Héroïsme et médiocrité

Pur courage
(Photo AFP)

Les attentats commis à Carcassonne et à Trèbes par un Franco-Marocain radicalisé ont de nouveau plongé le pays dans le deuil et la frustration. Malheureusement, l’opposition politique a été prompte à en faire ses choux gras (comme s’il n’y avait pas eu d’attentats bien plus graves quand la droite ou la gauche étaient au pouvoir) et il est préférable de dépasser le salmigondis politicien habituel pour ne retenir que le sacrifice héroïque du lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, qui a donné sa vie pour sauver une otage.

TOUS CEUX qui l’ont connu n’ont exprimé aucune surprise. « Il était comme ça », disent-ils de concert.  Qu’est-ce qui fait qu’un homme valeureux, brillant à tous égards, assuré d’une belle carrière, se jette désarmé au-devant d’un agresseur dont il sait à l’avance qu’il est capable du pire ? On trouverait dans ce geste de la témérité si on ne savait, grâce à ses états de service, que le lieutenant-colonel Beltrame avait toujours pensé que les circonstances pourraient le placer dans une situation de danger extrême car il lui semblait logique, nécessaire, inévitable que sa propre vie devait compter moins que celle d’un civil, qu’il était formé, en quelque sorte, pour cette éventualité, sinistre à nos yeux, mais presque routinière aux siens. On l’a décrit comme un gendarme heureux, aimant, profondément intéressé par son travail et ambitieux. Il était tout le contraire d’un homme qui méprisait la vie. Mais il croyait la devoir à ceux qu’il fallait protéger à n’importe quel prix.

Le pire et le meilleur.

Il n’a donc pas été téméraire, mais purement courageux. Un courage physique, le plus difficile à rassembler face à la quasi-certitude d’une exposition à la mort.  Ainsi, dans ces drames auxquels nous sommes hélas si habitués, notre société dépêche contre ce qu’elle découvre de pire ce qu’elle produit de meilleur.  « Ce sont les meilleurs d’entre nous qui partent les premiers », disait  John Kennedy avant de tomber sous les balles d’un assassin, lors d’une tragédie historique qui confirma ses craintes. Que nous découvrions les talents divers et surtout l’immense beauté morale de ce soldat ajoute à la frustration que nous ressentons de l’avoir perdu. Combien d’autres de nos concitoyens sont faits de ce métal, dont nous ignorons l’existence mais dont ne pouvons tolérer qu’ils soient livrés à la mort par des individus si pétris de haine que rien ne les empêche de tuer lâchement des hommes sans défense ?

Débat politicien.

La perte de quatre victimes assassinées aveuglément par un homme sorti de son destin insignifiant sous l’empire d’une cruauté si épaisse qu’il s’en est fait une gloire méritait mieux que le débat misérable auquel la tragédie a donné lieu sur toutes antennes de France. Les partis politiques n’ont même pas pris le temps du deuil. Ils s’en sont pris à la « naïveté » du gouvernement face au terrorisme, comme s’ils ignoraient qu’on ne peut pas mettre un policier derrière chaque fiché S. Ils ont donc ressorti une vieille polémique sur les radicalisés connus des services de police et pour lesquels ils ont proposé les solutions habituelles, mais irréalisables, l’arrestation et l’emprisonnement de ces suspects (environ 20 000, mais pas tous des djihadistes, de même que des terroristes ne sont pas fichés), et qu’importent le droit et la faisabilité de ces mesures.  Comme le « il n’ya qu’à » est facile quand on n’exerce pas le pouvoir ! Comme il est facile à ces partis, droite et extrême droite, deux mouvements plongés dans le désarroi depuis l’élection présidentielle de l’an dernier, de désigner leur cible, sans même qu’ils aient assez le sens des responsabilités pour nous dire de quelle manière ils procèderaient concrètement à la neutralisation des fichés S !

Pour couronner cette vaine discussion, il y aura eu aussi un épisode abject : Stéphane Poussier, illustre inconnu mais ancien candidat de la France insoumise (perdant) aux législatives de 2017, a osé écrire le tweet suivant : « Chaque fois qu’un gendarme se fait buter, je pense à Rémi Fraisse (victime d’une grenade lacrymogène lors de l’évacuation d’une ZAD). Là, c’est un colonel, quel pied ! ». Il a été arrêté pour apologie du terrorisme et expulsé du parti de Jean-Luc Mélenchon qui, depuis samedi, ne cesse de reprocher aux médias de raconter l’incident.  Lequel, bien sûr, ne concerne en rien la philosophie de la France insoumise. Pour résister  à la nausée, il nous faut célébrer le sacrifice incroyable d’Arnaud Beltrame et nous rappeler que, décidément, les amis des terroristes ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

RICHARD LISCIA

 

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6 Responses to Héroïsme et médiocrité

  1. mimi dit :

    Vous étonnez-vous? C’est politiquement correct,sans compter les commentaires du quidam sur certains médias.

    Réponse.
    Ce n’est pas politiquement correct. C’est ignoble.
    R.L.

  2. Num dit :

    Pas d’accord du tout avec vous sur votre avis selon lequel toute critique du gouvernement serait interdite en la matière ! Il n’y a ni totem ni tabou.
    Dire qu’on ne peut rien faire, qu’on a le droit de rien faire revient à de la résignation pure et simple. Le droit a la liberté et à la sécurité surpasse tous les autres. Nos gouvernants ont le devoir de pendre toutes les mesures nécessaires pour assurer notre sécurité, ce qui est la priorité absolue.
    Heureusement que De Gaulle en 1940 ne s’est pas dit que son appel à la résistance était illégal et inconstitutionnel.

    Réponse
    Sauf que je n’ai jamais écrit que toute critique du gouvernement serait interdite, que je n’ai parlé ni de totem ni de tabou. Ce que je dis, puisque vous feignez de ne pas le comprendre, c’est que l’opposition de droite prétend avoir des solutions, alors qu’il n’est pas difficile de comprendre que le retour à l’état d’urgence n’est pas possible, que nous avons une nouvelle loi anti-terroriste et qu’il faut l’appliquer. Je suis encore étonné par des commentaires critiques qui s’appuient sur des mots que je n’ai pas utilisés.
    R.L.

  3. Visseaux dit :

    Merci à Richard Liscia de nous garder les yeux ouverts sur tous les extrêmes.
    Il y a encore des Français qui ont le sens du devoir et du bien commun.
    Hélas, certains préfèrent le laxisme nihiliste et voudraient gouverner.
    Heureusement la réponse de comparution immédiate a été un signal clair.
    Les médias devraient réfléchir à la médiocrité de la surenchère du scoop et de l’instantané mouton de panurge.

  4. bisror dit :

    Comme d’habitude, il n’y aurait pas de solutions, et les mêmes lamentations de la part des « pas d’amalgame », et attention vous allez être taxé d’islamophobie et peut être que l’on va vous poursuivre au tribunal. Et pourtant la solution est simple, simpliste. Il y a 20 000 fichés S pour radicalisme dont de nombreux binationaux : ils doivent être expulsés manu militari avant même le passage à l’acte, après c’est trop tard. Pour les Français convertis à cette idéologie anti nationale il faut les déchoir de la nationalité, dussions-nous les rendre apatrides pour acte de haute trahison. Combien de vies gagnées depuis Ilan Halimi, Esther Halimi, ce valeureux gendarme,et cette personne de 85 ans survivante de la Shoah tuée de 11 coups de couteau ?

  5. Michel de Guibert dit :

    BEL HOMMAGE DE J.-L. MELENCHON : « LE MAL A ETE VAINCU »
    « Alors que le pire était en place, j’ose le dire, le mal a été vaincu. Parce que la scène a été inversée. Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a remis le monde humain en ordre. Il a réaffirmé la primauté de la compassion. Il a réaffirmé la primauté d’un altruisme absolu, celui qui prend pour soi la mort possible de l’autre, illustrant ainsi les valeurs de foi et de philosophie auxquelles il était attaché personnellement. En ce sens, le lieutenant-colonel Beltrame est un héros de la condition humaine. »
    Jean-Luc Mélenchon, séance des questions au gouvernement, Assemblée nationale, 27 mars 2018.

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