La machine infernale

Le préfet et le ministre
(Photo AFP)

La multiplicité des témoignages devant les commissions de l’Assemblée et du Sénat fait apparaître des contradictions dans le récit de l’affaire Benalla. Mais tous ces efforts, si peu productifs, pour établir la vérité témoignent de la vigueur de la démocratie.

LES AUDITIONS, en principe protégées par le serment, sont consternantes d’au moins deux points de vue : d’une part, elles montrent que chacun des protagonistes de l’affaire défend son sort personnel au lieu d’apporter sa contribution à l’établissement des faits ; d’autre part, les divergences prouvent que les personnalités entendues n’ont pas mis à profit le laps de temps qui leur était imparti (le week end dernier) pour accorder leurs violons, ce qui, certes, n’est ni légal ni éthique, mais pouvait être envisagé sous l’extraordinaire pression des médias. Cependant, la volonté de discréditer le pouvoir dans les oppositions variées a donné des munitions à l’Élysée. De fausses accusations ont été lancées sur l’emploi du temps de M. Benalla après sa suspension. Non, il n’a pas continué à faire son travail entre les 4 et 19 mai, comme cela avait été dit.

L’Élysée commence à donner de la voix.

Il faut retenir principalement que les auditions convergent toutes vers le même résultat, à savoir qu’il n’y a eu faute ni au sein de la police ni même au sein du ministère de l’Intérieur (ce qui est peu crédible). On comprend donc que le ou les coupables sont à l’Élysée. On peut voir les choses de deux manières : ou bien la force de la machine infernale mise en place par les élus enferme Emmanuel Macron et ses amis dans la nasse, ou bien le président lui-même a souhaité épargner et le ministre de l’Intérieur et le préfet de police, et a préféré se couper un bras le moment venu. C’est sans doute lui prêter une grande intelligence stratégique, mais celle-ci, à ce jour, ne lui a jamais fait défaut. S’il est extraordinairement silencieux pour le moment, c’est qu’il s’apprête à créer une bourrasque au-dessus du volcan pour éteindre l’éruption. L’alternative à cette hypothèse, c’est le désarroi élyséen qui a suivi les révélations du « Monde » mercredi dernier. Or les ténors de la communication du « Château » commencent à donner de la voix et à riposter aux suggestions fantaisistes, comme la « comparution » du chef de l’État devant les élus, ce qui n’est absolument pas constitutionnel.

Le pot-aux-roses.

Les oppositions estiment avoir le vent en poupe. La plus virulente, celle qui va tirer le plus grand bénéfice de cette affaire décidément bien malheureuse, c’est les Républicains. Ils sont apparus, au cours des premières auditions, à la fois comme ceux qui ont le plus à dire, sont les plus pertinents et les plus impitoyables, mais aussi comme les plus aptes à raccommoder le tissu déchiré par la crise. Ils ont conduit la fronde de l’absentéisme au débat sur la révision de la Constitution, qui est renvoyée aux calendes et qui, selon Gérard Larcher, président du Sénat, ne peut peut plus être discutée dans l’état où l’a laissée le compromis entre l’exécutif et le législatif. On peut s’interroger à l’envi sur la gravité de l’affaire, se demander si les écarts de comportement d’un garde du corps de l’Élysée suffisent pour que les institutions soient jetées aux orties, opposer une incrédulité scandalisée aux accusations de « réseau parallèle », de police macronienne, il demeure que M. Benalla a agi seul, ou avec l’aide de Vincent Crase le 1er mai, ce qui, sauf à découvrir un pot-aux-roses que le flair de quelques élus semble avoir prématurément décelé, ne fait pas de cette histoire le film d’horreur que l’on raconte avec complaisance.

Solidité des institutions.

Malheureusement pour lui, le chef de l’État pourra tant qu’il veut minimiser la gravité de l’affaire, ce ne sera pas l’avis de ses adversaires ni celui de l’opinion qui, pour le délit de l’un des siens, voudraient le faire passer devant une cour d’assises. L’effet de cette crise, c’est qu’elle a inversé le rapport de forces. L’exécutif est acculé dans les cordes et, pour le moment, se bat mollement tandis que le législatif lui porte des coups chaque jour plus violents. Le triomphalisme du « nouveau monde » s’est dégonflé comme une baudruche tandis que « l’ancien monde » reprend ses droits, et de quelle manière ! Non seulement la réforme de la Constitution est compromise, mais « l’impérialisme » du pouvoir si décrié par l’opposition, est réduit à néant tandis que s’impose assez prodigieusement le contrepoids des deux assemblées. M. Macron voulait parler aux élus une fois par an et même les autoriser à lui répondre, ils refusaient la conversation (bien que cette disposition ait été votée par l’Assemblée). Voilà qu’ils choisissent le lieu et l’heure où ils entendent s’adresser à lui, sous la forme d’un duel, et qu’ils ne souhaitent l’écouter que pour mieux le confondre.  Alors, les institutions n’ont-elles pas parfaitement fonctionné, les contre-pouvoirs ne sont-ils pas efficaces, l’équilibre entre l’exécutif et le législatif n’est-il pas assuré ? Raison supplémentaire, peut-être, pour se dispenser d’une réforme de la Constitution.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

4 réponses à La machine infernale

  1. Michel de Guibert dit :

    Vous avez raison de souligner que la « comparution » du chef de l’État devant les élus n’est absolument pas constitutionnelle en vertu de la séparation des pouvoirs.
    Mais paradoxalement le président Macron, après le président Sarkozy, a mis le pied dans la confusion à ce sujet en voulant s’adresser une fois par an aux élus réunis en Congrès…

  2. Michel de Guibert dit :

    Le président de la République avait fait preuve de plus de célérité pour « recadrer » le Général de Villiers.

  3. PICOT François dit :

    Dans cette histoire on voit les médias qui ont presque tous porté Macron aux nues se mettre tout à coup à le démolir et, chose extraordinaire, cela est parti d’une information du journal « le Monde ». On ne peut s’empêcher de penser que quelqu’un ou quelques-uns sont à la manœuvre pour l’abattre. Macron ne s’est pas méfié, Benalla était une grosse faute. Les mêmes techniques ont été utilisées pour Strauss-Kahn et Fillon : chercher le point faible, le talon d’Achille de la future victime, et l’étaler en place publique de façon à créer un scandale difficile, voire impossible, à étouffer.

  4. CHRETIEN dit :

    Comme dit sur BFM ce soir M. Tapiero, publiciste, sur çette affaire : « Nous sommes les champions du ridicule « . Rien à ajouter sinon basta

Répondre à Michel de Guibert Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.