Le gauchisme du pauvre

Dérive complotiste (Photo AFP)

Dérive complotiste
(Photo AFP)

Dans un blog daté du 4 mars, Jean-Luc Mélenchon, chef du Parti de gauche, théoriquement coalisé avec le Parti communiste, explique que Boris Nemtsov, le militant anti-Poutine assassiné à Moscou, n’a jamais été qu’un partisan de Boris Eltsine, un « inconnu », un « libéral fanatique », un « voyou politique ordinaire » . Il expose la théorie générale et désormais habituelle des complotistes, à savoir que les États-Unis seraient à l’origine du crime, commis pour embarrasser Vladimir Poutine.

LE 6 MARS, l’une des étoiles du Front de gauche, Clémentine Autain, a corrigé le point de vue de M. Mélenchon, qui n’est pas, selon elle, celui de la coalition. « Je crois naïf, explique-t-elle, d’exonérer Poutine sur l’assassinat de Nemtsov. Être lucide sur le jeu des États-Unis est une chose. Mais de là à laisser penser qu’il s’agirait d’une opération des services secrets américains, il y a un pas que les responsables politiques ne devraient pas franchir ». « Le Monde » qui rapporte les propos des deux membres du Front de gauche, trouve dans leur différend le symptôme d’une crise au sein du mouvement FG-PCF, qui a commencé bien avant le dérapage de M. Mélenchon sur Nemtsov.

Mélenchon, Le Pen, même combat ?

Je n’ai jamais cru que le mariage entre communistes et mélenchonistes durerait bien longtemps, d’autant que le PC, tout en tendant la main au Parti de gauche, veille à renouveler ses accords avec le PS lors de chaque échéance électorale. Ce qui est plus intéressant, c’est l’évolution philosophique de  Jean-Luc Mélenchon, qui a fait métier de s’opposer principalement à l’extrême droite et même de la battre en certains endroits, sans y parvenir. La raison de cet échec est simple : ses idées ressemblent, à s’y méprendre, à celle de Marine Le Pen. Complotisme, haine de l’Amérique, défense de Poutine et même un certain nombre de projets sociaux, tout les rapproche. Il a fait le choix d’occuper un créneau idéologique étroit, entre Besancenot et les communistes, il s’y tient et rien ne doit contredire sa magnifique rhétorique. Ce qui le conduit  à travestir la réalité pour mieux défendre ses propres idées.

En 2015, on fait donc le gauchisme du pauvre, et il est sinistre. Traiter de voyou un homme tombé sous les balles d’assassins forcément stipendiés est scandaleux. Attribuer aux Américains un crime qui ne les avantagerait d’aucune manière, c’est les accuser d’un cynisme tellement bête qu’ils se tireraient une balle dans le pied. Rejoindre la cohorte des complotistes, c’est s’aventurer dans les marais du négationnisme. Se battre sur le front abject du mensonge pur et simple n’est même pas digne de ce que M. Mélenchon sait, de sa culture, de son art oratoire.

Deuxième souffle.

La vérité la plus probable est que M. Mélenchon commence à éprouver des difficultés à exprimer une pensée cohérente quand l’Amérique d’Obama s’apprête à lever l’embargo sur Cuba, tandis que les Cubains, eux, vivent encore, 56 ans après la révolution castriste, à l’âge de pierre politique et économique. Ou quand, grand admirateur de Chavez, il a reporté son affection pour le héros disparu sur l’actuel président, Nicolas Maduro, qui en est réduit, face à la gestion catastrophique de son pays, à s’en remettre aux voyantes et aux cartomanciennes.

Jean-Luc Mélenchon peut trouver un deuxième souffle en allant rejoindre Marine Le Pen, pour autant qu’elle ait besoin de son soutien. Les deux Fronts ont beaucoup de points communs, assez en tout cas pour conduire la France vers la mésaventure que leur prépare Mme Le Pen. Ils pourront, ensemble, continuer à diffamer l’Amérique, l’Europe, l’euro, ces libertés qui ont infiniment moins d’importance que l’égalité et remettront à la mode ce totalitarisme que l’on croyait périmé depuis un quart de siècle.

RICHARD LISCIA

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7 Responses to Le gauchisme du pauvre

  1. A3ro dit :

    La débilité des programmes des deux fronts laisse quand même rêveur, surtout quand on voit leur score cumulé au présidentielles.

    • Candide dit :

      Réponse à « A3ro » 1) Laisser détruire notre appareil de production (usines, PME, artisanat, petit commerce, et maintenant agriculture : un seul chiffre : 85% de la viande utilisée dans les collectivités serait importée ; en connaissez-vous son itinéraire ubuesque ? et les suicides, dont de nombreux médecins) par une concurrence déloyale (salaires de misère, charges et normes diverses quasi inexistantes, travailleurs détachés ; protectionnisme extrême autorisé à nos concurrents mais à nous interdit)
      2) Abandonner le pays à une immigration de masse, sous prétexte d’antiracisme mais en réalité par passivité, faiblesse, (voire pire ? électoralisme, intérêt, soumission), pour tirer les salaires à la baisse (et rogner jusqu’à l’os les classes moyennes, dont les médecins, et les salariés, ceux encore rescapés, du privé), immigration qui non seulement refuse de s’intégrer mais cherche à nous ôter nos libertés dans un contexte de guerre civile larvée avec un horizon de remplacement ethnique ; selon vous, tout cela serait intelligent et ceux qui tentent d’en dénoncer les « inconvénients », voire de s’y opposer, seraient des débiles? Pour ma part je ne traite pas de débiles ceux qui sont d’un avis différent du mien et, autre différence, je m’efforce d’énoncer sincèrement des arguments (sans prétendre pour autant avoir raison) … avec ma liberté d’expression …

      • A3ro dit :

        Je vois que le mot débililté vous a énervé, mais votre analyse est simpliste voire mensongère ; et les réponses du front national (je suspecte que vous en êtes plus proche que du front de gauche) peuvent être démontées les unes après les autres.

        Je vous propose la chose suivante : citez moi une page du programme de Marine Le Pen – disponible içi : http://www.frontnational.com/pdf/projet_mlp2012.pdf – dont vous estimez qu’elle est fondamentale pour résoudre les problèmes du pays ; et j’y répondrais point par point, en vous démontrant pourquoi elle ne peut pas marcher.

        • Candide dit :

          Enervé, ce serait assez sain en ces temps de cynisme et de soumission !
          J’observe que vous êtes persuadé d’avoir raison, avant même que j’ai pu développer mes arguments, mais peut-être est-ce le militant en vous qui entre dans l’arène.
          Sur le plan des idées, je n’appartiens à aucun parti politique : ce n’est pas une critique de ceux qui y sont engagés : je pense qu’il faut beaucoup d’énergie et de sang-froid : peut-être n’en ai-je pas suffisamment ; et puis sans doute n’ai-je pas trouvé un blason qui me convienne et que je tiens trop à mon indépendance ?
          C’est vous dire que je ne veux pas me laisser enfermer dans un quelconque manichéisme ; le programme du FN actuel est proche du programme du parti gaulliste des années 70 – 80 : (le Général était traditionnellement traité de fasciste ! )
          Ne serait-ce que pour cela, s’acharner à dire le contraire du FN ne peut que conduire à l’aveuglement et au déni de réalité.
          Plus précisément, mes réponses à vos questions sont déjà dans mon premier mail ; un protectionnisme modulé intelligent (en démenti à la caricature permanente de la fermeture complète des frontières) ; renégociation des traités européens très prudente, pacifique et constructive avec les autres pays et dans un respect mutuel avec nos alliés Américains ; redonner aux enseignants des conditions de travail décentes (leur sécurité physique, c’est bien le moins) afin d’accomplir leur mission (apprendre d’abord à lire, écrire, compter, parler Français, apprendre l’histoire de notre pays, préparer à la réflexion critique documentée respectueuse des autres ! …) et les soustraire au lavage de cerveau pédago-psycho-sociéto-communicant pseudo révolutionnaire délivré par des gens de passage qui ne voient ou n’ont jamais vu fonctionner une classe … in vivo.
          A suivre … éventuellement (pour la sécurité, l’armée, la justice, l’organisation des soins, il sera aisé de faire mieux qu’actuellement, à condition de le vouloir et d’en avoir les compétences, c’est en tout cas ma conviction … )
          Bon courage à vous.

          Réponse de R.Liscia
          Peut-on maintenant considérer le débat comme clos ?

  2. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Merci pour la pertinence de vos commentaires.
    Je pense que ce serait une erreur de minimiser les dangers des extrémismes idéologiques (en particulier dans le domaine économique) des « deux fronts ».
    Malgré l’intérêt de certaines de leurs prises de position, leur capacité à oser dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas depuis de nombreuses années, J.-L. Mélenchon et Mme Le Pen présentent un risque réel pour la paix et pour l’avenir européen de notre pays.
    Hitler avait pris le pouvoir après des élections « normales », et alors qu’il était très minoritaire en pourcentages de votes exprimés.
    Même si ni M. Mélenchon ni Mme Le Pen ne sont Hitler, attention à tous les néo-nazis qui les entourent ou les écoutent avec avidité.

    Dr Jérôme Lefrançois

    • Candide dit :

      Quelques commentaires, si vous voulez bien :
      De nombreux économistes et experts Français, Américains et autres (quasiment tous libéraux pur jus) dénoncent la politique économique de l’Europe actuelle, ce qui ne fait pas d’eux des néo-nazis, ni de leurs idées, sous prétexte que tel ou tel parti puisse y faire référence ; ce qui ne fait pas d’eux des hérétiques incompétents: la zone euro est la moins performante au monde ; les Anglais se débrouillent bien mieux que nous avec leur livre sterling, les Suédois avec leur couronne.
      Le risque de guerre ne peut être agité pour effrayer fallacieusement (je ne dis pas que c’est votre cas) puisque nous sommes déjà en guerre extérieure et civile, « maintenue » en sourdine (et ainsi rendue de plus en plus dangereuse) par les renoncements et les reculades de notre République (territoires perdus, pillages divers, non respect de la laïcité, etc.)
      Hitler n’a pas pris le pouvoir par des élections normales (arrêt de députés avant le vote de « l’acte générateur », sans parler de l’incendie du Reichstag, violences, crimes et donc intimidations, manipulations …)
      Il est a priori curieux (mais cela s’explique très bien) que notre bien-pensance prétende que nous sommes menacés par les néo-nazis qui ne sont pour rien dans les guerres sus-citées ainsi que dans les derniers massacres (ce qui ne fait pas de moi un des leurs ! je vous en prie !).
      Finalement, le choix politique n’est-il pas de façon de plus en plus pressante entre la ruine, la guerre perdue et l’asservissement garantis par la trajectoire actuelle, d’une part, et d’autre part une probabilité plus ou moins grande d’inconnu, je vous l’accorde, mais surtout la seule issue qui permette d’espérer sauver notre avenir, nos enfants, nos biens (nous avons le droit et le devoir d’y tenir, ne serait-ce qu’en l’honneur de nos anciens), nos libertés, nos mœurs et coutumes, notre identité, notre dignité ?

      Réponse
      Je me permets de répondre à la place du Dr Lefrançois : cher Candide, nous avons fort bien compris que vous soutenez le Front national, comme des millions d’autres Français. Nous sommes encore plus de millions à le combattre. Vous avez parfaitement le droit de vous exprimer, mais ce n’est pas en multipliant les interventions et en argumentant à longueur de page que vous convaincrez ceux qui s’opposent au FN. La comparaison avec l’accesssion de Hitler au pouvoir est parfaitement légitime. Il a utilisé les institutions démocratiques pour y parvenir et pour les détruire. Notre identité et notre dignité ne consistent pas à haïr les autres, les étrangers, les gens différents de nous. Elles ne consistent pas à nous isoler politiquement et économiquement, ce qui fait partie intégrante du programme du FN. Elles ne consistent pas à traiter les Européens avec méfiance ou arrogance mais à maintenir avec eux la paix de 1945.
      R.L.

      • Candide dit :

        Pardon de rajouter à mes « longueurs de page » hétérodoxes quelques brèves précisions, puisque l’on me publie, ce dont je vous remercie sincèrement, et que l’on me répond : je ne me sens pas obligé de me positionner par rapport au FN : le débat démocratique se fait autour des idées et non sur des étiquettes, encore moins par anathèmes et stigmatisation (pour le coup). Ainsi, je ne peux laisser insinuer que j’aurais la haine des étrangers, le fantasme de la guerre : c’est tout le contraire ; je veux bien considérer cela comme un malentendu car je n’ai pas de raison de douter de votre honnêteté intellectuelle. Pour ma part je ne refuse pas de poursuivre le débat … dont l’issue ne peut être connue ni décrétée a priori … par quiconque ?

        Réponse
        Si vous voulez bien, on va mettre un terme à la discussion sur ce sujet, d’autant que les lecteurs ne peuvent pas suivre un telle abondance de mots. Je décide donc que la polémique est close et que les messages devront porter sur les prochains articles.
        R.L.

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