Macron se normalise

Moins de réforme, plus de paix sociale
(Photo AFP)

Un sondage Harris Interactive montre que le nombre d’avis favorables au président de la République s’élève à 42%, contre 41% pour le Premier ministre. En six mois, Emmanuel Macron a gagné une dizaine de points.

ON POURRAIT voir dans cette ascension de la popularité du chef de l’État un répit capable d’accélérer le cours des réformes. Cependant, il est parvenu à 42% pour plusieurs raisons, dont la plus importante est qu’il a satisfait quelques-unes des revendications des gilets jaunes. Tout en menaçant de revenir en force, notamment dans le dossier des retraites, ils admettent, au fond d’eux-mêmes, qu’ils sont séduits par les 17 milliards supplémentaires consacrés à l’amélioration des revenus les plus bas, même s’ils ne le reconnaissent pas publiquement. En outre, la hausse de la popularité du couple exécutif lui permet maintenant de naviguer dans une zone moins dangereuse pour la paix sociale.

Six mille postes supprimés.

Il demeure que le président est placé devant un dilemme : moins il fera de vagues, et donc de réformes, et plus le contexte de son action sera apaisé ; plus il consacrera le temps qu’il lui reste à changer les structures du système national, plus il craindra l’agitation sociale, les manifestations, la violence et le chaos que nous avons connus entre novembre et juin derniers. Il n’a pas lâché prise : Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics,  annonce la disparition de près de 6 000 postes d’agents du fisc, ce qui ferait un total de 10 000 depuis le début du quinquennat et que le ministre justifie par le prélèvement à la source et la suppression programmée de la taxe d’habitation. Une logique arithmétique implacable, mais qui incite les fonctionnaires à manifester le 16 septembre prochain.

La nomination de Delevoye.

Certes, la réduction des effectifs des agents de l’État est beaucoup moins élevée que ce qui avait été annoncé en début de quinquennat, et dérisoire par rapport aux 100 000 suppressions de postes (par an et pendant cinq ans) prévus dans le programme de François Fillon. Elle ne suffira d’ailleurs pas à rétablir l’équilibre budgétaire. Elle s’inscrit dans une dialectique où  la volonté de poursuivre les réformes le dispute à la nécessité d’empêcher une nouvelle crise sociale. C’est une tactique typique de M. Macron, spécialiste de la douche écossaise qui, en même temps, a procédé à un remaniement technique (mais aussi profondément politique) du gouvernement en nommant Jean-Paul Delevoye ministre des retraites, ce qui débarrasse Agnès Buzyn d’un poids considérable et entretiendra l’espoir nourri par les syndicats que salariés et retraités ne seront pas sonnés par la réforme.

Double action.

On peut dire du chef de l’État qu’il a perdu de son énergie cinétique ou l’inverse : qu’il achèvera le gros du chantier avant 2022. Non seulement il a pris de bonnes résolutions à propos de sa communication qu’il a rendue plus lisible, non seulement il est moins menacé d’un accident de parcours qui oblitèrerait ses projets, mais il a su consacrer le mois d’août à une amélioration sensible du leadership français en Europe et dans le monde. Cette double action intense sur les fronts intérieur et diplomatique explique la remontée de sa cote de popularité. Toutefois, malgré un rapprochement avec la CFDT, les syndicats restent vent debout contre ses initiatives et une forte majorité de citoyens continuent à contester ses réformes. Dormantes ou actives, les crises sociales et politiques menacent inévitablement la stature d’un chef d’État. En voilà un, cependant, qui a déjà fait beaucoup de concessions, notamment financières, sans perdre de vue la perspective qu’il a donnée à son mandat.

RICHARD LISCIA

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