comme lorsque la Libye de Kadhafi présidait la commission des droits de l’homme. Le Qatar à la tête de l’Unesco ne garantirait ni l’humanisme ni l’équilibre des choix d’une organisation à la dérive.

RICHARD LISCIA

PS- Par 30 voix contre 28, Audrey Azoulay a été élue vendredi soir directrice générale de l’Unesco. Une belle victoire pour la France, mais une tâche accablante pour Mme Azoulay.

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Histoires de harcèlement

Harvey Weinstein
(Photo AFP)

Le sujet est graveleux, mais il décrit un scandale planétaire : le producteur de Hollywood Harvey Weinstein est un dangereux désaxé qui aurait harcelé de très nombreuses actrices et même violé quelques-unes d’entre elles.

SÛR DE SON pouvoir, il n’a sans doute pas prévu qu’il se transformerait du jour au lendemain en paria. S’il a pu faire une si belle carrière, accumulé autant d’argent et de puissance, assuré le succès d’un grand nombre de films, dont « The Artist », de Michel Hazanavicius, qui a remporté un Oscar, c’est parce que ses victimes n’osaient pas le dénoncer. Et puis le système a craqué, grâce à des enquêtes fouillées du « New York Times » et du « New Yorker ». Des stars internationales ont décrit son comportement dans les moindres détails. Le voilà voué aux gémonies, homme à scandale qui rejoint, dans cette sphère impitoyable où règnent la honte et le mépris, les DSK et les Bill Cosby. Il ne faut pas s’étonner de ce que Weinstein ait réussi à commettre ses agressions contre des femmes célèbres et à conserver son pouvoir tout en même temps. C’est parce qu’il était le passage obligé de beaucoup de carrières féminines qu’il a pu poursuivre ses activités criminelles. De sorte qu’à l’agression sexuelle s’ajoute, dans son cas, l’abus de pouvoir. Son exemple montre que le système hollywoodien secrète sa propre perversité, que trop d’influence est accordé à ceux que l’on appelle là-bas les « moguls » et que si, aujourd’hui, de telles pratiques deviennent inacceptables et relèvent enfin de la justice, il ne faut pas oublier qu’elles ont toujours existé, masquées par un secret empêchant les révélations qui y auraient mis un terme.

Les répliques du séisme.

L’affaire fait la « une » des journaux, français compris, mais en dehors de l’écoeurement qu’elle inspire, elle n’est intéressante que par les répliques du séisme. Si un homme se conduit de cette manière, cela veut dire qu’il cède à des pulsions irrépressibles et qu’il a besoin d’un vigoureux traitement médical. Mais au moins le concert des protestations de dizaines de stars humiliées aura-t-il un effet thérapeutique sur une société dont les mécanismes de fonctionnement sont à ce point déformés qu’ils prospèrent sur le cynisme, la force physique, le mépris pour les femmes, et l’un de ces narcissismes qui conduisent au comportement le plus répugnant. Un système plus policé, plus contrôlé, plus exigeant n’aurait jamais permis qu’un tel scandale dure trente ans.

Effet politique.

L’autre conséquence est politique, comme d’habitude. Harvey Weinstein est un démocrate engagé qui a versé un million et demi de dollars en trois décennies à son parti. Un homme qui a soutenu Hillary Clinton et qui, comme beaucoup de gens appartenant à l’industrie du cinéma, s’est battu contre la candidature de Donald Trump. Bien entendu, quand le candidat du parti républicain a été filmé au moment où il décrivait sa technique de séduction des femmes, toute fondée sur le pouvoir qu’il tire de l’argent, le parti démocrate en a fait un moyen utile pour mieux le vilipender pendant la campagne. Aujourd’hui, le parti républicain dénonce l’hypocrisie des démocrates qui feraient mieux de balayer devant leur porte avant d’accuser le président.
Car, nous dit-on, tout le monde savait. Tout le monde connaissait le monstre qu’était Harvey Weinstein, et personne ne le dénonçait. Cependant, il me semble que Weinstein n’est pas président et n’a jamais été candidat à un poste électif. Prétendre que sa conduite relativise ce qui fut reproché au candidat Trump et qui, depuis, a été oublié, est une drôle de façon de comprendre l’éthique. Cette manière de disculper le président américain le plus incohérent de l’Histoire en dit long sur la faiblesse morale de nombreux élus américains.

RICHARD LISCIA

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Le doute catalan

Puigdemont et Rajoy, avant la crise
(Photo AFP)

Le président de l’Assemblée catalane, Carles Puigdemont, a proclamé le droit de la Catalogne à l’indépendance et annoncé en même temps qu’il se donnait du temps pour la déclarer.

IL NE FAUT pas être grand clerc pour comprendre que, à sa manière, le nationalisme catalan vient de faire un pas en arrière. Pour autant, on ne doit pas en tirer la conclusion que l’on s’achemine vers une solution négociée. La réaction anti-indépendantiste a été massive, la confrontation avec Madrid ouvrait la porte à toutes les violences, les multiples avertissements lancés par le monde ont rappelé aux nationalistes les conséquences inévitables du choix politique qu’ils voulaient faire. Cependant, M. Puigdemont accumule les actes illégaux. Il a organisé un référendum que le droit n’autorise pas et dont l’exécution fut chaotique, donc dépourvue de signification. Il y a vu aussitôt, malgré la présence en Catalogne d’un fort mouvement hostile à l’indépendance, le voeu ardent du peuple catalan. Voilà maintenant qu’il invoque une illusoire souveraineté pour décider du destin de la région.

Un très mince espoir.

Ce qu’il veut, c’est une sortie en douceur de l’Espagne et donc négocier uniquement les modalités de l’indépendance. Ce que veut Madrid, c’est maintenir la Catalogne dans son statut actuel, qui, certes, peut être modifié, mais ne saurait, aux yeux du gouvernement espagnol évoluer vers la sécession. L’espoir nourri, notamment par les Européens, d’un dialogue construit éventuellement autour d’une médiation, semble très lointain si l’on tient compte des positions adoptées par le roi Felipe VI et par le chef du gouvernement Mariano Rajoy : ils viennent de remporter une petit succès grâce à une intransigeance inébranlable et ils n’ont certainement pas envie de dialoguer d’égal à égal avec un homme dont personne, à l’étranger, ne connaissait le nom il y a quinze jours et qui se comporte déjà comme s’il avait tous les pouvoirs. Je suis donc plutôt pessimiste sur la suite : M. Puigdemont, d’une certaine façon, a tendu la main à Madrid, qui ne souhaite pas la saisir. Mon analyse est confortée par la position adoptée en fin de matinée par le gouvernement espagnol. Il demande au gouvernement catalan de dire si oui ou non, il compte déclarer l’indépendance. Dans ce cas, Madrid fera jouer le fameux article 155 de la constitution qui permet au pouvoir central de retirer son autonomie à une région.
La reculade du président catalan n’efface pas, en effet, l’indépendantisme catalan qui est vif, répandu et produit d’énormes manifestations. Quand les soutiens de l’unité espagnole se réjouissent de la baisse de tension, les Catalans auxquels on a promis monts et merveilles sont frustrés, accusent parfois Puigdemont de « trahison ». La démagogie est un boomerang : enflammez les foules, elles finiront par brûler ce qu’elles ont adoré. Certains Catalans sont assez furieux pour demander à M. Puigdemont de partir et à une autre tête brûlée de prendre l’affaire en mains, et advienne que pourra. La froide colère des autorités centrales ne risque pas de lancer une politique sinueuse et obscure, faite d’avancées puis de reculs.

Houle sauvage.

Toute cette crise repose sur l’émotion populaire, sur la manipulation d’un peuple qui se croit maltraité alors qu’il est le plus prospère d’Espagne, sur une auto-exaltation fort peu rationnelle. Houle sauvage, faite de creux et de bosses vertigineux, sur laquelle un programme politique conçu par les deux parties me semble davantage relever du projet théorique que du réalisme politique.
C’est pourquoi quand les bonnes âmes prônent le dialogue, avec l’espoir de faire deux gagnants au terme du même combat, non seulement elles oublient la charge émotionnelle qui gonfle les poitrines indépendantistes, mais elles négligent les responsabilités de Madrid, qui a entendu la proclamation assourdissante du droit des Catalans à l’indépendance. Voilà une bien mauvaise façon d’amorcer une négociation, alors que les indépendantistes ne représentent qu’eux-mêmes, c’est-à-dire, une fraction, fût-elle nombreuse, du peuple catalan, et qu’ils ont contre eux ceux des leurs qui restent hostiles à l’indépendance, le peuple espagnol, le gouvernement, et les peuples qui, en Europe ou ailleurs, ne croient qu’à une vérité : l’unité de l’Espagne.

RICHARD LISCIA

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L’arme des fonctionnaires

Martinez, Macron : le courant ne passe pas
(Photo AFP)

Les manifestations contre les ordonnances ayant échoué, la bonne idée des syndicats a été d’enrôler les fonctionnaires sous le prétexte qu’ils seraient maltraités. La journée du 10 octobre sera donc en grande partie perdue pour la croissance puisque les enseignants, les salariés de la fonction publique, les hôpitaux, les transports aériens sont affectés par la grève.

COMMENT la minorité peut-elle l’emporter sur la majorité ? C’est à cette question que la CGT, associée à la France insoumise, et après avoir exercé son pouvoir de persuasion sur FO et la CFDT, tente de répondre aujourd’hui, en mobilisant la fonction publique, bien que les réformes ne concernent pas (encore) les fonctionnaires. Lesquels seraient « maltraités » depuis que le point d’indice a été gelé, ce qui ne les empêche pas d’être augmentés (1 % par an en moyenne depuis sept ans, alors que le pouvoir d’achat des retraités n’a pas augmenté depuis quatre ans). Il n’y a pas lieu de leur faire le moindre procès. Ils sont utiles à la société et même à la croissance. Ils sont indispensables à l’hôpital, à la justice et dans tous les services de sécurité. Mais loin d’en faire des boucs émissaires, le gouvernement, jusqu’à présent, les a épargnés. Le nombre de fonctionnaires partant à la retraite et qui ne seront pas remplacés est limité, cette année, à 1 600. Certes, Emmanuel Macron compte diminuer la fonction publique de 120 000 personnes au total pendant son quinquennat, mais c’est tout de même quatre fois moins que ce que voulait faire François Fillon.

Une fonction publique hors de prix.

Pour le reste, oui, c’est vrai, de nombreux fonctionnaires, plus particulièrement dans les secteurs des soins et de la justice, sont épuisés, débordés par leur tâche. Il n’empêche que nous avons 5,6 millions de salariés dans la fonction publique, proportionnellement presque deux fois plus qu’en Allemagne, dont personne ne dit qu’elle est sous-administrée, que notre déficit budgétaire annuel est de l’ordre de 80 milliards et que notre dette nationale atteint 2 230 milliards, soit tout près de 100 % du produit intérieur brut. Ce qui veut dire qu’il faudrait une année de travail sans consommer pour rembourser la dette. Quand les syndicats et l’extrême gauche déclarent « qu’il faut cesser d’aborder le sujet en termes comptables », ils se moquent du monde. On ne peut pas payer des salaires avec de l’argent qu’on n’a pas. C’est bien ce qui se passe dans le privé où des entreprises ferment leurs portes et jettent au chômage leurs employés.

Une entreprise de subversion.

Par tous les moyens dont elles disposent, la CGT et la France insoumise s’efforcent de rallier à leur point de vue un maximum de citoyens. Les émissaires de Jean-Luc Mélenchon ont quadrillé les lycées et collèges pour enrôler les adolescents dans la manifestation d’aujourd’hui ou dans les suivantes. Face au verdict des urnes, le recours est la subversion pure et simple, avec tous les instruments de la révolution, agit-prop et réseaux sociaux. Il s’agit de nous faire croire que le pays est en colère, prêt à se soulever, qu’une crise, sociale et violente, est imminente et que le gouvernement ne s’en rend pas compte ; et de tout faire pour que la prédiction se réalise. Le gouvernement, qui reçoit les organisations d’étudiants, aurait dû s’adresser plus tôt à la jeunesse, pour la rassurer et peut-être parce qu’elle est capable de mieux comprendre le concept de réforme. Les critiques qui lui sont adressées ne sont pas gratuites. Il a su, par exemple, désamorcer complètement la grève des routiers qui aurait pu paralyser le pays. Il aurait pu, par une tactique tout aussi habile, faire en sorte que la journée du 10 octobre ne soit pas un succès.
Mais, de toute façon, on ne lance pas des réformes tous azimuts sans soulever un très vif mécontentement populaire. Le président le sait et accepte le rapport de forces. Il s’attache à progresser, à changer de sujet, à ouvrir chaque jour un dossier, pour prendre de court les fortes oppositions qui s’expriment contre ses projets. Premièrement, ne pas paniquer, ne jamais croire que tout va mal parce que les fonctionnaires ou les jeunes sont dans la rue. Cela s’est déjà produit et se reproduira encore. Deuxièmement, poursuivre.

RICHARD LISCIA

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Espagne : le bord de l’abîme

Dimanche, la contre-manifestation.
(Photo AFP)

La crise catalane ne laisse qu’un faible espoir de règlement négocié. D’une part, le Premier ministre, Mariano Rajoy, s’est montré d’une intransigeance dépourvue de toute nuance depuis le référendum catalan et la menace d’indépendance. D’autre part, les indépendantistes n’ont avec eux ni le droit, ni le nombre, ni la morale, ni le sens de l’histoire.

LA FERMETÉ de M. Rajoy, associée à celle du roi Felipe VI qui, dans son discours de la semaine dernière, n’a même pas évoqué les 900 blessés, victimes de la répression policière, est conforme à la personnalité du Premier ministre espagnol. Pour se maintenir au pouvoir, il a laissé les nouveaux partis concurrents de la droite, Podemos et Ciudadanos, montrer leur impréparation et leurs divisions, de sorte qu’il dirige aujourd’hui un gouvernement minoritaire. C’est apparemment un homme aux nerfs solides auquel on peut seulement reprocher de n’avoir pas prévu la flambée de l’indépendantisme catalan, de ne s’être pas préparé à la crise et de se contenter d’un refus de négocier. Face à lui, le président de la Catalogne, Carles Puigdemont, apparaît comme un roitelet opportuniste, capable d’attiser des passions nationalistes alimentées en réalité par la xénophobie et, surtout, d’organiser un référendum d’où la rigueur démocratique était totalement absente. Il faut en effet beaucoup de mauvaise foi pour avancer des chiffres au lendemain d’une consultation aussi embrouillée et chaotique. Et en tirer la conclusion que la Catalogne, dans son entièreté, a choisi l’indépendance. Le gouvernement espagnol a donc prouvé le contraire en organisant une manifestation massive en faveur de l’unité du pays, tandis que les catalans non indépendantistes ont démontré qu’ils étaient assez nombreux pour que l’Espagne tourne la page.

L’indépendance ne serait pas irréversible.

Les exigences de Puigdemont sont dès lors exorbitantes du droit et traduisent une déni de la réalité catalane : si, demain soir, il annonce l’indépendance de la Catalogne, il entrera dans l’illégalité et, surtout, sera bien incapable de gérer le nouvel État, très endetté et dont l’économie est inséparable du commerce européen. La vérité est que l’indépendance ne serait pas irréversible, car elle entraînerait tant de difficultés économiques, sociales et politiques que la « majorité » issue du référendum changerait rapidement d’avis. Dans ces conditions, pourquoi M. Rajoy devrait-il faire des concessions à un interlocuteur qui n’est pas valable et engager des négociations au sujet d’une évolution de la Catalogne qui n’est souhaitable ni pour les Espagnols ni pour les Catalans ? D’autant que la crise qui frappe l’Espagne inquiète les Européens : ils connaissent à la perfection les gisements de séparatisme en Europe, de la Corse à l’Écosse en passant par l’Italie.

Le danger séparatiste.

M. Rajoy n’est peut-être pas un ami enthousiasmant, mais c’est l’homme qui convient à tout le monde, sauf à M. Puigdemont et à ceux qui le soutiennent. Enfin, le soulèvement déraisonnable d’une partie des Catalans n’est pas la seule menace sécessionniste à laquelle Madrid soit confrontée. Une séparation donnerait des idées à d’autres régions espagnoles, par exemple le pays Basque, dont les indépendantistes ont renoncé à la violence il y a quelques années à peine.
Néanmoins, il serait contre-productif d’imaginer que, après ce divorce festif qu’a été le référendum catalan, les esprits surchauffés vont se refroidir tout seuls. M. Rajoy a une responsabilité immense, celle de préserver l’unité de l’Espagne. Il sait toutefois qu’il ne peut pas envoyer les chars à Barcelone. Tout en restant ferme, il doit envisager d’accorder une autonomie accrue à la Catalogne, et peut-être engager une réforme fiscale qui atténue les charges pesant sur cette région. Ce serait seulement le prix à payer pour une politique qui a sans doute négligé les aspirations catalanes et qui explique que de nombreux Catalans souhaitent sortir de l’orbite de Madrid.

RICHARD LISCIA

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Fisc à la mode Macron

Boutique de luxe
(Photo AFP)

Le débat sur une fiscalité que le projet de budget pour l’an prochain doit réviser en profondeur politise, jusqu’à la saturation, des décisions conçues pour favoriser l’emploi. L’étiquette de « président des riches » colle désormais à la peau d’Emmanuel Macron, et c’est absurde.

LE PRÉSIDENT des riches avait annoncé qu’il réformerait l’impôt sur la fortune (ISF) et il le fait. S’il s’agit d’un tabou tel que les Français exigeraient de garder l’ISF, pourquoi ont-ils élu M. Macron ? Le président, pour ne pas choquer un pays où les convenances sociales ont pris le pas sur les protocoles aristocratiques, a pris soin de conserver une ISF immobilier, ce qui, logiquement, n’est pas plus juste que l’ISF tout court. Injuste, l’ISF ? Oui, car il ne résiste pas à la force du droit. Pour accumuler une fortune, il faut d’abord payer des impôts sur ses revenus et plus on gagne, plus on est taxé. Si, après avoir acquitté tous ses impôts, on doit en payer de nouveaux non pas sur des gains mais sur le capital, les mêmes revenus sont taxés deux fois. Mais peu importe le droit : la simple vérité est que les fortunes françaises sont parties à l’étranger et c’est tellement vrai que, en quelques années, grâce à la lutte contre les paradis fiscaux, l’État a récupéré plusieurs milliards d’euros et rapatrié des capitaux d’un montant élevé. M. Macron fait le pari qu’au lieu de payer l’ISF, les gens riches investiront dans l’économie française. Il n’est pas sûr de réussir, mais qui ne tente rien…

Comment lutter contre la précarité.

En France, 52 % des ménages ne paient pas l’impôt sur le revenu. Ce sont les mêmes qui touchent la plupart des prestations sociales, depuis les allocations familiales jusqu’à l’aide au logement. On peut imaginer qu’au nom d’un principe républicain, ces foyers aux revenus limités paient au moins un impôt symbolique. Mais il y a une très bonne façon de les faire basculer dans le groupe des fiscalisés : en prenant des dispositions pour que leurs revenus augmentent, que le taux de chômage diminue, que des millions de personnes passent de la précarité à la classe moyenne. On ne réussira pas ce tour de force si on ne s’en donne pas les moyens, dont le premier est l’investissement massif dans l’industrie, la recherche et l’innovation. D’où croyez-vous que l’argent viendra, sinon des riches ? Mais bon, les croyances médiévales ont la peau dure. Comme la cote de popularité de M. Macron est en berne, comme il s’en prend parfois aux ouvriers et aux chômeurs, comme il veut éviter les conflits sociaux, la majorité est toute prête à ré-instituer l’ISF sur les lingots d’or, les yachts et les avions privés. Je pourrais pousser une logique imperturbable en rappelant que bateaux et avions créent des emplois et qu’on peut avoir un lingot à la banque sans être riche du tout. Mais évitons de déclencher les sarcasmes, donnons un gage à l’opposition, taxons le luxe, même s’il s’agit d’une recette dérisoire. Une bonne réforme doit être d’abord adoptée. Pour l’ISF, ce n’est pas encore sûr.

Suppression des allocations ?

Cependant, les mêmes raisons qui incitent le gouvernement à céder aux imprécations de l’extrême gauche et de l’extrême droite le conduisent à verser de plus en plus d’eau dans son vin. Exemple : il est sérieusement question de supprimer les allocations familiales pour les foyers dont les revenus sont confortables. Ce n’est pas la première fois qu’on y pense et la dernière fois qu’on en a parlé, on a manqué de peu un soulèvement national conduit pas ceux, justement, qui ont des revenus élevés, un peu comme s’ils n’avaient conçu leurs enfants que pour gagner un peu plus d’argent. Il est vrai que l’État, de tous temps, s’est fait un devoir d’encourager la démographie. Toucher une disposition fiscale, c’est forcément s’engager dans une contradiction.
On rejoint là la machine infernale que sont les emplois aidés : tout le monde, y compris à gauche, savait qu’il s’agit d’emplois artificiels, financés par l’État, donc très coûteux et qui assurent rarement un emploi de longue durée aux personnes qui en bénéficient. La logique des emplois aidés est la suivante: plus on en crée, plus on augmente le déficit et la dette. Si on créait trois millions d’emplois aidés pour éliminer le chômage, on parviendrait à un niveau d’endettement insoutenable et on serait certain de retrouver un nombre comparable de chômeurs au bout du cycle. Le gouvernement a donc réduit le nombre d’emplois aidés. Tollé national. Jamais, depuis sa décision, les emplois aidés n’ont semblé aussi utiles au bon fonctionnement du pays. Eh bien, il en va de cette affaire comme du reste. La France, depuis trente ans, a fait le choix du chômage. S’il est indemnisé longtemps et correctement, pourquoi s’en inquiéter ? Chômeurs et emplois aidés ont contribué aux recrutements précaires, à la stagnation des salaires, à l’instabilité des emplois. Si Macron est apparu dans le paysage politique, c’est bien parce que, malgré la clameur de la protestation, une majorité de Français a compris que cela ne pouvait plus durer.

RICHARD LISCIA

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