Hollande : la fuite en avant

Hollande : ubiquité (Photo AFP)

Hollande : ubiquité
(Photo AFP)

François Hollande est en campagne, même s’il s’en défend ; et la confirmation d’un chômage en hausse en avril ne contribuera guère à l’amélioration de sa cote de popularité. Le président multiplie néanmoins cérémonies, voyages et discours avec l’intention d’occuper, tant qu’il le peut, la totalité du terrain politique. Ses chances d’obtenir un second mandat seraient pourtant plus grandes s’il avait procédé à des réformes plus profondes.

DES ANTILLES à Carcassonne et de Carcassonne au Panthéon, on ne voit, on n’entend que le président. C’est à peine si le congrès des Républicains, visiblement marqué par des divisions, a affaibli l’écho des actions présidentielles. Le chef de l’État ne cache d’ailleurs pas sa feuille de route. Il a consacré trois années au redressement, nous dit-il, il consacrera les deux années restantes à la redistribution. Peu importe que le redressement est loin d’être achevé, comme en témoigne la persistance d’un chômage massif, uniquement combattu par des mesures dispendieuses et inefficaces ; peu importe qu’une redistribution précoce sera payée par la dette. Ce que fait M. Hollande, c’est ce que George Bush (le père) appelait autrefois « l’économie vaudou » : une politique fondée sur des résultats inexistants ou seulement rêvés.

Le meilleur candidat ?

L’ubiquité du chef de l’État sera, dans les jours qui viennent, un phénomène proche du para-normal : il sera le 12 juin à Nantes (congrès de la Mutualité française) et à Angers, le 13, il assistera à la finale de rugby, le 14, il sera à Bordeaux pour Vinexpo, le 15 au Salon du Bourget, le 18 au Mont-Valérien.
Le président veut à tout prix convaincre son propre camp en particulier et l’opinion en général qu’il reste le meilleur candidat de la gauche. Manière de reconnaître son handicap, face à des troupes socialistes qui se posent la question sans ménagement, tandis que la gauche de la gauche exige une primaire et espère le mettre en minorité avant même le premier tour. Inutile de démontrer ici que le calcul de ses opposants internes est suicidaire : si M. Hollande ne va pas à la présidentielle, c’est Manuel Valls qui se portera candidat.
Le chef de l’État pense, de toute évidence, que la droite, qu’elle s’appelle UMP ou les Républicains, a beaucoup de mal à refaire son unité, comme l’a prouvé le congrès de samedi dernier, où les fans de M. Sarkozy ont hué M. Juppé et M. Fillon. Personne ne peut nier que Nicolas Sarkozy a rendu sa colonne vertébrale à son parti et qu’il y a mis de l’ordre, y compris sur le plan financier. Mais personne ne croit non plus que les dés sont jetés à droite. Ceux qui, comme moi, pensent que la primaire est un supplément de démocratie, n’ignorent pas pour autant qu’elle entraîne, pour un mouvement politique, des déchirements qui demeurent après les élections.

Du déjà vu.

Cela semble signifier que les Français n’auront pas nécessairement à choisir entre des candidats qui les intéressent, que non seulement le renouvellement de l’offre politique ne sera pas assuré, mais que l’on risque bien d’avoir en 2017 la partie à trois de 2012 : Hollande, Sarkozy et Marine Le Pen. La simple perspective d’une réédition de l’élection présidentielle d’il y a trois ans est accablante pour un peuple qui voit le monde changer à toute allure et ne sait pas comment le rattraper. On rêve d’un Hollande qui se sacrifierait aux réformes et gouvernerait pour redresser le pays, quitte à y laisser sa peau politique ; d’un Sarkozy qui comprendrait que son retour est trop compliqué ; et d’un sursaut national qui écarterait durablement le FN du pouvoir.
Ce n’est pas bien de rêver éveillé. C’est encore pire d’observer la mise en place de forces qui ne nous apportent aucune garantie d’un avenir meilleur.

RICHARD LISCIA

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