L’imbroglio des retraites

Que avenir pour les vieux ? (Photo S. Toubon)

Que avenir pour les vieux ?
(Photo S. Toubon)

Le patronat et les syndicats sont engagés depuis aujourd’hui dans un marathon censé régler le problème des retraites complémentaires (régimes Agirc et Arcco) dont les caisses, si rien n’est fait, seront vides en 2018 pour la première et en 2027 pour la seconde.

LE MEDEF propose un allongement des carrières, avec un système de bonus-malus, qui revient à différer à 64 ans l’âge auquel un salarié peut prendre sa retraite à taux plein (au lieu de 62 ans). Les syndicats préfèrent une hausse des cotisations syndicales et patronales, assortie d’une diminution des pensions versées aux retraités. Le patronat est arrivé aujourd’hui à la négociation avec une atténuation de ses propositions : ceux qui voudraient partir à 62 ans auraient une retraite complémentaire diminuée de 15 % la première année, de 12 % la deuxième et de 10 % la troisième. Ils bénéficieraient d’une retraite à taux plein à 65 ans. Parmi les syndicats, la CGT et FO sont totalement hostiles à ce plan parce qu’il appliquerait une réforme des retraites qui n’a pas été adoptée par le Parlement. D’autres syndicats, la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC, souhaitent que le patronat fasse un effort financier pour que la décote des trois premières années de retraite soit moins élevée.

Pension et espérance de vie.

Si la réforme Ayrault des retraites avait été suffisante, on n’en serait pas là. Dans toute l’Europe, l’âge de la retraite a été reporté à 65 ans ou plus, pour plusieurs bonnes raisons : l’espérance de vie et la qualité de vie des personnes âgées ont augmenté, de sorte que les salariés peuvent travailler plus longtemps qu’autrefois. Une personne qui ne part pas à la retraite paie ses cotisations et ne ponctionne pas les caisses. La prolongation des carrières n’exige aucune dépense supplémentaire pour les salariés, les retraités, l’État ou les caisses complémentaires. Elle permet à l’État de toucher plus de cotisations, aux salariés de maintenir leur niveau de vie, aux caisses d’être renflouées. Il serait tout à fait logique que le patronat fasse un effort financier si nous n’essayions pas, par tous les moyens, d’augmenter les marges des entreprises (notamment grâce au pacte de stabilité) et de leur permettre de produire plus pour vendre plus et participer ainsi à une croissance assez vive pour créer des emplois. Dans ces conditions, demander un effort au patronat, cela revient à lui reprendre d’une main ce que l’on vient de lui donner de l’autre.

Maintenir le pouvoir d’achat.

La prolongation des carrières des salariés constitue le seul remède possible au problème des retraites parce qu’elle évite d’augmenter encore les cotisations qui pèsent sur le pouvoir d’achat des actifs et des pensionnés. La diminution des pensions serait une aberration : les salariés et les entreprises ont payé scrupuleusement leurs cotisations parce que l’État le leur a ordonné. Une réduction des prestations correspondrait au non-respect d’un contrat passé entre les citoyens et des organismes publics. Au moment de la réduction des pensions, on ne tiendra aucun compte des cas particuliers, par exemple ceux qui ont travaillé une ou plusieurs années au-delà de l’âge légal de la retraite.
Le principe qui consiste à augmenter sans cesse les cotisations (des uns ou des autres) est contraire au principe de croissance. Il faudra que tout le monde en convienne si l’on veut remettre la France sur le chemin de la croissance. L’idée d’un compromis paraît juste, mais ce n’est vrai que du point de vue moral. C’est contre-prodcutif du point de vue économique et social.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à L’imbroglio des retraites

  1. Lussato dit :

    Pour moi, la retraite c’est 66 ans et 7 mois pour le taux plein !
    Bravo l’équité, je fais donc partie des régimes spéciaux, mais dans l’autre sens.
    Aucun mot sur les ondes, nous concernant.

  2. Oj dit :

    Les décisions qui résultent des discussions sur les retraites montrent que tout le monde sera mis à contribution sauf les régimes spéciaux qui une fois encore passent à côté de la réforme utile.
    Ce qui est grave.
    On pourrait y ajouter la question des études longues. Il n’y a pas de plus beaux exemples que les études de médecine et les études de sciences qui par leur durée imposent des départs en retraite tardifs, avec des débuts de carrière laborieux en terme de rémunération et avec l’espoir d’une rémunération très moyenne rapportée aux années d’études. Mais, il est vrai que contrairement à ce que l’on entend autour de nous, ces études sont une vraie promenade de santé contrairement aux études d’ecoles de commerce. De plus, ces metiers sont tellement passionnants que l’on n’a pas à se plaindre. En vérité, on fait payer à ces professions un coût de formation considéré comme élevé, alors que l’on ne prend pas en compte les services rendus à bas coût.

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