La méthode Borloo

Jean-Louis Borloo
(Photo AFP)

Le plan de rénovation  urbaine présenté hier au Premier ministre par Jean-Louis Borloo, considéré comme notre meilleur spécialiste de la question, a pris un peu de retard qui s’explique néanmoins par sa densité. Il comprend pas moins de 19 programmes et il ne peut aboutir que si la détermination du gouvernement est au moins aussi grande que celle de l’ancien ministre.

JEAN-LOUIS BORLOO est cet ancien avocat qui, devenu maire de Valenciennes, a transformé une agglomération sinistrée en cité prospère. C’est ce ministre de la Ville qui, naguère, apportait sa fougue personnelle à un projet de transformation des quartiers défavorisés. C’est cet homme qui a accepté d’enquêter et de rédiger son rapport pour le compte du gouvernement actuel à condition de n’avoir aucun titre ni aucune rémunération. C’est ce personnage rare, retiré de la vie politique depuis quatre ans, que pratiquement tous les élus de France ont supplié de voler à leur secours. Il l’a fait, mais il ne mâche pas ses mots. Il dénonce la sournoise réduction des crédits, l’auto-suffisance de fonctionnaires plutôt compétents et qualifiés, mais souvent hors sol, les résultats épouvantables de la négligence sur une forte fraction de la population et surtout sur ces 150 000 jeunes qui, chaque année,  arrivent sur le marché du travail, sans avoir assez de connaissances linguistiques et comptables pour demander un emploi.

La sévérité du constat.

Le rapport vaut déjà par la sévérité du constat. Celui-ci a néanmoins l’avantage de ne désigner aucun coupable sinon un système qui, avec le temps, finit par étouffer les meilleures initiatives et les financements. Jean-Louis Borloo minimise le coût forcément élevé du remède à la crise des cités. Hier, sur France 2, il interrompait son interlocutrice chaque fois qu’elle tentait de chiffrer la dépense requise. Quarante-cinq milliards, disait-elle. Mais M. Borloo répondait que le financement devait venir d’un peu partout, de l’Etat, certes, mais aussi des collectivités locales et des entreprises. Il y a chez cet homme une part de rêve sans laquelle il ne dirait pas toute l’angoissante vérité du diagnostic, et sans laquelle il ne serait pas disposé à abattre les résistances qui se manifestent à tous les niveaux de la chaîne des décisions et des aides financières.

En d’autres termes, Jean-Louis Borloo parle un peu comme Emmanuel Macron, il pose sur le pays le même regard lucide, et, comme lui, il sait que rien ne se fera en France si on ne désigne pas les obstacles et si on ne les enfonce pas avec la furia que procure cette indignation restée vive chez M. Borloo. D’un côté, on ne voit pas pourquoi il n’est pas membre de la République en marche, pourquoi il ne serait pas ce « général Patton » que le pouvoir désignerait pour reconquérir les villes de France. De l’autre, on devine qu’il a fait de son désintéressement personnel la condition sine qua non de sa crédibilité, dans un univers où toute parcelle de pouvoir est quotidiennement vilipendée. En même temps qu’il nous donne une formidable leçon d’éthique, il ôte à la critique toute capacité de contestation. C’était vraiment une bonne idée de faire appel à lui.

Où trouver l’argent ?

Bien entendu, on ne conçoit pas un tel projet sans évaluer son financement. Où trouver l’argent ? M. Borloo propose que la cession d’une partie des actifs de l’Etat dans de grandes sociétés, au moins cinq milliards, soit attribuée à la rénovation urbaine (alors que le gouvernement envisageait plutôt un début de désendettement). Il suggère d’attribuer à une fondation les recettes de l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine), qui collecte chaque année 1,7 milliards d’euros. Il estime que les travaux de rénovation accroîtront les impôts locaux qui constitueront donc une recette supplémentaire.  Il souligne l’urgence des décisions à prendre quand 120 000 immeubles sont en difficulté et 20 000 proches de l’effondrement. Il propose donc non seulement d’agir avec un dispositif entièrement nouveau, mais d’agir vite. Si personne n’est sceptique, en dépit du risque considérable de dérapage des coûts, c’est que la méthode Borloo est à la mesure de la crise urbaine.

RICHARD LISCIA

 

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4 Responses to La méthode Borloo

  1. julien dit :

    Dès que les hommes politiques n’ont plus de soucis de ligne politique ni de réélection, leur discours devient plus audible parce que plus vrai.
    Réponse
    C’est faux en ce qui concerne Borloo. Il n’a pas manqué d’ambition, a espéré devenir Premier ministre, mais il a toujours travaillé dur en faveur des banlieues et de l’environnement. Il n’a jamais changé de langage.
    R.L.

  2. Picot dit :

    Et allez, hop !! Un nième plan banlieue, qui sera complètement stérile comme les précédents, puisqu’il tape à côté de la plaque Et coûteux, bien entendu. Cela ne servira à rien puisque le problème, dans les cités dites « sensibles » et bourrées de « jeunes », est la délinquance et le trafic de drogues sur fond d’islamisme radical. Il n’y a aucun ghetto, comme disent beaucoup, qu’est ce que c’est que ces idioties ? On ne peut pas sortir d’un ghetto, ici oui. Par contre nous, les pompiers, les forces de police, les médecins, nous ne pouvons pas y entrer sous peine de se faire casser la figure. Le problème est là : ce sont des territoires perdus, mais pas pour tout le monde. Nos « politiques » laissent courir par lâcheté (pas de vagues), ou le font consciemment, ce qui est encore plus grave. Ces milliards seraient beaucoup plus utiles pour construire des prisons, cela ferait du bien à notre sécurité, ou pour aider la France périphérique et nos agriculteurs qui continuent à se suicider : les « politiques » ne font rien, ou presque, pour eux, et cela ressemble furieusement à de la non assistance à personnes en danger. Et j’en passe…

    Réponse
    C’est la fin des haricots, quoi !
    R. L.

  3. Jérôme Lefrançois dit :

    Merci pour votre synthèse, remarquable de clarté, comme sont remarquables le bon sens et le réalisme de M. Borloo…Pourvu que le gouvernement continue de faire appel à lui!
    Cordialement,
    Dr Jérôme Lefrançois

  4. LE MARCHANT dit :

    Bien analysé comme presque toujours. En tenant compte de la création voulue par Emmanuel Macron d’une cinquième branche de la Sécurité sociale (5 milliards), la réforme des banlieues s’évaluant par dizaines de milliards, il est clair qu’un pays déjà endetté comme la France à hauteur de 2 200 milliards d’euros, n’a absolument pas les moyens financiers de mener cette réforme « rêvée par Borloo ». Il est permis de se demander, compte tenu de la situation réelle financière du pays, quelle serait alors la moins mauvaise attitude concrète à avoir vis-à-vis de ces banlieues. Merci de votre réponse et bien sympathiquement à vous.

    Réponse
    On peut accepter les idées de M. Borloo sur au moins un point, à savoir que si on chiffre le projet avant de commencer à travailler, il ne sera pas finançable.Il préconise donc d’engager le projet progressivement (de toute façon, on ne fera pas tout en un seul jour) avec un financement qui viendrait de plusieurs sources et pas seulement de l’Etat.
    R.L.

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